Retour sur la manifestation du 20 avril à Montgenèvre

(italiano in basso)

Nous avions imaginé que ce serait un moment communicatif.

Bloquer les remontées de piste du Montgenèvre, en quelque sorte proposer aux touristes de faire l’expérience, ne serait-ce que pour quelques minutes de ce que c’est que de se trouver la route barrée, sans possibilité d’avancer.

Une action vouée à perturber quelque peu le petit théâtre qui se repète jour après jour, nuit après nuit, sur les pistes de cette station de ski. Les personnes blanches fusent joyeusement d’un côté puis de l’autre de la frontière sur leurs skis. Les personnes noires galèrent de nuit, finissent parfois en chaussettes dans la neige, ne vont évidemment pas plus vite que les motoneiges avec lesquelles les flics les pourchassent.

Si cette dichotomie admet bien évidemment quelques exceptions, liées à la possession des bons papiers et d’argent, elle décrit assez bien ce que de nombreuses personnes vivent et constatent dans cette zone de frontière, depuis quelques années.

On nous a suggéré que peut-être, le moment choisi n’était pas le bon. C’est vrai quoi, le week end de Pâques, pour certain·e·s, la seule possibilité de venir profiter un peu de la bonne neige artificielle que les canons du Montgenèvre déversent généreusement, à la nuit tombée. Et puis ptêt aussi qu’on aurait du penser un peu à la demi-journée qui allait sauter pour les pacifiques monos de ski.

Nous sommes sûrement allé·e·s un peu loin dans la mise en scène en barrant le passage. Les skieureuse n’ont pas voulu jouer le jeu, ont vite arraché la banderole tendue devant l’entrée du télésiège. La banderole où nous rappelions que cette frontière et son dispositif ont provoqué la mort de quatre personnes, en moins d’un an.

Ces quatre personnes s’appelaient Blessing, Taminou, Mamadou et l’une d’elle est restée inconnue. Toutes quatres sont mortes la nuit. Toutes quatres avaient choisi ce moment pour tenter la traversée, en espérant qu’ainsi elles échapperaient aux contrôles policiers.

De nuit, pour échapper aux délateurs, qui lorsqu’ils voient un noir marcher dans la montagne ou sur la route pour Briançon, apellent la police. Comme certainEs travailleureuses de la station de Montegenèvre. Ou certainEs touristes, qui s’illes se limitent souvent à la simple indifférence, parfois s’appliquent à la délation.

Bref, on nous a répondu à coup de skis, d’insultes et d’injonctions à aller travailler. « Qui meurt ici ? Je dois manger moi !» La deuxième partie de la phrase nous semble bien légitime : tout le monde doit manger. La première en revanche, nous laisse songeureuses… Qui sont donc ces personnes, qui semblent méconnaître autant le territoire sur lequel elles évoluent pendant toute une saison ?

Leur juxtaposition illustre ce que nous dénonçons : l’invisibilisation de la violence que tant de personnes subissent dans ces montagnes, qui permet de normaliser le racisme, la discrimination et l’exploitation. Accepter aveuglément ce qui se passe tous les jours sous nos yeux sans se poser de questions, c’est jouer le jeu de ceux qui prefèrent que nous ignorions tout cela…

Il y a eu d’autres perles : « Moi j’ai le droit de passer la frontière, parce que j’ai les bons papiers, et mon père travaille lui, c’est pas un dealer ! » Nous aurions beaucoup à dire, mais peut-être que celle-ci se passe de commentaires.

Finalement, les keufs nous ont accusé·e·s d’avoir été trop « virulent·e·s », quand nous avons lu devant eux les témoignages recueillis auprès des personnes exilées ayant subi les violences de la PAF. En effet, pour empêcher le blocage, ils se sont rangés devant l’entrée du télésiège, nous relayant somme toute. Des témoignages dans ce goût là, nous en avons recueillis beaucoup, et nous en aurions eu beaucoup d’autre à partager. C’est probablement le fait d’être en contact permanent avec cette violence là qui alimente notre virulence.

S’est ensuivie une rixe, entre un nombre certain de policiers et un certain nombre de manifestant·e·s. C’est à dire qu’ils ont cru opportun de procéder à l’interpellation de l’une d’entre nous.

Sans trop exagérer, au hasard la seule personne racisée du groupe. On peut citer le chef de l’opération, qui a lancé un élégant « Virez les tous, et choppez la black ». Peut-être est-ce de mauvais goût que de s’attarder sur ce détail ? Peut-être que les millions de personnes non-blanches vivant en France, en Italie ou essayant de passer les frontières de l’Europe auraient-elles plus de choses à dire, sur cette étrange réalité qu’est le contrôle au faciès…

Cette personne est a été placée en garde à vue à la PAF à 13h, et en est sortie vers 21h30.

Une dernière précision, pour agrémenter le tableau : pour une quarantaine de manifestant·e·s, sept camionnettes de gendarmerie mobile ont été mobilisées. L’intention était d’empêcher la contestation, et comme partout la répression guette, il semblerait que déranger l’ordre des choses, ou bien la bonne marche de notre système économique, soit devenu intolérable, immanquablement violent, trop quoi.

Si nous avons commis une erreur, c’est peut-être encore celle d’être prisonnieREs de nos rêves.La rage froide qui nous habite, celle provoquée par la violence, l’indifférence et l’injustice d’un système que nous tenons à dénoncer sous TOUS ses aspects, fait qu’on va continuer à déranger, communiquer, bloquer.

Peut-être juste qu’on fera preuve de plus d’imagination la prochaine fois. https://www.passamontagna.info/?p=936&lang=fr

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Sabato 20 Aprile 2019, ore 11, manifestazione alla frontiera italo/francese del Monginevro.

Avevamo immaginato questa manifestazione come un momento comunicativo.

Bloccare gli impianti di risalita delle piste, per offrire la possibilità ai turisti di sperimentare, anche solo per pochi minuti, che cosa vuol dire trovarsi con la strada bloccata e l’impossibilità di proseguire.

Un’azione dedicata a disturbare un po’ il teatrino che si ripete giorno dopo giorno, notte dopo notte, sulle piste di questa stazione sciistica. Di giorno i bianchi sfrecciano allegramente sugli sci al di là e al di qua del confine. I neri, di notte rischiano la vita per attraversarlo. Non vanno più veloci delle motoslitte con cui i poliziotti li inseguono.

Se questa dicotomia ammette ovviamente alcune eccezioni, legate al possesso di documenti e denaro, descrive abbastanza bene ciò che molte persone hanno osservato e vissuto in questa zona frontaliera negli ultimi anni.

Qualcuno ci ha suggerito che il momento scelto non era quello giusto. Dai, è vero, il week end di Pasqua, per alcun* l’unica possibilità di venire ad approfittare un po’ della bella neve artificiale che i cannoni del Monginevro riversano generosamente al calar della notte. E forse dovevamo pensare di più alla mezza giornata che i pacifici maestri di sci avrebbero perso.

È sembrato che ci siamo spinti un po’ oltre bloccando il passaggio. Gli sciatori non sono stati al gioco, strappandoci lo striscione teso di fronte l’ingresso della seggiovia. Lo striscione dove ricordavamo che questa frontiera e il suo sistema hanno causato la morte di quattro persone in meno di un anno.

Queste quattro persone si chiamavano Blessing, Taminou, Mamadou, e uno è rimasto ignoto. Tutte e quattro sono morte di notte.
Tutte e quattro avevano scelto quel momento per attraversare la frontiera, sperando che in questo modo sarebbero scampate ai controlli polizieschi.

Di notte, anche per sfuggire agli infami che quando vedono un nero camminare in montagna o sulla strada per Briançon chiamano la polizia. Come alcuni dei lavoratori degli impianti sciistici di Monginevro. O alcuni turisti, che se in generale restano nella semplice indifferenza, a volte si applicano all’infamia.

Insomma, ci hanno risposto a colpi di sci e d’insulti.
“Chi muore qui ? Io devo mangiare ! “. La seconda parte della frase ci sembra legittima : tutte noi dobbiamo mangiare. La prima invece… Chi sono queste persone, che sembrano conoscere cosi poco il territorio che vivono per tutta la stagione?

La loro giustapposizione illustra quello che denunciamo: l’invisibilizzazione della violenza che tanta gente subisce su queste montagne permette in qualche modo di normalizzare razzismo, discriminazione e sfruttamento. Accettare ciecamente quello che succede tutti i giorni sotto i nostri occhi senza farci domande, ci fa accontentare di risposte offerte da chi gli fa comodo lasciarci nell’ignoranza…

“Io posso passare la frontiera perché ho i documenti giusti e mio padre lavora, non fa mica lo spacciatore”. Queste alcune delle affermazioni gridate contro i manifestanti. Avremmo tanto da dire, ma forse questa frase si commenta da sola.

Infine, la polizia ci ha accusato di essere troppo “virulenti”, quando abbiamo letto davanti a loro le testimonianze raccolte presso chi ha subito la violenza della PAF (polizia di frontiera). Di queste testimonianze ne abbiamo raccolte tante. E’ probabilmente il fatto di essere in contatto permanente con questa violenza che alimenta la nostra virulenza?

È seguita una rissa, tra un numero certo di poliziotti e un certo numero di manifestant* perché hanno ritenuto opportuno di procedere al fermo per identificazione di una di noi.

A caso…l’unica persona nera del gruppo. Si può anche citare la facilità di linguaggio che è stata usata dal capo della polizia per indirizzare la sua squadretta: “Allontanateli tutti, prendetevi la black”. Forse potrebbe risultare scivoloso soffermarsi su questo dettaglio? Forse le milioni di persone non bianche che vivono in Francia, in Italia o che cercano di attraversare le frontiere europee avrebbero qualcosa di più da raccontare sulla strana realtà del controllo casuale basato sul colore della pelle?

Questa persona è stata messa in garde à vue presso la PAF alle 13:00, e rilasciata intorno alle 21:30.

Un ultimo chiarimento, per rendere l’immagine più nitida: per circa quaranta manifestanti, sono stati mobilitati sette furgoni della gendarmeria mobile. L’intento era quello di stroncare la contestazione, come ovunque la repressione è in agguato, sembrerebbe che disturbare l’ordine delle cose o il buon funzionamento del nostro sistema economico, sia diventato intollerabile, inevitabilmente violento.

Se abbiamo commesso un errore forse è sempre quello di essere prigionieri di un sogno. La fredda rabbia che ci abita, quella causata dalla violenza, dall’indifferenza e dall’ingiustizia del sistema che vogliamo combattere in TUTTI i suoi aspetti, fa si che continueremo a disturbare, comunicare e bloccare.

Solo la prossima volta saremo più creativi.

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