Louise, infirmière libérale, née en 1989

A tous ceux qui ont arraché la conservation de leur régime de retraite

Tant mieux pour vous, sincèrement, tant mieux si la précarisation se limite. 

Moi, je sais que je n’ai pas de quoi négocier. 

Entre obligation de continuité des soins et responsabilité morale, mon droit de grève est bien invisible…

Parce que si j’arrête de bosser, les seules personnes que je laisse dans la merde, ce sont mes patients, pas les décideurs politiques du gouvernement.

Parce que, 

je ne peux pas clouer un avion au sol, 

je ne peux pas immobiliser un train, 

je ne peux pas bloquer une route avec une file de tracteurs, 

je ne peux pas jouer les escargots, en 35Tonnes sur l’autoroute

Alors sûrement, j’irai bosser pour gagner moins et plus longtemps ; si j’arrive jusque là. 

Parce qu’ à aider les personnes au quotidien, à accompagner leur corps, bien souvent écouter leurs angoisses et parfois se taire quelques instants pour une âme qui passe, on vieillit vite.

Parce qu’à faire 1000 bornes en une semaine, avoir des amplitudes horaire de 16 heures, être sur la route n’importe quel jour de l’année, par n’importe quel temps, répondre au téléphone à n’importe quelle heure du jour et parfois se lever la nuit puis y retourner encore quelques heures tard, on vieillit vite. 

Parce qu’à force de mouvements répétitifs, de positions parfois acrobatiques dans des salles de bains exiguës… 

non,non, je ne divague pas, je parle bien d’accompagner des personnes âgées dans leur quotidien, dans leur douleur, dans leur solitude trop souvent, on vieillit vite.

Mais on apprend. On écoute ce que nos anciens nous disent. 

Souvent vous les entendez dire « on ne peut pas être et avoir été ».

Mais ce que nous devrions entendre, dans les silences, serait plutôt 

« nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes ». 

Je nous souhaite d’avoir construit d’assez grandes solidarités pour ne pas vieillir et mourir seul, pour être accompagnés. 

Et c’est aussi pour ça que j’ai choisit ce métier, mais pour le défendre, je n’ai pas de quoi négocier. 

Finalement ça n’a pas beaucoup d’importance… à quoi bon négocier,

si c’est pour vieillir vite

à gagner sa vie

à accompagner les vieux -que nous sommes-

alors vivons mieux

rêvons tout

réinventons tout ça

Louise, infirmière libérale, née en 1989