Texte d’un 2ème gardé à vue le mardi 17 juillet 2018…

A  Mesdames et Messieurs les forces de l'ordre, les décideurs et les élites qui se sentent concernés ou sont impliqués dans notre garde – à – vue et notre comparution au tribunal le 8 novembre prochain,

La violation quotidienne du droit des étrangers à la frontière, c'est vous.
Les arrestations et les refoulements sans ménagement des demandeurs d'asile, c'est vous.
Le non respect du droit des mineurs que la France se doit de protéger, c'est vous.
Les refus d'entrée pré-remplis et la falsification des informations, c'est vous.
Le délaissement des exilés malades ou blessés qui ont besoin de soins ou d'une hospitalisation, c'est vous.
Les chasses à l'homme noir, c'est vous.
Les guets apens, les pièges tendus, les planques avec jumelles à vision nocturne et caméra thermique,  c'est vous.
La mise en danger des éxilés, poursuivis dans la nuit, et la négation de leur vulnérabilité, c'est vous.
La collusion avec les militants de Gérération Identitaire, que vous remerciez pour le bon boulot qu'ils ont fait lorsqu'ils vous remettent des éxilés, c'est vous.
Le dépouillement des éxilés interpellés, c'est vous.
L'interpellation de femmes, accompagnées d'enfants qu'elles portent dans leurs bras, et sommées de se coucher à terre, c'est vous.
Ces coups qui pleuvent parfois sur ceux qui demandent juste une protection et qui sont en quête d'un bout de terre  habitable alors même qu'ils vous supplient à genou de ne pas les renvoyer en Italie, c'est vous.
Les menaces faîtes armes à la main << arrête toi où on tire >>, c'est vous.
Les violences verbales faîtes à des femmes sur le point d'accoucher “ ma mère à moi a bien accouché dans la neige, tu peux le faire aussi et si c'est ici devant la Paf ça ne me dérange pas >>, c'est vous.
Les paroles abjectes << Vous êtes trop nombreux, Macron ne veut plus de vous, retournez en Italie >>,  c'est vous.
Les réflexions odieuses, lorsqu'un exilé qui sent que ses droits sont bafoués vous rappelle que la France est le pays des droits de l'homme, et que l'un de vous lui rétorque <<ah mais ça c'est l'ancienne France, désormais ce n'est plus comme ça >>, c'est vous.
Les éxilés reconduits en Italie à pied et poussés par une voiture des forces de l'ordre, comme du bétail, c'est vous.
Les faux randonneurs qui font mine d'indiquer le chemin à des éxilés égarés qui quelques minutes plus tard tombent entre les mains de vos collègues qui les ramènent en Italie, c'est vous.
La répression et le découragement des solidarités et des idéaux de fraternité, jetés par dessus bord, c'est vous.
L'intimidation et le harcèlement des solidaires et de leurs familles, c'est vous.

Est ce que vous la voyez mieux, maintenant, la véritable bande organisée ?

Et nous, à l'heure où les frontières tuent, solidaires qui venont en aide, comme nous le pouvons, à des éxilés pour préserver leur dignité et leur intégrité, et veiller au respect des droits fondamentaux, nous aurions quelque chose à nous reprocher ? 
Se sentir rassuré et protégé, choisir l'endroit où l'on veut vivre sont bien les droits les plus élémentaires, ceux que nous tenons à faire respecter.

Le 22 avril 2018, pour cela, et parce que la veille des militants d'extrême droite déployaient, en toute impunité, des messages d'incitation à la haine raciale, nous avons juste osé marcher pour dire notre indignation.
Marcher, c'est être un homme de la terre. Le marcheur emprunte des chemins de terre. Il ne se sent pas supérieur,  mais au contraire pétri de cette terre qu'il foule de ses pieds, humble.
Humble qui vient de humus, ce mélange de matériaux d'origines et de provenances différentes, charriés par le vent, la pluie et l'eau.  

Nous y voilà. J'espère que vous voyez dans ce mélange qui donne au sol toute sa richesse et est garant de l'avenir. , une similitude avec ce qui nous arrive ici, dans ces montagnes, depuis plus de 2 ans.

Comme l'humus que, vous le vouliez ou non,, vous êtes vous mêmes, tous issus de la diversité. Celle des nombreux hominoîdes qui peuplaient la planète bien avant l'apparition de l'homme et bien avant que le concept de frontière ne soit inventé.
Rappelez vous aussi qu'il y a 500 000 ans des hommes sont partis de l'Afrique pour gagner l'Europe et ,qu'il y a seulement 6000 ans, oui, tous vos ancêtres européens avaient encore la peau noire.

Ces exilés ne nous arrivent pas par hasard mais à cause de l'action cumulée des guerres, de la colonisation, des échecs du développement économique et de la mutation climatique. La mutation climatique balaye toutes les frontières, sans que nous puissions ériger de mur. Plus personne n'a donc de chez soi assuré. Nous sommes tous potentiellement en exil. Même vous, que vos uniformes et vos costumes cravates ne mettent à l'abri de rien, peuvent être jetés sur les routes du jour au lendemain.

Vous avez donc beaucoup plus de commun que vous ne le pensez avec ces gens que vous osez violenter.

Vous pouvez continuer à rester hors sol, à vous boucher les yeux. Vous pouvez continuer à vouloir préserver la sécurité de vos fortunes personnelles et la permanence de votre bien être. Vous pouvez continuer à vous accrocher à des frontières par peur de perte d'identité, à ériger des murs d'indifférence, à croire que ce qui compte avant tout c'est de ne plus avoir à partager un monde dont vous pensez qu'il ne sera plus jamais commun.

Mais qu'aurez vous à dire à vos enfants ou petits enfants si, un jour, c'est à votre tour de prendre la fuite parce que des évenements vous rattrapent. Qu'aurez vous à leur dire si, au passage d'une frontière, on vous ordonne de retourner à l'endroit que vous avez quitté parce dans l'eldorado dont vous rêviez, il n'y a pas de place pour vous, qu'on piétine vos droits, qu'on vous maltraite, qu'on vous décourage, qu'on vous fait violence, qu'on vous surveille, qu'on vous déporte, qu'on vous ignore....
Rien, vous n'aurez rien à dire, parce que vous vous souviendrez et vous vous sentirez responsable du déluge que vous aurez engendré et qui s'abat sur vous.

J'invite chacun d'entre vous a se réveiller. Réfléchissez à ce dont vous dépendez pour votre survie et avec quels autres humains vous êtes en interdépendance. Vous verrez alors que vous serez amenés à vous déplacer très loin d'ici. Vous allez devoir traverser toutes les échelles d'espaces. Alors il n'y aura bizarrement plus de frontières et uniquement des hommes habitant la terre. Vous serez un homme de la terre.

Les délinquants ce ne sont pas nous.
C'est la loi qui est délinquante ainsi que celles et ceux qui l'appliquent. << Mais les lois sont de passage. Le sentiment de justice n'est pas de passage. La fraternité n'est pas de passage, ni sujette à variation >>.

La fraternité qui est le fait de reconnaître en l'autre quelque chose qui nous est commun, ne peut pas être à géométrie variable. La fraternité ne peut pas avoir de frontières. C'est ce qui fait la grandeur de cette notion. Il n'y a ni bonne, ni mauvaise fraternité. Lui donner une portée juridique et des limites, c'est la rabaisser, c'est la piétiner, c'est aller à l'encontre des droits humains fondamentaux.
Vous avez du culot d'invoquer le prétexte de préservation de l'ordre public car, que fabriquez vous dans tête de ces exilés avec votre façon de les accueillir, de les décourager, de les déporter, avec vos procédures administratives inhumaines... si ce n'est des germes de trouble à l'ordre public.

Nous, solidaires, nous invoquons un principe beaucoup plus réaliste de commune humanité. Nous continuerons d'organiser le défi d'un monde partagé, d'une vie collective et d'accompagner dans la recherche d'un sol durable des gens qui viennent à nous.

Lorsque la fraternité devient illégale parce qu'on lui donne des limites contestables, alors il faut désobéîr.


Benoit DUCOS
Le 17 juillet 2018

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