Deux articles d’analyse sur la frontière franco-italienne dans le briançonnais

La revue de géographie alpine a réalisé un numéro sur les réfugiés et la montagne. Loin de l’urgence et de l’analyse sur le fait, ce type de texte permet de prendre du recul sur les événements en les mettant en perspective. Deux articles ont attiré mon attention et méritent d’être lu tranquillement afin d’affuter nos réflexions sur nos rapports à cette localité, son histoire et son évolution en fonction des évenements.  Le premier s’intéresse à la notion de « montagne-refuge », retrace une histoire de ce concept, comment la montagne est aujourd’hui vu comme un lieu où la solidarité s’appliquerait de façon « naturelle ». Le second s’intéresse au maintien de l’orde à la frontière franco-italienne dans le briançonnais, analyse la traque policière comme technologie de domination.

Continue reading

Mobilisation populaire face à la loi « Sécurité Globale » le 17 nov à Aix et Marseille

Surveillance de masse et répression en temps réel : La Loi « Sécurité Globale »,
ou comment la France entre en catimini dans l’ère de Big Brother.

Des organisations et habitant·e·s de la Métropole Aix-Marseille se mobilisent ce 17 novembre contre la loi
« Sécurité Globale ». Ce projet de loi est une preuve supplémentaire de la volonté du gouvernement d’accélérer et
d’intensifier son approche autoritaire et répressive du maintien de l’ordre, au mépris des libertés fondamentales.

Deux manifestations déclarées sont prévues mardi 17/11, dans le respect des règles sanitaires :
• à Aix-en-Provence à 12 h, place de la Mairie, code vestimentaire : masque blanc et vêtements noirs.
• et à Marseille à 18 h, place des Chartreux.

Et au cas où, voici un lien vers le communiqué de presse : https://ncloud.zaclys.com/index.php/s/nAycDCnj9bQdCdt

Bien à vous,

-- 
COLL•E•C - Collectif d'Échanges Citoyens du Pays d'Aix
collecpa@riseup.net
Suivez nous sur : https://mobilizon.fr/@collecpa

Merci « la Giraud taxe »!

Le Collectif ADIEU GLACIER 05 Action Locale Pour l’Ecologie et le Social s’inscrit dans l’appel national contre la réintoxication du monde, et à une seconde vague d’actions coordonnées, pour faire suite à l’appel du 17 juin.

Dans la première moitié de l’année 2020, le déferlement viral a provoqué un ralentissement inédit de la marchandisation et de la destruction de la planète. Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis… avec une baisse de la pollution, une amélioration de la qualité de l’air, la sauvegarde de la biodiversité, etc.…). Nous devons maintenant agir concrètement pour qu’elle ne se relance pas.

C’est pour donner une nouvelle fois corps à ce front commun, frappant par son énergie et sa diversité, qu’un ensemble de collectifs a décidé d’appeler à une seconde vague d’actions le 17 novembre prochain. +d’infos : https://agir17.noblogs.org/

Et dans les Hautes-Alpes le 17 novembre ?

Merci la « Giraud TAXE » !

L’amendement du député des Hautes-Alpes et secrétaire d’Etat Mr Giraud permet la privatisation des routes nationales, il a été voté en aout 2020. Allons-nous vers une privatisation de la Rocade de Gap ? Devant un chantier qui va coûter 56,3 M€ au lieu de 36 M€, la gestion de la Rocade pourrait se faire par Vinci ! Merci qui ? Quelle politique de transport public voulons-nous ? Toujours plus de voitures et pas suffisamment de transport public, de pistes cyclables… Accepterons-nous que toujours plus de biens communs soient gérés pour satisfaire les intérêts privés ? Et une fois de plus, va-t-on laisser s’exercer le principe de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits ? Toujours plus de biens communs pour des intérêts privés…

Le collectif Adieu Glacier 05 dénonce l’incohérence d’un tel projet. A vouloir faire payer encore plus le trajet domicile-travail, l’État favoriserait un trafic à « deux vitesses » entre ceux qui ont les moyens et les autres. Ou alors devra-t-il « subventionner » ces trajets pour alléger le budget des Français les plus modestes ? Une nouvelle usine à gaz, qui enrichirait un peu plus les sociétés d’autoroutes au détriment des contribuables. Une fois de plus, le principe de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits risque d’être le résultat de cette taxe et celui d’un monde où tout devient marchand.

Pour aller plus loin :

https://www.franceculture.fr/economie/autoroutes-dans-les-coulisses-dune-privatisation-tres-controversee

Gap noyée sous le béton !

Stoppons le bétonnage intensif des champs qui nous nourrissent : en France la surface d’un département est couverte de béton tous les 5 ans !

L’étalement urbain ravage les espaces naturels et agricoles. Nous assistons à un effondrement de la biodiversité, doublé d’une perte de terres cultivables. Gap a remplacé ses champs et la possibilité de produire une alimentation locale par des lotissements disproportionnés.

Cette extension incohérente multiplie les déplacements motorisés ce qui génère l’accroissement
des particules fines dans la ville ainsi qu’une nette dégradation de la qualité de l’air. À Gap, 1 jour sur 5, l’air est de mauvaise qualité ou de qualité moyenne ! (Sources Atmosud/European air quality index).

Le PLU de l’agglomération Gap-Tallard a permis l’artificialisation de centaines d’hectares agricoles et naturels, STOP !

Rocade de gap : se réjouir ? se désoler ? se méfier ?

Comme dans de nombreuses autres villes, la rocade de Gap était prévue pour, avec 36 millions d’euros, « Dévier le trafic de transit et d’échanges de l’agglomération, améliorer la sécurité dans la traversée du centre-ville, desservir et participer à la structuration des quartiers périphériques et des zones d’activité ».

Ça c’est la théorie !

Ce qui est sûr c’est que :

  • On en est à 56 millions d’argent public alors qu’elle n’est pas encore ouverte.

  • Elle a artificialisé des terres arables, extrait des matériaux pour sa construction, consommé de l’énergie, elle ne réduira pas le trafic des marchandises qui devrait impérativement se limiter aux transports de produits utiles et non dangereux, elle ne réduira pas le recours à la voiture individuelle.

  • L’expérience des rocades dans les autres villes est très mitigée sur la réduction du trafic dans ces villes, de la consommation de carburants ou d’amélioration de la qualité de l’air.

  • Plus fort : on nous parle d’un éventuel péage (« qui sera le même pour toutes et tous, quel que soit leur revenu » Bonjour l’égalité ! Les plus démunis apprécieront). En effet, deux amendements (votés fin août) déposés par Joël GIRAUD autorisent la privatisation de certains segments du réseau routier national. Premier pas vers une privatisation progressive de ce réseau ?

Alors de quoi se réjouir ? Pour nous pas sûr, mais les compagnies privées concessionnaires d’autoroutes, elles, jubilent : en échange de durées de concessions étendues (une rente phénoménale pour elles) et d’augmentation de tarifs de péages, elles sont prêtes à aider financièrement les villes ou départements pour mettre en place ces aménagements. Par exemple pour nous entre la sortie de l’A51 à Tallard et Gap, puis la nouvelle rocade.

Tout ça alors que la catastrophe environnementale en cours devrait nous inciter à réduire drastiquement et immédiatement notre consommation d’énergies fossiles et à transformer complètement nos modes de vie et de déplacement.

Rien dans la mise en œuvre de cette rocade ne va dans ce sens et pour nous cet équipement et sa gestion sont des symboles de l’intoxication de ce monde…qui nous mène droit à la catastrophe.

Nous devons inventer ensemble un autre monde et prendre le pouvoir sur notre avenir.

Rendez-Vous MARDI 17 novembre : Rond-point du sénateur à Gap de 15 h à 18h

Inauguration du péage au rond point du sénateur à Gap

Mardi 17 Novembre de 15h à 18h : bientôt la Giraudtaxe ! – inauguration du péage au rond point du sénateur à Gap

Dans le cadre de l’appel national pour un autre monde d’après, contre la réintoxication du monde. https://agir17.noblogs.org/

En savoir plus : https://journalidp.blogspot.com/2020/11/bientot-la-giraud-taxe-sur-vos-routes.html

articles sur le sujet

 https://www.liberation.fr/checknews/2019/06/23/une-privatisation-des-routes-nationales-est-elle-envisagee-par-le-gouvernement_1734349

 https://www.ram05.fr/wordpress/vers-une-privatisation-des-routes-nationales/

 

 

Soirée Reportée :Vendredi 13 Novembre à Eyguians, soupes et bobines

C’est la soirée soupes et bobines à laquelle vous avez échappé !

Deux soirées étaient en préparation avant ce deuxième confinement ; l’une « comment reprendre confiance en l’avenir ?», qui fait écho à la question qui se pose au sein du collectif « comment retrouver du pouvoir d’agir ? » question que nous pourrions ainsi partager. L’autre, qui était donc prévue pour le 13 novembre et reportée, voulait affirmer plus simplement notre souhait de maintenir un lieu d’échanges, de partage de réflexions et témoignages , qui permettent de tisser des solidarités locales et infléchir l’avenir ensemble.

 Le covid ou l’islam radical  tiennent la une de l’information, orientent les peurs et occultent l’aggravation des inégalités, le durcissement des politiques sécuritaires, la poursuite des destructions massives de notre environnement,  la chute de la biodiversité , le chaos climatique…

Et donc , plutôt que de débattre sur les origines de la pandémie, le port du masque ,la gestion de la crise sanitaire .. nous souhaitions poursuivre la réflexion déjà engagée sur l’alimentation sur notre territoire et les évolutions impératives pour inverser l’ordre des choses  .. car les conditions de notre alimentation à elles seules posent  la plupart des questions relatives à l’évolution de nos sociétés .

Nous proposions de voir ou revoir ensemble le film Les Glaneurs et la glaneuse  d’Agnès Varda, (82 mn, 2000)

Un peu partout en France, Agnès Varda a rencontré des glaneurs et glaneuses, récupéreurs, ramasseurs et trouvailleurs. Par nécessite, hasard ou choix, ils sont en contact avec les restes des autres. Leur univers est surprenant. On est loin des glaneuses d’autrefois qui ramassaient les épis de blé après la moisson. Patates, pommes et autres nourritures jetées, objets sans maître et pendule sans aiguilles, c’est la glanure de notre temps. Mais Agnès est aussi la glaneuse du titre et son documentaire est subjectif.

 Malgré le report de cette soirée, nous nous proposons de continuer dès à présent à relayer ici,  par des Brèves, les initiatives et projets locaux, notamment en matière de transition alimentaire. N’hésitez pas à nous écrire, nous relaierons

 >Produire et manger bio et local : ça urge !

Voici bien à propos la liste des producteurs locaux en vente directe (+ commerces alimentaires ouverts) établie à l’échelle des 11 communes du Canton de Laragne lors du premier confinement. 

Il a fait l’objet à l’époque d’une distribution de Flyer dans les boîtes aux lettres des habitants des communes du Canton.

On ne peut qu’espérer que cette initiative cantonale soit partagée, reprise et étendue à la communauté de commune Sisteronnais Buech voire au-delà !

https://laragneavenirautrement.online/?p=2022

 

Notez que les modalités de vente directe ont sans doute évolué depuis lors. Il vous est néanmoins possible de contacter les  producteurs.

Création du collectif « ADIEU GLACIER »

Image

Le Collectif

ADIEU GLACIER 05

Action Locale Pour l’Ecologie et le Social, est un nouveau réseau haut-alpin, regroupant des associations et des citoyen-nes partageant la même vision de l’urgence écologique et sociale pour construire le monde de demain, écologique, social, citoyen et solidaire.

Indépendant, non partisan et laïque, le Collectif œuvre à coordonner ses membres afin de faire davantage « résonner » des actions cherchant à alerter sur la crise systémique (écologique, économique, sociale…) à laquelle nous sommes confrontés. Nous souhaitons réinventer nos façons de produire, d’échanger, d’habiter, de nous nourrir, de nous déplacer, d’éduquer, d’informer…

Notre objectif : construire des alternatives au modèle actuel qui déstructure le tissu social, financiarise tous les aspects de nos vies, pille les ressources naturelles et encourage un consumérisme et une croissance matérielle forcenés pour donner la priorité à une économie réelle, sociale, solidaire, ancrée dans les territoires.

Le Collectif s’articule autour de différentes types actions pour :

·         Informer sur la situation de notre environnement social et écologique.

·         Promouvoir un véritable effort de sobriété et d’efficacité énergétique.

·         Construire une économie soutenable, circulaire, intelligente, participant à la régénération des écosystèmes et non à leur destruction.

·         Développer une agriculture capable de nous nourrir sans pétrole et sans intrants chimiques.

·         Proposer une éducation pour tous basée sur la coopération, la complémentarité, la connaissance de soi, des autres et de la nature.

·      Permettre à chacun-e de peser dans le sens de la « transition » à laquelle nous aspirons par une participation directe des citoyen-nes aux décisions qui les concernent, dans la cité et dans l’entreprise, instaurant une véritable coopération entre les élu-e-s et les citoyen-nes.

Afin d’encourager cette dynamique, nous créons aujourd’hui, le Collectif :

ADIEU GLACIER 05

Action Locale Pour l’Ecologie et le Social

Nous entendons ainsi rassembler nos compétences, nos ressources, nos réseaux afin d’optimiser l’impact de nos actions individuelles et collectives pour coopérer et unir nos forces.

Nous invitons aujourd’hui toutes celles et tous ceux qui souhaitent participer à ce grand projet d’une transformation non violente de notre société, à nous rejoindre.

Le « baptême » aura lieu le mardi 17 novembre avec une première action « Contre la réintoxication du monde ». (Plus d’informations ultérieurement)

adieuglacier05@gmail.com

 https://www.facebook.com/adieuglacier05

Valence : procès de Gé et du media Ricochets

Ce mardi 3 novembre avait donc lieu le procès de Gé pour « provocation à la dégradations, la destruction, la dégradation volontaire dangereuses pour les personnes » en tant que webmaster prétendu du média ricochets.cc. Une plainte déposé par le Prefet de la Drôme lui-même.

Reporté une première fois, le procès se déroule à huis clos avec pour seul public 3 journalistes. Aucun des proches de Gé (à part un.e éventuelle conjoint.e) n’a été autorisé à assister à l’audience pendant que les supermarchés accueillent leurs consommateurs…

La juge principale commence par énumérer ce qui est exactement reproché à Gé au terme de la procédure d’enquête et d’avoir commis l’infraction suivante :
« Pour avoir sur le site ricochets.cc le 26 avril 2020, dans le département de la DROME en tout cas sur le territoire national et depuis temps n’emportant pas prescription, étant webmaster du site internet de publication par tout moyen de communication au public, par voie électronique, en l’espère via internet, directement provoqué à la commission de destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes définies par le livre 2 du code pénal (Loi du 29 juillet 1881, art.24 (2e), 61 et 62) (Loi du 29 juillet 1881, art 24 (2e), 61 et 62) en l’espèce. »

L’avocat de Gé, Raphaël Kempf pose dans un premier temps différentes clauses de nullité portant sur les termes de l’accusation et sur la procédure de l’enquête. Des clauses de nullité auxquelles la procureure n’a rien à rétorquer au grand étonnement de la juge principale. Comme si elle approuvait l’avocat, mais malgré tout n’osait pas désavouer le préfet et l’enquête ?

Gé est ensuite interrogé par la juge sur son rôle dans les médias. Est-ce lui qui a écrit l’article ? Non lui répond Gé. Est ce lui qui est webmaster du site ou directeur de publication ? réponse négative à nouveau.
Gé décide alors de faire une déclaration pour faire part du préjudice qu’il a subit suite à la perquisition qui a eu lieu à son domicile et à la confiscation de son matériel informatique professionnel qu’il n’a toujours pas récupéré (la perquisition a eu lieu le 9 juillet 2020). Une discussion avec la juge s’engage sur sa situation professionnelle, ses revenus sans plus de questions sur le média ricochets et sur l’article incriminé publié par le site.
Remarquons au passage qu’à aucun moment, ni durant l’enquête ni au tribunal, il n’a été demandé si l’article en question était encore en ligne sur Ricochets.cc. Si cet article était si dangereux que ça, ils s’en seraient inquiétés.

Vient alors le temps des réquisitions qui seront étonnement courte de la part de la procureure qui reconnaît même que les éléments prouvant l’implication de Gé sont faibles, juste le fait que le compte bancaire qui a payé le dernier hébergement du site est le compte de Gé. Elle reconnaît aussi que les investigations sur son matériel informatique n’ont rien donné.
Malgré un dossier d’accusation vide, elle demande tout de même 4 mois de prison avec sursis au grand étonnement de l’avocat de Gé qui prend ensuite la parole.
Ses propos portent alors sur la liberté d’expression et son importance, sur l’article incriminé, qui loin de provoquer une vague de violence a entrainé des discussion politiques et philosophiques sur le fil des messages du site faisant suite à l’article, sur le fonctionnement de ricochets qui est un média participatif. Il a aussi interrogé la disproportion des moyens de l’enquête avec les faits reprochés. En effet, il a été activé lors de celle ci une demande d’entraide internationale, une cellule spéciale d’analyse juridique chargée d’enquêter sur les génocides et les crimes de guerre, 2 perquisitions ont été menées…. pour donner quels éléments ? Une simple reconnaissance du compte bancaire de Gé comme compte qui a réglé l’hébergement du site.
A l’issu de sa plaidoirie il a demandé la relaxe et la restitution du matériel informatique de Gé. La décision sera rendu le 17 novembre.

Alors que dire du procès ? Tout d’abord qu’il est vraiment étonnant que la procureure, qui porte l’accusation n’a quasiment pas parlé et qu’elle a, par sa réaction aux clauses de nullité énumérés par Maitre Kempf et par son réquisitoire rachitique, reconnu que le dossier d’accusation était vide, sans argument probant. Ce qui ne l’a tout de même pas empêché de demander de la prison ! Il semble se confirmer que le but de cette enquête et des poursuites étaient surtout de recueillir des infos sur un ou des militants locaux (traités par les enquêteurs de manière répétée du vocable flou de membres de l’ultra-gauche et autre anarcho-autonome, une qualification utilisée par l’Etat et les mass-médias pour dénigrer les opposants politiques), de faire du fichage, de l’intimidation et du renseignement sur les milieux contestataires de la région, et secondairement d’embêter le média Ricochets qui semble-t-il dérange les pouvoirs.

La suite sur ricochets.cc

 

« Chez Roger » devant le tribunal de Gap Mardi 3 novembre

Mise à jour : le verdict sera rendu le 5 janvier.


Le procès de « Chez Roger » passe donc au tribunal ce Mardi 3 Novembre a 10h30.

Malgré le confinement, on maintient le rassemblement.

C’est maintenant ou jamais que l’ont doit être solidaire et en profiter pour ne pas tout accepter à l’aveugle.

RDV à 9h30 Chez Roger pour un convoi jusqu’au tribunal tous ensemble.

Ou rdv à 10h30 sur Place.

Sur Place:

-Vente de jus de pomme chaud

-table petit dej

Dans tout les cas, il y a un grand besoin en nourriture chez Roger.

Donc,  même formule qu’au premier Mai, ramener de la bouffe et cocher « assistance à personne dans le besoins »!

Riz / sardines / œuf / huile / poulet / cube magie / oignons / semoule / sauce tomate / savon / sac poubelles

Apporter directement chez Roger (3bis cours du Vieux Moulin, derrière la pep) à 9h30 ou sur place vers 10h30.

On ramène son croissant, son masque, son attestation et on vient sans sa carte d’identité. ;-)

Merci et à Mardi!!

Drame pendant la récolte des pommes dans les Alpesde haute-Provence – Communiqué de presse

A la Motte du Caire, en pleine campagne de récolte des pommes, dimanche 11 octobre 2020, une saisonnière de 32 ans est retrouvée morte asphyxiée dans son véhicule. Un chauffage de fortuneimprovisé par la victime serait à l’origine de son décès. Cette terrible nouvelle amène à se (re)questionnersur les conditions d’accueil des travailleurs saisonniers.

En effet, en guise d’hébergement, son utilitaire, stationné sur un bout de parcelle, non aménagé, alloué parson employeur à une partie des travailleurs venus récolter les pommes depuis septembre. Sans pointd’eau, toilettes, ou douche, le campement de fortune n’est bien évidemment pas non plus équipé enélectricité, malgré les requêtes répétées des saisonniers. Dans cette petite commune rurale de montagne, lefroid se fait ressentir rapidement en cette saison automnale, ce jour là le thermomètre est déjà descendusous 0°C. La victime s’est fabriqué de quoi se réchauffer, selon un tutoriel trouvé sur internet, et mourraasphyxiée par inhalation de la fumée du système de chauffage improvisé. Le lendemain, ni deuil, nihommage, ses collègues ouvriers, encore sous le choc, sont exhortés à venir travailler. Les pommes doivent être ramassées. Dans la presse locale, quelques lignes aux informations erronées et laissantplaner le vague sur les raisons de la présence de la jeune fille sont publiées. Un accident de plus est évoqué. C’en est trop pour les saisonniers pour qui ce drame terrible aurait probablement pu et dû êtreévité, si la travailleuse avait été accueillie dans des conditions dignes.

Les travaux saisonniers agricoles comme les récoltes nécessitent une main d’œuvre importante sur unecourte période, la main d’œuvre locale n’étant pas assez importante pour assurer la saison. Les exploitantsagricoles en appellent alors aux saisonniers étrangers et français d’autres région, qui doivent se logerprovisoirement, le temps que les travaux agricoles soient accomplis. L’offre privée reste insuffisante,inadaptée, et économiquement peu intéressante pour ces nombreux travailleurs précaires rarementrémunérés plus que les minimas sociaux imposés (lorsqu’ils ont la chance d’être déclarés). Face à ceproblème, pour disposer de la main d’oeuvre suffisante et la fidéliser, certains employeurs proposent deloger les travailleurs, cependant les saisonniers en habitat mobile autonome (camping-car, vans…) et lescampeurs restent très présents, et indispensables face à l’offre d’hébergement déficitaire en ces périodes.Mais les petits campings de ces régions rurales sont rapidement saturés. En connaissance de cause,certains exploitants se donnent les moyens de recevoir leurs ouvriers dans des conditions dignes(aménagement d’aire de camping aux normes, mise à disposition de mobil-home, d’espace communchauffé, et/ou avec électricité…) et malheureusement d’autres ne le font pas (logements collectifssurpeuplés, camping sauvage sur une parcelle, sans mise à disposition de sanitaires ni d’eau potable, sansélectricité…) quitte à mettre en danger les ouvriers contraints d’accepter des conditions indignes pourpouvoir travailler, tant il est devenu aisé d’être remplacé. Le cas de cette saisonnière n’est pas isolé,beaucoup d’exploitants agricoles adoptent cette attitude, embauchant des travailleurs sans pouvoir garantirdes conditions d’hébergement dignes, dans l’indifférence la plus totale. D’autres secteurs comme letourisme et la restauration faisant appel également à des saisonniers sont régulièrement pointés du doigtsuite à de nombreux décès liés aux conditions d’hébergement.Entre tristesse et colère, les saisonniersencore présents dans le paisible village, bouleversés par le décès de leur collègue s’organisent pourinformer par leurs propres moyens consommateurs, population, acteurs locaux et autres saisonniers de cesinistre accident qui pour eux n’est pas une fatalité. Ci-joint le tract rédigé par les saisonniers, traduit enplusieurs langues et diffusé par leurs propre moyens pour alerter et appeler à la solidarité, afin que lalongue liste des travailleurs, morts à cause des conditions précaires offertes aux ouvriers, ne s’allonge plusjamais.

D’après les témoignages recueillis auprès des saisonniers locaux, le tract rédigé, et les informations parues dans La Provence extraites du rapport de gendarmerie.

Contact : solidarite.saisonniers@mailo.com

Communiqué de presse

Tract

Le 3 octobre nous marchons sur l’aérodrome de Gap-Tallard !!!

Contexte local
L’aéroport de Gap-Tallard est le symbole archaïque d’une économie absurde, dépassée et réservée à une élite aisée : l’économie liée aux sports et loisirs aériens. Cette économie accompagne également la destruction du vivant via l’artificialisation des milieux naturels, l’utilisation toujours plus importante d’énergies fossiles, le gaspillage des ressources en eau…
Exemple: Pour un saut en parachute de 1 minute c’est l’équivalent d’un déplacement de 100 km en voiture !
L’aérodrome de Gap-Tallard c’est :
70 000 mouvements annuels d’avion 330 jours par an.
L’exemple de l’aérodrome de Narbonne:
ATTENTION : Aller simple pour le crash climatique !

Mais pourquoi ?

1– Si Le transport aérien était un pays, il serait le 7ème plus gros pollueur de la planète. Avec les émissions de CO2 dues à la combustion du kérosène et l’impact des traînées de condensation et des oxydes d’azote rejetés, le transport aérien est à l’origine de 5% du réchauffement climatique mondial.2– Au niveau mondial, les émissions de CO2 du transport aérien ont plus que doublé en 20 ans.

3– En 2018, les émissions de CO2 pour le transport aérien en France se sont élevées à 22,7 Mt (millions de tonnes).
4– Le trafic aérien français a connu une hausse de près de 62% de ses émissions de CO2 depuis 1990.

5– Le transport aérien échappe à toute taxe sur le carburant en France.

6– Les Français·es qui volent beaucoup sont les 10 à 20% les plus riches, avec des revenus mensuels de plus de 2500 €.

7– Le bruit engendré par les avions reste une des nuisances sonores les plus durement ressenties par la population.

Rendez-vous samedi 3 octobre à 11h 
Parking intermarché aérodrome de Gap-Tallard.
 
 
Salutations « aériennes »
Le collectif Ras le rallye 05
Contact : raslerallye05@gmail

NOUS EXIGEONS JUSTICE ! MARCHE DE RESISTANCE

Ces derniers mois, les combats dans la Vallée de Susa s’intensifient. En même temps que la résistance No Tav dans les montagnes, l’opposition de milliers de personnes qui rejettent les frontières arbitrairement délimitées par les Etats, et qui tentent d’autodéterminer leur vie future se poursuit.
L’ impitoyable système capitaliste continue de diviser les gens entre les productifs et les exclus de la société, créant une hiérarchie mondiale dans laquelle les biens et les intérêts économiques jouissent d’une liberté illimitée, tandis que les « damnés de la terre » sont confrontés aux barrières politiques, économiques, physiques et mentales créées par le système des frontières. Ces dernières années, nous avons assisté à un processus croissant de militarisation des territoires européens le long des principales routes de passage : du maroc-ceuta à l’espagne, de la route de la méditerranée centrale de la libye à l’italie, et de la turquie à travers les balkans. Cette militarisation s’est faite parallèlement aux différents accords politiques et policiers entre les états européens et les états avoisinants (maroc, libye, turquie en premier lieu) visant à externaliser les frontières et à renforcer les contrôles, le refoulement et la chasse aux indésirables – appelés « migrant », « réfugié » – définis comme tels parce qu’ils ne sont pas en possession du « bon document ».
Au niveau local, le nouveau maire de Briançon a déclaré une hostilité ouverte à toutes les initiatives de solidarité de la ville, avec l’intention de fermer le refuge Solidaire et le local de maraude dans les prochaines semaines. Il veudrait fermer aussi le squat de Chez Marcel. A cela s’ajoute l’arrivée de nouveaux pelotons de gendarmerie (environ 60 unités), employés à la frontière entre Montgenèvre et Claviere pour augmenter le niveau de surveillance et de refoulement, soutenus par une collaboration renouvelée avec la police italienne.
De ce côté de la frontière, à Oulx, la Casa Cantoniera Occupata, offre un espace libre et autogéré à tous ceux qui veulent prendre leur destin en main et vivre collectivement la lutte à la frontière. Les principes d’autogestion, d’anti-autoritarisme et de solidarité directe guident ce projet comme un phare dans l’obscurité dystopique contemporaine dans laquelle nous vivons.
Dans ce contexte, depuis la Vallée de Susa, depuis le Refuge Solidaire autogéré chezJesOulx, nous lançons un nouvel appel déterminé à exiger justice pour tous les êtres humains affectés et invisibilisés par les frontières et nous invitons toutes et tous les solidaires à participer à une marche de résistance, dimanche 20 septembre à 11h à Claviere, en partant symboliquement de l’église, pour réaffirmer notre position contre les frontières et les murs artificiels des états au nom de la liberté pour toutes.s !

SOLIDARITE AVEC LES COPAINES DU BRENNERO AFFECTES PAR LA REPRESSION ET A TOUS CELLEUX QUI LUTTENT CONTRE LES FRONTIERES!
LIBERTÉ DE VIVRE ET DE VOYAGER OÙ ET COMME ON VEUT

Refuge autogéré chez JesOulx

Pourquoi le nouveau lieu d’accueil « Chez Roger » ?

Le continent africain, déchiré par la colonisation et l’esclavagisme récent est meurtri de profondes blessures. Les climats politiques y sont souvent devenus sanglants et autoritaires. Les pays riches occidentaux en profitent au passage pour perpétuer un colonialisme désormais économique. A la clé, notamment, l’accès à des minerais qui composent ensuite nos ordinateurs, smartphones, télés, ou alimentent nos centrales nucléaires.

Fuyant la persécution, l’exploitation, la misère, des personnes se retrouvent prises dans un parcours migratoire forcé. On ne peut plus fermer les yeux sur le réseau de trafic d’êtres humains existant qui les menent vers des pays où le travail forcé est de mise (Algérie, Lybie) et qui les poussent à chercher la sécurité toujours plus loin : vers les riches pays occidentaux. Fuir son foyer, ses enfants, sa famille, ses amis, n’est un plaisir pour personne. Le chemin est semé d’embûches, bien souvent de torture et de sinistres événements.

Les personnes exilées arrivent donc en Europe, souvent par l’Italie. Certaines décident de venir en France par les montagnes, une partie arrivant par Briançon. Dans la loi française, le gouvernement doit proposer un hébergement aux demandeurs d’asile le temps de la procédure. En réalité, nombre d’entre eux et notamment des mineurs sont sans logement et à la rue dans le département, entre autre, à Gap.

C’est pourquoi :

* En Octobre 2016, la maison Cézanne a été occupée pour loger les exilés sans toit. Le collectif « un toit un droit » à été créé.

* Fin 2017. Le gouvernement propose d’ouvrir un centre d’hébergement pour les exilés d’une cinquantaine de places. La mairie s’y oppose.

[Deux structures sont en projet à Gap. L’une pour accueillir 30 mineurs non accompagnés, l’autre pour 50 demandeurs d’asile. L’état et le conseil départemental sont à l’origine de ces créations de structures. Selon nos confrères de Alpes 1, Roger Didier, le maire de Gap, dit non à la création de ces 80 places. Il déclare : « La commune dispose déjà sur son territoire de suffisamment de places d’hébergement officielles pour ne pas y concentrer 80 places supplémentaires ».

Source : France Info PACA : publié le 6 Décembre 2017.]

Dans les faits, une trentaine de mineurs non pris en charge et une cinquantaine de personnes laissées pour compte. Les chiffres parlent d’eux même.

* 16 Octobre 2018: La maison Cézanne est expulsée : 20 personnes à la rue. Un campement se fait devant la préfecture. Malgré une tentative de dialogue, aucune proposition de lieu perenne n’est enclenchée, ni d’hébergement.

* 19 Octobre 2018 : Ouverture du CESAI en centre ville qui protège vite une cinquantaine de personnes exilées (notamment des mineurs, des familles, des femmes et enfants) et des personnes sans domicile fixe. Différentes associations y gravitent en soutient (Médecin du monde, réseau hospitalités, les 3 + 4 de Birançon, divers soutien autonome…), mais aucune collaboration ni dialogue, entre cette réalité et la mairie ne s’opère.

* 19 Aout 2020 : Le CESAI se voit expulser de force. L’expulsion est autorisée par la préfète de Gap Martine Clavel, orchestrée par le directeur du cabinet de la préfète et soutenue par le Maire de Gap Roger Didier. La cour d’appel de Grenoble stipule dans sa décision qu’après le passage de l’huissier pour délivrer le commandement de quitter les lieux, les occupants disposent d’un délai de deux mois supplémentaire pour quitter les lieux. Une expulsion de force peut être appliquée seulement après ce délai. Dans les faits, l’huissier, Mr Scarcella, a appliqué une expulsion de force autorisée par la préfecture sans respecter le délai de deux mois.

Une cinquantaine de personnes se retrouvent du jour au lendemain sans toit sur la tête. Quelques familles sont relogés en camping pour une durée inconnue. Le camping ne serait payé que jusqu’à la fin du mois d’août. Les mineurs ne sont pas pris en charge. La préfecture confond allègrement « adresse » et « domiciliation postale » pour grossir ses chiffres de prise en charge.

* 28 Août 2020 : Le 3 Cours du Vieux Moulin « Chez Roger » est occupé, pour mettre ces personnes à l’abri. À ce jour, une vingtaine de mineurs, une quarantaine de personnes sont protégées. Une nouvelle fois, Roger Didier n’est pas dans la coopération et le dialogue pour considérer cette situation et trouver une solution perenne. Ce lieu est vide depuis plusieurs années, alors que des gens dorment dehors.

N’oublions pas que certaines mairies sont solidaires et coopèrent avec les associations pour faciliter l’accueil de ces personnes. Ce n’est pas le cas de Roger Didier qui se contente de renvoyer la responsabilité à la préfecture. Celle-ci agit contre la dignité de ces personnes. Ils devient donc nécessaire d’occuper des lieux vides pour les protéger tant que cette réalité ne sera pas prise en compte globalement.

Nous demandons un lieu d’hébergement pérenne pour toutes les personnes à la rue, avec ou sans papiers.

Nous alertons également sur le fait que certaines personnes solidaires ne vivant pas sur place passent pour apporter un soutien matériel, moral ou juridique pour s’y retrouver dans les abîmes de la justice et de l’administration française.

Ces personnes donnent énormément de leur temps sans contrepartie autre qu’humaine, nous tenons à les remercier et à rappeler qu’il est inadmissible de devoir s’épuiser et lutter contre l’administration française pour quelle prenne soin des plus fragiles alors que nous sommes soit disant dans le pays des droits de l’Homme…

Nouveau squat pour les exilés à Gap

Venez toutes et tous au nouveau squat d’exilés « Chez Roger » (le Cesai 2) à Gap !

Nous avons besoin de monde pour tenir la batisse pour le week end. ‘adresse : 3 cours du vieux moulin. Ex bâtiment Afpa. Entre la Pépinière et Leclerc. Venez dès que vous pouvez.

Si possible prenez de quoi faire à manger, nettoyer les lieux, dormir, meubler, aménager, de la bouffe…et du soutien ! faites tourner !


Communiqué du collectif Cesaï :

Le collectif Césaï tient à remercier Roger Didier

Roger Didier ayant été choqué par le communiqué de presse de la préfète du 20/08/2020 concernant l’expulsion du Césaï, a décidé de mettre l’un de ses nombreux bâtiments personnels vides à la disposition des plus démunis.

Ne pouvant plus rester sans rien faire face à ces 52 personnes expulsées mercredi 19 août, il a choisi de transformer en actes ses convictions démocratiques. « Chez Roger » ouvre donc ses portes pour offrir un toit à tout ceux que l’État met à la rue.

Conscient que chaque demandeur d’asile a droit à des conditions matérielles d’accueil ; une aide financière et un logement (décret n° 2012-1208 du 30 octobre 2012) et que l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) et le 115 (Samu Social) ont trop peu de moyens à leur disposition, il se devait d’agir.

Les témoignages du personnel du 115 expliquant que, dépassé par le nombre de SDF gapençais dans le besoin n’avait d’autre possibilité que de les rediriger vers le Césaï (squat expulsé rue de l’imprimerie), n’ont pas laissé notre maire indifférent et une solution s’est imposée : ouvrir un de ses bâtiments vides à Gap.

En effet, sur 52 personnes présentes le jour de l’évacuation du Cesaï, seules 21 se sont vu proposer des places provisoires au camping Napoléon (les fameux hébergements d’urgence de l’État). En parallèle, les femmes demandeuses d’asile logées à l’hôtel par le Samu Social ont été informées mi-août qu’elles devaient quitter leur chambre à la fin du mois. Étant donné que les 115 places en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) proposées aux personnes vivant dans les rues des grandes villes, que les 40 places en Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asiles (HUDA) correspondent à des nuitées en hôtel sans la possibilité de se faire à manger et que les 105 places en hébergement d’urgence généraliste (HU) ne suffisent déjà pas à mettre à l’abri les SDF et qu’en plus l’ensemble de ces places sont réparties dans tout le département : le calcul est simple il n’y a pas assez de place pour toutes les personnes dans le besoin.

Ainsi, par ce geste Roger Didier a décidé de palier lui-même aux carences de l’État dans un soucis de représenter nos belles valeurs républicaines que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et rend ainsi un juste hommage à l’armée Africaine qui a libéré notre ville en ce jour fatidique du 20 août 1944.

Compte-rendu d’un an de collectif anti-répression 04-05

Voilà un an maintenant que, suite aux rencontres/ateliers organisés lors de l’Atomik Tour en avril 2019, nous avons lancé le Café_Taule.

A la base, réuni.e.s autour de la création d’une légal team, nous avons basculé vers l’anti rép car, même si nous continuons à tenter de soutenir des personnes inculpées qui le demandent (reconnaissons que la plupart avaient les connaissances nécessaires pour trouver un avocat sans nous, tel Fabrice par exemple https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2162 ) et à organiser des temps d’inter formation ( https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 mais aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 ), nous avons très vite dit que l’idéal était de se débarrasser du triptyque police-tribunal-prison.

Pour soutenir les prisonniers et leurs proches, concrètement, nous avons mis en place une permanence hebdomadaire devant le mur de la Maison d’Arrêt de Gap, baptisée Café-Taule. L’ambition principale était de créer du lien avec les familles des enfermés (exclusivement des hommes à Gap). On a passé la plupart de nos mercredis à offrir le café et le croissant aux personnes se rendant aux parloirs.

Ça c’était l’objectif principal. On a rapidement eu envie d’avoir un support écrit qui regrouperait le maximum d’infos pratiques sur la taule et à destination des proches. En janvier sort donc la « Brochure à destination des proches de prisonniers de la Maison d’Arrêt de Gap » (https://valleesenlutte.noblogs.org/files/2020/01/brochure-prison.pdf ).

À cette occasion on est invités à Paris à la journée du GENEPI (https://www.genepi.fr/journee-anticarcerale-du-genepi/) pour présenter nos actions en présence de nombreuses personnes et collectifs venus échanger autour de la taule. Avant ça, à l’automne, on était aussi partis trois jours dans la Drôme animer trois soirées (Romans, Saillans, Die) sur l’enfermement (écoutes d’émissions de radio, ateliers de correspondances avec des prisonnier.e.s, discussions, projections de films et pièce de théâtre : https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2251 ).

On a proposé aussi des correspondances avec les prisonniers, qui ont donné lieu à quelques échanges de lettres, mais qui ne se sont guère poursuivis dans le temps.

++++++++++++++++++++++++++++++

Aujourd’hui on essaie de présenter un bilan de cette année, pour nous d’abord, parce qu’on est peu (vraiment très peu !) et remplis de questionnements.

On pense que les systèmes répressifs et carcéraux sont absolument au cœur de toutes les luttes, tout comme devraient l’être la lutte antipatriarcale ou antiraciste par exemple. Bien sûr on peut s’opposer à un projet de nouveau CRA (prisons pour sans papiers), de nouvelle taule, de nouvel aéroport, de nouveau Center Parc, de femeture d’un service public local, de projet de loi, ou d’une politique. Mais l’enfermement et la répression ne sont pas un projet mais les « valeurs » d’un système et donc présents partout. Dans tous les combats on est potentiellement confronté à la répression qui s’abat dès que la lutte sort des sentiers battus. On ne peut pas penser lutter en omettant de parler de taule, d’HP, de flics etc. Ce combat ne se superpose pas à d’autres, peut-être plus concrets parce que matérialisés, mais en est au cœur.

D’où un premier constat, notre action parle peu. Que ce soit avec les familles des taulards, avec les prisonniers eux mêmes, avec les militants du coin (gilets jaunes ou syndicalistes), nous ne parvenons pas assez à créer du lien et à mettre sur la table les questions sur l’enfermement. Est ce qu’on est totalement à coté de la plaque et que la taule et la répression sont quelque chose de totalement admis et normal pour qu’on en parle pas ? Les médias ont ils tellement bien fait leur boulot que la justice de classe ne fait qu’entériner ce discours comme quoi les étrangers et les pauvres sont forcément des délinquants et des terroristes?

Pourtant, nous , on a envie de parler d’autonomie de la justice, de justice non institutionnelle et réparatrice, d’abolition de la police, des tribunaux et de la prison, de prise en charge au sein d’une communauté. On n’est pas là pour nier les faits mais on veut poser la question : face à l’état et au capitalisme, comment imaginer l’abolition de la répression, au même titre qu’on cultive son potager pour se passer de la grande distribution ou de l’agriculture industrielle. Et on ne se la joue pas « faut faire comme ci ou comme ça », on veut aborder la question de façon humble.

Deuxième constat : on a du mal à s’investir avec les familles et les proches qui vont aux parloirs (neuf fois sur dix des femmes…). Déjà parce que la plupart sont rodé.e.s : la prison fait partie de leur vie et en fera sans doute toujours partie, alors on est qui pour eux-elles ? Quand le mec, le fils, le frère, le père sort, plus de nouvelles et on comprend. On comprend que c’est chouette de boire un café à la sortie du parloir et de tchatcher dix minutes de comment c’est en ce moment, des nouvelles d’un procès, d’une demande de mise en liberté, d’une hospitalisation, d’une recherche de taff. Puis quand on demande si ça intéresse de corriger la brochure parce que ça change tout le temps à l’intérieur, « oui, oui », puis en fait rien ou peu.

++++++++++++++++++++++++++++++++++

Alors est-ce qu’on continue les perms ? À qui ça sert à part nous ? Nous, on aime bien, c’est l’occasion de se voir, de discuter, d’aller manger un kebab en ville…

Ce qui est sûr c’est que ça emmerde les flics et la matonnerie. La police municipale passe systématiquement, il y a des amendes, il y a eu le procès du 12 mars (https://valleesenlutte.noblogs.org/post/2020/05/06/un-exemple-banal-dun-systeme-repressif-qui-sauto-alimente/ et aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2749 ), il y a aussi le regard noir du taulier, de ses surveillants et de certains riverains. C’est peut être un peu pour ça aussi qu’on aime bien !

Mais quand même on aimerait être plus nombreux-ses d’autant que certain.e.s d’entre nous ne vont pas pouvoir assurer ces prochains temps et que si on n’est pas régulier, c’est mort. Les maisons d’arrêt c’est que des peines (relativement) courtes, du coup ça rentre et ça sort tout le temps, ce qui veut dire nouvelles familles, nouveaux liens et tout à recommencer ; alors si on n’est pas là tous les mercredis on perd les contacts et notre légitimité.

++++++++++++++++++++++++++++++++++

Aussi on recrute ! Pour l’instant c’est les mercredis mais ça peut aussi être le samedi. Et plus globalement on est ouverts pour discuter, s’organiser etc.

Donc on vous attend au café-taule tous les mercredis devant la maison d’arrêt de Gap. On a aussi programmé une réunion, laissez-nous un message sur cafe_taule@riseup.net pour savoir le lieu et la date précises.

Communiqué expulsion du Cesaï

Mise à jour 23/08

La place de la préfecture a été évacuée samedi 22 août par les « forces de l’ordre ».


Mercredi 19 août, six heures, des policiers enfoncent à coup de bélier les portes des chambres des habitants du Césaï, le centre social auto-géré de Gap. Ils regroupent tout le monde dans une cour, effectuent des vérifications d’identité. C’est le début de l’expulsion du Cesaï.

Bilan : 43 personnes dehors, 20 hébergées dans des camping, 2 embarquées au poste. 43 exilé.e.s et sans abris qui ont à peine eu le temps de prendre leurs affaires, de ramasser de la nourriture avant que le Cesaï ne soit muré. 43 personnes sur la place Saint Arnoux, devant la préfecture, bientôt rejoints par des militant.e.s.

Un campement s’organise en attendant une solution qui ne viendra pas de la préfecture, celle-ci craignant toujours plus le fameux «appel d’air». En attendant un endroit où dormir et poser leur sac, familles, jeunes déminorisés, dublinés, sans abris, sont tous ébahis de se retrouver en quelques heures sans logement.

Une expulsion au mépris de toutes les règles, de toutes les lois. La préfecture s’est bien gardé de dire qu’un délai supplémentaire de deux mois était prévu par la cour d’appel de Grenoble après la visite préalable de l’huissier, sans les forces de l’ordre, qui n’a jamais eu lieu. N’ayant pas été prévenus, les habitants n’ont pas exprimé de refus.

Ce n’était pas une opération dans la loi mais une expulsion violente et illégale, menée tambour battant. En bonus, le sarcasme de Mr Scarcella, huissier assermenté, qui assure avoir remis le commandement de quitter le lieu, puis ment sur la décision de la cour d’appel et finit par déclarer : «c’est votre parole contre la mienne».

Et maintenant ? On a besoin de soutien. 43 personnes à la rue qui auront besoin d’un toit, de lits, de couvertures. On dort ce soir devant la préfecture. Et demain ? Impro totale.

Tout le monde déteste le tourisme (B. Duterme)

Nous publions ici un entretien avec Bernard Duterme (11 décembre 2018), qui a coordonné l’ouvrage La Domination touristique, paru initialement sur le site https://grozeille.co

 

G – Qu’est-ce qu’un touriste ? A partir de quand cesse-t-on de voyager, de rendre visite, de se balader, pour « faire du tourisme » ?

Bernard Duterme – Le fait de distinguer le « voyage », la « visite », la « balade », etc. du « tourisme » semble précisément être, à mes yeux, un réflexe distinctif inhérent aux pratiques touristiques elles-mêmes, à savoir ces pratiques qui consistent à franchir une frontière à des fins récréatives – frontière nationale dans le cas du « tourisme international » que nous traitons dans La domination touristique (CETRI, 2018). De notre côté, considérons donc comme touriste, indistinctement, toute personne qui a le loisir de migrer hors frontières pour un séjour, une itinérance, un minitrip, un périple, une immersion, une plongée ou un « tour » d’une journée, de deux semaines ou de plusieurs mois.

Que ce touriste puisse ensuite se différencier des autres, c’est un fait, mais il n’en reste pas moins un touriste à part entière, souvent à son grand dam d’ailleurs. C’est que quand l’enjeu revient à se démarquer, à se singulariser, à « montrer que l’on sait, mieux que d’autres, jouir du spectacle du monde » (pour reprendre les mots de l’historien Sylvain Venayre), il n’y a rien de plus blessant que d’être ramené à son état commun. On a là une tendance de fond : à la massification touristique répond la stratification des pratiques : le « bon touriste » fuit méthodiquement le « mauvais » (le « touriste moutonnier », le « bronzer idiot »…) qui finit par l’imiter. Le nanti recherche l’échappée et la sérénité ; l’aspirant nanti fréquente les périodes et les endroits populeux. Le premier valorise ses capitaux sociaux, spatiaux et linguistiques ; le second les bons moments, les clichés et les extras.

Les diverses appellations mobilisées ou les « styles de vie » correspondants – voyageur vs touriste, vacancier nomade vs vacancier sédentaire, aventure vs farniente, isolement vs grégarité, etc. – renvoient à un usage social différencié du même phénomène touristique. Phénomène qui se décline dès lors presque à l’infini, selon la fréquence et les destinations privilégiées, les attentes énoncées et les sens attribués, la diversité et la qualité des formules retenues, la segmentation et la répartition des types de séjour ou de circuit, les fonctions et les légitimations du voyage… Dans le tourisme, les pratiques différenciatrices et les comportements de classe reproduisent les écarts sociaux et culturels, quand ils ne les creusent pas.

G – Comment le tourisme est-il historiquement devenu un « fait social total » 1 ? Pourquoi définir aujourd’hui le tourisme comme une « domination » ?

B.D – Le développement de l’accès au tourisme et la montée en puissance de la démarche touristique comme « fait social total », c’est d’abord l’histoire des social-démocraties occidentales du 20e siècle. L’histoire des luttes et des politiques sociales, des congés payés, de la croissance de l’économie et du niveau de vie, de l’explosion des temps libres, de la société de consommation et du spectacle. L’histoire du développement des technologies, de l’accélération des communications, du rétrécissement des distances réelles et virtuelles. Celle aussi de la libéralisation du marché aérien et des échanges. L’histoire du « tourisme social », associatif et militant, « pour le divertissement et l’émancipation des classes populaires » (Unat.asso.fr), puis celle du « low cost », agressif et marchand, « pour toutes les occasions et de super économies » (Ryanair.com).

Le tourisme comme « fait social total » – en ce sens que l’ensemble des dimensions du social s’y donne à voir : l’économique, le politique, le symbolique, etc. – met en présence tour-opérateurs, visiteurs et visités. En présence asymétrique. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s’imitent ou se distinguent, les derniers se précipitent ou se retirent. Le tout, dans un environnement que les uns et les autres dégradent ou remodèlent. En cela, le tourisme, appréhendé comme un marché où se croisent des offres et des demandes, traduit bien un rapport social de domination. Il s’agit de rappeler les formes de domination inhérentes au phénomène, d’observer les réalités du tourisme mondialisé, sans passer à côté des schémas inégalitaires et des polarisations qui le constituent, des disparités d’accès et des usages du travail et de l’environnement qui le sous-tendent.

G – Que signifie, concrètement, la « mise en tourisme », la « touristification » d’un lieu, d’une ville, d’un littoral ? Aujourd’hui, la moindre ville a un office du tourisme. Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être ?

B.D – Un endroit « mis en tourisme », « touristifié » est un lieu lambda devenu « destination », réceptacle potentiel de voyages d’agrément et de visiteurs de plaisance. Un cadre accueillant prêt à être photographié, consommé, voire consumé. C’est une localité, une région, une riviera, une montagne qui s’est adaptée – matériellement, esthétiquement, organiquement – pour attirer le touriste, qui a été convertie en « merveilleuse terre de vacances », promue et vendue comme telle sur le marché hautement concurrentiel du dépaysement… où l’emportent les stations et sites les plus beaux, les plus sûrs et confortables, les plus ensoleillés ou enneigés, les plus typiques, authentiques et exotiques mais pas trop, les plus « démocratiques » ou haut de gamme, les plus éphémères ou éternels, etc.

Pour exister sur ce marché des destinations idéales, il s’agit de gagner en « touristicité ». Comment ? En collant au maximum aux critères utilisés pour classer les plus accueillants des lieux « mis en tourisme ». Ces critères – constitutifs du « Travel & Tourism Competitiveness Index » édité par le Forum économique de Davos – renvoient pour l’essentiel aux responsabilités publiques en matière de qualité des infrastructures (Air Transport Infrastructure, Tourist Service Infrastructure…), de facilité d’accès (International Openness, Information and Communication Technologies Readiness…), de sécurité du cadre (Safety and Security, Health and Hygiene…) et, bien sûr, de force concurrentielle (Price Competitiveness, Business Environment, Labour Market…). En clair, l’« Indice de compétitivité touristique » encourage explicitement le nivellement par le bas de toute forme de régulation sociale, fiscale et environnementale, auquel s’emploient de fait les pays de destination lointains pour créer, en fonction de leurs « avantages comparatifs », les conditions nécessaires à une augmentation de leur part de marché.

Il est beau le monde touristisé

Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être, pour autant ? Oui et non. Oui, parce que l’expansion et la diversification tous azimuts – thématique et géographique – de l’offre touristique semblent ne pas avoir de limites (tourismes ethnique, extrême, polaire, spatial…). Et parce que prévaut aux quatre coins de la planète, cette soif de bénéficier, même marginalement, de la manne touristique, considérée comme panacée universelle. Non, parce qu’en matière de valorisation marchande des décors naturels, patrimoniaux, humains… dont le tourisme est friand, tous les lieux ne recèlent pas le même pouvoir attractif. Au Guatemala, pour ne prendre qu’un seul exemple parlant, les régions où les peuples indigènes mayas ne portent pas au quotidien leurs magnifiques vêtements « traditionnels » restent terra incognita des catalogues et flux touristiques.

G- Comment expliquer que le tourisme soit une activité si prisée et pratiquée, alors qu’il rend les lieux de plus en plus uniformes, artificiels, et confortables – c’est-à-dire ennuyeux ?

B.D – On pourrait également se demander pourquoi les galeries commerçantes sont si courues, alors qu’elles participent de facto d’une standardisation de la consommation et du divertissement. La métaphore filée par Rodolphe Christin dans Critique de la déraison touristique (2014) apporte quelques éléments de réponse. Il y assimile « lieu touristique » et « centre commercial » et analyse comment s’y combinent « fonctions de déambulation et de consommation » pour « hédonistes rentiers » qui ont « accumulé suffisamment de ressources » durant leurs périodes de travail « pour faire ce qui leur plaît » durant ces parenthèses de liberté. « Comme le touriste, le passant, seul ou en groupe, professionnel ou affinitaire, flâne au milieu de tentations multiples ; il observe, frôle, croise furtivement ses semblables sans les rencontrer, sauf lors d’un contact commercial. » Comme la galerie marchande, la mise en marché touristique offre des espaces de restauration, de récréation, de souci de soi, de regard sur les autres, version superficielle et réenchantée du monde réel, où « le conso-flâneur » peut aller et venir, « idéalement anonyme, dégagé de toute appartenance et responsabilité », en s’adonnant à « la petite jouissance d’une déambulation de lèche-vitrine ». Le même auteur explique plus loin : « Le capitalisme a fait du loisir un commerce et la puissance d’enchantement de l’industrie touristique repose sur sa capacité à faire oublier son caractère précisément industriel, (…) soumis aux règles d’un productivisme et d’un consumérisme sans frontières, faisant peu de cas de l’idiosyncrasie des accueillants et des accueillis. »

En filigrane de ce tour de force, opère ce que j’appelle dans La domination touristique (CETRI, 2018) « l’illusion de l’exotisme », ce supposé goût pour l’étrangeté de l’autre qu’exploite le tourisme, cette fascination pour l’altérité lointaine, pour la différence fantasmée qui serait inscrite au cœur des ressorts du voyage (ou pour le moins de sa promotion). D’une part, la plupart des partants, même s’ils affichent volontiers « l’évasion » et le « dépaysement » parmi leurs motivations, n’aspirent pas à l’altérité ni au décentrement culturel, des notions très situées socialement et à vocation distinctive. D’autre part, lorsque ces notions opèrent effectivement comme objets de quête touristique, elles renvoient moins à une population ou à un endroit réel qu’à un point de vue sur ceux-ci, à une manière de les concevoir… produite par l’« exotisation » même des destinations à laquelle s’adonne le marché publicitaire. « Le tourisme fabrique de l’authentique en toc », résume Sylvie Brunel. À l’étranger lambda, on préférera sa représentation idéalisée, sa « staged authenticity », son « authenticité mise en scène », résultat d’un processus de construction de l’ailleurs – figure simplifiée, enjolivée, folklorisée de l’indigène accueillant –, tel qu’il doit apparaître pour gagner l’égard amusé du visiteur.

G – Des publications, outre la vôtre, sont venues gâcher les récréations estivales en signalant que le tourisme était aussi un problème écologique sous-estimé. Cela confirme-t-il vos analyses ?

B.D – Oui, le passif environnemental de l’industrie touristique tranche avec les bilans et perspectives idylliques qu’en dressent ses promoteurs. En l’état, la démocratisation réelle du secteur déborderait de facto les capacités d’absorption écologique du globe. Que ce soit en raison de la croissance continue des déplacements aériens (majoritaires dans les déplacements touristiques) ou de l’« empreinte » en hausse que représentent tant les pressions du secteur sur des ressources naturelles en voie de raréfaction (arrosage de golfs en régions arides, canons à neige artificielle en altitude, accaparements privatifs de terres fertiles ou de « milieux préservés »…), que la dégradation des littoraux, la pollution des eaux, la saturation des « capacités de charge » de sites en péril, les impasses dans le traitement des montagnes de déchets produites par les stations insulaires et l’envolée des croisières, l’expansion du tourisme met au grand jour son insoutenable… amplification. Sauf à considérer que l’aggravation de la vulnérabilité de centaines de millions de personnes affectées, et demain d’autant de réfugiés climatiques, n’est pas une priorité.

Déchets : la face cachée du tourisme de masse en Tunisie (source : http://multinationales.org/Dechets-la-face-cachee-du-tourisme-de-masse-en-Tunisie)

G – Les déplacements de masse prennent aujourd’hui deux formes principales : tourisme et migration. L’un est-il le revers de l’autre ? Comment s’effectue la distinction entre ces deux formes de « flux » ?

B.D. – Les communiqués euphoriques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce environ 1,4 milliard de séjours à l’étranger en 2018, pour 675 millions en 2000. Doublement du volume des flux touristiques en moins de vingt ans ! Pour autant, paradoxalement, l’accès à la mobilité de plaisance demeure un luxe inabordable pour l’essentiel de l’humanité. L’apanage de moins de 500 millions de personnes (dont une part croissante prend des vacances hors des frontières nationales plusieurs fois par an). Aujourd’hui, en réalité, moins d’une personne sur quinze à l’échelle mondiale est en position politique, culturelle ou économique de visiter les quatorze restantes. Rien de plus facile pour un Français ou un Belge aisé de se balader aux confins du monde, rien de plus difficile pour un Tchadien ou un Nigérien pauvre de sortir de son pays. En cela, les flux touristiques constituent un reflet assez fidèle de l’organisation de la planète et de ses disparités : migrations d’agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices. Comme si l’exercice même du droit à la mobilité – universalisé par la Déclaration des droits de l’homme – paraphrasait la célèbre fable de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les douanes vous rendront citoyen du monde ou assigné à résidence. »

G – Enfin, puisque, selon vous, l’écotourisme, le « volontourisme », le tourisme alternatif, le tourisme solidaire – entre autres niaiseries « responsables, durables et équitables » -, ne sont pas en mesure d’arrêter la transformation du monde et des comportements en marchandises : que faire ? Croyez-vous qu’il y ait vraiment quelque chose à attendre d’une « régulation » par le haut, alors que précisément, les instances internationales (comme l’OMT) tiennent à l’ordre économique du monde ?

B.D – De nombreux acteurs – l’OMT en tête ! –, conscients de l’inégale répartition des coûts et bénéfices (économiques, sociaux, culturels, environnementaux…) produits par le tourisme, plaident pour l’adoption de pratiques « éthiques » et « durables ». Très bien, mais comment l’adjonction d’un supplément d’âme à une logique délétère pourrait-elle renverser l’ordre des choses ? Entre les « projets d’impulsion » du secteur (« efficience énergétique » des stations balnéaires, « écoperformance » de l’irrigation des gazons en zones sèches, « compensation carbone » des déplacements aériens…), l’autolabellisation débridée et le filon des « tourismes de niches » – marchand ou associatif, de facto élitiste – pour pèlerins bobos en quête de voyages légitimes « au bout du monde », on peine à discerner les prémices d’un véritable et indispensable changement de perspective.

Selon les auteurs de La domination touristique, il n’y aura pas de tourisme durable possible sans remise en cause des mécanismes même de l’intrusion touristique, à savoir les politiques de libéralisation, de dérégulation, de marchandisation des lieux et des comportements, de folklorisation des populations locales, d’appropriation des espaces et des ressources sur lesquelles elle repose. Dès lors, les leviers du changement se situent bien dans les marges de manœuvre publiques, dans les possibilités de régulation des investissements et de limitation des flux, dans la fixation des termes de l’échange, l’implication des populations concernées, les capacités de canalisation des États, la définition de politiques coordonnées et l’agir d’appareils de réglementation internationaux. En douter, ce serait abandonner tout espoir de démocratiser le droit à la mobilité et de rendre son exercice viable. Ne pas en douter en revanche, je vous l’accorde, c’est se bercer d’illusions, tant manquent la volonté et les conditions politiques d’un renversement de tendance.

CRÈVE LE POUVOIR, récit d’agression et violence psychologique à Oulx

[version italienne plus bas]

[TW : attention ce texte cause de viol et de violences psychologiques]
Ceci est une lettre ouverte à propos de violences sexistes et de prises de pouvoir qui se sont déroulées à Oulx, un squat à la frontière franco-italienne entre septembre et novembre 2019.

J’ai commencé à écrire ce texte plusieurs mois après mon départ de Oulx dans un contexte de soin. Si j’en suis arrivée là, c’est parce que c’est ma dernière option pour qu’il y ait des réactions à ce qu’il s’est passé là bas. Je voulais qu’il se passe un truc, que la place que cette histoire prend dans ma vie soit un peu diluée et j’ai compris que j’étais la seule à pouvoir apaiser ma rage. Jusque là je n’avais jamais créé le temps pour re-brasser tout ce qui s’est passé là bas. J’ai écrit, re-lu, modifié, recommencé. Les quatre derniers mois où j’ai vécu là bas ont été hyper denses en terme d’événements et d’émotions. J’ai re-transcrit comme j’ai pu l’essentiel à mes yeux. Dans ce texte je fais des raccourcis, sûrement des trucs trop binaires sur des groupes de gens : « eux »/ »nous », et ça semble évident que je ne peux pas être objective. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai pu pour qu’il n’y ait pas que la colère qui anime ce texte.
Je suis OK pour éclaircir des trucs, répondre à des questions, bref échanger sur ce texte ça me va.

Crève le pouvoir

Ceci est une lettre ouverte à propos de violences sexistes et de prises de pouvoir qui se sont déroulées à Oulx, un squat à la frontière franco-italienne entre septembre et novembre 2019.
Cette lettre a pour objectif de visibiliser ce qui s’est passé là bas, parce que c’est encore trop banal dans nos milieux. Mais aussi clairement pour cramer des gens dans notre petit monde de toto (autonome) où la réputation peut être si importante. Ce texte cible plusieurs personnes d’un crew de gens très impliqués à la frontière depuis 2-3 ans (M, G, M et Mi vont être cité).

J’ai besoin de les cramer dans nos réseaux, car leurs positions et comportements ont été hyper dangereux pour ma santé mentale. Et sûrement pas que pour la mienne. Je n’ai pas envie de parler à la place d’autres gens mais suite, entre autres, à cet événement, on a été une petite dizaine de personnes, habitants ou étant impliquées à Oulx depuis plusieurs mois, à se barrer définitivement.
Mais si tout ça a pu se passer c’est aussi à cause de plein de gens qui ont cautionné ou soutenu les positions de leurs potes. Ça faisait déjà plusieurs semaines que des personnes essayaient d’alerter sur l’ambiance méga sexiste du lieu mais que, sous couvert d’efficacité et d’urgence, y’avait pas le temps d’en parler.

A l’été 2019, ça fait plusieurs mois que je vis à Oulx. J’y vis quotidiennement, c’est ma base principale, le lieu où je m’implique et aussi ma maison. Je suis pas la seule, on est beaucoup à vivre là et à considérer cet endroit comme un chez-soi. C’est aussi un espace qui brasse pleins de gens : venus pour habiter, pour passer la frontière, filer la patte pendant une semaine et aussi des personnes qui traînent autour d’ici depuis longtemps et qui passent régulièrement.
Au mois de septembre, avec des personnes qui habitent la maison, on est saoulées après une réunion de trop où on se sent infantilisées et/ou dominées par des personnes qui ont plus d’ancienneté que nous. On propose alors à des gens présents à cette réunion de créer des discussions autour des dynamiques de pouvoir, parce qu’on trouve qu’iels prennent trop de place. On se sent méprisées par rapport à ce qu’on fait ici (gérer du quotidien, faire à bouffer, capter les gens qui débarquent…). On nous fait sentir qu’on fait pas assez de « politique ». Bref, ça nous gave, on veut en parler, que ça existe et qu’on puisse se questionner ensemble sur comment toustes on exerce du pouvoir sur des gens. Nous on est maladroites dans notre proposition, les personnes concernées ont pas du tout envie de se remettre en question.

A partir de là, c’est la guerre froide, des gens sont hyper vexés par les critiques qu’on porte : « Moi qui suis anti-autoritaire, l’autoritarisme c’est la pire insulte que je peux recevoir » blablabla …
On lâche pas l’affaire et je finis par être en conflit personnel avec plusieurs personnes. Le temps passe, nos relations se tendent davantage avec le début des discussions qu’on a proposées.
Les « discussions » sur les prises de pouvoirs prennent la forme d’AGs qui durent 10h, où on se retrouve qu’entre blanc.hes. Chacun.e y étale sa vision de ce que doit être la lutte à la frontière, c’est merdique, on parle pas de pouvoir et tous les potes non-blancs qui vivent là se sentent pas de participer. J’en arrive à me dire qu’en fait, j’ai pas envie de composer avec le « grand collectif » imaginaire de Oulx. Je suis là simplement parce que ça me fait du sens d’habiter ici et que je kiffe les gens avec qui je vis et ce qui s’y passe. La super lutte pour « détruire » la frontière entre petit.es blanc.hes politisé.es, ça me parle pas.

Dans le même temps, je parle à des potes d’un viol que j’ai subi deux mois plus tôt. La personne qui m’a violée est un ami proche, il vit avec nous, passe beaucoup de temps avec moi. Je leur explique que mon cerveau vient juste de réaliser qu’il s’est passé un truc crade avec lui, je raconte qu’un matin au mois d’août je me suis réveillée à poil dans son lit après une soirée où j’étais ivre morte. J’ai aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. Pendant deux mois j’ai fait du déni pour protéger ma relation avec cette personne, qui était très importante pour moi, j’ai enterré ce matin hardcore loin au fond de ma tête. Je dis aux potes que le déni a bien fonctionné pendant un temps mais que là, je me reprends tout dans la gueule et j’ai besoin d’aide. D’autant plus que j’ai déjà essayé de capter l’agresseur et qu’il m’assure ne pas savoir ce qu’il s’est passé, que lui aussi était bourré et qu’il n’a pas de souvenir. Je sais qu’il ment, il m’a avoué récemment avoir des sentiments pour moi depuis cette nuit là, ça me fait vriller, j’ai besoin de faire exister « cette nuit là » et qu’il y ait un processus de réparation.

Mes demandes sont :

  • Que des potes le captent pour qu’il raconte ce qu’il s’est passé et que je puisse moi aussi être au courant et qu’il comprenne qu’il a merdé.
  • Qu’il parte quelques semaines me faire de l’air pour que j’encaisse et que je puisse rester à Oulx.
  • Que des gens proches de lui gardent le lien une fois qu’il sera parti pour l’aider à avancer sur sa notion du consentement, qu’il reproduise pas de la merde et aussi pour qu’il se retrouve pas isolé du jour au lendemain.
  • Que le processus se fasse qu’avec des personnes en qui j’ai confiance.

Un crew de copines le capte le lendemain, il finit par raconter qu’on a « couché ensemble », que c’était une erreur parce qu’on était bourré.es, mais que c’est notre faute à toustes les deux. Il dit que si je ne me sens pas bien en sa présence, il peut bouger.
Les potes me font un retour, je suis en miette. Je me connais quand j’ai 4 grammes, en fin de soirée ça devient compliqué de tenir debout. Qu’il ait pu s’imaginer qu’on « couche ensemble » alors qu’il a juste baisé un cadavre me donne la gerbe, me fait trembler, ça me révulse. Mais je me dis que je gérerai l’émotionnel plus tard et que là, la priorité c’est le processus qui s’est lancé et qu’il faut absolument qu’il capte pourquoi NON on est pas toustes les deux responsables et qu’il a abusé de moi.
D’autres potes le captent les jours suivants, il commence à comprendre des trucs et à un peu reconnaître qu’il a merdé. Il accepte de partir mais demande du temps pour le faire, j’accepte qu’il ait une semaine pour préparer son départ.
Deux jours plus tard G. passe sur le lieu, l’agresseur lui parle de ma demande qu’il s’en aille et du fait que je sois soutenue. Elle fait scandale dans toute la maison, dit que c’est pas possible d’exclure quelqu’un.e sans décision collective, exige un récit complet de ce qui s’est passé. Des gens lui répondent que ça cause de viol et que c’est tout ce qu’il y a à savoir. Elle lâche pas l’affaire, alerte toute la maison et les personnes qui y gravitent : Mon histoire devient le sujet de conversation du moment. Je pète les plombs, l’insulte et menace de la frapper si elle ferme pas sa gueule.

Le lendemain je ne suis pas là, quand je rentre le soir je comprends que plein de gens sont venus pour une réunion dans la suite de celles commencées sur les prises de pouvoirs. Cette réunion était prévue depuis un moment mais avec le chaos de la veille, elle se transforme en débat sur l’exclusion de l’agresseur. Des potes me racontent ce qui en ressort de plus crade :

  • Pas d’exclusion sans assemblée à 40 où on veut m’entendre raconter le viol.
  • Si l’agresseur mérite l’exclusion, alors moi aussi car j’ai fait de la violence verbale et des menaces la veille sur G.

L’agresseur se saisit de tout ça, se sent protégé, et reprend de la place dans la maison en disant qu’il ne partira pas sans décision commune. Le début du processus est complètement saboté.
Le ragotage est une pratique fréquente à Oulx, hyper utilisée pour mettre la pression. Cette fois, les bruits de couloirs racontent que c’est sûr que j’abuse, que c’est pas un viol, que de toute façon j’exagère tout depuis quelques semaines.
J’en prends plein la gueule, les gens cristallisent le conflit sur les prises de pouvoirs autour de ma demande que l’agresseur quitte le lieu. On me dit que c’est moi qui fait du pouvoir en décidant seule de comment se passe la prise en charge.
Dans les jours qui suivent, M. une pote en qui je crois avoir confiance sur des questions de sexisme m’assure de son soutien : Je lui raconte le viol. Elle est pas bien, je sens que ça la touche mais elle ajoute que la situation actuelle est compliquée. Je sens qu’elle veut pas assumer du conflit avec ses potes, j’imagine qu’elle va se tenir à l’écart. Pas du tout, elle repasse sur le lieu pour aller boire un café avec l’agresseur et une autre personne. Elle m’explique en rentrant que c’était pour entendre sa version, que lui et moi on dit pas la même chose. Sans déconner ? Elle dit que ça la perturbe pour me soutenir comme elle avait promis de le faire : Je vrille, je me sens hyper trahie, les faits deviennent réellement publics et un débat se crée pour savoir si oui ou non c’est un viol.

Ça fait deux jours que la deadline imposée à l’agresseur est passée, et je suis en état d’alerte permanent entre sa présence et la pression des connasses. J’impose son départ immédiat en menaçant de le jeter par la violence physique. Il part avec elles, hurle, veut m’attaquer, elles le rassurent en lui disant qu’il se vengera plus tard du mal que je lui fais. Elles l’hébergent trois jours et le jettent.

L’agresseur coupe les ponts avec toutes les personnes ayant proposé de garder du lien pour poursuivre le processus. Tous mes espoirs qu’il capte des trucs se cassent la gueule alors que sur le moment, c’était ma priorité. Pour soigner mes traumas, mais aussi parce que malgré tout il était mon ami et que je le pensais pas trop con.
Je sens qu’on veut me pousser vers la sortie, que le fait que j’ai parlé de ce viol et que j’ai des attentes me rend vulnérable. C’est le bon moment pour m’attaquer et que je remette en question ma place ici. Je dérange, des gens voudraient que je ne traîne plus là et iels ont capté que c’était l’occas’ que je m’en aille.

Je me suis accrochée encore pendant un mois, je voulais survivre dans ce lieu pour pas avoir à faire une croix dessus. Je voulais partir par choix, pas par dégoût. Ce lieu et les personnes qui l’habitaient représentaient beaucoup pour moi. J’aurais voulu prendre des vacances, souffler un peu mais j’avais l’impression que bouger à ce moment là, c’était laisser de la place pour qu’il revienne et j’avais peur de ne pas avoir la force de revenir. J’avais l’impression d’être en guerre permanente pour prouver que j’avais encore la force d’être ici et qu’elles n’avaient pas réussi à me faire du mal.
6 mois plus tard je vais mieux, je me soigne, mais ma colère n’a pas bougée. Ce viol c’était ni le premier ni le dernier mais une « prise en charge » comme celle-ci c’est la dernière sans casser des bouches.

C’est pas la première fois dans ce milieu que des personnes avec un fort capital social, genre stars-des-totos, se sentent légitimes à faire taire une victime, en lui mettant la pression, voire en se liguant contre elle avec une/des personnes accusée/s d’oppression. Le résultat est souvent le même : celles qui ont ouvert leur gueule sur les violences vécues se cassent ou sont poussées dehors, et se retrouvent isolées à gérer leurs traumas et le manque de soutien. C’est humainement dégueulasse, psychiquement hardcore et politiquement indéfendable dans un milieu qui se croit anti-autoritaire. Prendre d’emblée la défense d’un mec-cis accusé de viol contre la meuf qui s’en dit victime, c’est déjà cautionner le patriarcat. Et focaliser l’attention des discussions sur les rapports de pouvoir sur cette histoire, c’était bien pratique pour pas se poser la question du racisme qu’on véhicule dans nos squats, à la frontière ou ailleurs.
Ça c’est mon expérience d’oppression par ce crew là. Sur la même période, on a été plusieurs à subir de la pression pour ne pas que l’on reste. Il y a eu beaucoup de racisme, de classisme, aussi de la psychophobie et de la toxicophobie.
Quand un crew de gens élitistes détient les outils, le réseau, les privilèges et la légitimité dans un lieu c’est ce genre de chose qui peut se passer.

Crève le patriarcat crève le pouvoir

Si besoin d’échanger sur ce texte : nik2prenso1@protonmail.com

QuiproquoDans la publication « Récit d’agression et de violence psychologique à Oulx », ce n’est pas Mi l’agresseur.J’ai eu deux retours où des personnes ont interprété que c’était lui, désolé si je n’ai pas été assez clair.

Si j’avais besoin de citer Mi dans ce texte, c’est parce qu’il a été un soutien actif pour l’agresseur. Il a entres autres :

  • Protégé socialement l’agresseur
  • Tenté de décrédibiliser toute la parole des meufs dénonçant les violences sexistes du lieu
  • Retourné la chambre d’une copine pour lui foutre la pression
  • Fait de la violence psychologique avec des copines (Regard insistant, sourire mesquin, caché derrière les connasses dans les moments où c’est le chaos)
  • Il a martelé que c’était la dictature des meufs et que c’était nous qui faisions de l’oppression
  • Recouvert des tags anti-sexistes en y dessinant des bites.

 


* attenzione questo testo parla di stupro e violenza psicologica

Ho iniziato a scrivere questo testo diversi mesi dopo aver lasciato Oulx in un contesto di cura. Ho scelto di rispondere a ciò che è successo attraverso la scrittura e la trasmissione, ma nella vita reale questa non è la mia arma. Se sono arrivata a questo punto è perché è una delle mie ultime opzioni per reagire a quello che è successo lì, e mi sono resa conto che potevo contare solo su me stessa per calmare la mia rabbia. Fino ad allora non avevo mai trovato il tempo per liberarmi di tutto ciò che era accaduto laggiù. Ho scritto, riletto, cambiato, ricominciato da capo. Gli ultimi quattro mesi che ho vissuto lì sono stati molto densi di eventi e di emozioni. Ho trascritto come potevo cio che era essenziale ai miei occhi. In questo testo faccio delle scorciatoie, probabilmente troppo binarie su gruppi di persone: « loro »/ »noi », e mi sembra ovvio che non posso essere obiettiva. Ma qui, vi avverto, ho fatto quello che potevo affinché non sia solo la rabbia ad animare questo testo.
Sono disponibile a chiarire le cose, rispondere alle domande, insomma, avere degli scambi intorno a questo testo mi va bene.

MORTE AL POTERE

Si tratta di una lettera aperta sulle violenze di genere e le prese di potere che hanno avuto luogo a Oulx, un occupazione sul confine italo-francese tra settembre e novembre 2019. nostri ambienti. Ma anche chiaramente per bruciare le persone nel nostro piccolo mondo di militanti dove la reputazione può essere così importante. Questa lettera vuole rendere visibile ciò che vi è accaduto perché è ancora troppo comune nei ambienti. Ma anche chiaramente per bruciare le persone nel nostro piccolo mondo di militanti dove la reputazione può essere così importante :

– Due sorelle (M e G) che bazzicano tra Torino e il confine e anche in luoghi della Francia.
– M, francese con capelli neri corti, occhiali, occhi azzurri, frequenta soprattutto l’Italia, ma anche la Francia
– Mi, uomo cis, spagnolo, capelli neri mezzi lunghi, barba.
All’epoca dei fatti, si trascina dietro diverse storie di comportamento schifoso con delle tipe. Tutte queste persone non vivono tutti i giorni a Oulx, ma ci passano tutti regolarmente. Loro e lui, voglio bruciarli nelle nostre reti, perché le loro posizioni e i loro comportamenti sono stati iper pericolosi per la mia salute mentale. E certamente non solo per la mia… Non voglio parlare al posto di altre persone, ma dopo questo evento, siamo stati una dozzina di persone che hanno vissuto o sono state coinvolte in Oulx per diversi mesi per andarsene definitivamente.
Ma se tutto questo è potuto accadere è anche a causa di molte persone che hanno sostenuto o appoggiato le posizioni dei loro amici. Erano già diverse settimane che la gente aveva cercato di mettere in guardia dall’atmosfera mega sessista del luogo e che, sotto la copertura dell’efficienza e dell’urgenza, non c’è stato il tempo di parlarne…

Nell’estate del 2019, ho vissuto a Oulx per diversi mesi. Ci vivo ogni giorno, è la mia base principale, il luogo in cui mi impegno e anche la mia casa. Non sono l’unica, ci sono molte persone che vivono lì e considerano questo posto come una casa. È anche uno spazio pieno di persone: persone che sono venute ad attraversare il confine, che sono qui da una settimana e persone che sono state coinvolte al confine per diversi anni e che passano regolarmente.
A settembre, con le persone che vivono in casa, dopo un incontro di troppo dove ci sentiamo infantilizzate e/o dominate da persone che sono lì da molto tempo siamo stufe. Proponiamo quindi alle persone presenti a questo incontro di creare discussioni intorno alle dinamiche di potere perché troviamo che occupano troppo spazio. Ci sentiamo disprezzate in relazione a ciò che facciamo qui (gestire la vita quotidiana, preparare il cibo, entrare in contatto con le persone…).
Ci sembra di non fare abbastanza « politica ». Insomma, siamo stufe, vogliamo parlarne, che esista e che si possa andare avanti insieme su come ognuno ha potere sulle persone. Siamo maldestre nella nostra proposta, le persone interessate non vogliono affatto mettersi in discussione.

Da quel momento in poi, è la guerra fredda, la gente è molto turbata dalle critiche che facciamo: « Sono anti-autoritario, l’autoritarismo è il peggior insulto che possa ricevere » bla, bla, bla…
Non ci arrendiamo e finisco per essere in conflitto personale con diverse persone (M&G, Mi, altre persone…).
Con il passare del tempo, i nostri rapporti si fanno più tesi con le discussioni che abbiamo avviato. Le « discussioni » sulle prese di potere sono discussioni di 10 ore in cui ci si trova solo tra i bianchi. Ognuno diffonde la sua visione di come dovrebbe essere la lotta al confine, è una merda, non si parla di potere e tutti gli amici non bianchi che ci vivono non si sentono di partecipare.
Arrivo a un punto in cui mi dico che in realtà non ho voglia di fare parte dell’immaginario « grande collettivo » di Oulx. Sono qui semplicemente perché per me ha senso vivere qui e amo le persone con cui vivo e quello che succede qui. La grande lotta per « distruggere » il confine tra le piccole ragazze bianche politicizzate non mi parla.
Allo stesso tempo, parlo con alcuni amici di uno stupro che ho subito due mesi prima. La persona che mi ha violentata è un amico intimo, vive con noi, passa molto tempo con me. Spiego loro che il mio cervello si è appena reso conto che con lui è successo qualcosa di schifoso, dico loro che una mattina di agosto mi sono svegliato nuda nel suo letto dopo una serata in cui ero ubriaca fradicia. Non ho memoria di quello che è successo. Ho negato per due mesi per proteggere il mio rapporto con questa persona che era molto importante per me, ho seppellito quella mattina hardcore lontano nella mia testa. Dico ai ragazzi che la negazione ha funzionato per un po’, ma ora me la prendo in faccia e ho bisogno di aiuto. E in più che avevo già cercato di parlare con l’aggressore e lui mi aveva assicurato di non sapere cosa fosse successo, che anche lui era ubriaco e che non ricordava. So che mi sta mentendo, mi ha confessato poco prima di quella volta che ha avuto dei sentimenti per me a partire da quella notte, mi fa impazzire, ho bisogno di far esistere « quella notte » e che ci sia un processo di riparazione.
Le mie richieste sono:
– che degli amici vadano a parlarci, così che possa raccontare quello che è successo e che io lo sappia e che lui possa capire che ha fatto della merda.
– he lui se ne vada via per qualche settimana per darmi un po’ d’aria, in modo e io possq incassare il colpo e rimanere a Oulx.
– Che le persone a lui vicine mantengano il legame una volta che se ne è andato per aiutarlo ad andare avanti sul suo concetto di consenso, che faccia meno stronzate e anche che non si trovi isolato da un giorno all’altro.
– Che il processo sia fatto solo con persone di cui mi fido.
Un gruppo di amiche lo va a prendere il giorno dopo, lui finisce per dire che siamo « andati a letto insieme », che è stato un errore perché eravamo ubriachi, ma che è colpa nostra. Dice che se non mi sento bene in sua presenza, può andarsene. Le amiche mi anno un resoconto, sono in crisi. Mi riconosco quando sono ubriaca, a fine serata è difficile stare in piedi. Il fatto che abbia immaginato che « andiamo a letto insieme » quando si è appena scopato un cadavere mi fa vomitare, mi fa tremare, mi ripugna. Ma mi dico che mi occuperò dell’emotività in seguito e che la priorità ora è il processo che è iniziato e che deve assolutamente capire perché NO non siamo entrambi responsabili e che ha abusato di me.
Altri amici gli parlano nei giorni successivi, lui comincia a capire le cose e ammette di aver fatto un po’ di casino. Accetta di andarsene ma chiede tempo per farlo, sono d’accordo che ha una settimana di tempo per preparare la sua partenza.

Due giorni dopo, arriva una delle sorelle (G), l’aggressore gli racconta la mia richiesta di andarsene e il fatto che sono sostenuta. Causa uno scandalo in tutta la casa, dice che non è possibile escludere qualcuno senza una decisione collettiva, chiede un resoconto completo di ciò che è successo. La gente le dice che è a causa di uno stupro e questo è tutto quello che c’è da sapere. Non si arrende, avverte tutta la casa e le persone che la abitano: la mia storia diventa il tema di conversazione del momento.
Mi spavento, la insulto e minaccio di picchiarla se non tiene la bocca chiusa.
Il giorno dopo non ci sono, quando torno a casa la sera, capisco che molte persone sono venute per un incontro nel proseguimento di quelli iniziati sulle prese di potere. Questo incontro era stato pianificato da tempo, ma con il caos del giorno prima si è trasformato in un dibattito sull’esclusione dell’aggressore.
Alcuni dei miei amici mi dicono che quello che è venuto fuori da quell’incontro è stata la cosa più brutta che sia mai successa:
– Nessuna espulsione senza un incontro di 40 persone per sentirmi raccontare la storia dello stupro. – Se l’aggressore merita l’esclusione, allora lo merito anch’io, perché ho fatto violenza verbale e minacce il giorno prima su G.

L’aggressore si impossessa di tutto questo, si sente protetto e si riprende il suo posto in casa, dicendo che non se ne andrà senza una decisione comune. L’inizio del processo è completamente sabotato…
Sparlare è una pratica comune in Oulx, iper usato per mettere pressione. Questa volta, i rumori nei corridoi dicono che è sicuro che sto abusando, che non è uno stupro, che comunque ho esagerato tutto nelle ultime settimane.
Mi arrivano tante cose dritte in faccia, la gente sta cristallizzando il conflitto per le prese di potere intorno alla mia richiesta che l’aggressore lasci il posto. Mi viene detto che sono io quella che prende il potere decidendo da sola come avviene la presa in carico.

Nei giorni successivi, M una compagna a cui credo di potere fare fiducia sui temi del sessismo mi assicura il suo sostegno: gli parlo dello stupro. Riconosce lo stupro, ma aggiunge che la situazione attuale è complicata. Sento che non vuole affrontare il conflitto con i suoi compagni, immagino che se ne starà alla larga.
Per niente… Torna sul posto per prendere un caffè con l’aggressore e M (una delle sorelle). Mi spiega quando torna a casa che è stato per sentire la sua versione, che lui ed io non diciamo la stessa cosa, ma scherziamo? Dice che le dà fastidio sostenermi come aveva promesso di fare: do di matto, mi sento iper tradita, i fatti diventano davvero pubblici e creano un dibattito sul fatto che si tratti o meno di stupro.
Sono passati due giorni dalla scadenza del termine imposto all’aggressore, e sono in uno stato di allerta permanente tra la sua presenza e la pressione delle stronze. Forzo la sua partenza immediata minacciando di buttarlo fuori con la violenza fisica.
Lui se ne va con lei, urla, vuole aggredirmi, loro lo rassicurano dicendogli che poi si vendicherà per il male che gli faccio. Lo ospitano per tre giorni e lo mandano via, perché non è loro amico e ora che non possono più usarlo per arrivare a me sta diventando ingombrante. L’abusante interrompe ogni contatto con tutte le persone che si sono offerte di rimanere in contatto per continuare il processo. Tutte le mie speranze che capisca delle cose sono andate in frantumi, quando invece all’epoca era la mia priorità per la guarigione dei miei traumi.

Sento che vogliono mandarmi via, che il fatto di aver parlato di questo stupro e di avere delle aspettative mi rende vulnerabile. È un buon momento per attaccarmi e mettere in discussione il mio posto qui. Sono inquieta, la gente vorrebbe che non restassi più qui e ha intuito che questa è l’opportunità per me di andarmene.
Ho resistito un altro mese, volevo sopravvivere in quel posto per non dovermi arrendere. Volevo andarmene per scelta, non per disgusto. Questo posto e le persone che lo abitano hanno significato molto per me. Avrei voluto prendermi una vacanza, una pausa, ma sentivo che muoversi in quel momento lasciava spazio al ritorno di lui e avevo paura di non avere la forza di tornare.
Mi sentivo come se fossi in una guerra permanente per dimostrare che avevo ancora la forza di stare qui e che non erano riusciti a farmi del male.

6 mesi dopo sto meglio, mi prendo cura di me stessa, ma la mia rabbia non si è ancora placata. Questo stupro non è stato né il primo né l’ultimo, ma un « trattamento » come questo è l’ultimo senza rompere la faccia a qualcuno.

Non é la prima volta che in questo ambiente delle persone con un forte capitale sociale, tipo grandi star tra i militanti, si sentono legittimi a far tacere una vittima, mettendole la pressione, se non pure alleandosi, contro di lei , con una o più persone accusate di oppressioni. Il risultato é spesso lo stesso : coloro che hanno aperto la bocca sulle violenze vissute se ne vanno o sono spinti via, si ritrovano isolati a gestire i loro traumi e la mancanza di sostegno. É umanamente schifoso, psicologicamente hardcore, e politicamente indefendibile in un ambiente che si dice anti-autoritario. Prendere a priori la difesa di un uomo-cis accusato di stupro contro la donna che dice di esserne la vittima, é già sostenere il patriarcato. E focalizzare l’attenzione delle discussioni sui rapporti di potere su questa storia, é stata una buona pratica per non porsi la questione del razzismo che trasmettiamo nei nostri squat, alla frontiera o altrove.

Questa è la mia esperienza di oppressione da parte di questo gruppo. Nello stesso periodo, molti di noi erano sotto pressione per non rimanere. C’era molto razzismo, classismo, psico-fobia e tossicofobia. Quando un gruppo di persone elitarie possiede gli strumenti, la rete, i privilegi e la legittimità di un luogo, questo è ciò che accade.

MORTE AL PATRIARCATO, MORTE AL POTERE.

Si c’è bisogno di parlare di questo testo : nik2prenso1@protonmail.com

Pour la forêt, et suite à l’abandon du projet de Center Parc de Roybon

Après 10 ans de lutte, Gérard Brémond, dirigeant du groupe Pierre & Vacances a annoncé hier l’abandon du projet de Center Parc de Roybon, dont la mise en place impliquait, entre autre, la destruction de 80 hectares de la forêt millénaire des Chambarans. L’abandon de ce projet est le fruit de l’association vertueuse, mais sans dialogue, de méthodes de luttes diversifiées : occupations illégales, recours juridiques, communication politique.

« On était dans une impasse, c’était devenu inextricable entre l’occupation du site, les changements de réglementations, les autorisations pour les permis de construire, pour le défrichement, la loi sur l’eau, la préservation des espèces et les lenteurs de la justice dans les différents stades, la cour d’appel, le tribunal administratif, le Conseil d’Etat. Tout cela se superposait, c’était interminable »

Gérard Brémond – Lemonde.fr – Après plus de dix ans de guerre d’usure, Center Parcs abandonne son projet à Roybon.

Ce triumvirat fût la pierre angulaire du succès des différentes occupations du mouvement des Zads de 2012 à 2018. Du moins jusqu’à la capitulation des tenants de la communication politique de Notre-Dame-des-Landes, qui rendirent les armes à l’état pour sauver quelques fermes. Achevant par cet acte toute perspective d’extension du mouvement, et, fidèles à l’histoire humaine des révoltes, actant l’existence d’interlocuteurs crédibles pour l’état au sein du mouvement de lutte.

Ayant fait partir des premièr.e.s occupant.e.s de la forêt de Roybon pour bloquer le projet, je parle en mon nom, et en mon nom seulement. La maison de la marquise, sur la partie ouest de la forêt, fût occupée au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, tué par la grenade d’un Gendarme à Sivens. L’état en proie à l’angoisse de voir un mouvement de révolte s’étendre dans tout le pays, fût contraint de lever le pied sur la répression de certaines luttes. En autre sur cet embryon d’occupation, sous le feu des projecteurs, et qui, au regard des circonstances, se rendait intouchable.
Les premières semaines virent des hordes de journalistes camper devant la barricade d’accès à la marquise rebaptisée « Maquizad », entraînant un mouvement de solidarité impressionnant, malgré une communication du mouvement encore précaire. De tout.e.s la région les soutiens affluèrent pour nous porter vêtement chauds, nourriture, essence, palette.etc. Alors que les associations de luttes locales hésitaient encore à se mouiller dans cette occupation aux allures très post-apo, nous, occupants, occupantes, avons essaimé sur la forêt pour la défendre par centaines.
A peine 15 jours après l’occupation de la marquise, une épaisse couche de neige s’est abattue sur nos sentiers, nos cabanes et nos maigres K-ways. Certains.e.s occupant.e.s dormaient déjà dans les algécos du site de surveillance des vigiles de P&V, expulsés par un marche nocturne au flambeau. Certain.e.s occupant.e.s dormaient sur des plateformes de palettes à 15 mètre de haut bercé par le lent balancement des chênes et des chataîgners qui nous accueillaient. Pendant que des centaines d’universitaires, glosent, publient et animent des séminaires sur ces mouvement d’occupations, nous étions au cœur de ces luttes. Et aucun mot, ni du lexique de Deleuze, ne de celui de Foucault ne saura décrire ce que c’était.

Cette histoire,
cette histoire nous appartient.

Dans l’ombre de la belle et rayonnante Zad de Notre-Dame-des-Landes, nous existions. Nous n’étions pas beaux, pas belles. Nous n’étions pas de séduisant.e.s paysan.ne.s de carte postale attirant le tourisme sans scrupules des premier.e.s collaptiologues et écologistes décroissants. Les opportunistes de tout crins qui déferlent sur les les lieux de luttes quand ils deviennent un temps soit peu médiatisés, choisirent en grande parti de dénigré ce combat, voir de le boycotter. Car, malgré nos sourires, et la chaleur de nos cafés à la turc, nous n’avions pas les apparats d’une belle lutte rejoignable. Ce qui déferla sur le bois des Avenières cet hiver là ce furent tout.e.s les orphelin.e.s de la lutte de Sivens, choqué.e.s par les méthodes de guerre que la préfecture du Tarn abatti sur elles et eux. Ce furent tout.e.s les acharné.e.s, les désespérés de la terre prêtent à défendre ce monde, non pas pour une belle et grande victoire révolutionnaire, éclatante de lumière, mais comme des animaux blessés défendant leur tanière. Nous n’avions pas besoin d’un énième rapport du Giec pour savoir que tout était foutu. Que la planète est en train de cramer et qu’il n’existe nul perspective éclatante de lumière devant nous. Les nuits au coin du feu, les camions embourbés, les compteurs piratés, les tisanes échangés avec les soutiens, ce sont des souvenirs pleins de chaleurs que je n’oublierai jamais. Les longues randonnées chargées de bois dans la neige, les cours de grimpe improvisés, les réunions chaotiques dans la poussière de la vieille marquise, repeinte à notre goût ; cela n’avait rien d ’épique, ni de spectaculaire, c’était absolument pittoresque et hors de tout contrôle.

Elle est là notre victoire, l’existence de tous ces gestes de révolte, de rencontre, de solidarité pendant cinq longues années, sans que l’hydre étatique vienne réclamer son arpent.

https://cric-grenoble.info/local/cache-vignettes/L500xH302/Roybon_5jpg-e453-cf1a1.jpg?1594305303

Par ce texte je ne veux en rien dénigrer le travail des associations et leurs recours juridiques, ni le travail de publication de certains médias tenaces alors que tout le monde regardait à l’ouest. Je tiens ici à rappeler l’histoire des occupant.e.s qui ont lutté et luttent encore pour cette forêt. Avant que quelques historien.ne.s, révolutionnaires ou non, qui n’y ont jamais mis les pieds nous volent nos récits et notre histoire pour en faire quelque salade ingérable au grand public.

L’abandon du projet n’entérine aujourd’hui aucune victoire, il annonce une nouvelle étape dans la défense de cette forêt. Avant le Center Parc, un projet de décharge avait été étudié pour le bois des Avenières. On peut s’attendre sans trop d’hésitation à ce que Serge Perraud, maire de Roybon et figure de la grande bourgeoisie propriétaire, nous prépare une nouvelle horreur pour raser ces arbres, qui nous ne nous ont jamais fait défauts.

En tant qu’espace vivant non rentabilisé, cette forêt reste en proie à la prédation économique. Restons donc à l’affût des communications de la bête immonde et ses sbirs. Rappelle toi « Souris », rappelle toi « l’Allemagne », rappelle toi « Tropique ». Que ces sourires, ces souvenirs, ces rencontres, occupant.e.s et soutiens, qui nous ont tant marqué nous rappelle à l’engagement que nous prîmes le soir de l’occupation de la Marquise :

« Défendre cette forêt contre leur monde,
ET contre le monde qui va avec ».

Un ancien de la forêt

Repris de cric-grenoble.info