« Nous avons piraté les frontières » – Récit sur le camp itinérant « Passamontagna » du 8 au 10 Juin

« Nous avons piraté les frontières » – Récit sur le camp itinérant « Passamontagna » du 8 au 10 Juin

http://www.passamontagna.info/?page_id=151&lang=fr

Comment faire pour rendre caduques les frontières ? C’est devenu nécessaire avec la militarisation de celles-ci dans le cadre de la guerre aux migrant-es qui a été enclenchée en Europe. Après la marche du 22 Avril de Montgenevre à Briançon, il fallait recommencer. Surtout quand 3 migrant-es ont été retrouvé-es mort-es dans la vallée, tué-es non pas par le froid mais par la répression policière. Surtout quand 3 personnes ont été placées en prison suite à cette précédente marche.

C’est dans ce contexte que s’est monté Passamontagna, un camp itinérant contre les frontières, partant de Melezet en Italie, passant par le col de l’Échelle et arrivant à Briançon. 3 jours collectifs et autogérés, de marche mais aussi de discussions et de reflexion autour de ces frontières, réunissant des personnes italiennes, françaises et d’ailleurs luttant contre les frontières.

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Avis de Tempête n°5

Avis de tempêtes – bulletin anarchiste pour la guerre sociale n°5 vient de sortir.

Pour lire, imprimer et diffuser ce petit bulletin autour de soi (il est en format A5, et celui-ci fait 16 pages), on pourra retrouver chaque nouveau numéro tous les 15 du mois, ainsi que les précédents, sur le blog :

https://avisdetempetes.noblogs.org

« Prendre la rue en ordre dispersé, sous forme de groupes variés et mobiles où l’identité n’est plus de mise, plutôt qu’en blocs compacts intégrés au dispositif syndical et policier, voilà peut-être une piste que même le Premier mai historique peut encore nous transmettre. Une piste que les boutiques syndicales connaissent sur le bout des drapeaux, parce que la représentation et le défilé ordonné en cortèges ne se sont pas fait tous seuls et ont été justement été pensés comme une forme de maintien de l’ordre : c’est après l’émeute parisienne du 1er mai 1906 et surtout juste après celle spontanée du 13 octobre 1909 consécutive à l’assassinat de l’anarchiste espagnol Francisco Ferrer, que la Fédération de la Seine de la CGT eut la bonne idée d’en organiser une seconde le 17 octobre, en négociant pour la première fois un parcours autorisé et encadré conjointement par les autorités et un service d’ordre « capable d’organiser et de discipliner une manifestation », selon L’Humanité de l’époque. Les autoritaires et les gestionnaires de la paix sociale que sont les partis politiques et les syndicats n’avaient en effet pas trouvé mieux que d’introduire ce nouveau mode pacificateur de la manifestation co-organisée avec l’État d’une place à une autre, pour tenter de mettre fin aux formes émeutières sauvages, qui étaient jusqu’alors le mode principal d’exprimer colère et revendication en prenant la rue sans parcours défini ni objectif centralisé.  »

 

Le CHUM en procès : Rdv mardi 5 juin

Le CHUM en procès
Appel à venir soutenir le Chum et ses habitants

MARDI 5 JUIN au tribunal de Gap
PROCES à 10H30
Rendez-vous dès 9H30 devant le tribunal de GAP

Le C.H.U.M ,
situé à la maison des Chefs de gare à Veynes, est depuis 9 mois un lieu de vie pour des personnes en exil, comme le sont la maison Cezanne, Chez Marcel, la CRS, la Paroisse, la maison de Vercheny et les domiciles de nombreuses personnes qui accueillent chez elles.
Cette maison est aujourd’hui menacée d’expulsion.
Cela veut dire (re)mettre des gens à la rue, sans aucune proposition de relogement, sans aucune considération de leur parcours, de leur
état, de leur vie.
Le système actuel tend à déshumaniser ces personnes, à les reléguer à un statut administratif. Ce même système tend à banaliser des procédures administratives inhumaines, à criminaliser l’entraide et à autoriser des chasses à la femme, à l’homme, à l’enfant, qui se termine par la mort.
Réitérons encore, et encore, notre refus de fermer les yeux sur les maltraitances et le non-accueil de nos institutions à l’égard des personnes en exil.
Le choix d’occuper la Maison des Chefs de gare de Veynes est une réponse active aux administrations qui n’assument pas leur obligation de prise en charge.

Nous ne pouvions continuer à faire leur boulot dans l’ombre pour assurer
– un accueil digne et inconditionnel
– une aide juridique
– un accès aux soins, un suivi médical
– des relations humaines dignes de ce nom.

Nous ne pouvions continuer à entendre cette fausse excuse qu’il n’y a pas de places pour eux, nous ne pouvions continuer à les voir dans cette détresse.
Nous prouvons que ce n’est pas un problème d’organisation matérielle, financier ou logistique. En 10 jours, une bâtisse abandonnée depuis 10 ans est devenuer une maison accueillante, qui évite la rue à des adolescents .

L’État au bout de la corde

Repris de Paris-luttes.info

Depuis janvier 2018, au moins 30 personnes incarcérées sont décédées en France de « suicides » ou « morts suspectes ».

En France comme ailleurs, la prison tue. Depuis janvier 2018, au moins 30 personnes sont mortes en taule de « suicides » ou « morts suspectes », à Fresnes, Laon, Marseille, Nantes, Angers, Arras, Chalons-en Champagne, Epinal, Fleury-Merogis, Luynes, Lyon-Corbas, Metz-Queuleu, Nice, Niort, Rouen et Seysses.

Il est difficile, voire impossible, d’obtenir d’autres informations que celles parcimonieusement lâchées par l’administration pénitentiaire. Ces infos sont très souvent erronées, et s’attardent plutôt sur le « mal-être » des maton·ne·s. Nous ne faisons pas de différences entre les diverses causes de mortalité en prison et considérons que toute mort en taule est du fait de l’état. La politique répressive d’enfermement que décrivent les taulards de Seysses dans leur communiqué du 19/04/18 est bien la cause du décès de leur codétenu. Ils dénoncent les brimades, les insultes, le racisme, les passages à tabac par les matons, l’humiliation, le chantage, la répression de leur mouvement collectif, les transferts disciplinaires et l’isolement, que nous estimons relatifs à toute situation d’enfermement. Il n’existe pas et n’existera jamais de bonne prison. La presse se plaît à dérouler les détails sordides de certains décès de détenu·e·s sans en considérer la véritable cause : l’incarcération.

En tant que personnes en dehors des murs et proches de déténu·e·s nous sommes solidaires envers toute tentative des prisonièr·e·s de déroger à l’ordre carcéral, que ce soit par le biais de blocages, évasions, communiqués, mutineries ou toute autre organisation venant de l’intérieur, ainsi qu’envers tou.te.s les proches de détenu·e·s qui continuent à les soutenir.

Jusqu’à pouvoir danser sur les ruines de la dernière prison,
a bientôt,

Théo, Bastien et Eleonora : Contrôle judiciaire levé

Ce matin, près de 300 personnes se sont réunies en solidarité avec les inculpé-e-s de la manifestation du 22 avril dernier.

A l’issue de l’audience, il a décidé de la levée des contrôles judiciaires auxquels étaient soumis « les 3 de Briançon ». Ils seront jugées sur le fond le 8 novembre.

Liberté pour toutes les prisonnières, les enfermés, les condamnées !

Guide pratique d’autodéfense à destination des personnes menacées d’expulsions de leurs lieux de vie

Après plusieurs mois de rencontres, d’échanges, de recherches et d’ateliers entre des personnes directement concernées par les mesures de délogement, le Collectif Anti-expulsions Lille présente sa brochure d’autodéfense et d’actions collective face aux expulsions, quelle que soit sa manière d’habiter : occupations de terrains, locations, squats, résidences étudiantes…

L’objectif est de partager des savoirs et des pratiques permettant de défendre notre droit à vivre comme nous l’entendons, face aux projets des promoteurs immobiliers et autres délogeurs de familles précaires. Elles vont de la compréhension et de l’utilisation du droit à des idées sur la manière de mettre en place un rapport de force favorable en cas d’expulsion pour les personnes concernées.

N’hésitez pas à nous contacter pour toute remarque ou envie à l’adresse suivante : collectifantiexpulsionslille@riseup.net

Pour continuer à se rencontrer, agir et résister, pour la réappropriation de nos quartiers.

En attendant, la brochure est ici :

cliquer sur l’image!

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Trois jours de lutte contre les frontières

Si vous avez des questions, des idées, si vous souhaitez participer à cet événement
Rendez-vous pour une
REUNION D’INFORMATION DIMANCHE 3 juin à 17h
Au parc Chanoine Motte(au champ de Mars à Briançon)

Du 8 au 10 Juin 2018
Camping itinérant PASSAMONTAGNA
Trois jours de lutte contre les frontières

www.passamontagna.info

Les petits-déjeuner, repas hors sac et repas du soir seront proposés à
prix libre.
Il est conseillé de s’équiper de vêtements chauds et adaptés à la
montagne, d’une tente, d’un sac de couchage, et de vaisselle.
Le transport des bagages en camion est prévu entre chaque étape.

Vendredi 8 Juin

15.00 heures @ Melezet

Montage du campement et nettoyage des sentiers

18.00 heures @ Melezet
Débat sur « Les frontière à l’intérieur et à l’extérieur de la
forteresse Europe. De l’enfer lybien aux frontières métropolitaines » –
avec Break the border (To) et Rompere le righe (Tn)

A suivre repas et exposé théatralisé: « Guerre aux frontières, une
bataille coloniale », presenté par le collectif Confrontière

Samedi 9 Juin

10.00 heures @ Melezet
Randonnée de Melezet à Plampinet
17.00 heures @ Plampinet
Débat sur « Accueil et exploitation. Un voyage des HUBS jusqu’aux
ghettos, en passant par les CAS, les SPRAR et les CPR » – avec Davide
Cadeddu et Campagnes en lutte

A suivre repas et musique live avec: I DIECI PICCOLI INDIANI

Dimanche 10 Juin

10.00 heures @ Plampinet
Randonnée de Plampinet à Briançon

16.30 @ Briançon
Débat sur « La fascisation de la societé et échange sur les différentes
expériences de lutte contre les frontières »

A suivre retour à Melezet en voiture

Main dans la main… l’Etat et les néofascistes ; Résistons ensemble, mai-juin 2018, n° 173

Bulletin numéro 173, mai/juin 2018, du réseau Résistons Ensemble. Formé en 2002, Résistons Ensemble a pour but d’informer, de briser l’isolement des victimes des violences policières et sécuritaires et de contribuer à leur auto organisation.

Cliquer sur l’image pour accéder au fichier

Bulletin A4 recto-verso en PDF « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques …

Le bulletin no 173, mai/juin 2018 du petit journal mobile recto-verso A4 du réseau Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires est sorti. Pour lire l’intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf

Main dans la main… l’État et les néofascistes
Le col de l’Echelle (Hautes-Alpes), à 1762 mètres d’altitude, est actuellement couvert de neige, il sépare la France de l’Italie. Les routes sont coupées. Un groupe grimpe, raquettes aux pieds, soutenu par 2 hélicoptères (!), avion et drones… Pour sauver des alpinistes en danger ? Vous n’y êtes pas du tout. Il s’agit d’une centaine de néofascistes de« Génération identitaire », des français, des hongrois, des italiens… qui sont partis à la chasse aux migrants (comme déjà en août dernier avec le navire CSTAR en chasse sur la mer méditerranée voir RE 165).
Avec leur banderole déployée « Defend Europe » et des grillages en plastique, leur but est de repousser des migrants à bout de forces, gelés, vers l’Italie. Cette expédition spectaculaire était surveillée par les gendarmes, mais ils ont laissé faire. Mis à part un communiqué bidon, la justice classe l’affaire et les néofascistes jubilent.
Alors que des militants qui ont secouru des migrants sur un col voisin en réaction à la marche de la Génération identitaire, eux sont poursuivis et risquent 5 ans de prison comme les « trois de Briançon » qui passent au tribunal de Gap le 31 mai.
Deux poids, deux mesures ? Non c’est plus que ça. La nouvelle loi « asile et immigration » maintient le « délit de solidarité »pour toute aide portée aux migrants voulant franchir une frontière . Les néofascistes n’ont fait que mettre en pratique l’esprit de cette loi en rejetant dans la neige, éventuellement vers la mort des migrants exténués. Ils partagent le sale boulot avec les forces de répression « légales » dont les harcèlements peuvent mener a la mort, comme celle de Blessing, 20 ans, morte noyée à la frontière côté français. C’est pourquoi l’État ne les poursuit pas et laisse sévir les milices fascistes en tant que « garde-frontières ».
Le silence du mouvement social autour de ce nouveau développement est assourdissant. Dénoncer cette complicité de fait du gouvernement avec les néofascistes, la répression contre les migrants, et exiger la liberté pour tous militants solidaires est urgent et vital. Rappelons-nous la bête immonde, une fois lâchée, nous bouffera tous.

Au sommaire

  • Main dans la main… l’État et les néofascistes
  • Déborder mais vers où ?
  • chronique de l’arbitraire
    Les différentes formes de la répression
    « Rien n’a changé à Seysses »
    « La vérité et rien que la vérité pour Monsieur Deh ! »
    Procès BDS à Versailles
    « Que se passe-t-il au commissariat d’Argenteuil ? »
    Procès du « 8 juillet »
    Stop à la gestion coloniale de nos quartiers !
  • agir
    11 après… pour Lamine Dieng
    Manifestation contre le projet de Loi Asile-Immigration

Chroniques de frontières alpines – 1 / Réprimer les solidarités : La stratégie de la peur

L’article complet sur https://derootees.wordpress.com

Depuis 2015, dans le cadre de la « lutte anti-terroriste » menée par l’Etat français, on a assisté à une intensification de la répression policière et juridique vis-à-vis des citoyen·nes solidaires avec les étranger·es, notamment aux zones frontalières. Entre juillet 2015 et janvier 2017, de 9 citoyen·nes des Alpes Maritimes ont été inculpé·es, et le 24 avril 2018, trois militant·es suisses et italienne ont été mis·es en détention préventive suite à une manifestation solidaire à la frontière des Hautes-Alpes. Ces récents événements ont fait ressusciter les débats autour du poussiéreux « délit de solidarité », institué en 1938 (dans un climat dont chacun·e devine qu’il était particulièrement xénophobe…)

Le dossier en ligne du Gisti sur le délit de solidarité montre comment les évolutions progressives du droit sont devenues de plus en plus floues de sorte qu’il n’ait plus vocation à réprimer les trafics et réseaux mafieux à la frontière, mais à englober dans le champ des répressions les pratiques d’aide gratuite et solidaires vis-à-vis des étrangers. Cette évolution est le fruit d’une représentation de continuité entre l’immigration clandestine et le terrorisme : ainsi, dès 1996, l’aide au séjour irrégulier est intégrée parmi les infractions à visée potentiellement terroriste. Depuis les années 2000, on assiste à une extension des immunités (notamment pour « motifs humanitaires ») mais aussi, simultanément, à une aggravation des sanctions et de la répression des citoyen·nes solidaires avec les étranger·es sans-papiers.

Tout un arsenal législatif a ainsi vocation à limiter les activités bénévoles de citoyen·nes solidaires : l’ « aide à l’entrée et au séjour irréguliers », punis de 10 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, mais aussi les « délits d’outrage, d’injure et de diffamation ou de violences à agent publics », utilisés selon le Gisti pour  » défendre l’administration et la police contre les critiques dont leurs pratiques font l’objet ». A ces motifs s’ajoutent des pratiques plus sournoises de dissuasion, qui procèdent de la même volonté politique : « Il s’agit de priver l’étranger en situation irrégulière en France de toute forme de soutien : amical, politique ou juridique mais aussi, au-delà, de signifier à la population en général et aux militant·es en particulier qu’on ne peut s’opposer impunément à la politique gouvernementale quelles que soient la détresse humaine et les horreurs qui lui sont inhérentes. »

A la frontière franco-italienne, depuis quelques années, la répression judiciaire des personnes solidaires avec les exilé·es a concerné avant tout la zone de Menton-Vintimille, avec des garde-à-vue à tours de bras, la distribution de plus de soixante-dix interdictions de territoire pour des militant·es français·es et italien·nes, et puis l’ouverture des procès d’habitant·es de la Roya et de Menton. Les personnes incriminées assument leur solidarité avec les sans-papiers, en arguant que ce sont les pratiques illégales par la police de refoulement aux frontières qui (re)mettent en danger les personnes exilées, dont elles violent les droits.

Dans les Hautes-Alpes, la route qui s’est ouverte progressivement au cours de l’année 2017 fait de la région briançonnaise, depuis plus de six mois, un des principaux passages vers la France. Les mêmes événements se sont enchaînés, rapidement, qu’à Menton et dans la Roya : forte augmentation du nombre de personnes traversant la région pour entrer en France, organisation citoyenne pour faire face à une situation humanitaire d’urgence, militarisation de la frontière grâce à des équipements et des renforts policiers, répression des personnes clandestines… Et prise en étau des bénévoles solidaires au coeur de ce dispositif de répression, lequel vise avant tout les personnes étrangères, mais également tous les gens qui leur viennent en aide.

A Grenoble, marchons pour briser les frontières et la loi Collomb

Manifestation à 14H Samedi 2 juin 2018 Place Félix poulat (arrêt de tram A Victor hugo)

Le projet de loi « asile-immigration », présenté par Gérard Collomb, a été voté à l’Assemblée Nationale. Il passera au Sénat (auditions à partir du 6 juin et vote le 18 et 19 juin a priori). Le gouvernement a décidé de passer en procédure accélérée (pas d’aller-retours entre l’Assemblée et le Sénat). Cela signifie que s’il n’y a pas de modification du projet par le Sénat, il sera adopté.

Ce projet de loi, raciste et liberticide, légitime et favorise la chasse aux personnes exilées. Il fait passer les exilé·e·s pour des criminel·le·s et des fraudeur.se.s. Il propose surtout des moyens de répression : pénalisation du passage de frontière (peine de prison possible), augmentation des contrôles, augmentation des enfermements en centre de rétention (y compris pour les enfants) et de la durée de ce dernier, facilitation des expulsions…
C’est un recul dangereux des droits des personnes exilées, qui va dans le sens des courants conservateurs et fascistes.

Les collectifs de sans-papiers de la région parisienne appellent tout le mouvement social à manifester à leurs côtés le samedi 2 juin, de la place de la République au Sénat. Ils exigent la liberté de circulation et d’installation, la régularisation de toutes les personnes sans-papiers, la fin du règlement dit de « Dublin », de la rétention et des expulsions.

À Grenoble, nous appelons à manifester le 2 juin avec les mêmes mots d’ordre et à rejoindre les mobilisations organisées ces prochaines semaines contre les frontières et le harcèlement des personnes exilées.

Le 1er mai, Ismaïl Bokar Deh, travailleur sans-papier en France depuis 18 ans, à été tué par des policiers qui l’ont percuté avec leur véhicule alors qu’il tentait d’échapper à un énième contrôle d’identité. Encore un exemple flagrant du racisme d’Etat et de sa violence, qui ne cessent de se durcir et de se vulgariser.

Le 9 mai, le corps de Blessing Mathew, une Nigériane de 20 ans, était retrouvé dans la Durance. Deux jours plus tôt, elle disparaissait après avoir été poursuivie par les forces de l’ordre, alors qu’elle marchait pour rejoindre Briançon.

Le 18 mai, Mawda, 2 ans, est tuée d’une balle en pleine tête par des policiers belges. Elle était dans une camionnette d’exilé·e·s poursuivie par la police. Ils ont tiré à balles réelles à travers la fenêtre.

Le 18 mai, le corps de Mamadou, un jeune Sénégalais, était retrouvé par des promeneurs dans un bois de la commune de Montgenèvre, frontalière avec l’Italie.

Depuis le samedi 21 avril, des militants d’extrême-droite se mettent en scène régulièrement et publiquement comme des gardiens de la frontière qui traquent, avec la complicité de la justice et de la police, celles et ceux qui tentent de passer la frontière.

En réaction, le 22 avril 2018, un cortège spontané est parti de Clavière (Italie) vers Briançon pour affirmer une solidarité en acte avec les exilé·e·s qui traversent quotidiennement cette frontière et rappeler que les Alpes ne sont pas et ne seront jamais le terrain de jeu des fascistes.

Bastien, Théo et Éléonora, interpelé·e·s au terme de cette marche, sont poursuivi.e.s pour aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire national en bande organisée (le délit de « passeur »). Leur procès a lieu le 31 mai à Gap. Les prévenu.e.s risquent jusqu’à 10 ans de prison ferme et 750 000€ d’amende.

A la suite de ce week end de mobilisation, le gouvernement renforce le dispositif policier aux frontières, s’alignant ainsi sur les revendications de l’extrême droite.

LA POLICE TUE ! LES FRONTIÈRES TUENT ! BRISONS LES ! LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION ! CETTE NOUVELLE LOI, ON N’EN VEUT PAS ! ORGANISONS NOUS !

AGENDA

- 31 mai – 8h30 à Gap : Procès des « 3 de Briançon »
-  2 juin – 14h place félix poulat à Grenoble : Manifestation contre les frontières et la « loi asile-immigration »
- 8, 9 et 10 juin : Campement itinérant « Passamontagna » , trois jours de lutte contre les frontières, entre Bardonecchia, le Col de l’Echelle, Névache et Briançon .Plus d’info sur: valléesenlutte.noblogs.org
-  11 juin : Coordination Grenobloise contre les frontières. Contact: coord-sanspap-38@riseup.net
- 16 et 17 juin : Anniversaire des six mois d’occupation du Patio Solidaire. Plus d’informations sur : https://fr-fr.facebook.com/Le-Patio…
- 14 juillet : Mobilisation internationale à Vintimille

APPEL A SOUTIENS du Refuge Autogéré Chez Jésus

APPEL A SOUTIENS du Refuge Autogéré Chez Jésus à la frontière franco-italienne des Hautes-Alpes…

Contre les pratiques meurtrières de la police aux frontières
Contre la menace fasciste

Renforçons et organisons ensemble la solidarité à la frontière !

Nous sommes face à une situation extrêmement critique à la frontière des Hautes-Alpes : le blocage de la frontière par les forces de police et les Génération Identitaire contraint les personnes à prendre des chemins extrêmement dangereux pour atteindre Briançon, jusqu’à entraîner la mort de deux personnes ces dix derniers jours.
Il faut des forces supplémentaires pour tenir les différents lieux d’accueil et les maintenir ouverts, pour sécuriser les passages des réfugié·es en montagne, et pour mettre en place des stratégies politiques et des actions directes.
Ceci est un appel à soutenir la lutte solidaire à la frontière, de plein de différentes manières :

Aider à tenir les lieux d’accueil et de lutte en venant plusieurs jours, en donnant un coup de main pour :
l’organisation du lieu et de la vie collective
l’accueil et l’information des personnes
voire faire de nouveaux aménagements et du bricolage… bienvenue à la créativité !

Être présent·e en montagne
pour veiller à la sécurité des personnes qui traversent, les orienter, les protéger des actes criminels de la police
mettre en place des actions collectives

Besoins
de médicaments en tout genre et nécessaires de premiers secours
de lampes torches et frontales
d’un stock de couvertures de survie
de cartes Lyca mobile italiennes et françaises
de bouteilles d’eau, de barres de céréales et autres snacks
de nouriture : légumes et fruits frais, pain, légumes et fruits secs, huile, épices, café, thé, etc
de produits d’hygiène et d’entretien
de chaussures et chaussettes de montagne (grandes pointures particulièrement)
de tout ce qui sert à la vie quotidienne
de sous!!!

Nous ne pouvons pas continuer à subir la répression policière, alors que la police et les identitaires continuent librement leurs agissements violents. Nous voulons assumer collectivement un discours de solidarité qui doit se traduire par une présence et une action concrète sur le terrain.

Cet été, les Hautes-Alpes ne doivent pas devenir le lieu d’une implantation identitaire. Nous avons besoin de répondre à leur présence par la nôtre, plus massive, plus organisée, plus festive et vivante ! RDV également les 8-9-10 juin et pour d’autres rassemblements cet été !

Contact : rifugiochezjesus@inventati.org
+39 348 5542295

Rassemblement devant le tribunal de Gap!

 

JEUDI 31 Mai Rassemblement sous le tribunal de Gap.La solidarité ne s’arrête pas !
Théo, Bastien et Eleonora, toutes libres !

Rendez-vous à 6h30 Chez Jésus (salle occupée sous l’église de Clavière)
pour partir tous ensemble pour Gap.
8h30 devant le tribunal de Gap (Place Saint Arnoux)

Ce jeudi 31 Mai se tiendra à Gap le procés de Théo, Eleonora et Bastien,
trois camarades arreté·e·s suite à la marche du 22 Avril, qui a vu plus
de 200 personnes, avec et sans documents, traverser à pied la frontière
italo-française du Montgenèvre et arriver jusqu’à Briançon.

Une marche spontanée contre la frontière et contre les uniformes qui la
défendent. Une marche également en réponse aux néo-facistes de
génération identitaire, qui demandent la fermeture totale de la
frontière,une augmentation des contrôles de police et l’augmentation des
rapatriements pour les « sans papiers ».

Le 22 la police de Briançon a arreté trois personnes au terme de la
marche. Théo, Eleonora et Bastien ont fait dix jours de prison, entre
Gap et Marseille et sont aujourd’hui soumis à des mesures de contrôle
préventives (obligation de permanence sur le territoire français,
obligation de signature quotidienne, et interdiction de s’exprimer « en
public »).

Jeudi 31 à 8h30 commence le procés ; le chef d’accusation est celui
d’aide à l’immigration clandestine en bande organisée, délit pour lequel
ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

Allons donc nous faire entendre.

Ce procés est politique : l’accusation concerne en realité la lutte et
la solidarité qui se sont développées dans la zone de la frontière ces
derniers mois. L’accusation de « bande organisée » est l’expression de
cet état de fait : l’attaque de l’état envers les réseaux solidaires qui
se sont crées entre les vallées italiennes et du briançonnais.

La militarisation a tué. Ces dernières semaines deux corps au moins ont
été retrouvés à peine au de la frontière. Blessing, jeune nigérienne de
21 ans qui tentait de rejoindre la France, est morte suite à une
course-poursuite avec la police française, qui l’a faite tomber dans le
fleuve.

Mamadou en revanche, est mort d’épuisement dans les bois de Briançon. Il
est mort après des jours de marche pendant lesquels lui et son collègue
d’inforturne essayaient d’éviter les contrôles policiers, toujours plus
forts.

La frontière tue, et la militarisation est son arme.
Luttons contre elle par tous les moyens nécéssaires.

Théo, Eleonora et Bastien libres de suite.
Nous étions sur les même sentiers ce jour là

Trois mort.e.s en moins de 20 jours.

Article du facebook Chez Jesus Rifugio Autogestito.

Trois mort.e.s en moins de 20 jours.

Blessing 21 ans retrouvée morte dans une rivière pour échapper à la police national. Mamadou retrouvé mort dans les bois après un refoulement de la police. Hier un autre cadavre a été retrouvé dans l’Orridio du Fréjus, coté italien. Un corps en décomposition avancé qu’on retrouve seulement maintenant que la neige a fondue.

Trois morts en moins de 20 jours. Cette frontière devient rapidement un cimetière.

Police. Gendarmerie. PAF. Chasseurs alpins. C’est eux les responsables directs de ces morts. La frontière tue au travers des mains de ses uniforme. Les forces de l’ordre sont le bras armée de ce dispositif de sélection et d’exclusion, qui en devient assassin .

Sans la police, chacun.e serait libre de prendre un train un bus ou un avion.

La répression des forces de l’ordre, envers les « migrant.e.s », les « sans papiers » s’est traduit en homicide visible sur ces montagnes, mais elle est partout ailleurs. Ce sont les rafles dans les villes où la police effectue des blocages spécifiques pour chasser ceux et celles qui n’ont pas de documents, pour les menacer et pour les enfermer dans un centre de rétention. Ce sont les matons des Centre Permanent pour le Rapatriement, les nouveaux CIE multipliés par Minniti et placés à côté des aéroports pour faciliter les déportations. Ce sont les employés des commissions qui ont le pouvoir de choisir de donner ou pas un bout de papier aux demandeur.euse.s d’asiles. C’est chaque uniforme qui agit en conformité de la sélection voulue part les institutions politiques et économiques.

La frontière a encore tué.
Les forces de l’ordre en sont les exécuteurs.
On n’oublie pas, on ne pardonne pas.

Graines de fascisme dans nos montagnes

Prise de position entendue devant le tribunal de Gap le 3 mai 2018 en solidarité avec les 3 camarades qui ont passé plus d’une semaine en prison pour délit de solidarité…

 

Depuis le samedi 21 avril 2018, les petits néo-fasciste européens de Génération Identitaire fanfaronnent au col de l’Échelle et dans le Briançonnais, se prenant pour la police aux frontières, à grand renfort d’hélicoptères, drones et 4×4 rutilants. Malgré le caractère nauséabond de leur opération de com’ haut-alpine, du même acabit xénophobe que leur dernière action marquante en Méditerranée pour empêcher le secours des exilé-e-s en dérive en pleine mer, ne nous laissons aveugler par l’arbre qui cache la forêt fasciste.

N’en déplaise aux naïfs ou aux autruches, le fascisme sème déjà ses graines partout autour de nous !

Oui, le fascisme sème ses graines, dans les Hautes-Alpes, après la vallée de la Roya, par le traitement inhumain réservé aux exilé-e-s, dans le 6ème pays le plus riche de la planète, et la criminalisation des « méchants » solidaires qui remettent en question la frontière et surtout sa militarisation extrême.

Oui, le fascisme sème ses graines, dans les Universités, quand les flics ou les petits néo-fascistes – si ce n’est les 2 – expulsent les amphithéâtres occupés sans aucune réaction publique.

Oui, le fascisme sème ses graines, sur la ZAD de NDDL, quand une campagne devient une zone d’occupation militaire permanente et d’expérimentations de techniques répressives de la gendarmerie.

Oui, le fascisme sème ses graines, dans la prison de Toulouse le Mirail, quand un prisonnier meurt sous les coups des matons, qui ne sont jamais inquiétés dans leur pré-carré carcéral, assurément la plus grave zone de non-droit en fRance.

Oui, le fascisme sème ses graines, dans la bureaucratisation des administrations, qui génère des simples petits soldats aux ordres ayant trop peur de perdre leur petit confort pour désobéir à des ordres manifestement illégaux et inhumains.

Oui, le fascisme sème ses graines, dans les médias dominants qui reprennent en boucle les discours des élites dirigeantes et de la police, quand ils ne préparent pas simplement du temps de cerveau disponible à CocaCola.

Oui, le fascisme sème ses graines, dans la police, dans l’armé, car c’est dans leur essence même.

Oui, le fascisme sème ses graines partout, aujourd’hui !

Et pour continuer la métaphore jardinière, bien arrosées par les discours xénophobes et ultra-conservateurs de pseudo-philosophes médiatiques et de clowns politiques, ces graines de fascisme ont toutes les chances de germer dans le terreau de notre passivité à toutes et tous devant les horreurs d’aujourd’hui et les prémices d’un futur bien pire. Ou de nos réactions trop molles – mais tout de même bienvenues – face au danger immédiat qui nous guette.

Oui, mollesse de nos réaction, car le fascisme est fort.

Pourtant, le fascisme n’a pas de visage, on ne trouvera aucun complot secret à son sujet. Il a seulement (mais c’est déjà trop) des exécutants, quelquefois à leur insu, rarement contre leur gré, mais exécutants quand même.

Mais si le fascisme n’a pas de tête unique, il a ses têtes : il s’agit de la classe dirigeante (ou caste, oligarchie…peu importe sa dénomination, mais nommons là !), la grande bourgeoisie financière, propriétaire ou industrielle, dont les politicards clownesques sont issus, et dont les numéros distraient le peuple, lui-même opprimé, exploité, asservie, emprisonné.

Oui, cette classe est fasciste en soit, car elle a besoin de l’oppression, de l’exploitation, de l’asservissement et de l’emprisonnement des masses pour survivre et prospérer.

Et elle a son ange gardien, l’État central bureaucratique, qui maintient – voire accentue – les dominations existantes, sous couvert de légalité, cette légalité elle même définie par la classe dirigeante pour ses propres intérêts en priorité.

Et si ça se passe mal – il y a toujours des grains de sable dans les rouages (de la contestation de l’ordre établi quoi) – elle a son sauveur ultime à 2 têtes : la police pour l’ennemi intérieur, et l’armée pour défendre les intérêts extérieurs.

Oui, souvenons nous, cette même classe qui a envoyé des millions d’ouvriers et paysans chair à canon à la boucherie de 14-18, pour endiguer les périls communistes et anarchistes. Cette même classe qui disait en 1933 : « plutôt Hitler que le front populaire » et dont les descendants de collabo notables en col blanc sont encore aux affaires aujourd’hui, n’est-ce pas la famille Renault ?

Oui souvenons nous ! Et maintenant réagissons ! Mais comment, puisque le fascisme rampant n’a pas de visage emblématique ? Et bien attaquons d’abord ses exécutants locaux les plus zélés, en 1er lieu dans notre département.

Commençons par M. Raphaël Balland, procureur du tribunal de Gap qui, en plus d’avoir mis nos 3 camarades en prison, et décroché son téléphone dimanche 22 avril 2018 pour lâcher ses chiens de garde sur un camarade briançonnais trop connu des services de police, n’a mis que 12h à peine la semaine suivante à enquêter et conclure que Génération Identitaire n’avait rien commis d’illégal à la frontière franco-italienne. On peut légitimement se poser la question du niveau de l’intellect de ce procureur, quand 5 minutes sur internet suffisent à une personne lambda pour confirmer que ces gens là sont à minima condamnables pour incitation à la haine raciale et xénophobie, sans même parler de leur action coup de poing à la frontière. Ou alors ce procureur fréquente-t-il assidûment ce monde là, qu’il en a oublié les principes de base de son sale métier, à savoir l’application stricte du droit, rappelons le édicté par et pour la classe dirigeante.

Poursuivons.

Il y a aussi la préfète et ses sbires hauts fonctionnaires, qui n’auraient probablement pas sourcillé dans leurs missions dans les temps plus sombres de l’occupation allemande.

N’oublions pas les 2 députés du département, du même bord politique que le président oligarche français.

Il y aussi bien évidemment quasi tous les élus conseilleurs départementaux qui préfèrent filer un max de pognon aux stations de ski bourgeoises que de loger et nourrir quelques centaines de jeunes exilé-e-s comme c’est dans leur obligation légale. Avec une spéciale dédicace pour les affreux Arnaud Murgia et Romain Gryzka, qui marchent dans la droite ligne des Ciotti, Estrosi, Wauquiez, Marion Maréchal Le Pen et consorts. Espérons que ces 2 là (et les autres aussi) ne pourront bientôt plus faire d’apparition publique sans recevoir diverses offrandes du genre œufs pourris, tomates ou tartes à la crème. Non, la tarte…ce serait gâcher.

En fait, en cherchant bien, il y a en a un paquet d’exécutants zélés du fascisme en marche…alors qu’est-ce qu’on attend ?

S.

Encore des analyses sur l’état de la lutte à Notre-Dame-des-Landes, contre le monde de l’aéroport

Après la 2ème vague d’expulsions d’habitats considérés illégaux par l’État la semaine dernière (voir ici le communiqué du mouvement), et dans l’attente de la sauce à laquelle vont ont être mangés les projets agricoles et artisanaux déposés officiellement en préfecture par une partie des occupant-e-s de la zone, de nombreux textes commentent et analyse la situation là-bas, et notamment les tensions et divisions internes. Nous en avons déjà publié un il y a quelques jours (critique envers la tendance négociatrice avec l’État), en voilà de nouveaux issus du site d’info Lundi matin, plutôt favorables à la négociation, et soutiens du CMDO (Comité pour le Maintien Des Occupations sur la ZAD). Faites vous votre avis !

 

De quoi la ZAD est-elle le surgissement ? Que voulons nous défendre ?

S’engueuler. Dépasser. Avancer.

paru dans lundimatin#145, le 10 mai 2018

Depuis l’abandon du projet d’aéroport et l’offensive brutale du gouvernement, de nombreuses dissensions stratégiques ont éclaté sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Des lecteurs de lundimatin qui se sont rendus sur place nous ont envoyé ces quelques réflexions.

Les derniers mois et les dernières semaines ont, tour-à-tour, remplis de joie, de colère, d’enthousiasme, de doutes, d’interrogation, d’approbation, de découragement, de détermination, de réserve, de déception, d’incompréhension tous ceux qui sont convaincus qu’il faut défendre la ZAD. Nous sommes de ceux-là, nous qui n’habitons pas là-bas et qui pourtant y sommes intimement liés. Ce bouillonnement a culminé à la faveur de la décision de l’État d’envahir, de détruire et d’occuper la moitié de la Zone, et s’est, à notre sens, polarisé entre deux positions :

D’un côté une certaine réserve, conséquence d’une désapprobation de la décision de négocier ; de l’autre l’approbation de la recherche d’un consensus autour de la négociation. Cette seconde position a pu comme la première engendrer une certaine réserve lorsque ledit consensus ne semblait pas être obtenu.

Nous autres qui n’habitons pas la ZAD nous nous sommes interrogés : quelle position adopter qui ne soit pas un simple regard confortablement extérieur ? Notre réponse fut de nous y rendre pour aider à défendre. Mais une fois qu’on a dit ça on n’a encore pas dit grand-chose. Il reste le « Comment défendre la Zone ? » qui suppose qu’on ait répondu au « Que défendons-nous ? »

Il est une évidence pour nous que la ZADest et devient quelque chose dans le moment historique où nous sommes que nous voulons défendre. Ce quelque chose nous voudrions tenter de le dévoiler après l’avoir éprouvé dans toute sa force – encore que confusément – en passant quelques jours sur place.

On a beaucoup parlé et entendu parlé des conflits qui traversent la ZAD de part en part, qui menaceraient même de la disloquer : conflit quant à l’avenir de la Zone et de ses occupants (agricole/non-agricole), conflit quant à la stratégie de défense à adopter (sur le terrain/ dans les administrations, global/par quartier, négocier/barricader). Ces conflits se déploient entre les différentes composantes de la lutte (Copains 44, Acipa, Cedpa, Occupants, Paysans, Comités de soutien…) mais également au sein même des occupants et habitant de la Zone.

On a par ailleurs vu des copains dépités de l’extérieur prendre de la distance avec tout ça, craindre d’aller sur place, d’autres être affligés des divergences, d’autres encore prendre vivement parti dans l’une ou l’autre des disputes qui animent la Zone tout en les déplorant et en regrettant dans le même mouvement le manque de consensus, d’unité. Et tout cela nous donnait encore la curieuse impression de passer complètement à côté, sans même la voir, de la dimension historique remarquable de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore là-bas.

Dans le fond il nous importe peu de défendre des projets ou un certain usage de la terre, qu’ils soient agricoles ou pas, de défendre une zone humide ou des espaces protégées… Tout cela est d’une grande importance, nous en convenons, mais ne constitue pas à nos yeux la singularité si désirable que l’on appelle la ZAD.

Pour nous, ce qui se prépare et se joue déjà à la ZAD c’est le libre et fantastique foisonnement des multiples façon dont la vie peut s’inventer sans cesse. C’est cela que nous avons à coeur plus que tout au monde de défendre – un endroit où l’existence trouve des formes variées, profuses et singulières dans lesquelles s’incarner, un lieu où ces expressions s’éprouvent librement ; où, par conséquent, elles entrent en friction les unes avec les autres hors de la médiation d’une entité abstraite et supérieure. Mais il est vrai que cela est si rare que nous sommes nombreux à avoir perdu l’habitude et même parfois jusqu’au souvenir de ce libre jeu, tant son surgissement dans l’histoire a tôt fait de n’être plus qu’une simple date à commémorer distraitement.

Tout cela pour dire que les engueulades, les prises de bec, les bastons, les désaccords, les disputes, les conflits, les cris et les empoignades (en assemblée ou ailleurs) ne doivent pas nous faire peur. Tant ils sont le signes d’une vitalité qui a déserté par force le grand corps social momifié.

On a beaucoup dit des conflits qui caractérisent actuellement l’organisation et les discussions au sein de la ZAD qu’ils sont le résultat d’une tactique de l’État, résurgence du vieil adage impérial selon lequel il faut diviser pour mieux régner. Il nous semble que cela est peut-être vrai à certains égards et tout-à-fait faux à bien d’autres. Tentons d’expliquer pourquoi. Un État ne constitue pas à proprement parler un pouvoir de division. Sa spécificité est au contraire de tendre toujours à une plus grande unification, sous son égide, des groupes qu’il prétend gouverner en les réduisant à une somme d’individus. Pour ce faire il lui faut répandre chez chacun, de gré ou de force, le sentiment de la nécessité de l’unité, seul affect finalement à même de provoquer une adhésion plus ou moins consentie.

Considérons maintenant ce qui, de ce point de vue, se joue à la ZAD, à la fois pour ceux qui l’occupent et/ou la défendent mais aussi pour l’État Français. Pour ce dernier la ZAD apparaît précisément comme le surgissement de la tentative d’un certain nombre de groupes humains qui entendent vivre et déployer un organisation sociale à partir d’une portion de territoire hors de l’unité voulue. Ce qui revient à contester en acte la possibilité même de cette unité. Ces différents groupes, finalement animés du sentiment antagonique de la nocivité de l’unité placent leur existence sous le signe du multiple : multiplicité des formes d’habitats, d’activités, de liens, d’organisation, de pensées… Cette multiplicité va indissolublement de pair avec, au sein de chaque groupe, bande ou autre, une volonté d’établir et de conserver son autonomie (son être indivisé), évidemment contre l’unification étatique, mais aussi au sein de la multiplicité des autres groupes qui occupent la ZAD et des autres composantes. Tout l’enjeu de cette réflexion consiste donc à saisir la complexité de ce phénomène d’imbrication pour comprendre que les conflits qui existent sur la ZAD ne sont pas l’effet d’une puissance exogène, mais sont plutôt consubstantiels à l’organisation même de la Zone ; en quoi elle trouve sa singularité historique.

Jusqu’à l’abandon du projet d’aéroport les différents groupes d’habitants et d’occupants ainsi que les autres opposants en lutte ont eu en commun la volonté de contrer un projet économique-étatique. C’est sur cette base que les habitants et occupants entre eux, puis avec les autres composantes et les composante entre elles ont établi une série d’alliances contre un ennemi déclaré commun. On a dit par la suite que l’abandon du projet, qui constitue une victoire sans conteste, fut l’élément déclencheur des conflits, ou du moins leur catalyseur. En réalité l’abandon a eu pour effet de révéler l’essence même de la singularité de la ZAD dans l’époque, mais aussi de modifier les bases sur lesquelles un certain nombre d’alliances furent faites. Ce faisant les alliances apparurent pour ce qu’elles sont : des rapprochements conjoncturels entres des éléments singuliers, autonomes, soucieux de préserver leur singularité et leur autonomie, face à un ennemi commun. Cela a aussi eu pour effet de dessiner en creux et cependant très nettement ce que ces alliances ne furent et ne sont pas : un consensus unifié contractuel autour d’intérêts identiques permanents. L’abandon questionne donc de toutes parts et remet en cause les alliances auxquels tous les groupes, composantes ont consentis, comme à l’issu de n’importe quelle bataille. D’après nous il ne peut en être autrement puisque ce qui fait la nature et la force du mouvement procède justement de sa radicale multiplicité, et de sa capacité au sein de cette multiplicité à faire, à défaire, à refaire des alliances qui n’ont rien d’automatiquement évident. C’est là toute la difficulté : mener une guerre face à un état qui veut nous unifier tout en assumant en notre sein une conflictualité permanente. Situation nécessaire quand des groupes qui tentent de maintenir une autonomie par définition menaçante et menacée, se joignent les uns aux autres dans un but commun. La grande difficulté vient de ce qu’il faut en permanence conjurer le spectre de l’unification tout en parvenant à redéfinir et réinventer sans cesse des alliances selon des modalités nouvelles à même de maintenir l’horizon d’une victoire. C’est pourquoi les conflits qui affleurent notamment dans l’Assemblée des Usages ne sont pour nous en aucun cas à redouter. Nous sommes en paix avec cette conflictualité. Plutôt que de la déplorer nous la faisons nôtre et la défendons.

En revanche nous voyons un risque considérable dans les réactions qui consistent à regretter l’absence d’unité d’une part ou à refuser catégoriquement toute forme d’alliance d’autre part. Elles font toutes deux échos à la volonté étatique car l’état cherche précisément à unifier ce qui ne veut et ne peut l’être sous peine d’être anéanti. Conjurer le conflit c’est détruire l’être et le devenir de la ZAD. Cela serait une défaite par abandon. Refuser toute alliance c’est croire pouvoir mener isolément une guerre et c’est implicitement attendre de tous qu’ils fassent fi de leur autonomie et l’abandonnent pour s’intégrer et se fondre dans ce refus. Refuser toute alliance au nom du fait que les précédentes prendraient fin c’est chercher à contractualiser les liens entre les uns et les autres de toute éternité. De ce point de vue les deux positions décrivent un horizon sensiblement similaire : unité dans la paix interne, unification par absorption.

C’est un art de la guerre qu’il nous faut réinventer. Il est vitale d’assumer pleinement le conflit en réaffirmant la singulière autonomie de chaque groupe et élément. D’une certaine façon notre situation est semblable à celle des tribus primitives dont l’être social est marqué par la guerre, être pourlaguerre (P. Clastres) et qui voit les colons européens les assaillir. Des alliances se défont, d’autres sont à trouver. Conserver à tout prix les anciennes alliances sur des bases changées ou ne plus faire d’alliance du tout : cela revient au même. C’est refuser la guerre que l’on nous fait, c’est refuser l’être social pour la guerre qui caractérise les sociétés sans État. « Le meilleur ennemi de l’État c’est la guerre » car elle permet de, littéralement, mieux s’entendre.

C’est de tout cela que la ZAD est le surgissement historique dans l’époque qui nous occupe. C’est le surgissement de la Commune et l’on aurait bien tort de se la représenter comme un bulle hors de laquelle on serait parvenu à congédier le bruit et la fureur de tout ce qui tente, irréductiblement, de vivre.

Les situationniste s’étaient plus à relever cette épisode de la Commune de Paris lors duquel une équipe de communards résolus à détruire Notre-Dame de Paris s’étaient trouvés nez-à-nez sur place à un groupe d’artistes et de poètes de la Commune résolus à les en empêcher. On connaît évidemment l’issue, favorable à la cathédrale, de l’âpre bagarre qui s’ensuivit.

Remémorons-nous toutes ces disputes, si violentes et virulentes soient-elles, dont nous sommes les héritiers. Ce sont celle de l’esprit de la Commune libre et vivante.

Gardons-nous de nous faire les jurés distants de ce qui se passe sur place. Prenons part. Peu importe comment, là n’est pas la question. Ou plutôt si, dans les comments. Seuls l’extension et le partage de cette expérience de la dispute nous fera grandir en Commune.

Se garder de l’Unique.
Prendre soin de nos prises de tête.
Sans cesse réinventer.
Se recomposer.
Réagencer.
Défaire d’un côté.
Refaire de l’autre.
S’engueuler. Dépasser. Avancer.

 

ÊTRE SUR ZONE… Par Alèssi Dell’Umbria

A propos des conflits sur la zad

paru dans lundimatin#144, le 1er mai 2018

Au sein du mouvement contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, des perceptions extrêmes se sont toujours opposées. Elles se retrouvaient sur la ZAD même. Ce ne fut pas toujours facile de les combiner mais enfin le mouvement a tiré sa force de cette composition, qui lui a permis de s’exprimer sur des modes variés, depuis le blocage du périphérique jusqu’à des recours juridiques en passant par des journées portes ouvertes et par l’émeute pure et simple. Du tirage et des désaccords, il y en eut de longue. Mais enfin la composition a tenu, jusqu’à l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport le 17 janvier dernier.

Dès le 18 janvier, le clash commençait, avec la question de la route départementale 281. Trait qui relie la zone au monde, mais qui la transperce aussi, voie de passage pour des habitants de villages environnants (et dont beaucoup étaient contre l’aéroport, pourquoi s’aliéner leur sympathie ?) mais aussi pour des paysans de la zone.

Vouloir maintenir la route fermée, c’était penser en terme de microcosme : la zone serait coupée du monde, intacte et préservée de tout contact salissant avec l’extérieur. L’idéal d’un territoire absolument non-motorisé et que l’on rêve autarcique prétend confisquer à son avantage la totalité de la politique zadiste (si l’on considère l’importance de cette route, précisément, dans la zone). Or la ZAD n’existe que par les liens qui l’attachent au dehors, et réciproquement ces liens nous font vivre, nous autres qui la soutenons. Bref, après avoir essayé de ralentir les choses, les gens qui avaient édifié des cabanes aux abords de la route durent se ranger à la décision de l’assemblée qui avait choisi de libérer le transit. Mais tout recommença avec l’arrivée des débroussailleurs [1]

Il se dit depuis que la route ainsi dégagée a servi d’autoroute pour la gendarmerie mobile, mais enfin dès le vendredi 6 avril au soir tout le monde savait que les GM affluaient par centaines autour de la ZAD, ce qui laissait largement le temps de la barricader durant le week-end précédant l’attaque… En fait, la question n’est même pas là : tous ceux qui ont participé à la résistance en octobre 2012 disent que les barricades dressées sur cette route ne tenaient pas plus d’un quart d’heure. Le seul véritable obstacle matériel qui ralentit l’avancée des GM, c’est la boue. Leurs blindés sont équipés pour encaisser des molotov, mais ils sont un peu trop lourds sur les chemins glissants… Quant aux barricades, si leur nécessité demeure évidente, force est de reconnaître que les plus solides finissent par tomber malgré une résistance acharnée, comme la barricade Lascar, sur le chemin de Suez, au cœur de la ZAD, qui a été prise et démantelée plusieurs fois.

A présent, tout ce secteur a été saccagé : et pas seulement les cabanes, mais l’écosystème ravagé par le passage des blindés et des bulldozers, sans parler de l’empoisonnement durable de la zone par les gaz… Le mal causé est énorme, et il faudra du temps pour le réparer. En attendant, une réoccupation de la zone Est n’aura aucune chance d’avoir lieu un jour si la zone Ouest vient à céder à son tour sous les coups des GM… Pendant que certains ressassaient leur ressentiment, des équipes de charpentiers mouillaient la chemise 48 heures durant pour préparer les poutres et les planches destinées à reconstruire le Gourbi, site d’échange non-marchand qui appartenait à tous les zadistes, situé à proximité du carrefour stratégique de la Saulce… Et le dimanche 15 avril des centaines de gens ont acheminé tout ce matériel au nez et à la barbe des GM. Ceux qui râlent contre le fait que l’ACIPA n’ait parlé dans ses communiqués que de la démolition de la ferme des 100 Noms, où donc étaient-ils le lundi matin, quand il fallait défendre le Gourbi reconstruit la veille ? sans doute occupés à rédiger la prose venimeuse qu’ils allaient débiter à l’assemblée du soir…

** *Lors d’une assemblée, Marcel Thebault, l’un des « paysans historiques » de la ZAD rappelait justement que « dans toute guerre les ennemis négocient »… C’est l’évidence, et s’il est facile de se faire plaisir en écrivant « Nique la négociation » (sur un véhicule renversé vers la Grée), il n’en demeure pas moins que l’hypothèse d’une victoire strictement militaire n’est pas envisageable —et d’ailleurs nul ne l’envisage. Il faut savoir jouer sur différentes formes d’action. A partir de là, toute tactique a sa place. Ainsi ceux et celles qui ont protégé de façon pacifique la ferme des 100 noms le premier jour de l’attaque en faisant une ceinture humaine —et qui se sont fait tabasser— méritent tout notre respect. Il n’en demeure pas moins qu’on n’arrête pas les gendarmes mobiles en allant vers eux avec un rameau d’olivier dans les mains. Et diffamer « ceux qui ont envie d’en découdre », comme le font de façon répétée les Durand et les Verchère, c’est clairement faire le collabo : outre qu’il est légitime d’avoir envie d’en découdre avec une soldatesque qui envahit et détruit tout un territoire, s’opposer par tous les moyens disponibles à l’intrusion militaire est quand même une condition sine qua non à la poursuite de la lutte. Il y a un temps pour manier le pavé, un temps pour manier le stylo ; un temps pour le molotov, un temps pour la caméra ; un temps pour le lance-pierres, un temps pour la pelle et la pioche. Négliger l’un de ces moments c’est se désarmer. Côté pile, le légalisme des uns, côté face le jusqu’auboutisme des autres. Ces deux attitudes renvoient l’une à l’autre dans un jeu de miroirs qui finit par occulter la réalité du conflit. L’affrontement ne peut être qu’un moment de la lutte, qu’il serait criminel de négliger, pour autant il ne peut constituer le seul élément permettant de renverser la perspective –-qui est actuellement, quand même, celle d’une disparition pure et simple de la ZAD. Si l’on ajoute à cela qu’après deux semaines d’affrontements, beaucoup de gens sont épuisés…

Pour autant il faut composer avec les forces réellement en présence : sans l’ACIPA et sa capacité de convocation, la lutte contre le projet d’aéroport aurait-elle été gagnante ? On peut certes lui reprocher sa tiédeur, pour autant ce collectif n’est pas fait que de poucaves comme Julien Durand. Il a été possible de composer avec la plupart de ces gens -–jusqu’à convaincre des cégétistes nantais, et pas seulement ceux de Vinci, de prendre position contre l’aéroport. Sinon comment le mouvement aurait-il réussi à mobiliser plusieurs dizaines de milliers de personnes en janvier 2016 pour bloquer le périphérique de Nantes ? Quand on s’affronte à des poids aussi lourds que Vinci et l’Etat français, on n’emporte pas la décision en mobilisant juste quelques centaines d’activistes déterminés… Il faut déployer une capacité de convocation qui implique, précisément, l’art de la composition. Et de fait c’est cette alchimie qui a permis d’imposer au gouvernement l’abandon du projet d’aéroport. Et s’il reste aujourd’hui une chance de sauver la ZAD, elle réside là.

Pendant ce temps d’autres préfèrent se répandre en textes vindicatifs, sur des réseaux où ils ont toute latitude de cultiver cet entre-soi radical… A une zadiste qui, lors d’une assemblée, s’emportait contre cet entêtement « à croire que vous n’avez jamais composé », une de ces personnes répondait avec orgueil « Ah mais c’est clair que je ne compose pas » … A ce stade, cela confine à une culture de l’isolement : « C’est une opération de com’ » disaient-ils dédaigneusement lors de la journée portes ouvertes sur la ZAD le 30 juin 2017 (qui a vu affluer une foule dont la moitié n’avait jamais mis les pieds sur zone et en découvrait ainsi la réalité).

Parmi les calomnies déversées à l’encontre des partisans de la composition, l’une des plus ignobles laisse entendre qu’ils ne s’intéresseraient en finale qu’à la gestion du foncier [2]. Il faut vraiment être hors-sol pour croire que les liens et les attachements noués cinq ans durant sur zone ne s’inscrivent pas dans un territoire. Inversement, les paysans « historiques » de la ZAD l’ont rappelé lors des assemblées, pour eux cela n’aurait aucun sens de rester seuls sur la zone, à exploiter leurs terrains comme de simples exploitants individuels, après tout ce qui a été vécu, et ils insistent sur l’importance qu’il y a à poursuivre cette coopération inédite.

« Anti-autoritaire », ce signifiant martelé à tout bout de champ dégage une drôle d’odeur venant de gens qui sont restés cramponnés à une démarche excluante, ne cessant de stigmatiser quiconque n’était pas comme eux. Agresser un paysan de la ZAD venu couper du bois avec une tronçonneuse dans une zone « non-motorisée » ; ouvrir les enclos pour « libérer » les vaches que les paysans ont dû régulièrement aller récupérer, égarées sur les routes ; saboter une éolienne domestique en bois installée par des camarades sous prétexte de refus de la technologie ; sans parler de codes de langage imposés, jusque sur la radio de la ZAD. L’impression que tout cela laisse, c’est que pour certains la ZAD n’était que le banc d’essai de schémas préconçus et ne prêtant à aucune discussion, et non un terrain ouvert à une expérience novatrice [3].

Cette impression se trouve renforcée du fait que ce refus de la négociation ne s’accompagne d’aucune proposition, au plan tactique comme stratégique. Cela sautait aux yeux lors des deux assemblées auxquelles nous avons pu assister : une fois posé en victimes et joué sur l’émotionnel en mode « On ne négocie pas avec des gens qui ont détruit nos maisons, blessés nos proches », quelle est la proposition ? Le registre émotionnel sur lequel ces gens ne cessent de jouer permet d’enrober un positionnement qui fonctionne de manière autrement plus autoritaire que les décisions prises en assemblée puisqu’il n’est pas questionnable. Une fois ce registre épuisé et les « anti-autoritaires » repartis, la question reste posée : comment conserver l’initiative sur le terrain, comment résister à un rouleau-compresseur d’une telle force ? Parce qu’au bout de deux semaines d’occupation militaire, c’est l’invasion de la partie Ouest qui se profile. Le gouvernement a clairement mis le paquet. Si l’opération César en 2012 avait engagé un milliers de GM, celle-ci peut compter sur deux mille cinq cent éléments. Interrogé sur le coût de l’opération, le Premier sinistre Édouard Philippe a reconnu qu’il était considérable -–mais après tout, le budget des armées ne vient-il pas de se voir augmenté ? Ils sont prêts à payer le prix, y compris celui du sang. Sans doute ne s’attendaient-ils pas à une telle résistance sur le terrain, et il est clair que les GM ne se sentent pas en pays conquis, il suffit de voir comment chaque soir ils se retirent dans cet état de fébrilité extrême qui généralement précède la panique…

Si l’intransigeance bornée des « non-motorisés » a fait des émules, ce n’est certes pas cela qui renforcera la capacité de résister. « Ce que vous proposez, c’est de créer un nouvel État » a sorti l’un d’eux à des camarades qui préconisaient de constituer une association loi 1901 sur la ZAD… que peut-on objecter, sinon un haussement d’épaules ? Nous ne nous rappelons pas avoir entendu ces gens si bien rôdés dans l’art de monopoliser le crachoir dans les assemblées utiliser une fois, une seule, le terme « peut-être » —ce qui est bien le comble dans une situation aussi incertaine. Crispés dans le ressentiment et inaccessibles au doute, voilà bien comment sont apparus ceux et celles qui à présent continuent de cracher leur bile.

** *La dure réalité est qu’il faut parfois avaler amer et cracher doux. Les camarades ont finalement décidé de signer le document imposé par la préfecture et ont remis un dossier d’une centaine de pages. Trente-six projets y sont détaillés pour quarante-six mentionnés : vingt-huit projets agricoles, huit projets artisanaux, trois projets de distribution et sept projets culturels. Ils couvrent près de 280 hectares. Certains existent déjà et leurs porteurs sont inscrits à la Mutualité sociale agricole, d’autres sont en cours de création. Les signataires ont pris des précautions. Les projets présentés « sont liés par un écheveau d’interdépendances : rotations de parcelles, partage de bâtiments, d’outils, de machines et d’infrastructures, transmission de savoir-faire et de compétences, mutualisation des moyens et synergie entre les porteurs de projets », selon le préambule. L’essentiel, à savoir la coopération et la communalité de la terre resterait ainsi préservé. Il est évident que dans l’optique des services actuellement en train d’éplucher les dossiers présentés il s’agit plutôt de court-circuiter une telle perspective en renvoyant chacun à un statut d’exploitant agricole individuel… D’autres ont refusé de signer, et ont fait savoir pourquoi, qui déplorent une stratégie trop conciliante. Les deux options sont compréhensibles, sans doute à partir de positions différentes : tels occupants qui ont engagé beaucoup de temps et d’énergie sur une activité d’élevage dans une ferme qu’ils ont équipée pour cela auront plus à perdre que d’autres qui ont simplement développé une activité de jardinage à côté de leur cabane –-ceci dit sans aucunement dévaluer l’un par rapport à l’autre, juste pour suggérer que des modes d’occupations différents peuvent se traduire par des choix différents face à un dilemme pareil…

Il se peut que d’avoir accepté de signer permette à la ZAD de gagner un temps précieux, de consolider la position et sauver ce qui peut encore l’être. Il se peut aussi que ça aboutisse à une impasse, auquel cas ceux qui ont signé en récolteront tout le blâme. « On ne sait pas exactement qui a gagné la bataille de la Marne, mais une chose est sûre, c’est que si on l’avait perdue, c’est moi qui l’aurait perdue » disait le maréchal Joffre…

Il n’y a qu’une certitude à laquelle se tenir : il est impératif que la ZAD, même réduite à sa moitié Ouest, continue d’exister. Qu’elle vienne à disparaitre entièrement serait une défaite politique dont l’onde de choc se propagerait dans toutes les luttes en cours dans le pays. Une expérience pareille doit se poursuivre, sous d’autres formes, afin que le territoire ainsi créé serve encore de point de condensation et de redistribution des énergies. Elle le doit d’autant plus qu’à présent le département de Loire-Atlantique a engagé des démarches pour récupérer les terres expropriées pour l’aéroport, et que la FNSEA est très certainement à la manœuvre derrière cette initiative : une démarche qui aurait entre autres des conséquences désastreuses pour le bocage, ainsi livré à des agriculteurs aussi furieusement productivistes, et tous les moyens sont bons pour la court-circuiter y compris les moyens légaux.

** *Osons une analogie avec une autre expérience –-même si elle est sans commune mesure avec celle de la ZAD. Si les camarades de l’EZLN, dans le Sud-Est du Mexique, avaient campé sur des positions de principe et refusé toute forme de négociation, ils n’auraient pas tenu plus de quelques semaines face aux blindés, aux troupes d’élite et à l’aviation, ou n’auraient pu subsister que sous forme d’une guérilla famélique, réduite à survivre au jour le jour avec un armement dérisoire en regard de l’ennemi. Ils ont su au contraire rebondir sur le soutien inattendu qui leur venait des grandes villes, et signer un armistice. Par la suite, ils ont négocié, longuement, les fameux accords de San Andrés, malgré la tentative d’encerclement militaire du printemps 1995. Il aurait été facile de crier alors à la trahison : et les zapatistes eux même auraient pu faire un point d’honneur de se refuser à négocier avec ceux qui avaient envoyé l’aviation les bombarder en janvier 1994. Ils auraient pu dire, drapés dans une dignité outragée, « pas question de négocier avec ceux qui ont tué les nôtres par dizaines ». Ils ont gagné du temps, pendant lequel ils n’ont cessé de consolider leur position et de se gagner des appuis dans le pays. Et d’avoir signé ces accords en 1996 ne les a aucunement empêchés de refuser la pseudo-ratification qui en a été faite en 2001. Aujourd’hui, les zapatistes sont toujours là, qui occupent et cultivent des dizaines de milliers d’hectares de terres reprises en 1994, et continuent de servir de référence forte à d’innombrables luttes dans tout le pays, et au-delà… Les zapatistes aussi ont fait des compromis tactiques… et peut-être que certains se sont retournés contre eux. Eux aussi ont libéré la circulation sur des routes…

** *L’agenda du gouvernement Macron en ce printemps 2018, c’est l’écrasement pur et simple de toute contestation. Que ce soit à la SNCF, à la Poste, dans les Universités, ou à la ZAD, ce gouvernement thatchérien est clairement décidé à ne faire aucune concession. Une partie du pari zadiste était que la mobilisation anti-Macron s’étende dans le pays, au-delà des cheminots et des étudiants, ce qui aurait soulagé une bonne partie de la pression exercée sur la ZAD. Pour l’heure ça ne se concrétise pas, mais les jeux ne sont pas encore faits. Si ce pari devait échouer, de toutes façons, route libérée ou pas, convention signée ou pas, les jours de la ZAD seraient comptés. Il ne resterait plus qu’à affronter les GM dans un combat sans merci, mais au moins nul ne pourra alors dire que toutes les cartes n’auront pas été jouées.

La préfète Nicole Klein a perçu les divisions existant à l’intérieur de la ZAD et a su en tirer parti. C’est ce qu’on appelle faire la guerre, et elle l’a fait sans état d’âmes. De notre côté, la capacité de riposter à l’attaque est restée bien trop conditionnée par des états d’âme, ceux des légalistes comme ceux des jusqu’auboutistes. Et nul ne gagne une guerre avec des états d’âmes. Une guerre ne peut se gagner, du point de vue des subalternes, des exploités, des opprimés, qu’en sachant rebondir d’une modalité d’action vers une autre au moment adéquat. Il n’y a pas de recette pour cela, et ça ne s’apprend pas à l’université –-par contre un voyage à Kobané ou à Oventic peut aider, s’il est mené avec assez d’humilité… C’est une question de sensibilité politique, et ça se cultive. Il est dommage que d’aucuns, ayant séjourné sur la ZAD et apporté ainsi leur contribution à la victoire contre Vinci, n’en aient pas profité pour développer cela. Comme souvent, les postures les plus extrêmes en parole révèlent une atrophie des sens en pratique. Camper sur des positions radicales de principe se révèle alors une attitude de complaisance pour l’échec et la défaite : se donner le goût d’une défaite totale pour donner la pleine mesure d’une radicalité qui serait elle aussi totale. Oublions donc ces passions tristes, sur la ZAD la vie continue…

Alèssi Dell’Umbria, fin avril 2018.

 

 

Alain Damasio – NOTREMEDESLANDES

paru dans lundimatin#145, le 10 mai 2018

La ZAD est une joie qui est appelée à durer.

Un peu d’herbe qui perce une chape de béton coulée sur nos soifs de confort.

La possibilité d’une brèche, d’une flèche.

D’une friche qui pousse dans nos cœurs, sous nos crânes.

Le murmure furieux d’un appel d’air.

Le bruissement d’un nid, d’une niche, d’un « vas-y chiche ! ».

C’est un dehors dans un système qui a cru décider qu’il n’y aurait plus ni ailleurs, ni dehors : seulement lui. Seulement lui et ses valeurs de mort.

La ZAD, ce sont ces corps de boue sortis de l’argile du bocage qui sont devenus golems et sylphes, pistes et emblèmes, créateurs plutôt que créatures.

La ZAD, c’est la réponse aux zombies pendues aux branches du capital avec leur cravate, qui oscillent sous les rafales du fric et qui nous hurlent d’être comme eux !

La réponse au zoo où ils veulent nous mettre en cage.

La réponse de nos mots à leur mise en page.

Le cri de nos dessins

face à leur mise en cases.

La ZAD, c’est…

Notre-Dame des Bandes

Notre derme

Vos amalgames

Notre-Dôme des Langues, des Indes et des Andes jusqu’en Nouvelle-Zé’lande

C’est votre drame, à vous les gendarmes, n’est-ce pas ?

Votre-Dame des Propagandes

Votre-Trame dans votre storytelling exsangue

Nous c’est notre arme de jet,

notre jus,

notre écume,

Notre came

Notre sésame, devant vos portes fermées,

Notre flamme face à vos flemmes, vos facilités, vos docilités

Notre-Dame des brandes, des braises, des feux-follets dans la brume

Notre oriflamme des Sarabandes.

La ZAD c’est un brise-lame dressé

Face à l’océan de la norme

C’est un brise-larme aussi tu sais

Que portent trois cents cœurs énormes

C’est pas grand-chose sans vous. Sans nous. Pas grand-chose sous leurs coups.

Ça tient pourtant debout dans la boue, juste avec ces nous, ces fous, ces vous.

Juste avec ce petit truc qui leur manque, à eux, qui ont les gaz et les grenades. La com et les blindés. Qui croient avoir tout.

Juste avec ça, oui.

Quoi ?

Notre-Âme-des-Landes.

PARCE QUE… (LA ZAD NE VIT PAS QUE D’AMOUR, DE BOUE ET D’EAU FRAÎCHE)

Parce que la ZAD est d’abord un monde où se déploient de nouvelles façons d’habiter le territoire et de se soucier du vivant, et que nous y sommes viscéralement attachés ;

Parce qu’elle a su s’auto-organiser sur la durée, créer du commun, rendre viable une agriculture paysanne, vivre le féminisme et rester solidaires de toutes les migrations ; à l’exact opposé de tout repli ;

Parce qu’elle se tient hors du marchand, qu’on n’y capitalise rien sinon les savoirs, qu’elle porte cette poésie d’un habitat qui ne pèse pas, de liens qui valent plus que tout bien ;

Parce qu’elle offre une puissante pluie qui fertilise les imaginaires politiques, en France et bien au-delà, et que cette fécondité de pensées et de pratiques doit continuer à s’épanouir ;

Parce que le gouvernement Macron, par une offensive brutalement militaire, veut broyer la singularité d’un lieu, saccager la beauté d’une expérience, ruiner l’espoir qu’elle suscite et réimposer la tristesse de ses cadres et normes, qui sacralisent le productivisme, la propriété et l’individualisme que nous savons pourtant si pauvres et dépassables ;

Parce que des gens qui parlent avec des grenades, rendent visite en blindés, pollue l’air de leur gaz et tirent au visage sur des êtres humains ne peuvent donner à quiconque de leçon de démocratie ou de droit ;

Parce que, très concrètement, alors qu’était ouvert le dialogue, ce gouvernement a préféré détruire des lieux de vie, des troupeaux, des fermes collectives, expulser illégalement des habitants et rouler en bulldozer sur des cabanes,

Nous croyons qu’il est temps de leur répondre puisque nous sommes la nature qui se défend tout autant que la culture qui les défie.

Tous les soutiens de la ZAD, qui sont très nombreux, ne peuvent venir sur place et faire barricade de leurs corps ou de leurs mots. Tous ne pourront pas donner la main non plus aux chantiers communs qui s’annoncent et qui remettront debout tout ce qu’ils veulent raser.

Pour tous ceux qui veulent aider concrètement à distance, une cagnotte a été mise en place.

Cette cagnotte offre la possibilité, simple et modeste, mais matériellement précieuse, d’aider les habitants à reconstruire ce qui doit l’être et à affronter joyeusement ce printemps qui vient. Elle se veut, à sa façon, preuve d’une solidarité active et haute marque de sympathie, d’empathie. Elle traduit dans des chiffres ce qu’on tente de dire ici avec des lettres.
Concrètement, c’est ici : https://www.leetchi.com/c/solidarite-pour-la-zad-nddl

 

Tank, on est là – Comité pour le Maintien des Occupations

Alors qu’une nouvelle opération d’expulsion et de destruction de la ZAD est annoncée pour mardi 15, le CMDO analyse la situation

paru dans lundimatin#146, le 18 mai 2018

Au fil de cette « trêve » qui a des accents d’occupation militaire, la vie quotidienne a, de-ci de-là, repris timidement quelques-unes de ses habitudes. Flics ou pas, il faut semer, soigner les bêtes, tenir les lieux publics. Si une certaine hésitation se fait parfois sentir au moment de mettre les graines en terre, elle est vite balayée par cette certitude que les blindés n’ont su faire vaciller : nous resterons là. Nous verrons les fruits de nos vergers, nous goûterons nos récoltes à l’automne, peut-être même verra-t-on les arbres de haute futaie constituer les charpentes des cabanes de ceux qui sont encore des enfants. Nous n’avons pas attendu les propositions de régularisation pour nous projeter ici sur un temps long, au-delà même de notre propre existence. Ce jalon-là nous fait tenir en cette veillée d’armes, alors que l’on attend la nouvelle opération de destruction qui va frapper la zad.

(Télécharger le communiqué)

Durant celle initiée le 9 avril, nous avons eu l’occasion de mesurer nos forces. Le mouvement, qu’on disait gangrené par les querelles internes depuis l’abandon du projet, a démontré qu’il était encore vivace. En face, la gendarmerie a prouvé qu’elle pouvait sans grande difficulté raser un tiers de la zad en moins de trois jours. Ainsi, si l’arrivée de milliers de personnes, les tirs de molotov sur les blindés, les actions de solidarité et la détermination générale nous ont redonné de l’allant, les manœuvres écrasantes de la plus grosse opération policière depuis mai 68 nous ont un peu glacés. Notre force encore vibrionnante faisait face à une possibilité d’anéantissement éclair de la zone qu’il paraissant bien difficile de conjurer, du moins par la seule confrontation directe avec les gendarmes. Il y eut certes des gestes éclatants, mais le dispositif n’a pas été profondément mis en difficulté. Dans l’histoire de cette lutte, nous n’avons d’ailleurs jamais contenu les flics par notre seule résistance physique. Celle-ci a toujours été adossée à des contraintes légales ou juridiques, à des accords politiques qui venaient entraver et limiter la puissance de feu des militaires. Notre capacité d’action, y compris sur le terrain, est et restera de nature politique. Si nous avons pu défendre efficacement le hameau de la Chateigne en 2012, c’est grâce à l’action simultanée d’une résistance acharnée et de la bataille légale ayant mis les flics dans l’impossibilité de détruire les cabanes. C’est donc toujours par des actions conjointes, politiques, médiatiques et martiales, que nous emportons des victoires. Or lors de la semaine d’expulsions, il n’existait aucun appui juridique sur lequel adosser nos barricades. Et nous avions bien compris que la destruction des 100 noms avait toutes les apparences d’un effet d’annonce : tout est attaquable, on peut détruire très large.

Le gouvernement, quant à lui, s’est confronté au risque de creuser l’écart entre son récit médiatique et la brutalité nécessaire à ses velléités destructrices. L’élévation du niveau de conflictualité des opposants le poussait en effet à élever le sien, accroissant le risque de tuer, dans une situation où le soutien au mouvement s’intensifiait. Chacun des adversaires a d’une certaine manière vu ce qu’il avait à perdre. Et nous, réveillés de l’impression d’invincibilité sur le terrain que des années de conjuration de la menace nous avaient données, nous avions davantage à perdre…

On s’en fiche

C’est à ce moment-là que la préfète a brandi ses « formulaires simplifiés ». Ils donnaient soudain une matérialité aux propos du Premier ministre le jour de l’abandon de l’aéroport : seuls ceux qui entrent dans un processus de régularisation pourront rester. Nous savions désormais que la Préfète avait les moyens de sa suffisance, et sa « proposition » était appuyée à un ultimatum tout à fait clair : rendre ces formulaires avant le 24 avril sans quoi les opérations reprendraient. Jusqu’au dernier moment l’hésitation a régné. Il paraissait fort peu plausible que l’État recule face à une fin de non-recevoir de la zad répondant à une demande semblant somme toute minimaliste. Beaucoup de voisins compagnons de lutte ne comprenaient d’ailleurs pas nos tergiversations, nos réticences à saisir ce qui ressemblait à un moyen simple d’éviter l’assaut final. Certaines composantes disaient également ne pas vouloir s’engager plus loin avec nous en cas d’un refus net. Finalement, l’assemblée a décidé d’utiliser cette prise des fiches pour sortir de cette séquence et tenter de protéger par ce biais le territoire de la zad. Il fallait pour cela que les formulaires couvrent les parcelles et habitats du mouvement. Ce pari a été largement partagé. Quelques lieux ont toutefois refusé cette stratégie.

Tout a été fait pour tenter de subvertir le cadre imposé par la Préfecture : des associations se sont glissées au milieu des rares individus, des agriculteurs se sont inscrits comme « parrains », plusieurs activités (agricoles ou non) ont déclaré les mêmes parcelles et enfin chaque projet était lié aux autres, l’ensemble étant remis dans une énorme liasse commune à la Préfecture. La carte des usages ainsi dessinée ressemblait davantage à nos manières de faire, car il s’agissait également de rendre visible l’entremêlement de nos existences : sur un même champ, le verger plante des arbres en bordure, le groupe céréales effectue une rotation de sarrasin et l’année suivante c’est le groupe patates qui met en terre ses tubercules. Sans parler du rassemblement d’été qui s’y organisera peut-être, ou de la salamandre géante qui trône désormais entre les rangs fraîchement labourés. Cet écheveau peine tant à rentrer dans les cadres que les bureaucrates de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer, en charge de l’étude des fiches, ont fini par nous dire : « Mais pourquoi l’État ne vous signe pas une convention collective, ce serait tout de même plus simple !  » De même, lorsqu’ils ont convoqué une à une les personnes ayant donné leurs noms, c’est toutes ensemble qu’elles sont venues, vêtues de tee-shirts sur lesquels était sérigraphié :« zad, on la joue collective ».

Le résultat immédiat de cette tentative revenait à enjoindre l’État d’annoncer que oui, effectivement, les zadistes, ceux qu’il vouait hier aux Gémonies, allaient finalement continuer à vivre sur ce territoire. Que sous un discours rigoriste, ce qui se tramait ressemblait à une des plus massives régularisations de squatteurs de l’histoire française. La droite, à travers la voix de la présidente de Région, ne s’y est d’ailleurs pas trompée en s’offusquant publiquement : « Dans le fond, au-delà de la mise en scène de la force brute, la vérité crue de cette opération c’est que l’État va donner des terres aux zadistes et qu’ils vont rester. » Comment ? C’est ce que les batailles à venir nous diront. Ces formulaires, légalement, n’engagent pas les parties en présence pour le moment. Il ne s’agit pas d’un contrat, mais d’une simple déclaration d’intention. La préfète prétendait qu’elle voulait des noms, elle les avait en réalité déjà dans les nombreuses procédures juridiques par lesquelles nous défendions nos habitations. C’est donc avant tout et en premier lieu un échange symbolique permettant la « trêve » qui a été accompli. Et en effet, ils ne sont pas revenus expulser le 24 avril.

Nous ne nous leurrons cependant pas sur la visée de cet échange : l’État cherche à nous trier. Il a, de fait, très peu d’imagination. Et comme tout bureaucrate, sa logique ne peut dépasser le binarisme. Il agit comme si la zad était peuplée d’un côté de radicaux qui bâtissent des barricades et jettent des cocktail molotov, et d’un autre de gentils porteurs de projets qui n’attendent que de se régulariser. Il croit sans doute qu’une fois que les seconds auront rempli leurs fiches, il suffira de déloger les premiers pour que le bocage redevienne paisible. Il applique à notre situation ce qu’il a – presque – réussi à faire advenir partout : l’univocité des êtres. Cette séparation est un des lieux communs les plus absurdes de la pensée occidentale, ce qui explique sans doute qu’il soit si abondamment repris, dans les médias mainstream ou non. Mais voilà, celles et ceux qui tentent par la négociation de rouvrir des brèches pour l’avenir se sont aussi dressés avec toute la véhémence qui convient face à lui dès le 9 avril. Ce n’est pas parce qu’on monte sur une barricade qu’on ne sait pas tenir un crayon ou traire une vache, et vice versa. L’État a donc aussi contribué à donner à certains de ses farouches opposants des moyens de consolider leur situation…

Phobie administrative

Mais si donner des « gages de régularisation » semble aujourd’hui nous préserver d’un anéantissement total, il se peut que demain cela soit l’inverse, que nous nous retrouvions mis en péril par une individualisation trop poussée des situations et les contrôles qui en résultent. Et il ne faut pas sous-estimer la force d’engrenage et de modelage de la vie que produisent les procédures d’installation. Leur visée consiste aussi à nous faire croire qu’elles constituent la seule manière de se rapporter au monde, et si nous n’y prenons pas garde, elles peuvent rapidement s’imprimer sur nos désirs et nos envies. Nous ne savons pas jusqu’où la « stratégie d’auto-défense administrative » du mouvement aura un sens ni quelles marges de manœuvre nous aurons le moment venu pour rompre ou nous en dégager, cela dépendra là encore des liens et des solidarités que nous aurons continué à faire vivre dans cette nouvelle phase de la lutte. Nous n’avons aucune garantie, pas plus dans cette voie que dans une autre. C’est un pari, une hypothèse qui repose bien plus sur la force réelle du mouvement de soutien que sur l’illusoire bienveillance de l’administration française. Pour qu’il fonctionne, il nous faudra encore et toujours nous battre aussi au sens propre du terme.

Ce pari, le mouvement ne l’a pas fait par goût, comme chacun s’en doute. Il s’appuie sur un constat, guère agréable à énoncer : la zad n’est plus la zone de non-droit qu’elle avait su être depuis 2013. Et au vu du nombre de flics qui la parcourent chaque jour, il y a bien peu de chances qu’elle le redevienne, du moins pas aussi ostensiblement qu’avant. Le rapport de force a évolué, et il nous faut bien en prendre acte. En 2016, quand les dernières barrières légales concernant les habitants historiques sont tombées, il a fallu quatre manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes afin de dissuader l’État d’évacuer. Cette force de mobilisation n’est pas donnée une fois pour toutes, et il est probable que nous ne pourrons pas la maintenir indéfiniment maintenant que du projet d’aéroport il n’est plus question.

Parmi les fronts que cet abandon pousse sur le devant de la scène, il en est un qui s’est durci : la bataille pour les terres. Sur les 300 hectares « du mouvement », acquis de haute lutte en empêchant la chambre d’agriculture de les redistribuer, la Préfecture nous fait savoir que nous pourrions signer des baux précaires, si nous le souhaitions. En revanche, elle refuse d’en entendre parler sur les terrains encore revendiqués par les « cumulards » (les agriculteurs qui ont vendu leurs terres à Vinci et se sont généralement agrandis). Une situation qui peut paraître paradoxale se dévoile alors : toutes les fiches ont été considérées comme éligibles, sauf celles des projets répondant le plus aux critères énoncés par l’État, car ils se situent sur ces « terres conflictuelles ». Mais il n’y a pas là de hasard malheureux : à la Noë Verte et à Saint-Jean-du-Tertre, l’installation de projets agricoles dès 2013 s’était inscrite dans une stratégie d’occupation du terrain contre Vinci et les cumulards. Nous devrons donc lutter pour que ces terres n’aillent pas à l’agrandissement.

Ce rejet est sans doute une des causes du refus par la Préfecture d’une « solution Larzac » et de la Convention d’Occupation Précaire collective proposée par le mouvement. Certains analystes en ont conclu que le collectif effrayait les dirigeants. Ce n’est pas tout à fait vrai, les structures collectives existent, elles sont légales et parfois même glorifiées. Le problème, à Notre-Dame-des-Landes, c’est que le collectif qui fourmille ici n’est pas un simple agglomérat de personnes. C’est un commun qui a mis en échec durant 50 ans les gouvernements successifs, un commun de résistance. Et ouvrir la voie au commun, c’est pour la Préfecture ouvrir la voie aux résistances.

Ce pour quoi l’on se bat

Mais elle fait fausse route en confondant la forme et le fond. Elle s’imagine qu’une structure juridique individuelle va fatalement nous rendre individualistes, par force ou par fatigue. Elle sait que dans les projets que nous lui présentons, le récit s’adapte à ses demandes, mais pense qu’il va devenir réalité à force de paperasses. Alors que ce que nous vivons sait bien se jouer des administrations si par ailleurs le désir et les moyens de communiser perdurent. Sauver les conditions de possibilité et d’accroissement du commun qui est déjà là, voici donc l’enjeu véritable, au-delà du mode de gestion des terres. Car la réapparition des flics et le processus des fiches n’ont pas réduit au silence la base matérielle et spirituelle que constitue la zone : le réseau de ravitaillement s’est encore rendu à Nantes ce printemps, et ils n’ont pas su empêcher les postiers rennais en grève de venir nous rendre visite. Ils ont dû regarder impuissants les grumes être sciées près du « hangar de l’avenir » pour former la charpente du nouveau Gourbi. Peut-être ont-ils aperçu, depuis leur hélicoptère, cette même charpente se mouvoir dans le crépuscule, puis dans la nuit, entourée d’une centaine de porteurs entonnant des airs de musique classique. Au matin, leur tank l’a détruite de deux coups de lame avant qu’ils ne repartent en rang, incapables pourtant d’effacer la magie et l’insolence de la veille. Nous avons des armes qu’ils n’ont pas.

Ce commun-là est notre force, il est ce pour quoi nous nous battons ici, ce pour quoi nous nous battrons encore très bientôt. Il est ce à quoi nous devons être fidèles, quelle que soit notre situation administrative. Mais il n’est rien sans un territoire. Il est aussi géographique qu’historique, ancré dans ce bout de bocage jusqu’au bout des ongles. Il n’y a pas de commun en soi sans les moyens de sa réalisation, sans les lieux d’organisation qui lui donnent toute son amplitude. Ce commun-là ne se transporte pas plus ailleurs que les animaux menacés qu’ils voulaient « déplacer ». Il appartient à ce territoire-là, il est enfant de ce mouvement-là, il est son héritage autant que son présent, en actes. C’est pour cela que nous luttons contre l’anéantissement de la zad, parce que ce qui vit ici ne vivrait pas ailleurs. Parce qu’il n’existe en France aucun autre endroit partagé réellement par tout un mouvement de lutte, par des milliers de personnes ayant traversé ensemble des batailles, des espoirs, des désillusions, et y ayant survécu. Tant que cette lueur éclairera les talus et les fossés du bocage, nous combattrons pour elle.

Ce combat se fera extrêmement concret dès le 15 mai, date annoncée d’une nouvelle opération d’expulsions présentées de nouveau comme « partielles ». Face au retour des pelleteuses, les cabinets préfectoraux espèrent que le mouvement plonge dans des divisions aussi stupides qu’inintéressantes politiquement entre ceux qui ont rempli le formulaire et ceux qui ne l’ont pas fait. Nous refusons fermement ces dichotomies, et ils nous trouveront derrière les barricades pour défendre la zad et tous ses lieux de vie.

Des habitant.e.s des lieux suivants : le Moulin de Rohanne, la Rolandière, les 100 noms, la Hulotte, Saint-Jean-du-Tertre, les Fosses noires, la Baraka et Nantes réunis dans le CMDO (Conseil Pour le Maintien des Occupations)

Retrouver un sens politique à la lutte qui se mène aujourd’hui sur la ZAD

Ce texte est le fruit d’une longue réflexion à plusieurs qui nous avait conduits à publier une première analyse (« À Notre-Dame-des-Landes, comme ailleurs, seul un territoire en lutte peut s’opposer à la normalisation industrielle agricole ») quelques jours avant le rendez-vous du 10 février 2018 sur la ZAD, à la suite de la décision gouvernementale d’abandonner le projet d’aéroport. Le processus de négociation que nous critiquions alors enferme désormais le devenir de la ZAD. Ce nouvel appel ne se veut pas une réaction à une actualité derrière laquelle nous serions éternellement à la traîne. Il est publié quelques heures avant l’annonce gouvernementale qui doit fixer le nom des personnes qui auront le droit de mener un projet agricole sur la ZAD.

Nous, agriculteurs, agricultrices et habitants des campagnes, engagés dans un conflit contre la normalisation industrielle des campagnes largement organisée par les administrations agricoles, avons eu l’occasion de prendre part à maintes reprises à la lutte qui se mène à Notre-Dame-des-Landes depuis des années. Comme des milliers de personnes, nous n’y avons pas seulement reconnu une lutte contre un aéroport, mais tout autant un territoire et des habitants qui ont su, pendant 10 ans, se libérer d’une emprise administrative qui industrialise les campagnes à marche forcée. Derrière les multiples cabanes, les fromages, la viande, les animaux, les semences, les légumes, les céréales, le non-marché, etc. nous y avons reconnu une autonomie et une liberté reconquise en tenant à distance les administrations, leurs normes et leurs contrôleurs.

Là où chacun dans nos campagnes nous tentons de manière chaque fois trop isolée de ne pas mettre de puces électroniques aux oreilles de nos animaux, d’abattre nos animaux à la ferme, de fabriquer nos fromages hors des normes d’hygiène qui les aseptisent, de contourner les normes de sécurité sanitaire qui interdisent les pratiques paysannes, voire éliminent en masse les troupeaux, de ne pas répondre aux injonctions de traçabilité qui ne servent que d’argument publicitaire pour écouler la merde industrielle, de construire nos hangars et nos maisons à l’encontre des Plans Locaux d’Urbanisme qui font des zones agricoles des zones industrielles comme les autres, la ZAD a longtemps montré que le rapport de force avec l’État est le seul moyen de libérer nos pratiques et nos imaginaires.

Où est la division ?

Depuis l’abandon de l’aéroport, l’opération militaire et le processus de négociation orchestré par la préfecture ont fracturé la ZAD et fait perdre de vue à beaucoup le sens politique du conflit en cours. Cette fracture imposée par l’État est aujourd’hui reprise à leur compte par une grande partie des personnes toujours impliquées dans le conflit. Quiconque met les pieds sur la ZAD peut aujourd’hui prendre la mesure de la réussite provisoire de la manœuvre étatique de division. Grossièrement, une ligne de partage séparerait une zone dévastée (à l’Est) d’une zone d’avenir potentiel (à l’Ouest). Et il faudrait surmonter cette séparation pour laisser la place à la normalisation négociée de la ZAD. Mais cette spatialisation révèle une tension politique dont il nous faut définir les acteurs et les pratiques.

Dans le même temps, alors que les « expulsés » tentent toujours de reconquérir leur territoire ravagé, nombre de citoyens opposants à l’aéroport accentuent l’opération de division en opposant les habitants « jusqu’auboutistes », « radicaux » ou « mauvais » et les « raisonnables », « légalistes », ou « bons », tentant par là de marginaliser et décrédibiliser les premiers en militant pour un retour à la normale, c’est-à-dire à l’État de droit, niant du même coup toute la portée politique de l’affront à ce même État de droit que constitue la ZAD depuis 10 ans.

Au sein même des habitants de la ZAD, cette division a trouvé son vocabulaire. Il y a désormais les « anti-autoritaires » et les « autoritaires », décliné sous la forme « inorganisés » et « organisés », ou encore les « pauvres en capital social » et les « riches en capital social », entre « faibles » et « puissants », ou, plus ostracisant, entre « chieurs-punk-à-chien-relous-anarchistes-primitivistes-schlags-bouffons » et « stratèges-pragmatiques-intellos ».

Ces divisions, désormais inscrites comme événement médiatique, fabriquent des figures spectaculaires forcément réductrices qui ont surtout le mérite d’occulter le sens politique de ce qui se joue actuellement sur la ZAD.

Que des conflits internes aient préexisté à ces divisions médiatiques, et qu’ils puissent éclairer la partition actuelle, est une donnée dont nous n’allons faire ici l’histoire1, tout simplement parce que nous n’y avons pas pris part et que la situation présente est suffisamment éclairante en elle-même pour prendre parti dans cette division. Regarder simplement les faits et leurs résultats suffit amplement à les juger. Il y a en effet deux camps aujourd’hui, à savoir ceux qui font le jeu de l’État et ceux qui tentent de s’en défaire.

Mais pour juger des faits, il faut déjouer le spectacle qui les entoure, les effets d’affichage dont ils font l’objet et les mensonges qui s’y cachent. Mensonges dissimulés maladroitement derrière les mots « composition », « unité », « force de la diversité » qui sont devenus les slogans publicitaires d’un « âge adulte de la contestation enfin advenu ». Mensonges entièrement discernables dans le fameux texte des « 6 points » que certaines « composantes » de la lutte présentent comme l’incarnation du consensus obtenu après un long apprentissage des compromis et qui donnerait la possibilité à tous d’y trouver leur compte dans une campagne débarrassée d’un aéroport.

Depuis déjà quelques années la création d’une entité juridique revendiquant l’appropriation légitime des terres est devenue la pierre angulaire de la stratégie officielle du mouvement. Une bonne partie du mouvement s’est ainsi réconfortée sur le fait que l’après abandon de l’aéroport était anticipé et que cette solution permettrait à tous les habitants de rester vivre sur la ZAD. Le mensonge est précisément là. Et il éclate malheureusement à la figure de ceux qui en avaient pris la mesure, c’est-à-dire ceux-là même qui ont vu leur habitat réduit en miettes depuis le 9 avril.

Pas de LarZad

Illusion et mensonge, parce qu’en mobilisant l’imaginaire du Larzac et en proposant de reprendre la formule qui a fonctionné là-bas, il s’agissait précisément de nier la singularité de l’histoire de la ZAD depuis 10 ans.

La réussite de la négociation avec l’État au Larzac a donné les résultats que l’on sait parce que les personnes qui occupaient le camp militaire et souhaitaient y rester étaient tous candidats pour devenir « chef d’exploitation ». Une fois le projet du camp militaire abandonné, les terres du Larzac pouvaient tranquillement être reprises en main par des agriculteurs. Au Larzac il n’y eut aucune velléité d’occuper les terres pour remettre en cause une agriculture entièrement prise dans un processus de normalisation industrielle. Personne n’allait s’offusquer du fait que cet arrangement avec l’État, qui donnait les terres en gestion aux agriculteurs, permettrait à la firme industrielle « Roquefort société » d’y accroître ses plus-values, enrobées d’une appellation d’origine contrôlée qui donnerait le change à l’exigence de « qualité » qui se faisait jour. L’industrialisation faisait encore l’unanimité dans les campagnes et personne ne voyait encore dans les AOC un enfumage publicitaire qui permettait d’accentuer l’exploitation des sols, des animaux et des humains.

A contrario, à la ZAD la simple appropriation collective des terres ne pouvait pas signifier une quelconque victoire si elle devait advenir. La normalisation industrielle des campagnes n’ayant fait que s’approfondir en 40 ans, c’est tout logiquement que la plupart des gens venus s’installer sur la ZAD l’ont fait en rupture totale avec ces normes industrielles encadrées par une administration agricole toujours plus puissante. Cette vie en sécession avec l’État n’a pu se déployer que parce que le rapport de force permanent sur place a permis, à partir de 2013, de tenir cette administration hors de la zone. Habitats et activités agricoles, notamment, partageaient une parfaite illégalité en même temps qu’ils privilégiaient un rapport poétique et collectif au monde en rupture avec les injonctions productives et individualistes, qui dégoûtent les plus passionnés de se faire agriculteurs.

Cette perspective stratégique, qui tente de se réaliser aujourd’hui, était donc un mensonge, au mieux par omission. La prétendue solution d’appropriation « pour tous » ne pouvait pas en être une. Tout simplement parce qu’une fois que l’État remettrait la main sur la ZAD, même en offrant la gestion des terres à une entité juridique portée par le mouvement, il ne pouvait qu’imposer « l’État de droit ». Or le niveau d’illégalité de chacun n’a jamais été également partagé. La régularisation que devait exiger l’État ne pouvait pas concerner tout le monde et pas de la même façon.

Celles et ceux des habitants de la ZAD qui ont pris l’initiative de lancer la négociation avec l’État ne pouvaient pas ignorer qu’ils allaient participer activement à une opération de tri entre les régularisables d’un côté et les autres : c’est-à-dire la majorité, les non-régularisables et les régularisables qui ne voudraient pas se régulariser pour ne pas perdre le sens de ce qu’ils vivaient sur la ZAD.

Il était également évident pour ces apprentis-négociateurs (qui pour la plupart n’ont pas eu leur habitat détruit depuis le 9 avril) que les habitats les plus menacés étaient essentiellement situés à l’est de la ZAD, à la fois parce qu’il n’y avait pas d’habitat en pierre (de fait donc régularisable) mais seulement des cabanes qu’aucun PLU n’accepterait de régulariser, et aussi parce que les vies qui s’y déployaient ne pouvaient pas se fondre dans un statut de chef d’exploitation.

Le « on défend tout le monde » a donc toujours été un mensonge crapuleux, une vitrine présentable pour masquer la réalité. Certains, comme Julien Durand, José Bové ou Françoise Verchère, n’ont pas eu de mal à sortir de cette opération mensongère (dans laquelle les manœuvres de « composition » les tenaient jusqu’au 9 avril) en légitimant l’opération de tri entamée par l’État, c’est-à-dire en légitimant l’expulsion de ceux qu’ils appellent les « jusqu’auboutistes ». D’autres, notamment les habitants de la ZAD engagés dans la négociation, ont encore besoin de faire croire à l’unité et à la solidarité de tous vis-à-vis de tout le monde. Cette unité, factice depuis longtemps, a pourtant volé en éclats depuis que quelques dizaines d’habitants ont décidé de remplir des formulaires de régularisation, c’est-à-dire de participer activement au triage orchestré par la préfecture.

Les négociateurs ont pris soin de ce que la plupart des lieux de vie et des parcelles utilisés par le mouvement soient intégrés dans ces formulaires pour faire vivre cette unité factice des habitants. Le tri était pourtant déjà bien réel, avant même que la préfecture ne fasse le sien. Des dizaines d’habitants n’ont pas voulu jouer ce jeu forcément perdant et nombre de lieux déjà détruits ne font même plus partie des espaces à négocier. Le tri de la préfecture fera le reste pour fignoler la sélection.

En guise de solidarité de tous envers tous, il ne reste plus aux plus ambitieux qu’à tenter de sauver leur peau en se fondant toujours plus dans les attentes de l’État pour avoir une bonne note à l’examen de passage. On n’hésite plus à démontrer qu’on s’est mis au diapason de la normalisation industrielle en « puçant » ses brebis, en annonçant un bâtiment de transformation « aux normes », en affirmant participer d’une « économie sociale et solidaire », etc. Après avoir imposé en interne le nettoyage de la route des chicanes, en janvier, certains exigent désormais l’enlèvement des barricades pour plaire à la préfecture, pourtant ultimes outils de résistance pour les expulsés et expulsables, mais qui gênent le processus de négociation de ceux qui se croient « régularisables ».

Double discours

La rupture de solidarité engagée par les « régularisables » n’en est que plus ignoble quand elle se double d’un discours qui tente d’expliquer rationnellement pourquoi l’Est a été entièrement détruit et pourquoi l’Ouest reste globalement indemne. On nous explique ainsi que l’État s’en est pris aux « plus faibles », sous entendu « nous, qui avons encore sauvegardé nos lieux de vie sommes dotés d’un capital social et d’une intelligence tactique qui nous rendaient plus difficilement attaquables, il faut donc nous suivre ».

L’opération militaire a pourtant pris soin de montrer que l’État pouvait tout détruire s’il le voulait. Ce que ces négociateurs ne voudront jamais retenir c’est qu’ils ne sont pas les « plus forts » mais simplement les pantins de l’État, qui avait besoin d’eux dans son opération de communication. Macron avait besoin de montrer sa capacité à rétablir l’« ordre républicain ». Mais pour le faire et ne pas donner le sentiment que l’ « ordre républicain » se confond avec un État fasciste, il avait besoin d’idiots utiles, de sauver quelques personnes du carnage, de faire de la ZAD un espace labellisé « transition écologique » par M. Hulot en personne. N’en doutons pas, l’opération sera parfaitement réussie de la part de l’État. Il y aura des couleuvres dures à avaler pour quelques régularisables non-régularisés, mais la solidarité réduite à ce petit groupe devrait tout de même suffire à se satisfaire de cette « petite victoire ».

La richesse en capital social de cette bande de négociateurs leur permet aujourd’hui de mobiliser nombre de soutiens dans la classe « intellectuelle », qui se répandent sur la toile pour défendre leur intelligence tactique. On veut nous convaincre qu’il fallait être pragmatique et qu’il n’y avait rien d’autre à gagner que quelques fermes normalisées « transition écologique ». Et, en effet, ces apprentis-négociateurs redoublent d’efforts depuis des années pour défendre leur intelligence tactique. Depuis des années, on nous rabâche les oreilles sur le fait que la « composition » est une formidable aventure humaine où les désaccords politiques se travaillent, où chacun fait un pas vers l’autre, où l’unité ne se fabrique pas sur la base du moins-disant mais qu’elle est un processus vertueux qui gagne en radicalité.

Derrière ce beau récit, les masques tombent quand l’État s’impose par la force. On découvre alors qu’un des paysans historiques de la ZAD, tout heureux de négocier avec l’État la réappropriation de sa ferme et qu’on imaginait positivement perturbé par la capacité des zadistes à bricoler des vies hors de l’État de droit, affirme froidement en assemblée qu’il n’a jamais été contre l’État, qu’il a toujours assumé que sa ferme avait besoin de l’État pour exister… Et l’on découvre que les seuls à avoir fait un pas vers l’autre dans ce travail de composition ne sont donc que ces zadistes-négociateurs, qui après 10 ans de composition ont troqué leur costume de black bloc pour trouver une place dans les couloirs de la préfecture. Voilà donc l’âge adulte de la contestation enfin advenu.

On veut désormais nous faire croire que la négociation elle-même est une ruse tactique, qu’on va enfumer l’État. On a certes rempli des formulaires, mais tout ça c’est pour fabriquer le « manteau », cette entité collective qui aura légitimité à gérer les terres de la ZAD (une partie au moins), et que, sous le manteau, le « corps » sera protégé, c’est-à-dire qu’on pourra reprendre nos activités illégales au nez et à la barbe d’une administration qui n’y aura vu que du feu… Preuve de notre intelligence tactique, mais aussi sa contre-partie, c’est qu’il ne faut pas parler de ces activités illégales. Il ne faut pas dire pourquoi elles le sont, surtout ne pas remettre en question la normalisation industrielle des activités agricoles imposée par l’État, au risque de dévoiler trop notre jeu. Il ne faut donc plus que notre lutte fasse apparaître son sens profond pour que la manœuvre ait une chance de réussir. Et, de toute manière, si on reprenait le sens initial de la lutte « contre son monde » qui s’est incarné dans les vies en sécession déployées depuis 10 ans sur la ZAD, personne ne le comprendrait et on aurait plus assez de soutien pour tenir un rapport de force. Il faut donc être pragmatique. Mais ne vous inquiétez pas, on cache notre jeu et on rebondira plus fort…

Limites de la « zone »

Les moins fiers de ces basses manœuvres, mais tout de même convertis au pragmatisme négociateur, ne sont pas en reste pour contrer l’outrecuidance « donneuse de leçons » d’une critique de la stratégie en cours. Il faut donc nous convaincre qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Vous qui êtes plus malins que tout le monde, qu’auriez vous fait de mieux que de négocier ? Et voilà qu’on nous targue de « complaisant défaitisme » qui empêcherait les « radicaux » de se satisfaire d’une petite victoire.

Oui, en effet, la force de l’État ne permettait pas de rêver aux grands soirs. En effet, même si l’histoire de la ZAD depuis 10 ans a suscité la mobilisation de quelques milliers de soutien, cela reste bien trop faible pour affaiblir radicalement les prétentions de l’État à administrer nos vies. Mais il n’y a là rien de neuf. C’est la réalité que nous vivons chacun dans nos fermes de manière isolée et encore plus faible. Rien de neuf dans le fait que nous apprenons chaque jour dans nos fermes à ravaler nos prétentions et à trop souvent nous mettre aux normes à contrecœur après avoir résisté jusqu’à épuisement. En effet, les défaites nous les côtoyons tous les jours, sans complaisance, mais avec une rage rentrée. Et c’est cette rage qui nous anime aujourd’hui pour construire un collectif capable de tenir un rapport de force avec l’État, contre ses normes et pour nous donner une chance de moins nous mettre à genoux.

Et c’est justement parce que nous n’en pouvons plus de nous mettre à genoux, et que nous connaissons si bien les lâchetés du syndicalisme en général et de la gauche paysanne en particulier, qu’il n’est plus question de faire face à l’État pour finir désarmés dans un bureau de négociation. Rien n’a jamais été obtenu en négociant, sinon de fausses victoires toujours là pour préserver les intérêts du capital et satisfaire les syndicalistes prompts à prendre des vessies pour des lanternes pour se faire mousser avec cette efficacité pragmatique.

Cette tartufferie des négociations montre ses effets tous les jours dans les campagnes. On le mesure peut-être plus qu’ailleurs dans le cadre de la lutte contre les pesticides. Récemment encore les antipesticides négociateurs pouvaient se réjouir d’avoir obtenu à l’échelle européenne l’interdiction de quelques néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Mais cette interdiction est un cache-sexe d’une industrie mortifère qui déverse déjà ses nouvelles molécules pas encore interdites ou qui confectionne les robots désherbeurs de demain qui remplaceront les paysans dans les campagnes. 30 ans de négociations implacables ont permis d’obtenir l’interdiction de près de 100 molécules, alors que dans le même temps la consommation de pesticides augmentaient de 15 000 tonnes par an. Les « petites victoires » font les grandes défaites et il y a toujours des écologistes et des syndicalistes pour s’extasier de leur propre pragmatisme.

Mais que fallait-il faire donc, si tout est toujours perdu d’avance ?

La suite de la résistance à Notre-Dame-des-Landes aurait toutefois pu prendre une autre tournure si les futurs négociateurs avaient pris le temps de se nourrir de 6 ans de réelles victoires. Avoir repoussé l’emprise étatique durant tout ce temps est déjà une victoire en soi. Il était tout entier là l’esprit de la lutte auquel il fallait donner une suite. Au lieu de quoi les négociateurs ont préféré défendre un simple territoire, une « zone », au prix de se conformer aux normes qui aménagent les « zones ».

Engager le conflit sur le terrain de la légitimité de l’illégalité vécue pendant 6 ans aurait permis de repartir de la condition commune qui est faite aux agriculteurs, d’y trouver des alliances pour déplacer la lutte contre les administrations et de ne pas s’enfermer dans un territoire d’exception qu’il fallait à tout prix défendre.

Il y a de l’indécence de la part des négociateurs à imaginer rester sur « zone » quand ils ont pu s’y installer grâce à la solidarité permanente qui s’y est développée et qu’ils vont pouvoir y rester parce qu’ils ont rompu cette solidarité. Une indécence d’autant plus grande, et dérisoire, que ce qui va s’y gagner, c’est la simple possibilité de s’installer en agriculture sur quelques hectares. Chose qui peut se faire partout en France d’autant plus facilement que les fermes se transmettent par milliers ces temps-ci et qu’il n’y pas besoin de mobiliser des dizaines de milliers de personnes pendant 6 ans pour rendre ces simples transactions financières possibles. Il y a même une agence immobilière – Terres de lien – qui joue très bien ce rôle de favoriser des installations labellisées « transition écologique ».

Mais pour qu’un tel chemin fût emprunté, il aurait fallu que, durant ces 6 ans, le développement des rapports de classes ne vienne pas désamorcer les élans de solidarité. Au point, presque anecdotique, que les « richesses » accumulées majoritairement à l’Ouest sous forme de dons à la lutte durent être régulièrement négociées au prix d’humiliations pour pouvoir passer partiellement à l’Est.

C’est une nouvelle fois avec une rage trop rentrée que l’on constate que sur la ZAD se rejoue en accéléré l’histoire de la gauche paysanne. Une histoire entamée par un syndicalisme de lutte incarné par les paysans travailleurs dans les années 1970 et qui s’est échouée dans les bureaux des ministères sous la bannière Confédération Paysanne. Une histoire qui a permis à l’État de faire de la gauche paysanne l’idiot utile des mutations incessantes des politiques agricoles qui, depuis plus de 20 ans, ont besoin d’apparaître sous le label « transition écologique » pour rendre acceptable l’accélération, tout aussi incessante, de l’industrialisation des campagnes. Une histoire qui a vu en 2017 la Confédération Paysanne abandonner à une lutte solitaire l’un de ses anciens porte-paroles qui dénonçait la supercherie des dispositifs de traçabilité auxquels il refusait de se conformer parce qu’il avait compris qu’ils n’étaient que le cache-sexe de l’industrialisation permanente. Une histoire de rage isolée, soldée par un assassinat d’État le 20 mai 2017 sur un chemin de Saône-et-Loire. L’État ne gère pas la « sécurité sanitaire » seulement en abattant les troupeaux mal conformés, il gère la colère en éliminant ceux qui la portent : HP ou balles de gendarmes, c’est selon…

Et comment nous épargner le dégoût de voir certains zadistes afficher publiquement le puçage de leur brebis quand des dizaines d’éleveurs en France continuent à résister à cette obligation normative ? Elle est belle la ZAD ! Mère et modèle de toutes les luttes depuis des années, à se mettre à genoux sans avoir même fait le geste d’entamer un rapport de force avec les administrations agricoles. On y est quand même content de s’être fait des Copains pour nous ramener à la raison à temps et d’annoncer que s’il doit y avoir reconstruction il faudra désormais le faire en respectant les Plans Locaux d’Urbanisme. Ces mêmes PLU qui interdisent partout aux 6petits paysans mal conformés de prétendre construire leur habitation sur leur ferme, mais qui heureusement permettent aux porcheries industrielles d’embellir les campagnes.

Dans cette tragi-comédie des fausses victoires, il ne manquait plus aux négociateurs que de faire jouer leur richesse en capital social pour mobiliser le soutien d’une kyrielle d’experts patentés en « transition écologique » issue de la gauche rurale2 . Les voilà tous en chœur proposant leur service pour crédibiliser les PDE3 des zadistes, en créant un Comité d’Accompagnement et de Conseil auprès de l’État et de ces mêmes zadistes. Il fallait bien, en effet, quelques dizaines de gauchistes salariés de l’État pour finir de mépriser toutes celles et ceux, dont nous sommes, qui n’en peuvent plus de se rendre présentables auprès des administrations agricoles et qui ont longuement éprouvé qu’une résistance ne se menait pas en légitimant l’ennemi.

Nous ne voyons pas aujourd’hui d’autres possibilités pour redonner un sens politique à la ZAD, et ailleurs, que de soutenir celles et ceux qui tentent de reconstruire ce qui a été détruit et d’occuper partout les administrations agricoles. Il n’y a rien à y négocier, simplement les dissuader d’organiser le ménage des champs.

Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes,

Le 14 mai 2018

1 Sur ce sujet on conseille vivement la lecture éclairante de deux textes : « Des dynamiques inhérentes aux mouvements de contestation », ainsi que « Le mouvement est mort, vive la réforme ».

2 Appel publié sous le nom « Pour un projet coopératif d’avenir qui respecterait le bien commun et la biodiversité et permettrait une désescalade à Notre-Dame-des-Landes », signé par des dizaines d’agronomes, professeurs, agriculteurs, ingénieurs…

3 Plan de Développement Économique, sésame normatif auquel tous les candidats agriculteurs doivent se conformer pour avoir le droit de l’être.

18/05 – Meurtre de Jérôme Laronze – Occupation de la DDCSPP 05

Aujourd’hui 18 mai à Gap (05), différents collectifs d’agriculteurs.trices des Alpes du Sud ont occupé pendant 3h la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de Protection des Populations), autrement dit les services vétérinaires et sanitaires de l’État dans le département,  pour l’anniversaire des 1 an de l’assassinat par les gendarmes de Jérôme Laronze, éleveur en Saône et Loire, suite à un harcèlement administratif (12 contrôles en 5 ans !) et des contrôles qui se sont mal passés.

Nous refusons la toute puissance de l’État et des administrations qui veulent régir notre façon de travailler sur nos fermes et imposent leurs normes, règlements et contrôles aux paysan.ne.s, dans le but de favoriser l’agriculture industrielle aux dépends des petites fermes qui disparaissent inexorablement sous les coups des « mises aux normes » ou des balles comme Jérôme.

Sans surprises, la discussion avec le directeur de la DDCSPP et certain.e.s agent.e.s n’a pas été constructive, tant ces derniers se retranchent derrières l’application (plus ou moins stricte, mais application quand même !) des lois et règlements, qui, selon eux, permettent d’éviter à des pandémies de proliférer à travers le territoire. C’est sur qu’un défaut ou un retard de bouclage d’un animal nouveau né (comme cela est arrivé à Jérôme, et qui a déclenché la fureur administrative sur sa ferme) fait évidemment risquer de graves pandémies dans les campagnes françaises !! Et dans le même temps, l’agro-industrie nous prépare tranquillement et impunément des lasagnes au cheval, de la vache folle, et bien d’autres ! L’agriculture paysanne n’est pas responsable des grandes pandémies liées à la mondialisation et à l’industrialisation de l’alimentation, ni de la dégradation drastique de l’environnement, des sols, de l’eau…ni de la malbouffe ! cherchez l’erreur…

Finalement, peu importe les palabres avec les bons petits soldats du système, très accrochés à leurs postes, nous étions venu.e.s rappeler que nous n’oublions pas l’assassinat de Jérôme, et que dorénavant, le sentiment de culpabilité doit changer de camp : notre travail de paysan.ne.s est respectable, et les contrôleurs de tous types participent à l’opération de destruction massive de la paysannerie.

Pour résister à ce mouvement néfaste, nous appelons tous les paysan.ne.s qui se reconnaissent dans cette approche à s’organiser pour ne jamais être seul.e.s sur leurs fermes pour des contrôles, pour regagner en confiance et in fine résister plus sereinement aux pressions normatives.

Pour Jérôme, ni oubli, ni pardon

Des collectifs d’agriculteurs.trices des Alpes du Sud contre les normes administratives et industrielles

Contact : hors.norme-alpes-du-sud@riseup.net

Voir les tracts diffusés ci-dessous

communiqué_18mai-1

TRACT_DDSCPP_Tarn

À propos des maraudes

Bonjour à tous,

La police barrant la route entre Clavière et Briançon, les exilés qui souhaitent effectuer la traversée doivent s’aventurer dans la montagne et parfois traverser la Durance gonflée par la fonte des neiges.
Aujourd’hui même nous avons recueilli le témoignage d’un jeune homme qui a failli être emporté par la rivière dans la nuit.

L’ accident dramatique de cette semaine (une jeune femme retrouvée morte noyée dans la Durance) met clairement en lumière le fait que le vrai danger vient de la Police et donc de l’Etat qui empêchent les demandeurs d’asile d’accéder à leurs droits en les refoulant systématiquement.

Une fois de plus, il témoigne du manque de discernement des forces de l’ordre : comment peut – on oser poursuivre et mettre en fuite, en pleine nuit, des femmes et des hommes épuisés par la route, à proximité d’un torrent de montagne gonflé par la fonte des neiges ? C’est juste impensable.

Nous espérions avoir réussi à éviter cela depuis le début de cet hiver en nous plongeant dans les nuits glaciales maraudes après maraudes.

Depuis le mois de Mars, la salle paroissiale de l’Eglise de Clavière s’est transformée petit à petit, grâce aux énergies, des uns et des autres en un lieu sympathique à partir duquel les exilés cherchent un chemin pour rejoindre la France.
L’hiver prenant fin, notre présence ici à Clavière a permis de rendre moins difficile et moins dangereuse la traversée vers la France et l’arrivée au Refuge Solidaire, au 115, chez Marcel, à l’hôpital ou dans une famille accueillante.
Pour les équipes ‘maraudes’, cela a été une nouvelle façon d’apporter de l’aide en permettant aux exilés qui franchissent le col de Montgenèvre de se réapproprier la façon dont ils souhaitent ou peuvent entreprendre la fin de leur parcours vers la France.

Nous avons donc arrêté les maraudes nocturnes. Nous restions cependant inquiets, parce que les risques encourus restent nombreux et sont exacerbés par la présence de la Police, des militaires et , depuis 3 semaines, des identitaires, présents jusque dans la ville de Briançon.

Les équipes du Refuge le constatent également tous les jours : les éxilés arrivent dans un état de fatigue beaucoup plus important, souvent avec des blessures, après des périples de parfois plusieurs jours dans la montagne, des nuits passées dehors dans le froid… Tout cela rend le travail des bénévoles plus difficile.

Nous en avons la preuve aujourd’hui : la nécessité de réorganiser notre présence sur le terrain est donc plus que justifiée par cet accident.
Nous devons pouvoir continuer à être présents et à apporter notre aide dans le but de sauver des vies. On retrouve là ce qui a été la motivation première de la mise en place des maraudes.
Personne ne doit mourir en montagne, ni par le froid, ni par épuisement, ni sous une avalanche, ni par noyade dans la Durance !…
Si nous y croyons, ne nous laissons pas décourager, soyons fidèles aux valeurs qui sont les nôtres, continuons à les mettre en pratique. Il faut qu’on s’habitue à notre présence nécessaire dans la montagne tant que la police ne respectera pas les lois et les droits des exilés..

Tout l’hiver nous avons bataillé pour essayer de faire reconnaître la place de l’équipe ‘maraude’ au sein des autres équipes du Refuge Solidaire.
Aujourd’hui, nous espérons que l’on comprend pourquoi.

Nous pensons qu’il faut que cette ‘action de terrain’ soit reconnue et portée par les Associations, Refuge Solidaire et Tous Migrants ( ce qui est déjà le cas pour cette dernière).

Nous pensons qu’aucun d’entre nous ne voudrait être à l’image de ces femmes tunisiennes qui refusent désormais d’aller à la pêche parce qu’elles savent que les poissons de leurs filets se sont nourris de la chair de leurs enfants. Et nous ? Jusqu’à quand pourrons nous encore boire l’eau de nos sources et parcourir nos montagnes sereinement ?
Tout l’hiver,nous avons bataillé pour essayer de faire reconnaître la place de l’équipe ‘maraude’ au sein des autres équipes du Refuge.
Aujourd’hui nous espèrons que l’on comprend pourquoi.

Nous pensons qu’une réunion s’impose pour repenser notre présence sur le terrain.
Nous vous proposons qu’on se retrouve jeudi 17 mai à 18h30 à la MJC pour en parler.