Deux articles d’analyse sur la frontière franco-italienne dans le briançonnais

La revue de géographie alpine a réalisé un numéro sur les réfugiés et la montagne. Loin de l’urgence et de l’analyse sur le fait, ce type de texte permet de prendre du recul sur les événements en les mettant en perspective. Deux articles ont attiré mon attention et méritent d’être lu tranquillement afin d’affuter nos réflexions sur nos rapports à cette localité, son histoire et son évolution en fonction des évenements.  Le premier s’intéresse à la notion de « montagne-refuge », retrace une histoire de ce concept, comment la montagne est aujourd’hui vu comme un lieu où la solidarité s’appliquerait de façon « naturelle ». Le second s’intéresse au maintien de l’orde à la frontière franco-italienne dans le briançonnais, analyse la traque policière comme technologie de domination.

Montagnes en bataille. Une géopolitique du refuge depuis la vallée de la Clarée

Résumé

A la fin du xxe siècle, plusieurs grands projets d’aménagement du Briançonnais ont été mis en déroute par diverses mobilisations collectives. De nouvelles initiatives contestent désormais la ségrégation socio-spatiale des personnes exilées qui tentent de traverser la frontière en dépit de leur militarisation violente et dans un contexte de médiatisation sensationnaliste des évènements. Cet article étudie les discours produits autour de ces luttes ainsi que l’essor de certaines mémoires, et en particulier celle d’Émilie Carles (1900 – 1979). Il considère leur impact sur les perceptions de la « montagne » en faisant l’hypothèse qu’ils peuvent participer aux dynamiques d’essentialisation des espaces montagneux et de naturalisation de leurs habitant·es. Ses conclusions montrent que le thème de la « montagne-refuge » est réactivé et enrichi par le travail politique des mémoires locales. A travers une approche de géographie critique, cet article contribue aux réflexions sur le devenir des espaces montagneux en déployant une analyse politique des figures du refuge et en articulant les questions de l’exil et de l’écologie.

Plan

Défendre la vallée face aux grands projets
Raconter la Clarée à travers Emilie Carles
« La vielle dame indigne »
Les traversées de la vallée
Le devenir-refuge des espaces montagneux

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La traque policière des étranger·es à la frontière franco-italienne (Hautes-Alpes) comme « maintien de l’ordre » social et racial

Résumé

À la frontière franco-italienne du Briançonnais (Hautes-Alpes), le contrôle des étranger·es en situation irrégulière par la police aux frontières (PAF) opère de manière discrétionnaire, ciblant a priori les individus à contrôler. Les pratiques policières mobiles prennent la forme de traques des personnes racisées à travers le massif montagneux. Ces pratiques exposent les étranger·es irrégularisé·es aux dangers du milieu de haute-montagne et s’inscrivent dans un continuum de violences policières et administratives à leur égard. Le contrôle migratoire dans le Briançonnais éclaire d’une part la manière dont la montagne peut être intégrée à des stratégies de pouvoir qui participent à produire la domination de certains groupes sociaux ; et d’autre part, le fait que les frontières contemporaines, facilitant la mobilité des populations étrangères « légitimes » et entravant celle des populations étrangères « indésirables », fonctionnent grâce à une identification des individus et une différenciation des populations selon des critères de classe et de race. La persistance des traques, ou « chasses policières aux humains illégaux » (Chamayou, 2010), comme technologie de contrôle interroge plus largement la manière dont le contrôle migratoire aux frontières françaises s’inscrit dans un « présent colonial » (Gregory, 2004).

Plan

Introduction
Le ciblage des étranger.es « à arrêter »
La construction sociales de l’identification raciale
La traque comme technologie de domination
La traque comme disparition, et la lutte pour la visibilité
Conclusion

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