Comme une odeur de couvre feu…texte d’un gardé à vue

Hautes-Alpes/Marche du 22 avril 2018: Comme une odeur de couvre
feu...texte d'un gardé à vue.


Je sors de garde à vue (17/07/18). Privé de liberté pendant toute une journée. J'ai longtemps réfléchi à ce que je pourrais exprimer en sortant d'ici. Essayer de comprendre les motivations jusque boutistes du procureur de la république de Gap.

Je me suis dit, au début, que le proc' avait du essuyer quelques traumatismes dans sa jeunesse pour être d'une détermination aussi extrême.
Peut-être était-il étudiant en décembre 95, lorsque la France a été secouée par une grève générale. Peut-être que sa faculté de droit avait été taguée "fac de droite" à ce moment-là. Que les entrées avaient été barricadées par des montagnes de poubelles, de tables, de chaises, et que peut-être de là coulait son esprit de revanche contre la gauche et les militants de ses rangs.

Puis après, je me suis dit que peut-être avait-il tout simplement envie d'être muté. Devenir multi-récidiviste dans la négation des droits pour énerver sa hiérarchie. Humilier nationalement le tribunal de Gap en requérant la mise en détention des premiers solidaires. Et ainsi se barrer d'ici, être envoyer n'importe où, même substitut du procureur dans la Creuse, mais à tout prix se barrer d'ici.

Puis finalement, à bien y réfléchir et au vu des notes du ministère de l'intérieur concernant le délit de solidarité, et bien je me suis dit que comme dans toute bonne république qui se respecte, que les chefs avaient des chefs et qui eux-mêmes avaient des chefs. Et que les ordres tombaient.
Que le procureur, malgré sa qualité de chef, restait un subordonné et
agissait en tant que tel.
Au programme : Liquider la résistance en Haute-Durance, piétiner les solidarités aux frontières, effrayer les populations pour régner en vainqueur. Faire  en sorte qu'un africain n'ait pour avenir en France qu'une prison, un charter ou une tombe. Et que tout ça c'était des ordres, le choix d'une politique très claire, une politique d’extrême droite.
Le procès qui se tiendra le 8 novembre se devra d'être notre tombeau.
Celui qui asphyxiera les solidarités. Celui qui plongera nos rêves et nos luttes au plus profond des poubelles de l' Histoire. Ce procès se devra d'être le coup de semonce final sur la tête des vaincus.

J'ai toujours pensé que l'Etat de Droit, du moins son concept érigé en doctrine, permettait à une classe sociale d'en subjuguer une autre. Que ces 3 mots Etat-De-Droit revenaient sans cesse dans la bouche de certains pour justifier l'idéologie des puissants, et ainsi assujettir notre liberté pour faire de nous des sujets. Sujets du roi, sujets du prince, sujets des multinationales...
Nos frères et soeurs africainEs, en choisissant la route de l'exil ont décidé de redevenir maître de leur destinée, après ces centaines d'années passées les chaînes aux pieds.
En tant que vaincu, je les considère comme mes semblables.
En tant que vainqueurs, vous les voyez comme une menace. Vous avez raison.
Leur exil nous montre à quel point la guerre économique que vous menez en Afrique et ailleurs est définitivement perdue.
Les sous-sols du continent africain que vous vous disputez entre vainqueurs s'épuisent à mesure que grandit votre bêtise. Votre bêtise, construite sur une idéologie du passé qui se résume elle en 5 mots : Augmentation-Du-Taux-De-Profit.

Bolloré et consorts, vous rappelez-vous sûrement des mots esclavage, colonie, pillage, FrançAfrique... Vous qui vous gavez ici, là-bas, partout, vous essaieriez de nous faire croire que le problème serait nos frères et soeurs africainEs? Le problème, C'EST VOUS!
La destruction que vous engendrez vous tétanise déjà. Vous avez peur, partout. Vous érigez des murs, vous surarmez les pandores, vous construisez des cages. A mesure que la vérité éclate sur l'effondrement prochain de votre civilisation capitaliste, vous agressez, vous violentez.
Et pourtant c'est inéluctable, la fin d'un monde approche.

Nous sommes à un point de non retour, d'un côté le chaos climatique, guerrier poussant des dizaines de millions d'individus sur les routes de l'exil et de l'autre le glissement totalitaire des sociétés dites démocratiques. Humiliation des syndicats, répression des mouvements sociaux, suppression des libertés, surveillance à outrance, militarisation des frontières...
Bref, ras l'bol!

En Marche, préparez-vous à courir!

Mathieu, un des 3+4 de Briançon

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