La vendetta de Roger Didier et les avant-premières du procès en appel

Hey salut ! Ça faisait longtemps qu’on ne vous avait pas donné de nouvelle ! Permettez-nous de rattraper le temps perdu. Il s’en est passé des aventures depuis le jour ou le tribunal de gap décidait de nous accorder un délai de 30 mois. Et ceci est rare de voir un squat bénéficier d’une période de répit aussi importante.

Voici donc la suite de la saga : la vendetta de Roger et les avant-premières du procès en appel. Car ce n’est pas une audience au tribunal qui attend le CÉSAÏ ce mois-ci, mais trois. Si, si !

Attendez, on vous explique. Comme dans toutes les sagas, commençons par un résumé de l’épisode précédent. Vous verrez, ça aide à mieux comprendre notre protagoniste : Roger 1er.

Résumé de l’épisode précédent : Nous sommes au printemps 2019. A cette époque la ville de Gap (propriétaire officieux de la maison) avait mit un maximum d’énergie pour nous rendre la vie dure. Ils nous avaient assigné en référé d’heure à heure, procédure expéditive qui leur permettait de faire juger le contentieux rapidement. Nous laissant donc moins de temps pour organiser notre défense.

Roger Didier avait, en parallèle, envoyé une lettre à la préfecture demandant explicitement l’évacuation illégale du Cesai, sans aucun respect pour la procédure qui venait à peine de commencer. C’est cette même personne qui, au conseil municipal, aime donner de grandes leçons sur la loi et la démocratie.

Afin de préparer son plan de bataille, il demanda au tribunal l’autorisation de rentrer à l’intérieur de la maison avec la police et un huissier, soit disant pour vérifier les identités des occupant.e.s. Cette manœuvre a consisté en réalité à relever des éléments qui, potentiellement, pouvaient donner motivation au tribunal d’ordonner notre expulsion. En ce qui concerne le noms des habitant.e.s, ils sont repartis avec les mêmes noms qu’ils avaient déjà et qui était inscrits sur la boite aux lettres.

Le jour de l’audience, leur avocate présenta un dossier ultra-alarmiste faisant état d’urgence et de dangereux danger : notre maison était insalubre. À tel point qu’on allait tous mourir électrocuté.e.s puis brûlé.e.s vif.ve.s avant que tout le quartier ne s’écroule… C’est sûr c’était bien mieux quand une trentaine de personnes dormaient devant les portes de la préfecture en début d’automne 2018 !

Bref sa manœuvre ne payera pas le collectif du CESAI SE BATTERA CORPS ET AME.

Nous avons su démontrer l’importance de notre maison et, pour une fois, le tribunal a pris une décision raisonnée par rapport a la situation des habitant.e.s.

Le lendemain du verdict, Mr le maire publia un communiqué de presse sur le facebook de la ville de gap. Il s’y indigne de la décision, arguant que cela permettait à certaines personnes de ne pas payer de loyer pendant que d’autres familles tout autant démunies, galéraient à régler les leurs.

Que se cache t-il derrière cette phrase, si ce n’est l’envie de monter des pauvres contre des pauvres afin de créer tension et haine là ou il n’y en avait pas ? La grande question qu’on est en droit de se poser est : qu’est ce que Roger a fait en tant que maire pour aider ces familles aux fins de mois difficiles ???

Une autre phrase suscitera notre attention « Je ne discuterai pas la décision du tribunal ».

Mr le maire aurait-il un cœur d’artichaut pour nous émouvoir autant en une seule ligne ? Les paris étaient ouvert et on aurait presque pu y croire. Mais notre naïveté a ses limites. Pourquoi se priverait-il de faire appel, étant donné qu’il l’avait déjà fait contre la maison Cezanne ?

Dans la dernière semaine du délai légal, notre avocat nous confirme que la ville faisait appel de la décision de justice. Roger n’a donc pas de parole, rien de nouveau sous le soleil, on s’en doutait.

Pardon pour ce texte un peu long mais c’est maintenant qu’arrive le partie intéressante. Celle que vous n’avez peut-être pas pu suivre à cause des vacances.

La Vendetta de Roger 1er

On est début juillet, le soleil est de la partie et la chaleur est au rendez-vous. Un cocktail parfait pour ronronner tranquillou le chat sur notre petite terrasse du premier étage. Le bon temps ne fut que de courte durée. Notre béatitude fut rompue par l’acharnement de quelques policier véreux et agents de la ville, obéissant aux ordres du parrain Roger venus pour enlever notre banderole.

Ce geste pourrait paraître anodin, après tout ce n’est qu’un morceau de tissu. Mais derrière cet acte, c’est la volonté de faire taire une lutte qui apparaît, de nettoyer toute trace de revendication contre les frontières et leur monde.

Il faut surtout pas que les touristes se posent des questions pendant leurs vacances. Nous décidons de ne pas lâcher l’affaire, nous récupérons la banderole et la remettons à sa place. Cet épisode se répétera plusieurs fois en moins d’une semaine. Un véritable acharnement.

La ville va jusqu’à ramener une nacelle élévatrice. N’a t-elle pas de chose plus importante à faire que de monopoliser des agents et mettre des moyens démesurés pour enlever une petite banderole ? On frôle le n’importe quoi. Quelques jours plus tard nous découvrons un communiqué de presse du Maire affirmant vouloir nous éradiquer. Roger ne fait pas dans la dentelle : le choix des mots est lourd de sens. Il fût une époque ou les nazis parlaient aussi d’éradication. L’histoire nous a montré où la folie d’un homme peut nous mener.

Il nous accuse de manière diffamatoire de presque tous les problèmes rencontrés dans la ville. Selon ses dires, une pétition contre le Cesai serait en cours et une réunion publique aurait eu lieu avec les commerçants et le voisinage se plaignant fortement de notre présence. Une « colère sourde chez les résidents de ce quartier du centre-ville » serait en train de « prendre une ampleur jamais connue à Gap ».

Après quelques jours d’investigation et de longues discussions avec plusieurs voisins, nous comprenions que tout ceci n’était qu’une manœuvre de la part de Roger pour attiser des tensions. La fameuse pétition avait pour objet les nuisances sonore en ville de manière générale et ne nous ciblait pas directement. De la même manière, en réalité aucun riverain ne s’est plaint « d’incivilité » ni de « comportement agressif », contrairement à ce qu’il affirme. Seulement du bruit jusqu’à dix heures du soir. Rien de transcendantal en centre ville. Aucune « colère sourde » ne monte dans le quartier. En fait, les personnes qui nous détestent sont très minoritaires. Le maire est seul dans cette histoire. C’est tout de même avec habilité qu’il a détourné le sens de cette réunion soit-disant publique et réussi à remonter quelques voisin.e.s réactionnaires et sympathisant.e.s du Rassemblement National contre nous.

On doit lui reconnaître ce talent de manipulateur. Ce qui nous invite à nous demander si il est un habitué de cette technique, pour être aussi bon dans ce domaine. Car les constats parlent d’eux même.

Deux jours après, la mairie nous installe une caméra devant la porte de notre maison. Histoire d’entretenir une forme de pression. Puis quelques temps plus tard nous recevons la visite de la police (agents et gradés) venant faire de la médiation. En effet, depuis le communiqué du maire 3-4 voisin.e.s réac’ d’extrême droite se sentent pousser des ailes. Allant jusqu’à nous menacer de mort devant des agents de la bac stoïques ! On n’en demandait pas tant, on sait qui sont les électeurs de Marine.

L’échange avec les policiers médiateurs a été courtois. Notre discussion a tourné autour des nuisances sonores et nous avons expliqué que nous faisions le maximum pour porter un point d’attention à cette problématique. Le papotage se poursuit, portant ensuite sur un habitant ayant des problème psys, qui occasionne quelques situations rocambolesques en ville et a proximité de la maison.

Nous faisons comprendre à la police que l’on fait de notre mieux pour cohabiter avec lui, et pour faire l’interface entre lui et les voisins quand c’est nécessaire. Nous leur précisons que nous ne sommes pas soignant.e.s et qu’il lui faudrait peut-être une place dans un établissement spécialisé. Avant de partir les agents nous on dit « on va s’occuper de lui». Dès le lendemain, plus aucune nouvelle de l’ami en question. Une semaine plus tard, une personne du réseau nous apprend qu’il a été transféré par la police de Gap au centre de rétention de Nice ! Effectivement ils s’en sont occupés… Sacrés enflures ! La semaine qui suit c’est au tour de la DDCSPP de rentrer en scène en venant toquer à notre porte, soucieux de l’avenir des habitant.e.s.

Aurions nous loupé un épisode ? Cela fait des années que le collectif Un Toit Un Droit et bien d’autres essaient de les faire bouger pour permettre aux personnes en exil de trouver un hébergement, et jamais ils n’ont daigné bouger le petit doigt. Pas besoin d’être visionnaire pour avoir une lecture de ce qu’il se trame, tellement la mascarade est limpide. Le CESAI occupe le carré de l’imprimerie où était censé se réaliser un projet d’urbanisation qui n’a jamais abouti car la ville ne possède qu’une petite partie du foncier. Bizarrement depuis que nous y sommes, Roger pleurniche comme un enfant qui n’a pas eu son jouet, menaçant l’état de retirer la ville de Gap du dispositif « cœur de ville » si rien n’est fait contre les résidents.

Dans cette visite impromptue, nous voyons clairement l’action du Parrain, surtout qu’au détour d’une phrase, ils avouent n’avoir rien à nous proposer. Toutefois nous laissons la porte ouverte à la discussion avec la DDCSPP et nous sommes curieux de savoir comment ils comptent nous aider.

Pendant cette période de cohue, 4 copain.e.s ont été entendu.e.s en audition libre pour trois enquêtes à la demande du procureur de Gap. L’occupation de la préfecture en janvier dernier et deux autres affaires de dégradations. Mr Balland (proc) est généreux, il fait des pack familiaux : un savoureux mélange d’affaires n’ayant rien en commun en une seule et même instruction.

Revenons à nos moutons car les rebondissement ne sont pas terminés. Roger est en pleine vendetta : il n’est pas concevable pour lui qu’une petite poignée d’irréductibles s’oppose au Don Corleon Gapençais.

Des procès en avant-première !

C’est alors qu’on croyait le caprice de Roger terminé, qu’il abat son joker : des policiers viennent – encore – nous rendre visite. Cette fois-ci c’est pour nous remettre en main-propre une convocation. Nous recevrions, le 11 septembre prochain, la visite d’une commission de sécurité sur demande du seigneur.

Après avoir voulu nous éradiquer, voici qu’il veut s’assurer que nous ne soyons pas en danger !

Le hic, c’est qu’il semble maintenant nous considérer comme, non plus des SDF, mais les « exploitants d’un Établissement Recevant du Public (ERP) ». Des déléguées de la mairie, de la préfecture, ainsi que des pompiers nous ont donc demandé de leur fournir « le registre de sécurité », avec notamment « l’état du personnel chargé du service incendie, les dates d’exercices (évacuation, entraînement) » etc. Le temps de trouver nos mots, et nous tentions une réponse.

« Hum, désolé.e.s, Mesdames et Messieurs les pompiers et représentantes des autorités, il doit y avoir une erreur. Nous ne sommes pas une entreprise, mais de simples squatteurs.euses. « CESAI » n’est pas une personne morale, mais le nom que nous donnons à l’immeuble que nous habitons. Nous ne sommes pas en mesure de vous donner le moindre de ces documents car nous n’avons pas de personnel. Par conséquent, nous pensons que votre visite est sans objet. Aussi, nous ne vous laisserons pas rentrer. »

Autant vous dire qu’il y a eu un léger malaise…

Ni une ni deux, notre représentant préféré se fend d’un arrêté prescrivant travaux en date du 13 septembre, soit deux jours plus tard, dans lequel il nous ordonne d’évacuer les lieux immédiatement et de tout mettre aux normes ERP dans un délai d’un mois, sous peine de poursuites pénales et de sanctions qui-font-peur. Qu’importe si la justice nous avait accordé trente mois. Qu’importe si le procès en appel n’aura même pas encore eu lieu à la fin de son délai ridicule. Monsieur le maire, fils de maire, a parlé.

Pourquoi tout ça ? Il semblerait que les deux raisons officielles soient :

– L’immeuble aurait toujours été un ERP, indépendamment du fait qu’il soit occupé ou pas. Étrange, car la mairie compte introduire en justice un document attestant qu’il est interdit au public depuis 2013…

– Une cheminée pourrait être dangereuse. Ce qui est drôle, c’est qu’en première instance la mairie a pris cette cheminée pour un pilier soutenant le plafond et en a déduit que tout allait s’effondrer. Maintenant, ce n’est plus un pilier mais une cause possible d’intoxication au monoxyde de carbone ou d’incendie. Est-ce que tous les possesseurs de poêle à bois ou de cheminée se font visiter par de telles commissions de sécurité ? Nous en doutons…

Les normes ERP sont les plus sévères, évidemment. Elles sont normalement réservées aux salles de concerts, magasins etc. et imposent des précautions drastiques liées à la présence d’un flux important de personnes. C’est bien sûr inutile dans le cas d’une habitation : un immeuble HLM n’est pas un ERP par exemple.

La mairie et la préfecture font décidément preuve d’une hypocrisie sans borne. Selon ce qui les arrange, nous sommes gratifié.e.s, dans leurs documents officiels, tantôt du statut « d’occupants sans droit ni titre », tantôt de celui « d’exploitants d’un établissement recevant du public ». Mais le pire est sans doute qu’à les écouter, on croirait presque que c’est pour notre bien que ces gens veulent nous mettre dehors.

Surtout, nous devons éviter de mourir intoxiqué.e.s ou brûlé.e.s dans la maison, mais si nous mourrons de froid ou autre dans la rue, là ce n’est plus un problème. Le 27 septembre, rebelote !

« Bonjour, c’est la commission de sécurité. – Encore ?! Mais on ne vous a pas déjà dit que vous n’étiez pas les bienvenus ? – On s’en fout on veut rentrer. – Hé d’ailleurs, selon la loi, vous avez obligation de nous prévenir. Vos policiers ne sont pas venus nous remettre la convocation en main propre cette fois-ci ! – Blablabla… Mais si, mais vous ne les avez peut-être pas vu… Blablabla… De toute façon, on reviendra jusqu’à ce qu’on puisse rentrer… Blablabla. »

S’en suit un discours plein de mauvaise foi, d’hypocrisie et de bonne conscience de la part des « autorités ». Re-malaise. Un peu plus teinté de colère cette fois. Des déblatérations, des éclats de voix, trois petits tours et puis s’en vont. C’est pas trop tôt !

Une semaine plus tard, un avis de passage du facteur apparaît dans la boite aux lettres : c’est un courrier recommandé adressé à « Centre Social Autogéré de l’Imprimerie », sans aucun autre nom. On vous épargne la mission que c’était pour le récupérer à la poste, sans pièce d’identité au nom de Centre Social Autogéré de l’Imprimerie.

C’est une assignation en référé (hé oui, encore) « mesures utiles » au Tribunal Administratif de Marseille. Le maire demande, entre autres, le droit pour la commission de sécurité de pénétrer chez nous avec le concours de la force publique. L’audience a lieu jeudi 10 octobre à 14h30, soit dans moins d’une semaine.

Sympa ! Décidément on n’a pas le temps de s’ennuyer à Gap ! Enfin, peut-être que le maire si. Lui, on dirait qu’il n’a que ça à foutre : nous pourrir la vie. C’est con parce que nous avions justement l’intention d’effectuer un recours en référé pour annuler l’arrêté du Parrain. Du coup on va devoir aller deux fois au TA, avant d’aller à la cour d’appel… Tout ça en un mois !

Au programme, donc :

– le 10/10, le référé du maire qui veut inviter des pompiers chez nous pour l’aider à nous foutre dehors le plus vite possible tout en nous donnant des leçons sur comment on doit vivre en sécurité.

– le ?/10, notre référé pour tenter de couper court aux velléités de toute puissance du seigneur de Gap. La date est encore inconnue mais l’audience devrait avoir lieu avant le 28.

– et le 28/10, le procès devant la cour d’appel de Grenoble. Ce mois d’octobre s’annonce chargé. La suite au prochain épisode…

Allez, à la revoyure ! ACABisous !

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