Récit d’une soirée en jaune…et en colère

Vendredi 18, on s’était décidé à une petite bande de camarades à rejoindre le rassemblement commun des gilets jaunes gapençais et de quelques syndicats (CGT et FSU visibles) à l’occasion des voeux de la préfète des Hautes-Alpes aux « corps constitués » du département, c’est à dire grosso modo tout ce que le 05 compte d’uniformes au garde à vous (militaires, flics, pompiers…), de patrons influents (chambre de commerce et compagnie, MEDEF local, syndicats du BTP…), de politicards locaux et de hauts technocrates d’Etat et de diverses institutions du coin. Autant dire un bon ramassis de pourris qui chaque jour nous exploitent, nous gouvernent, nous humilient et nous répriment ! Et là ils se faisaient payer la galette et le champagne avec nos impôts ! Alors que toujours plus de pauvres crèvent la dalle ici et ailleurs, et que ceux n’ayant pas les bon papiers de naissance se font traquer par les flics à la frontière pas si lointaine et subissent le racisme d’Etat, parfaitement orchestré par cette même préfète des voeux du soir.

Evidemment, il n’y en a pas eu un parmis tout ce gratin pour daigner s’arrêter discuter avec les quelques dizaines de manifestants ammassés sur le parvis, tous révoltés par l’injustice sociale ambiante. Non, l’élite politique et économique du département, à l’image de celle du pays, s’est gentiment fait escortée par un bon cordon de flics pour aller se goinfrer et écouter la préfète déblatterrer sur les actions super efficaces de l’Etat dans le 05, vers toujours moins de services publics, plus de cadeaux pour les patrons et le BTP local, des petites et grosses magouilles entre amis de la même caste…et évidemment pour une répression sans faille de la populace locale qui doit forcément rester docile tandis qu’une minorité festoie sur son dos.  Bon, on n’est pas rentré pour écouter – de toute façon on avait nous aussi notre galette dehors, et puis les discussions étaient plus intéressantes que le monologue déprimant de la préfète – mais pour sûr que la préfète a du faire son lot de petites blagues (amères) sur les gilets jaunes pecno du coin, arrachant probablement quelques sourires ou rires convenus dans l’assistance acquise à sa cause (du mépris des classes populaires). On est quand même content de leur avoir un peu gâché leur petite sauterie avec le boucan de la sono juste derrière leur salle, même si avec un soupçon d’audace collective on aurait probablement pu s’inviter aux festivités…

Un  petit groupe de gilet jaunes a ensuite proposé de bouger sur le péage de la Saulce pour ouvrir les barrières, en ce soir de forte affluence de week-end de ski. Aussitôt dit aussitôt fait, on se retrouve une petite 20aine peu de temps après sur la barrière de péage, l’ouverture des barrières et le détournement des caméras se fait en 30s chrono, sous le regard des quelques gendarmes ruraux postés là pour « s’assurer que tout se passe bien » (sic)… faut dire que l’équipe locale squatte le péage Vinci tous les week-end depuis 2 mois… De belles pertes financières pour Vinci…et une revendication simple et efficace qui fait mouche auprès de tout le monde : récupérons les autoroutes privatisées après que nos parents et grands parents les aient déjà payées ! Un bon symbole du hold up permanent des groupes privés sur les ouvrages et services publics, avec la complicité active de l’Etat et des politicards qui le dirigent…

Et cette fois ci des banderoles (« notre colère est légitime – amnistie pour les inculpés », « désarmons la police », « soldes macron », etc.) et tracts intéressants, un repas partagé improvisé et animé, des concerts de klaxon de soutien (même si certains en bagnoles de luxe n’avaient vraiment pas besoin du coup de pouce financier au départ de leur week-end ski de bourges…), et de bonnes discussions sur l’état du mouvement, les besoins d’organisation et de coordinations entre les groupes, la plateforme de revendication communes, et tutti quanti jusqu’à tard dans la nuit. Manquaient seulement quelques boîtes de collecte de prix libre pour les caisses de solidarités aux inculpés du mouvement social ici et dans tout le pays…promis on y pense la prochaine fois…

Tout le monde se quitte en appelant aux prochains RDV du mouvement, samedi 19/01 à14h à Forcalquier pour une manif’ de masse 04-05, dimanche 20/01 10h à Gap pour la marche des femmes contres les violences policières, mardi 22/01 à 18h au local de la CGT à Gap (maison des habitants du centre ville, en face de la prison) pour une comission sur le RIC (à ce sujet, lire l’artcile critique de nos amis de Exploités Enervés des Cévennes)… le mouvement semble parti pour durer dans le département, car la colère ne re-descent pas malgré les tentatives d’enfumage de Macron et de sa clique ! Encore plus précieux, des liens et affinités fortes se sont tissés depuis 2 mois de lutte, des solidarités multiples ont vu le jour (en interne du mouvement et avec les habitants du coin) et la découverte de la puissance de l’action collective galvanise un bon paquet de gilets jaunes, plutôt habitués précédemment à l’atomisation sociale et politique propres à notre société moderne ultra invidualiste. Et tout ça n’est pas près de s’effacer…

Alors, comme scandé sous les fenêtres de la préfète, nous aussi on veut moins de rois et plus de galette !! On reviendra !