Tous les États, toutes les armées, tous les nationalismes tuent.

Nous exigeons un corridor humanitaire maintenant, appelons à une véritable solidarité et à des caravanes vers la Grèce, la Turquie et la Syrie.

Depuis la semaine dernière, plusieurs dizaines milliers de Syrien.ne.s, Afghan.e.s, Irakien.ne.s tentent de passer la frontière pour l’Europe, après l’annonce de la Turquie d’ouverture de ses postes frontières. Ils font face aux tirs de grenades lacrymogènes de la police grecque, mais aussi aux balles réelles : deux réfugiés Syriens ont été tués depuis ce lundi 2 mars, près de la ville frontière d’Ipsala, il y a 6 blessés graves et combien de disparu.es.

Lundi aussi, un enfant réfugié est mort après un naufrage de bateau au large de l’île grecque de Lesbos. Dans les îles de la Mer Egée, près de 40.000 personnes sont parquées dans des camps, dont 21.000 dans le seul camp de Moria, dans l’attente indéterminée de rejoindre le continent. Elles sont régulièrement la cible de l’extrême droite grecque, qui a repris émeutes, blocages de routes et attaques des bateaux en détresse. La police grecque intervient peu, quand elle n’exerce pas elle-même ces violences, et tout porte à croire que l’Etat grec laisse le champ libre à l’extrême-droite.

En 2018, plus de 2000 personnes sont mortes dans la traversée de la mer Egée.

Mais ce n’est pas un drame humanitaire qui se joue : il faut sortir du silence les causes politiques de l’exil.

Le 27 février, c’est suite à la mort de 33 militaires turcs dans les bombardements russes en Syrie, que la Turquie annonce l’ouverture de ses postes frontières et appellent les réfugiés à rejoindre la Grèce. Le lendemain, la Grèce fermait sa frontière nord à Kastanies, alors que des forces de police sont déployées le long de la rivière Evros, qui constitue une périlleuse traversée pour les réfugié.e.s.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie d’Erdogan se prête à ce genre de marchandage avec l’Union Européenne. Le pacte migratoire conclu par l’Europe en juin 2016 prévoit le renvoi systématique des réfugié.es vers la Turquie en échange de 6 milliards d’euros. Le régime turc menace régulièrement d’ouvrir sa frontière avec la Syrie à plus d’un million de Syriens et Syriennes, pris au piège, qui tentent d’échapper aux bombardements de Bachar Al Assad. Dans la balance, sa volonté d’un accord d’exclusion aérienne à Idleb et de stabiliser les territoires conquis en Syrie.

Erdogan est un fasciste qui n’a jamais été l’ami des rebelles, ni des peuples de Syrie. Si tel avait été le cas, il aurait concentré son soutien aux mouvements émancipateurs. Au contraire il a concentré ses troupes pour massacrer les Kurdes, faire grandir Daesh et les milices djihadistes. Pour les ressortissant.e.s Syriens (comme Afghans ou Irakiens), il ne fait pas bon vivre sous le régime turc, où l’hostilité est croissante.

Coté syrien, le régime de Bachar Al Assad poursuit sa reconquête des zones rebelles, qui avaient échappé à son emprise à la suite de la révolution de 2011 (dans la suite des « Printemps arabes »). Des formes d’auto-organisation avaient émergées à Deraya, Douma, Idleb, qui avaient retrouvé un goût de liberté. Puis, en pleine contre-offensive du dictateur, soutenu par ses alliés russes et iraniens, les révolutionnaires avaient été contraints de poursuivre la lutte sous le joug de milices, armées par les pays du Golfe, la Turquie, les États-Unis : la révolution syrienne a été confisquée, par le jeu des proxy-war (guerres interposées).

Depuis lors, l’État syrien et de ses bailleurs de fonds étrangers pratiquent une politique de la terre brûlée : plus d’un demi-million de morts, un pays en ruine, 80% de la population dans la pauvreté, la prison et la torture systémique pour les opposants. Fin 2019, l’État syrien a entamé des représailles sans précédents sur la province d’Idleb, au nord de la Syrie, dont les habitant.es sont assiégés. Plusieurs millions de personnes vivent dans une prison à ciel ouvert, sous les bombes. Chaque famille est touchée.

Aujourd’hui, malgré la violence de l’État syrien, seule 11% de la population syrienne réfugiée est arrivée en Europe. 3.6 millions de Syrien.ne.s attendent en Turquie. Malgré les droitistes qui prônent le retour « à la normale » avec le régime d’Assad, la Syrie ne sera plus jamais un pays sûr : les garanties de retour des réfugié.e.s syriens, prévues lors des négociations internationales, n’ont jamais été respectées, les jeunes sont systématiquement enrôlés de force et servent de chair à canon sur les fronts de Bachar.

Cette situation est connue et les États européens sont complices :

* complices, car leur unique réponse est le soutien diplomatique et financier à la Turquie d’Erdogan (l’union européenne vient de lui proposer 1 milliard de dollars) ;
* complices, dans l’attente d’un retour en grâce du dictateur syrien Bachar Al Assad, dont ils n’hésiteront pas à serrer à nouveau la main ensanglantée du sang des révolutionnaires ;
* complices de fait des Talibans en Afghanistan, où les puissances impérialistes sèment la guerre depuis 40 ans, mais où l’Europe n’hésite pas à renvoyer les demandeurs d’asile ;
* complices de faire des réfugié.e.s en Europe les boucs émissaires de leurs desseins géopolitiques, attisant la xénophobie et le nationalisme ;
* criminels, à force d’investir des milliards dans la guerre géopolitique au Moyen-Orient et contre les réfugié.e.s, pour payer la police des frontières extérieures de l’Europe, Frontex, les polices grecque et bulgare à qui cette gestion meurtrière est confiée.

Toutes les Etats, tous les nationalismes, toutes les armées tuent.

Notre solidarité doit s’attaquer aux raisons profondes de l’exil et se doubler d’un soutien actif à toutes les révolutions populaires. Il faut faire grandir une campagne mondiale contre cette guerre internationale qui ne dit pas son nom.

Il est temps de défoncer les frontières européennes, et tous les États criminels !

El Manba, AlarmPhone