Parution de Nunatak n°5 (Hiver-printemps 2019/20)

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SOMMAIRE :
Promenons-nous dans les bois/Nicole écoute aux Portes/La fin du monde, l’eau et le feu/Transhumances/Imbroglio sur le Markstein/Voyage, voyage !

 

Édito

La randonnée que nous allons entamer nous mènera sur des chemins escarpés où l’équilibre risque d’être difficile à tenir. Tel un funambule des montagnes, nous essayerons de ne pas chuter car il nous faudra mettre en évidence des contradictions sans tomber dans la critique facile qui vise à moraliser ou à faire culpabiliser.

Nous observons autour de nous un intérêt grandissant pour tout un ensemble de choix de vie qu’on pourrait qualifier d’alternatifs. Autonomie alimentaire ou énergétique, écoconstruction, écoles alternatives, médecines douces, régimes alimentaires divers et variés, économie sociale et solidaire, etc.

On pourrait a priori se dire « Eh bien quoi ? Chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît, non ? » Certes. Il ne s’agit d’ailleurs pas ici de juger ce que chacun·e met dans son assiette ou comment on occupe son temps libre.
Plus questionnant par contre est le fait que ces choix de vie individuels sont très souvent présentés comme des choix militants et forts, une solution politique aux problèmes sociaux et environnementaux. Dans ce foisonnement d’alternatives, certains y verront un moyen de détruire le capitalisme, mettant ainsi en pratique la théorie dite « de la tâche d’huile » : montrer l’exemple, la voie à suivre, en incitant les autres à « s’y mettre aussi » et alors, peu à peu, le nouveau monde remplacera l’ancien. Ce mouvement ne se trouve-t-il pas amplifié par les angoisses liées à « l’effondrement programmé du capitalisme et de la planète » ?

Ces choix sont-ils réellement à la portée de tout un chacun ? Ces alternatives souvent mises en avant par des individus et groupes plutôt bien dotés culturellement et financièrement, ne délimiteraient-elles pas une nouvelle frontière symbolique des rapports de classe ? On voit d’ailleurs facilement venir les rengaines culpabilisantes envers celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas appliquer ces recommandations d’usage1.
Se livrer à une démarche individuelle soit-disant vertueuse ne se ferait-il pas au détriment de perspectives collectives d’émancipation, avec ce qu’elles peuvent comporter de confrontations avec l’ordre établi ?
Et puis, ne serait-ce pas illusoire de croire à un changement fondamental des structures de cette société en s’en remettant à « si tout le monde faisait comme-ci… » ?

Nous voilà bien chargés pour continuer l’ascension. Nous tanguons. Avant de chuter vers une pente un peu trop raide, reprenons notre souffle et jetons un œil de l’autre côté de notre ligne de crête.

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L’Etat monte le niveau d’un cran

A l’occasion du procès de trois camarades accusé.es de « menace sur les biens d’une personne représentante de l’autorité publique » pour avoir chanté un refrain,

nous tentons ici de recoller les morceaux et de proposer une synthèse.
 

L’été commence avec l’arrestation de deux maraudeurs à la PAF (police aux frontières). Lors de la GAV, une perquisition a été effectuée au domicile de l’un d’entre eux. Cette perquisition a été faite sans raisons tangibles et pour l instant aucune poursuite n a été engagée. C est l énième épisode de représailles policières contre les maraudeurs.

Le soir même, les flics, à Briançon, cherchent à s’introduire sur un terrain privé où quelques camarades dorment dans leurs camions. Très vite, les camarades comprennent qu’ils n’ont aucun mandat et les flics sont vivement invités à quitter les lieux. Suite à ça, une camarade est accusée d’outrage au tribunal. Elle a été jugée le 17 Septembre, et condamnée à 270 euros de préjudice moral et 1200 euros d amende et frais divers.

A la même période,, les convocations et les gardes à vue pour la manifestation du 20 février 2019 tombent et trois camarades sont arrêté.es avec un mandat de recherche. Les flics semblent davantage intéressés par l identité des organisateur.rices de la manifestation que par les faits : ils ont été jugés le jeudi 17 octobre et le procureur requiert 4 mois de prison avec sursis et 3000 euros d’amende pour préjudice moral. Rappelons que c est le slogan « Jérôme Boni, chef de la PAF, on va tout casser chez toi » qui motive cette requête.

L’une de ces trois camarades avait justement été arrêtée lors de la manifestation à Montgenèvre le 20 avril dernier (voir communiqué). Pour cette manif là par ailleurs quatre convocations et deux GAV ont eu lieu. Sont reprochés des faits de blocage, de dissimulation de visage et de résistance en réunion, mais il semble que flics cherchent plutôt des responsables : les interrogatoires portent (entre autre) sur les organisateurices de la manif et leurs motivations.
Le 2 octobre, s’est tenu le procès de K., un camarade accusé d’aide au passage illégal, parce qu’il aurait été arrêté en voiture en zone frontalière avec des personnes n ayant pas les bons papiers ; le procureur demande 4 mois de sursis. Le rendu du 23 octobre le condamne à deux mois avec sursis.

Le lendemain du rendu, c’est-à-dire le 24 Novembre, un autre solidaire, P., a été jugé pour les memes accusations : comme nous étion prêt à le parier, les requêtes sont sensiblement les mêmes, trois mois de prison avec sursis.

Le dernier épisode en date remonte au 27 septembre, lorsqu un camarade italien a été arrêté dans les vignes en France alors qu’il travaillait, puis emmené au poste de police. Il a été interrogé sur la manifestation du 22 septembre 2018 à Montgenèvre, à l’occasion du camping Passamontagna. Il est accuse d avoir participe a une manifestation non autorisee, et de faits de resistance. Etrange que pour si peu la police française de deplace pour le choper directement dans les vigne. La encore, les questions concernent les prétendues « organisateurices » de la journée. Il est évident que son identité a été transmise directement par la Digos italienne (département de police politique, genre RG-PSIG) aux flics français.

Il semblerait que cette coopération s affine et se structure de plus en plus, y compris en terme de logistique des refoulements à la frontière. Depuis quelques mois en effet, la police italienne vient chercher les personnes refoulées directement dans les bureaux de la PAF, du jamais vu dans le coin…

Au deuxième étage de la gendarmerie de Briançon se trouve le bureau dédié aux « questions frontalières ». Des affiches et des autocollants attribués au mouvement de lutte contre la frontière égaient les murs. On se croirait dans une enquete de meurtre à la 24 heure Chrono.

Il y aurait donc une instruction plus large en cours ? Peut-etre bien.

Il est certain néanmoins que tout ces événements font partie dune stratégie de harcélement visant à intimider et isoler, en somme mettre sous pression, les personnes solidaires qui agissent et s organisent dans la région.

Cette stratégie va de pair avec la logique de contrôle et de répression ciblées des personnes qui tentent chaque jour de franchir la frontière au col de Montgenèvre, refusant d accepter les conditions de vie dictées par les états que ces dispositifs policiers protègent et soutiennent.

Il ne s’agit ni de bloquer complètement les activités solidaires à la frontière, ni le passage des personnes, mais bien de créer des conditions dans lesquelles les premières paient toujours plus le prix de leur actions (et idéalement, s’épuisent), et les secondes sont systématiquement fichées, battues et harcelées, afin qu elles intériorisent quel est et quel sera, où qu elles aillent, le traitement qui leur sera réservé.
C est bien le même systeme qui les défini et les traite comme de l «humanité en excès», et qui par là, cherche à les effrayer et à les rendre à merci du capitalisme, en les maintenant sous menace constante grâce à des bouts de carton plastifié appelés « papiers ».

Essayons d’élargir un peu plus nos horizons. Au cours de l’année passée, l’Etat français a mis en œuvre une très forte répression à l’encontre du mouvement des Gilets Jaunes, forte aussi bien au niveau du nombre de personnes arrêtées et jugées que de la dureté des peines.

Ces événements ont contribué à reclarifier l objectif de la répression : sanctionner toute expression d opposition politique, tout en les récupérant dans ce qu elles ont de plus facilement désamorçable. C est la pratique de la dissociation qui permet de doser ce savant équilibre : elle consiste à séparer sur le plan médiatico-pénal les protestations considérées « démocratiques », et celle qui ne le sont pas.

Les espaces de dissonance toléré par cette démocratie tendent à se réduire comme peau de chagrin, et ces jours-ci, de simple slogans ou bien la participation à une manifestation non autorisée peuvent conduire devant les tribunaux. Rien de nouveau sous le soleil finalement : lorsque l état se sent menacé (ou trop puissant), il essaie de ressèrer les mailles du contrôle social et politique en tirant sur le fil de la « sécurité ».

L état français n a pas encore l expérience de l état italien en terme de montage pénal des fameuses « bandes organisées ». Mais il commence à faire ses gammes ( il suffit de s’intéresser à l’instruction en coeur sur « l’association de malfaiteur » à Bure, pour s’en rendre compte). De la même façon, il expérimente les nouveaux espaces légitime de répression qu’il s’est arrogé en promulguant les lois les plus récentes, telles que la loi casseur.

Les états montent d’un cran le niveau de la répression et du contrôle social.
De nouvelles lois anti-terrorisme, des accords pour les rapatriementavec toujours plus de pays, et des technologies de contrôle et d’identification toujours plus sophistiquées. Des caméra à reconnaissance facile, ADN, contrôles croisés de GPS et téléphones…

Les état montent le niveau d’un cran.
Il ne s’agit pas de le faire baisser, mais bien de faire exploser le baromètre. Enfin, disons que c’est l’idée …

Sous les glaciers la rage – tryptique d’été #7-8-9

Eh non l’équipe de SOUS LES GLACIERS LA RAGE n’était pas vraiment en vacances cet été, 3 émissions de la saga d’infos, luttes et alternatives des Hautes-Alpes ont bien été diffuéées cet été sur Radio ZINZINE (diffusé en direct le 3ème jeudi du mois à 12h30 et rediffusé le samedi suivant à 19h et minuit) et Radio Dragon (radio libre du Trièves en Isère) , que vous pouvez trouver en réécoute ci-dessous.

Les émissions de juilet et août seront bientôt en ré-écoute ici même, il faut guetter !

Au programme des infos de septembre, encore une fois en direct depuis la colline Zinzine à Limans :

– des nouvelles fraîches des camarades du Césaï (Centre Social autogéré de l’imprimerie à Gap), dans l’attente de leur procès en appel le 28 octobre à Grenoble et toujours en bisbilles avec la mairie et la préfecture qui aimeraient bien contourner la décision de justice en les virant de suite…

– un double coup de gueule sur les thèmes du loup et de la sécheresse en agriculture… ou comment des écolo (souvent urbains) croyant bien faire soutiennent in fine la technocratie industrialisante, en marche contre la paysannerie et les libertés des habitant-e-s d’un territoire…

– un super artiste du mois franco-breton, Dirty Old Mat’

 

Pour écouter tranquillement l’émission sans coupure de connexion, faire CLIC DROIT sur le lecteur média ci-dessous – Enregistrer la cible du lien sous – Enregistrer l’émission sur votre ordinateur

 

 

Bonne écoute !

La bise

PS : pour envoyer des remarques, critiques, louanges…et bien évidemment toute proposition de sujet pour les prochaines émissions : souslesglacierslarage@riseup.net

 

 

Violence cachée dans les Balkans…

Un nouvel article de nos ami-e-s de Cevennes sans frontières

Les cas de violences policières à l’encontre des personnes qui tentent de franchir la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et la Croatie à Velika Kladuša sont quasi-quotidiennes. Les témoignages rapportés par les collectifs et bénévoles solidaires présents sur place font état de dizaines de cas de personnes qui après leur tentative de passage reviennent avec les bras et les jambes cassés, des contusions où d’autres blessures. Ils décrivent tous les mêmes histoires encore et encore… Le mois dernier, Youssef est décédé dans la ville frontalière. Son histoire montre qu’outre la solitude, il y a de surcroît une perpétuelle « violence cachée » aux frontières de l’Union européenne. Une violence souvent invisibilisée, mais pourtant aussi mortelle qu’en mer. Nous proposons la traduction d’un témoignage paru initialement en anglais sur le site Izbjegličke priče, et consultable ici : https://cevennessansfrontieres.noblogs.org/post/2019/06/05/violence-cachee-dans-les-balkans/


					

Qu’est-ce que c’est que cette Histoire?

À propos d’anarchisme, d’antifascisme et de mémoire

Il ne s’agira pas ici de faire des suppositions sur qui aurait pu dégrader le monument aux morts de la libération de Névache, ou sur les raisons ou non, de cet acte. Il ne s’agira pas non-plus de savoir si le communiqué signé « des anarchistes du 05 » est écrit par des anarchistes ou non. Je tenterais ici d’ouvrir quelques pistes de réflexions autour des questions de l’antifascisme, de l’anarchisme et des mythes de la résistance. Ceci pour faire un peu de résistance intellectuelle aux argumentaires accusatoires et aux simplifications historiques.

Un texte circule accusant une action sur un monument aux morts de la résistance d’être une action de « fascistes » ou alors de personnes « politiquement perdu[es]. » qui devraient rejoindre « les groupuscules fascistes » . Le texte affirme ensuite que « les anarchistes sont antifascistes ! C’en est viscéral ! De ce simple fait, les anarchistes ne s’attaquent pas à ce qui symbolise la déculottée que vous avez pris il y’ a plus de 70 ans. »

Ceci est un peu vite dit.

Les histoires de luttes, de résistances et de tentatives révolutionnaires nous montrent que les mouvements anarchistes ou communistes (par « communiste » j’entendrais dans ce texte communistes-libertaires ou d’ultra-gauche, sinon je préciserai « stalinien ») étaient bien souvent en conflit avec l’antifascisme unitaire qui était prôné par les partis communistes staliniens ou les organisations de la bourgeoisie.

Le mythe de l’unité antifasciste permet d’oublier l’écrasement, par des antifascistes, des perspectives révolutionnaires et l’éradication de militant.e.s communistes ou anarchistes qui combattaient eux aussi le fascisme, mais au delà le capitalisme et l’État.

Que l’on aille voir du côté d’Antoine Gimenez pour la tentative révolutionnaire en Espagne, de Belgrado Pedrini en Italie, condamné après-guerre pour des actes commis avant la période de la résistance officielle au fascisme.

  L’antifascisme, comme stratégie politique, n’est pas du côté des anarchistes, ni même des révolutionnaires.

De plus, l’accusation de « fascisme » a souvent été portée contre celles et ceux qui ne se soumettaient pas au stalinisme ou à la pacification capitaliste. Pour Gilles Dauvé « l’unique voie du succès [d’une révolution communiste] sera la multiplication et l’extension coordonnée d’initiatives communistes concrètes, dénoncées naturellement comme anti-démocratiques, voire … « fascistes » » [Gilles Dauvé dans « Quand meurent les insurrections » http://lamaterielle.chez-alice.fr/quandmeurent.pdf]

La question du devoir de mémoire, de « l’émotion patrimoniale », du « culte de la charogne » est aussi régulièrement critiquée, comme le disait un libertaire proche d’André Dréan «  Les lieux de culte de la Résistance me débectent car ils cachent nos charniers.  » [Voir plus bas Les mythes de la résistance dans les Cévennes et ailleurs.] Bien souvent, la mémoire est l’histoire officielle, qui même si elle évolue avec le temps, à du mal à se souvenir des groupes « immigrés », des bataillons des colonies, des maquis espagnols anarchistes. Ce devoir de mémoire patriotique, voire nationaliste sert soi-disant à ce que ne se reproduisent pas les mêmes évènements. Pourtant la France est en guerre, des génocides ont été perpétré avec parfois la complicité de l’armée française, les frontières sont bien gardées et tuent, le capitalisme fait des ravages.

Ceci pour dire qu’il faut se méfier des mythes que l’on peut véhiculer, parce que l’on est énervé.e.s, parce que l’émotion est trop forte, mais aussi qu’il faut se méfier de l’accusation de « fascistes » à tout va parce que l’on ne partage pas telle ou telle action. Dans ce cas une action qui s’en prend à un symbole, mais un symbole bien ambivalent, qui a permis d’enterrer les tentatives révolutionnaires par la déclaration officielle de la fin de la résistance, et de commémorer ses mort.e.s officiel.le.s.

À la résistance qui ne s’enterre pas, pour un monde sans frontière et sans France, et à nos vies !

Julien-Paul.

Quelques extraits et leurs sources

« Pour battre Franco, il fallait d’abord battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait d’abord écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire de fond en comble l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier surgi des comité de base des travailleurs (…) L’unité antifasciste n’a été que la soumission à la bourgeoisie. »

Manifeste d’Union Communiste, Barcelone, juin 1937

cité par Gilles Dauvé dans « Quand meurent les insurrections » , http://lamaterielle.chez-alice.fr/quandmeurent.pdf

Les mythes de la résistance dans les cévennes et ailleurs.

« De plus, au gré des rencontres avec les retraités staliniens des FTP, nous en apprenions de belles sur l’histoire réelle de la Résistance dans les Cévennes et dans les zones avoisinantes. Bon nombre d’entre eux justifiaient toujours la liquidation des oppositionnels au nom de l’union nationale, à l’extérieur comme à l’intérieur des FTP, des trotskistes aux anarchistes, ceux-ci étant en règle générale des réfugiés de la guerre d’Espagne. L’une de ces immondes opérations eût d’ailleurs lieu à 50 kilomètres à peine au sud de Sainte-Croix, si mes souvenirs sont bons, contre des Espagnols libertaires et quelques Allemand proches du communisme des conseils. Nous étions maoïstes, très jeunes et très cons, mais déjà assez révoltés pour que de telles attitudes sordides nous révulsent. Au fil des mois, l’épopée héroïque des prétendues guérillas ressemblait décidément à ce que nous connaissions trop bien  : le militarisme d’Etat. Dégoûtés, nous décidâmes d’arrêter là l’aventure. D’ailleurs, la chefferie locale du PCF, ayant appris que des maoïstes braconnaient sur ses terres, commençait à nous rendre la vie impossible, verrouillant le terrain via les associations d’anciens combattants à sa botte et n’hésitant à nous balancer à la gendarmerie dans la pure tradition de la Résistance.

[…]

L’organisation de la Résistance fut le prélude à la reconstitution de l’État nation hexagonal. Rien de moins autonome, vu sous cet angle, que les FTP, y compris dans les Cévennes, à moins d’avaler l’histoire officielle du maquis, telle qu’elle est racontée par les associations d’anciens combattants. La Résistance, pour moi comme pour les compagnons de la génération précédente qui eurent affaire à elle, c’est essentiellement l’histoire de la liquidation, parfois par les armes, de la moindre tentative d’autonomie, y compris dans les maquis créés en dehors d’elle. Comme le disait l’un de mes proches, libertaire aujourd’hui décédé  : «  Les lieux de culte de la Résistance me débectent car ils cachent nos charniers.  » N’oublions jamais que le Parti des fusillés fut celui des fusilleurs. »

André Dréan

https://www.non-fides.fr/IMG/pdf/mythes_de_la_resistance_final.pdf

« Clore définitivement la partie contre le fascisme, mais à notre façon »

Le 25 avril 1945, à la chute définitive du régime, une extrême allégresse s’est déchaînée dans toutes les formations de partisans parmi ceux qui avaient d’abord mal supporté le fascisme, et qui avaient ensuite risqué leur vie pendant des années sur les montagnes : l’euphorie de ceux qui avaient eu raison de l’ennemi.

« Certes, la révolte armée avait créé une situation résolument différente, pour autant à nous anarchistes, la nouvelle période ne nous apparaissait pas comme le paradis sur terre. On peut dire qu’on était passé d’une situation monopartidaire dictatoriale à une autre, plus libérale, qui admettait plusieurs partis au gouvernement. On était passé d’une forme de capitalisme autarcique à une forme de capitalisme international. L’idéologie propagée par le nouveau régime, entre autres par les partis, était décidément cléricale —au sens le plus moyenâgeux du terme.

Le lecteur peut imaginer quel genre de réflexions ont pu faire mes proches et mes compagnons sur cette situation. Je n’exagère pas en disant que les catholiques, à Carrare et dans sa province, ont toujours été une minorité ethnique en voie d’extinction, et qu’on n’a jamais aimé ni pu supporter les prêtres. Cette nouvelle réalité démocratico-cléricale, outre la présence des Américains à la maison, détonnait, ne nous enchantait pas, ne nous plaisait guère.

Nous, anarchistes, avons de toute façon commencé à nous organiser dès le 26 avril : nous avons formé des groupes et réorganisé la Fédération Anarchiste Italienne. Nous sommes passés de la clandestinité à une forme de propagande et de lutte typiques d’un régime à libertés formelles garanties. A partir du 26 avril, avec d’autres compagnons, nous avons décidé de clore définitivement la partie contre le fascisme, mais à notre façon. En fait, après avoir chassé les Allemands, je n’avais nullement l’intention d’oublier tout le reste. Que la révolution se fasse ou non, je ferai la mienne. Je ferai payer aux tyrans, aux affameurs, aux propriétaires, toute la faim, la misère et la désespérance du fascisme. Je voulais les persécuter comme eux nous avaient persécutés. Ma vengeance aurait été mon pardon. Mais les nouveaux patrons n’étaient pas de cet avis : Pietro Nenni par exemple [10], commissaire aux épurations, ne s’en est pas pris aux gros poissons, aux requins. Il a préféré frapper les jeunes, les sympathisants de village, quelques pauvres crétins qui comptaient pour du beurre. Grâce à cette manœuvre, l’Etat italien se retrouva avec une magistrature et une police à nouveau pleines de cadres fascistes. Le procureur de Gênes savait par exemple très bien que nous, les victimes du fascisme, n’aurions pas pardonné si facilement et si catholiquement aux fascistes et à leurs souteneurs. J’imagine que ce même procureur, rien qu’en lisant mon dossier, avait compris à quel individu il avait à faire. C’est pour cela que j’ai ensuite passé 32 années en prison. Mon crime : avoir lutté contre le fascisme et l’avoir « vaincu ».

J’ai été arrêté par les policiers de la République bourgeoise née de la Résistance au cours d’un guet-apens, en mai 1945 à La Spezia, où j’étais en train de débusquer des fascistes que personne n’avait envie de dénicher. J’étais seul dans l’embuscade qui me fut tendue, mais des compagnons comme Giovanni Zava, qui avaient fait la résistance à Serravezza et dans la région de Pistoia, furent faits prisonniers presque en même temps pour les mêmes raisons. On nous accusait d’avoir participé à la fusillade de 1942, au cours de laquelle un policier avait été tué. »

Belgrado Pedrini.

« Nous fûmes les rebelles, nous fûmes les brigands… » de Belgrado Pedrini, éd. Mutines Séditions Repris de L’Anarchisme contre l’antifascisme, Non Fides, https://infokiosques.net/lire.php?id_article=722

Le culte de la charogne

« Le culte des morts est une des plus grossières aberrations des vivants. C’est un reste des religions prometteuses de paradis. Il faut préparer aux morts la visite de l’au-delà, leur mettre des armes pour qu’il puissent prendre part aux chasses du Velléda, quelques nourriture pour leur voyage, leur donner le suprême viatique, enfin les préparer à se présenter devant Dieu.

Les religions s’en vont, mais leurs formulent ridicules demeurent. Les morts prennent la place des vivants.

Des nuées d’ouvriers, d’ouvrières emploient leurs aptitudes, leur énergie à entretenir le culte des morts. Des hommes creusent le sol, taillent la pierre et le marbre, forgent des grilles, préparent à eux tous une maison, afin d’y enfouir respectueusement la charogne syphilitique qui vient de mourir.

Des femmes tissent le linceul, font des fleurs artificielles, préparent les couronnes, façonnent les bouquets pour orner la maison où se reposera l’amas en décomposition du tuberculeux qui vient de finir. Au lieu de se hâter de faire disparaître ces foyers de corruption, d’employer toute la vélocité et toute l’hygiène possible à détruire ces centres mauvais dont la conservation et l’entretient ne peuvent que porter la mort autour de soi, on truque pour les conserver le plus longtemps qu’il se peut, on balade ces tas de chair en wagons spéciaux, en corbillards, par les routes et par les rues. Sur leur passage, les hommes se découvrent, ils respectent la mort.

Pour entretenir le culte des morts, la somme d’efforts, la somme de matière que dépense l’humanité est inconcevable. Si l’on employait toutes ces forces à recevoir les enfants, on en préserverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers.

Si cet imbécile respect des morts disparaissait pour faire place au respect des vivants, on augmenterait la vie humaine de bonheur et de santé dans des proportions inimaginables.

Les hommes acceptent l’hypocrisie des nécrophages, de ceux qui mangent les morts, de ceux qui vivent de la mort, depuis le curé donneur d’eau bénite, jusqu’au marchand d’emplacement à perpétuité ; depuis le marchand de couronnes, jusqu’au sculpteur d’anges mortuaires. Avec des boîtes ridicules que conduisent et qu’accompagnent des sortes de pantins grotesques, on procède à l’enlèvement de ces détritus humains et à leur répartition selon leur état de fortune, alors qu’il suffirait d’un bon service de roulage, de voiture hermétiquement closes et d’un four crématoire, construit selon les dernières découvertes scientifiques.

[…]

Comment pourrait-on connaître la vie alors que les morts seuls nous dirigent ?

Comment vivrait-on le présent sous la tutelle du passé ?

Si les hommes veulent vivre, qu’ils n’aient plus le respect des morts, qu’ils abandonnent le culte de la charogne. Les morts barrent aux vivants la route du progrès.

Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux ; il faut laisser la charrue dans le clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce qu’on appelle le respect des morts, de ce qui est le culte de la charogne. »

Albert Libertad, l’anarchie, 31 octobre 1907.

https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1201

Luttes locales contre l’industrie de l’énergie : plateau radio ATOMIK TOUR à Aspremont le 28 avril

Lors de l’étape haut-alpine de l’ATOMIK TOUR à Aspremont le 28 avril dernier, le studio mobile de RADIO ZINZINE a capté les riches discussions entre protagonistes de diverses luttes (plus ou moins) locales contre l’industrie de l’énergie, en ré-écoute via les liens ci-dessous :
Avec la participation de :
– Jean, engagé contre la privatisation des barrages hydrauliques,
– Philippe de l’Association pour la Promotion de Politiques responsables en matière d’énergie et engagé contres projets éoliens et solaires dans le sud de la vallée du Buech,
– Thomas et Etienne des collectifs contre la ligne THT dans la vallée de la Haute-Durance,
– Jean-Philippe de l’association Haut-Buëch Nature en lutte à La Beaume contre un projet éolien,
– Hélène de l’Association de Défense de l’Environnement du Haut-Buëch contre un projet éolien à St Julien en Beauchêne,
– Nick sur la centrale à biomasse à Gardanne,
– et enfin des amis venus de Bure (poubelle nucléaire) et de l’Amassada (méga transformateur pour 1000 éoliennes) dans le sud de l’Aveyron.

ÉLECTIONS : NE VOTE PLUS, PRÉPARE LA RÉVOLTE

– « Celui qui donne sa voix n’a plus rien à dire » –

(Un post de Nantes Révoltée)

La campagne pour les élections européennes est officiellement lancée depuis deux jours. Le 26 mai, dans un contexte de révolte sociale inédite, tout le monde sera invité à aller s’enfermer dans un isoloir et à glisser un morceau de papier dans une urne. Quelques éléments de réflexions :

- Les grands médias ont déjà choisi leurs grands favoris : en couverture des magazines, deux partis sont mis en avant. En Marche, et sa candidate issue de l’extrême droite, et le Rassemblement National, et son candidat d’extrême droite. C’est un duo, mis en scène par le pouvoir. Vous l’avez compris, plutôt que d’écouter les revendications sociales qui s’expriment depuis des mois, les médias du pouvoir tentent de rejouer la finale de 2017. Mais depuis 2 ans, le gouvernement Macron, élu uniquement pour faire « barrage » à Le Pen, a appliqué méthodiquement les idées de l’extrême droite : manifestants mutilés, journalistes arrêtés, casse sociale sans précédent, lois racistes, propos insultants …

- En réalité, l’extrême droite et le Régime en place se nourrissent l’un l’autre : Le Pen a permis à Macron d’accéder au pouvoir, et l’extrême droite tente aujourd’hui de capitaliser sur le rejet de Macron. Mais les deux partis n’ont pas de différences fondamentales : ils sont tous deux au service des plus riches. Le Pen est une héritière millionnaire, qui tient des propos xénophobes pour opposer les français aux étrangers, en évitant de s’attaquer aux riches, les vrais responsables des souffrances. On entend parfois dire qu’il faudrait faire « barrage » à Macron de la même manière qu’il y a deux ans, il fallait faire « barrage » à l’extrême droite. Il s’agit dans les deux cas de chantage électoral : refusons tous les chantages.

- La dernière fois qu’un vote concernant l’Europe a été décisif, c’était un référendum. Celui de 2005 : pour ou contre la Constitution Européenne, et ses orientations ultra-libérales. A l’époque, les éditorialistes avaient mené une intense campagne en faveur du « oui », alors que les partisans du « non » étaient traités de populistes, de factieux, d’irresponsables … Ça ne vous rappelle rien ? A l’époque, la participation avait été massive, et le « non » l’avait emporté largement. Quelques mois plus tard, Sarkozy et ses amis avaient piétiné le suffrage, en imposant, contre le choix des urnes, le Traité de Lisbonne. Une démocratie à géométrie variable. Une nouvelle preuve que le vote ne change rien sans un rapport de force.

- Aucun des grands partis ne prend au sérieux la question des violences d’Etat. Alors que les exactions commises par la police se sont généralisées, et que nous vivons la plus grande vague de répression depuis la Guerre d’Algérie, c’est l’omerta dans la classe politique. Pour cause : l’extrême droite a toujours soutenu les forces de l’ordre, et réclame même une répression plus violente encore. Le parti de Macron est sur la même ligne. A gauche, c’est un silence gêné. Des dizaines de personnes ont été défigurées dans les manifestations, des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées, la population des quartiers populaires subit depuis des décennies ces mêmes violences, la police est un corps au dessus les lois. Une situation alarmante : la classe politique dans sa globalité en est responsable.

- Aucune grande avancée sociale n’a été obtenue par le vote. Toutes les conquêtes sociales ont été arrachées de haute lutte, par des grèves, des blocages, des mobilisations, de 1936 à 1968, de la sécurité sociale aux augmentations de salaires. Alors il n’y a rien à attendre d’élections européennes jouées d’avance. Voter ou pas ne change rien, reprenons nos vies en main.

- « Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre » entend-t-on souvent. C’est exactement l’inverse : aller voter signifie accepter les règles du jeu. Accepter le ou les futurs gagnants. S’abstenir au contraire, c’est refuser de désigner ses maîtres. Il est donc plus logique de contester les règles d’un jeu auquel on n’a pas participé. Même si la lutte et le vote ne sont pas nécessairement incompatibles.

- Quoiqu’il en soit, l’abstention sera massive. Moins d’un français sur deux inscrit sur les listes électorales ira voter. La grande majorité de la jeunesse boycottera les urnes. Le résultat sera donc illégitime, comme l’a été la victoire de Macron. Un tel niveau d’abstention sera le signe d’un désaveu général pour les politiciens, alors qu’on ne s’est pourtant jamais autant intéressée aux questions sociales et politiques.

Mais la politique ne se joue pas dans un isoloir. Elle s’écrit dans les rues, sur les ronds points, dans les assemblées. Le parti utile, c’est la lutte !

Appel à soutien procès gilet jaune à Toulouse le 17 mai : déjà 3 mois de détention provisoire pour un dossier vide !

Depuis plus de six mois, les manifestations des gilets jaunes commencent bien avant l’heure de rendez-vous : contrôles d’identité, arrestations préventives, communication anxiogène et arrêtés municipaux préparent leurs terrains répressifs.

C’est d’ailleurs le cas le 2 février, le jour de l’acte XII, R. se fait contrôler près du lieu de manifestation à Toulouse : peu importe l’intention d’y aller ou non, l’arrêté préfectoral autorise contrôles et fouilles dans le périmètre. R. finit en garde à vue puis en prison pour “association de malfaiteurs”. Il est depuis maintenu en détention provisoire depuis bientôt quatre mois.

Ici la justice ne s’embarrasse pas de faits ou d’associé·e·s : les éléments à charge sont quelques clés en sa possession : allen, ptt et torx ainsi qu’une appartenance supposée à la mouvance anarchiste et/ou “ultragauche”. On comprend alors que c’est grossièrement l’ensemble des évènements des derniers mois qu’ils essaient de lui imputer : flics, procs et juges ont ici un bouc-émissaire idéal.

Lire la suite sur https://malfaiteursassocionsnous.noblogs.org/

Une analyse de la démocratie directe suisse

A l’heure où une partie des revendications des gilets jaunes porte sur la démocratie directe, avec notamment la proposition d’instaurer le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), il est intéressant de voir quels effets elle peut avoir chez nos voisins — notamment en matière de pacification des luttes sociales.
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28 AVRIL – L’ATOMIK TOUR DANS LES HAUTES-ALPES

L’ATOMIK TOUR dans les Hautes-Alpes (05) le dimanche 28 avril
Rencontre des luttes autour de l’industrie de l’énergie : renouvelable ou nucléaire, ni ici ni à Bure !

A l’occasion du tour de France antinucléaire parti de Bure dans la Meuse (projet CIGEO : stockage souterrain des déchets ultimes à vie longue de la filière nucléaire), la caravane-infokiosque de l’Atomik Tour fait étape dans les Hautes-Alpes, à Aspremont (lieu-dit les Clavels) le dimanche 28 avril ! Avec l’objectif premier de sortir du cadre imposé par la mascarade de débat public officiel, en venant discuter directement avec les gens partout en région, non pas seulement de la gestion des déchets mais de l’ensemble de la filière nucléaire, bien évidemment remise en question !

Et c’est aussi l’occasion, dans nos vallées alpines (apparemment) éloignées des menaces de radiations, de tisser du lien de résistance entre les multiples luttes environnementales d’ici, qui…tiens tiens… tournent beaucoup autour de l’industrie de l’énergie ! Mais plutôt sur sa facette « renouvelable », laquelle cause aussi tout un tas de déboires à nos territoires : lignes THT en Haute-Durance, parcs éoliens dans le Buëch, photovoltaïque partout, centrale biomasse de Gardanne (13)…les projets délirants ne manquent pas par ici non plus !

Discutons-en et renforçons les liens entre les luttes anti-nucléaires et environnementales, pour en finir avec l’atome et son monde !

AU PROGRAMME des rencontres (flyer et affiches ci-dessous) :

– ouverture des portes à 10h et café-croissants-papote

– de 11h à 13h :

  • Table ronde / Plateau radio des luttes locales contre le système énergétique industriel : NO-THT en Haute-Durance, éoliennes du Buëch, photovoltaïque partout, centrale biomasse de Gardanne, privatisation des barrages hydroélectriques… Sonorisé par le studio mobile de Radio Zinzine
  • Projection du documentaire automedia « Pas res nos arresta » (collectif Amassada, 64min) sur la lutte contre le méga transformateur électrique de Saint Victor (Aveyron), ses 1000 éoliennes industrielles et le monde qui les accompagne. Suivie d’une rencontre et d’échanges avec plusieurs membres du Collectif Amassada

– Cantine végétarienne en soutien au CESAI, centre social autogéré de Gap

– de 15h à 17h :

  • Présentation et discussions autour de la lutte contre le projet CIGEO de stockage des déchets nucléaires à Bure dans la Meuse (historique, actualités de la lutte, répression, perspectives, comités locaux…) avec des membres de l’Atomik Tour.
  • Projection du documentaire « Le dossier Plogoff » (François Jacquemin, 50min) sur la lutte victorieuse des habitant-e-s d’un petit village breton contre un projet de centrale nucléaire à la fin des années 70. De quoi se donner une bonne dose d’optimisme !

– de 17h30 à 19h :

  • Discussions sur les perspectives de coordination des luttes environnementales locales et de soutien à la lutte antinucléaire. Le renouvelable et son nucléaire, même combat !
  • Projection du documentaire « Un héritage empoisonné » (Isabelle Masson Loodts, 57min) mettant en parallèle la gestion des déchets d’armement de la 1ère guerre mondiale avec le projet actuel de stockage des déchets nucléaires dans la Meuse. Suivie d’une discussion- débat avec la réalisatrice.

– 19h30 : spectacle de clown « Roméo dans la baignoire » de la Cie C’est pas grave (35min), un spectacle déjanté où se mêlent le rire et la tragédie. Un Shakespeare pour celles et ceux que le grand théâtre rejette, raconté par deux clowns armées d’une poubelle.
http://www.cie-cestpasgrave.com/index.php?page=romeo-dans-la-baignoire

Pizzas au feu de bois !

– 21h30 : concert du groupe champsaurin Thunderwize « O rage sage », duo blues rock psyché, musiques du monde, plutôt instrumental, aux sonorités acoustiques matinées d’effets. Planant, tellurique et dansant !
https://www.youtube.com/channel/UCRApqVMlCUT89AW2De-OJjg/featured

– Et plus si affinités…

En fil rouge tout au long de la journée :
– Infokiosques militants antinucléaires mais pas que !
– Coin enfants bien garni en jeux divers et variés
– Buvette
– Projections de courts métrages

Entrée à prix libre, en soutien à la caisse de solidarité des Hautes-Alpes

Comment venir ?
Lieu dit les Clavels à Aspremont
Depuis le village d’Aspremont, prendre la route D 993b direction St Pierre d’Argençon puis 300m à gauche direction Thuoux sur la D 329. Roulez (ou pédalez) environ 500m et ce sera indiqué !

Infos : atomiktour05@riseup.net – 06 77 24 36 43

On imagine ces rencontres comme un moment autogéré et participatif alors on cherche bien évidemment des bénévoles ! Si tu veux nous donner un coup de main le jour même ou la semaine avant pour la préparation, contacte le 06 82 31 59 93

Et voilà déjà quelques dates de mobilisations à venir en soutien à la lutte à Bure :

– Cap sur Nancy les 1 et 2 juin : grand bal des malfaiteurs le samedi 1er au soir puis manifestation le dimanche 2 juin. Plus d’infos sur : ventdebure.com
– Festival les Bure-lesques les 9-10-11 août : Festival de résistance contre le projet de grosse poubelle atomique. Plus d’infos à venir sur : https://burefestival.org

 

Pour télécharger le flyer : flyer_AT_28avril_vf

Pour télécharger l’affiche : affiche AT 28avril

Sous les glaciers la rage #4 – Avril 2019

Au programme du 4ème opus de l’émission d’infos, luttes et alternatives des Hautes-Alpes SOUS LES GLACIERS LA RAGE sur Radio ZINZINE (diffusé en direct le 3ème jeudi du mois à 12h30 et rediffusé le samedi suivant à 19h et minuit) :

– des infos locales printanières autour de sujets toujours aussi chauds : désenclavement, réseaux internet, un conseil municipal chahuté, actus militantes

– une crétine des Alpes au top de sa forme

– un agenda toujours aussi foisonnant

– un disque du mois avec des musicien.es un peu énervé.es

– et pour finir le dernier épisode de la trilogie « L’intime face au corps médical »

Bonne écoute ! La bise

PS : pour envoyer des remarques, critiques, louanges…et bien évidemment toute proposition de sujet pour les prochaines émissions : souslesglacierslarage@riseup.net

 

De répressions en répressions, quand l’État joue avec les solidaires et la vie des exilés…

Le début de l’année 2019 a vu la lutte contre l’immigration franchir un cap d’hostilité et l’étau enserrant les demandeurs d’asile entre le déni de droits et la clandestinité ne laisse à ceux-ci que de maigres perspectives d’entrevoir un avenir plus clément. Alliant tour à tour répression policière et verrouillage législatif, le gouvernement persiste dans une politique irresponsable où la vie d’hommes et de femmes n’a que peu de valeur à ses yeux. Les services de l’État se défaussent toujours plus éhontément de leurs prérogatives en faisant reposer le poids de leurs propres carences sur le dos des solidaires, sans qui la situation serait clairement catastrophique et plus difficilement acceptable. Pourtant, dans ce qui peut relever à première vue d’une attitude schizophrénique déconcertante où le travail des bénévoles permet de perpétrer cette politique supplétive tout en étant pour le moins dénigré – quand ce n’est criminalisé, nous voyons là une volonté de faire taire toute contestation par l’épuisement ou la répression.

Lire la suite sur https://cevennessansfrontieres.noblogs.org

Chasse, pêche, nature et réintroduction

Une critique de la gestion de la faune

[ Extrait de Nunatak, revue d’histoires, cultures et luttes des montagnes, n°4, hiver-printemps 2019.]

[Retranscription reprise de https://www.non-fides.fr/]

« Car oui ! Camarades ! C’est bien grâce à une alliance entre les espèces que nous mettrons une race au capitalisme ! » Bakounine Michou

« Évitez les sujets polémiques, bande d’abrutis ! Ne parlez pas du loup, ne parlez pas de l’ours » conseillait avec bienveillance un formateur à ses poulains lors d’une séance dédiée à la faune. « Imaginez qu’un chasseur se cache dans le groupe auquel vous vous adresserez ! » Dans le petit monde libéral de l’éducation à l’environnement, le client est roi, et aucune remarque ou affirmation ne doit passer au travers des mailles de la neutralité. Cette petite anecdote plutôt à côté de la plaque n’était qu’un prétexte pour introduire la question – elle aussi hors sujet – de la chasse.

Hors sujet car l’intention première de ce texte est de vous parler de la réintroduction animale, pratiquée entre autres par les fédérations de chasse et supervisée par l’ONCFS [1]. Point n’est besoin, donc, de se perdre en considérations sur les pratiques cynégétiques comme c’est le cas dans les premiers paragraphes qui suivent. Quelle mesquinerie ! Mieux vaudrait aller au but sans trop de circonvolutions plutôt que de se livrer à un trop bref exercice de critique de ce loisir mêlant sport et passion, que certains interpréteront comme partisan en plus d’être gratuit, et ce bien qu’il soit exécuté avec le détachement de rigueur…

Car comme le soulignait le formateur, il ne faut pas heurter les chasseurs, ces âmes sensibles que tout le monde semble vouloir se mettre dans la poche. Mais voilà le hic : il se pourrait bien qu’à l’image de nombre de ses congénères, l’auteur de ces lignes étouffe sous le poids de cette pratique exclusive et qu’il ait la conviction de ne pas être un cas isolé. Alors tant pis pour le consensus militant qui voudrait que tout ce qui est populaire soit sacré et à brosser dans le sens du poil. Après tout, nous ne sommes pas à la chasse aux votes… Les internationalistes lecteurs du Chasseur Français éviteront un possible choc cardiaque en sautant les deux premiers paragraphes… Toutefois, ils relativiseront en se disant que deux paragraphes ne sont pas grand chose face à une industrie ayant un gouvernement et pléthore de revues à sa disposition. Quant aux autres, soyez indulgents et allez jusqu’à la fin si la curiosité vous pousse au-delà de ces quelques involontaires divagations.

Avec plus d’un million de chasseurs [2], la France fait donc figure de très bonne élève dans le domaine de la tuerie de délassement. S’il ne s’agit pas spécialement de s’en prendre à ce rituel consistant à tromper l’ennui en dégommant des animaux, force est de constater que nos intrépides trappeurs occupent le territoire aussi bien pendant la saison de chasse que pendant les quelques mois où les armes sont censées rester à la maison. Non parce qu’ils braveraient en masse la période d’interdiction, mais parce que le discours d’ un million d’adeptes de ce loisir 100% tradition résonne autrement plus fort que – par exemple – celui de millions de travailleurs précarisés. Les courbettes du chef actuel de l’État français envers la chasse, qui semblent décidément une marque de fabrique chez les présidents jeunes et dynamiques [3], ont marqué l’actualité de l’ hiver dernier et de ce que l’on appelle la rentrée politique. Outre cet anachronisme imbécile qu’est la tradition française ou ce fétichisme crétin pour les armes à feu, la chasse prétend être à la croisée d’autres valeurs. Les chasseurs seraient ainsi les premiers écologistes. Dans le sens où leur action – de masse pour une fois – participerait au rééquilibrage d’une chaîne alimentaire depuis longtemps atrophiée par l’acharnement des hommes. En tentant d’endiguer le pullulement d’animaux qu’ils ont pourtant largement contribué à répandre, les chasseurs seraient le dernier rempart qui préserverait certains villages d’ une attaque en règle par des hordes de cochons sauvages. Si rien n’est fait, ceux-ci ne se contenteront plus de piétiner nos potagers mais transformeront les villages en champs de ruine et dévoreront les enfants à la sortie des écoles. Si, d’une certaine manière, ce discours ne comporte pas uniquement du faux, il est toutefois porteur de ce cynisme que tout gestionnaire du désastre doit faire sien : il n’est pas moins faux d’affirmer que, pour pouvoir continuer à fonctionner, le système économique a besoin aussi bien d’ énergie polluante que d’une réserve d’ esclaves.

Faut-il pour autant accepter la gestion de la faune telle que nous la propose l’industrie de la chasse, comme il nous faudrait accepter la fuite en avant nucléaire sous prétexte que les centrales existent déjà ? Pour qui loue la grandeur de l’esprit de l’homme, son implacable supériorité dans le domaine du vivant, le génie d’une espèce qui a été capable d’institutionnaliser, légiférer et militariser la loi de la jungle, alors la réponse est certainement positive. Au rebours de cette posture consistant à gérer la catastrophe, une autre se plaît à présenter la chasse comme une pratique qui replace les humains dans une chaîne alimentaire et une relation à l’animal forcément saine, puisque naturelle. On se cassera donc les dents pour y déceler autre chose qu’une énième conjugaison du mot nature, son simple emploi ayant force d’autorité. On ne sait pas à quelle mythification de l’histoire des sociétés humaines, ni à quelle naturalité de la chaîne alimentaire cette esquisse de la chasse renvoie, mais quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas au territoire européen où les forêts primaires ont disparu, où les grands prédateurs mangent bien plus de bastos que de moutons, où rongeurs et mustélidés ont été des siècles durant transformés en manteaux ou en paires de gants que l’on cherchera quelque chose pouvant s’apparenter à une chaîne alimentaire complète et assurant son cycle. Bref, d’une part, il est difficile de comprendre en quoi telle pratique serait plus naturelle que telle autre dans un monde peuplé de plus de 7,5 milliards de consommateurs ou aspirants à le devenir. D’autre part, l’ambiguïté du terme de nature appliqué à un fonctionnement sociétal lui donne une plasticité telle qu’on l’entend sortir aussi bien de la bouche d’un hippie exalté que de celle d’un apôtre du darwinisme social ; de celle d’un chasseur né avec un fusil en bandoulière aussi bien que de celle d’un nazillon embrassant la loi du plus fort.

La nature peut s’interpréter aussi bien comme la source d’inégalités qu’elle est souvent que comme le formidable réservoir de solidarités interspécifiques qu’elle est parfois. Tout peut s’argumenter en son nom : l’homophobe y puise de quoi justifier sa haine ; le libertaire terrassé par une crise de poésie voit dans son harmonie apparente un beau jour de printemps le modèle d’une société libérée. Aussi nous abstiendrons-nous de l’emploi de ce mot, dès lors que l’on cherche à lui faire revêtir une idée plutôt que la simple description d’un milieu un minimum à l’écart de la civilisation.

Mais revenons-en à nos mouflons. Les espèces sont classées entre nuisibles ou utiles, non en fonction du rôle qu’elles pourraient avoir dans les rares zones où un semblant d’équilibre écologique aurait pu se maintenir, mais en fonction de la concurrence que celles-ci font au fanatisme hégémonique de la nôtre. Un loup bouffe un agneau : il faut buter tous les loups. Un requin mal inspiré se claque la cuisse d’un surfeur blond avant de la recracher : il faut tuer tous les squales (au lieu de tuer tous les surfeurs blonds). Une vipère mord la cheville du distrait randonneur qui la piétinait : il faut fumer tous les serpents. La fouine ou l’hermine s’adonne à des incursions nocturnes dans les poulaillers : il faut exterminer les mustélidés. C’est uniquement en fonction des contraintes qu’elles apportent à nos modes de vie que les espèces sont autorisées à vivre ou condamnées à la persécution. Mais même – et c’est vous dire ! – dans les projets de certains gestionnaires du présent, cette logique a fait long feu. Car s’il était normal de penser sans se l’avouer « après nous le déluge » il y a à peine une génération, nombreux sont les indices permettant d’entrevoir à court terme le déclenchement incontrôlable de réactions en chaînes consécutives au dérèglement généralisé du vivant. On se fout des générations futures : c’est une chose évidente et presque admise par chacun, depuis le dirigeant jusqu’au consommateur. Mais on ne se fout pas de la nôtre : à quoi bon trimer quarante et quelques années au turbin si, le jour de la retraite, tout s’effondre ?

Arrivé à ce point du texte, le risque est grand de basculer dans le concours de descriptions du cataclysme qui inonde toute revue plus ou moins de gauche. Nous tenterons donc péniblement de faire l’économie des sempiternelles jérémiades et autres surenchères quant à l’étendue du problème écologique. Ouvrez n’ importe quelle revue citoyenne si vous voulez continuer de déprimer à coup de chiffres sur le réchauffement climatique, la surpopulation ou la biomagnification du plastique. En attendant, les faits sont là : le taux d’extinction des espèces est aujourd’hui de plusieurs centaines à plusieurs milliers de fois plus rapide qu’il ne le serait sans la présence de l’ homme. La proportion précise est affaire de spécialiste. Nous ne nous en mêlerons d’ autant moins que même réduite à son minimum, elle est indubitablement la conséquence des agissements du meilleur des mondes et de ses habitants. Destruction de l’habitat, réchauffement, urbanisation galopante, perturbation de la chaîne alimentaire, pollution massive ou disparition pure et simple des sols et des cours d’eau, dérangement lors de périodes de reproduction… rien n’est épargné à nos camarades animaux. La plupart des victimes de cette extinction massive – du jamais vu depuis 66 millions d’années –, n’ ont pas une taille, une appartenance ou une anatomie suffisamment proches des nôtres pour mériter davantage qu’une mention furtive et vite oubliée : on est généralement plus attristé par l’extinction d’un mammifère que par celle d’ un insecte ou d’une graminée. La disparition massive de la microfaune a pourtant des conséquences immédiates et désastreuses, facilement observables pour le grimpeur qui entreprend la périlleuse ascension de la chaîne alimentaire : pour ne citer qu’un exemple largement connu et commenté, les passereaux, privés d’insectes en quantité suffisante, s’éteignent les uns après les autres [4]. La chaîne alimentaire ressemble à une échelle dont on scie aléatoirement chaque année un nouveau barreau : elle n’ est plus une ligne continue mais une suite de segments de plus en plus courts et donc éloignés les uns des autres.

Comme il est de règle en ces temps d’ abrutissement consumériste, l’usage consiste à proposer des palliatifs. Le capitalisme vert et le tourisme équitable répondent à une angoisse massive par l’ ouverture d’espaces où, moyennant souvent monnaie, le vacancier responsable mais néanmoins inquiet pourra mimer l’ insouciance. Quelques kilomètres carrés sans trop de coupes rases et d’acharnement direct contre la vie animale devraient, à défaut de faire oublier que c’ est la merde ailleurs, conforter dans la croyance en une manière juste de gérer l’ équilibre entre destruction et préservation de l’environnement… C’est dans ce cadre que la réintroduction animale entre en scène. C’est-à-dire dans un cadre intégrable et intégré au marché, où la valorisation de la faune et de la flore n’a guère d’autre finalité que celle d’attirer le citoyen paré de son complet naturaliste Quechua. Comme n’importe quelle saloperie engendrée par le capitalisme, la disparition des espèces ne peut être considérée séparément du reste. Elle ne peut pas être endiguée sans une remise en cause radicale d’un monde qui se doit de tout écraser sur son passage. Incorrigibles mécontents, nous ne chercherons donc pas ici à saluer la réintroduction animale telle qu’elle est pratiquée, dans les territoires de montagne entre autres, par les parcs nationaux ou les fédérations de chasse. Cela ne changera rien à ce que l’ on peut penser de telle ou telle politique de réintroduction particulière, et n’empêchera pas les sceptiques que nous sommes face à ces opérations d’être fascinés par l’ impeccable vol plané d’un vautour fauve ou de sourire devant la démarche pataude d’ un castor sur une berge, deux espèces dont les retours mêlant protection juridique et réintroduction ont été couronnés de succès. Mais la séduisante carte postale cache une politique de gestion qui n’ a d’autre horizon que de panser tardivement une hémorragie, et dont les moyens restent soumis à l’impératif du retour sur investissement. C’est sur ces deux points que nous allons nous étendre pour mettre au clair quelques idées sur les ressorts et la finalité de la réintroduction.

« Et puis, le charme du produit touristique « Parc National des Cévennes » n’ est-il pas, entre autres, de proposer des animaux sauvages qu’on puisse voir, même quand on n’est pas un trappeur [5] ? » La réintroduction, tout d’abord, est une opération souvent de la dernière chance consistant à effectuer des lâchés d’espèces menacées sur des territoires où elles ont disparu ou presque disparu. On ne la confondra pas avec l’introduction qui consiste en la même opération, mais sur des territoires où ces espèces n’ont jamais été présentes. On comprend tout de suite mieux pourquoi l’introduction est une pratique dangereuse : des relations complexes régissent les relations entre les espèces, ainsi qu’entre les espèces et le milieu. La totalité des aspects de la vie d’une espèce doit être imbriquée dans l’écosystème qui l’accueille, depuis son inclusion dans la chaîne alimentaire jusqu’à la biodégradation de ses déjections et de sa dépouille. Introduire une espèce là où elle n’a jamais évolué bouleverse ce cycle et peut donner lieu aussi bien aux fameux et tant décriés pullulements [6] qu’à des déséquilibres dans les cycles de la biomasse [7].

L’introduction est de toute manière une opération soit involontaire (les innombrables cas d’insectes qui s’invitent sans titre dans le transport international et se répandent partout), soit liée directement aux impératifs industriels, comme les ragondins d’Amérique du Sud ramenés en Europe pour répondre à la demande de l’immonde marché de la fourrure. Quant à la réintroduction, elle ne peut contrecarrer que l’ une des raisons de la disparition des espèces : la persécution directe et délibérée par l’homme. Cette persécution a plusieurs origines. L’une d’elles, déjà évoquée plus haut, consiste à se divertir. D’autres sont liées à des fantasmes ancestraux qui ont la peau dure dans certaines régions : le loup qui va pulluler, les serpents coupables de nous faire peur, le grand rapace qui, si on laisse faire, va bientôt s’attaquer à des nourrissons [8]. En limitant par une action de police cette persécution à l’intérieur de territoires où s’applique une juridiction spéciale accompagnant les entreprises de réintroduction, les autorités prétendent construire des îlots verts au milieu d’un océan pollué par l’action conjointe de toutes leurs autres politiques. Mais à quoi bon s’acharner à réintroduire des coqs de bruyère au sommet du Mont Lozère si, dans le reste du pays, les herbicides font disparaître en masse insectes et passereaux ? À quoi bon créer des ministères de l’ Écologie quand les autres ont pour mission de détruire l’environnement directement (ministère de la Défense, ministère de l’Agriculture) ou indirectement (à peu près tous les autres) ? À part se forger une image écoresponsable et faire passer un message en phase avec son époque, seul l’habituel exercice de contorsion bien-pensante permettra de trouver une réponse à ces questions. Mais l’acharnement direct n’est pas la seule raison de la disparition des espèces : celles-ci doivent faire face aux menaces de fond. Et c’est à nouveau dans l’action de notre propre espèce que se logent ces causes. Nous aurions peut-être parlé de menaces à long ou moyen terme en rédigeant ce texte il y a quelques années. Mais la nouvelle extinction massive est désormais un processus reconnu et entamé : le capitalisme triomphant n’ est plus un cadeau empoisonné que nous laisserons aux générations futures, mais bien une grenade dégoupillée que nous tenons entre les mains.

Destruction des milieux, bétonisation massive, dérangement, réchauffement climatique etc. sont autant de causes du recul du vivant à la surface du globe. C’ est ce que nous entendions lorsque nous soulignions plus haut qu’aucun dommage engendré par la domination capitaliste, aussi collatéral soit-il, ne peut être considéré et enrayé isolément. Un agent d’un quelconque parc national aura beau mettre une prune à un braconnier abattant une espèce protégée, il n’empêchera pas les entreprises de vendre plus d’automobiles, les groupes de photographes naturalistes de faire échouer les reproductions, les stations de ski et les infrastructures routières de morceler les populations, les hordes d’aventuriers portant des baudriers en guise de slips de débouler en masse dans les milieux fragiles. Il n’empêchera pas non plus le réchauffement de grignoter le territoire de ces animaux dont l’écologie est basée sur la présence de la neige : avec une couverture blanche se réduisant à peau de chagrin, la survie d’ espèces telles que le renard polaire, le lièvre variable, le lagopède ou encore l’ hermine est en péril. L’avenir de ces espèces consiste-t-il en un élevage dans des centres spécialisés effectuant chaque année des lâchés d’animaux semi-domestiqués ? Et pourquoi pas, tant que nous y sommes, effectuer ces lâchés à l’intérieur d’enceintes grillagées, ces zoos qui ne veulent pas dire leur nom, tels ces loups du Gévaudan vantés par les plaquettes touristiques ? Sont-elles guettées par le même avenir pathétique que ces pandas géants à qui des équipes de scientifiques projettent des films coquins afin de stimuler une reproduction en déclin ? Car c’ est bien par une grève des parties honteuses que ces animaux ont réagi à la disparition de leur biotope et à leur conservation artificielle… Aussi surréelle que puisse sembler cette situation, nous en sommes là et ce texte n’est pas le début d’un livre de science-fiction.

Enfin, un constat s’impose dès lors que l’ on observe la pratique de la réintroduction dans les parcs nationaux et autres réserves naturelles : c’est parmi les espèces spectaculaires que ces opérations grappillent généralement leurs candidats, plutôt que parmi celles dont la disparition ou raréfaction a des conséquences autrement plus graves. Citons pour exemple les grands ongulés (cerfs, mouflons, bouquetins…) qui en imposent par leur taille, ou l’ ours, spectaculaire dans un monde où la fausse sensation forte est une demande. Quant au castor, bien que moyennement imposant, il bénéficie d’ une certaine sympathie dans l’imaginaire collectif, en plus de faire faire des économies aux collectivités territoriales en assumant une partie de l’entretien des berges et en permettant de les maintenir accessibles. C’ est du moins une des raisons de sa réintroduction dans certains pays d’ Europe. La mise en valeur des espèces dans la stratégie de communication des parcs ou réserves sert bien entendu à valoriser le territoire d’un point de vue économique. Car dans le pur intérêt de ces animaux, le battage médiatique autour de leur présence est une véritable tare. N’importe quel responsable de programme de réintroduction sait pertinemment que le silence est le meilleur allié d’ un lâché de faune sauvage. Car outre les éternels chasseurs, c’est en images que d’ autres cherchent à les capturer, avec les conséquences que l’on sait sur l’ échec de la reproduction. L’aigle royal n’a certes plus grand chose à craindre de cette triste habitude paysanne qui consistait à tirer systématiquement les rapaces. Mais c’ est désormais la chasse au plus beau cliché qui le menace, et particulièrement les couples dont les nids se situent dans des territoires à peu près accessibles pour les naturalistes : ces territoires dits de moyenne montagne, dénués de grandes parois isolées.

Avec une période de nidification occupant environ les trois quarts de l’année et l’habitude établie d’abandonner le nid en cas de dérangement, le danger que font peser certains amoureux de la nature sur ces espèces est maintenant un fait reconnu. La gestion de la réintroduction à la sauce parc national est donc embourbée dans une contradiction indépassable. Les commissions responsables des programmes de réintroduction auront beau croire sincèrement dans le bien-fondé de leur action, leurs membres auront beau penser individuellement que le problème est global, la promotion faite autour de ces opérations participe à la création du problème qu’elles se proposent de freiner. Et personne n’imagine cette publicité disparaître de sitôt. Le capitalisme ayant depuis longtemps atteint l’étroite limite géographique qu’est la planète, il s’agit désormais de la presser et d’intensifier son exploitation là où cela n’a pas encore été suffisamment effectué. On ne produira certes jamais autant de valeur marchande dans les territoires montagnards et ruraux que dans les quartiers d’affaires, mais le fonctionnement sous forme de crise permanente de l’économie mondiale passe par l’augmentation et la multiplication des cadences partout où cela est possible. La mise en valeur du territoire, ce n’est pas une tentative de revenir à des pratiques supposées authentiques afin de juguler les ravages qu’y a causé la marchandise. C’est au contraire extraire de la valeur de régions où l’industrie et le service se sont peu implantés et où, comme partout, la loi de la rentabilité doit plus que jamais s’appliquer. La course à la croissance passe également par là. C’est donc aussi à travers la promotion de parcs nationaux riches en biodiversité que l’on attire et que l’on fait tourner l’économie locale. Mais foin de démonstrations prétendant faire croire au lecteur que nous comprenons quelque chose à l’économie !

De nature compréhensive, nous ne profiterons pas de cette amorce de conclusion pour vous enquiquiner par un pseudo-maniement de science marxisante. En insistant sur la richesse faunistique de ses territoires, l’État, par l’intermédiaire de ses parcs et autres zones classées, stimule le tourisme et se veut une courroie de transmission vers les acteurs économiques locaux : hébergements, restauration, industrie du loisir et de l’activité pleine nature. Ces derniers le savent d’ autant mieux que la plupart agitent, qui un bouquetin, qui un ours, qui – faute de mieux – une marmotte, telles les mascottes de leurs vertes vallées. « Ariège, pays de l’Ours », chantent les commerçants de cette partie des Pyrénées dès lors qu’ils vendent autre chose que de la viande ou du fromage. C’est finalement en gardant en tête les perspectives larges dans lesquelles se situent les politiques de réintroduction que l’envie de nous positionner à leur sujet nous est coupée nette. La disparition des espèces nous inquiète, mais pas seulement celle des espèces commerciales, loin s’en faut. Nous nous foutons de la perspective purement contemplative, provisoire et palliative que l’ État propose à l’intérieur d’une poignée de périmètres balisés. On ne combat pas un cataclysme en en attisant un autre, ou en menant des expériences isolées qui ressemblent de plus en plus à des musées ou à des zoos à ciel ouvert, mais en sapant les fondements d’un système sénile qui nous impose un tel spectacle comme la normalité.

  Andy Manché.

 

1Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage, sous l’égide des ministères dédiés à l’Environnement et à l’Agriculture. Le rôle et le rapport à la chasse sont centraux dans l’orientation, les choix et les mises en place des politiques de réintroduction.

[2Ce chiffre tient compte aussi bien des bons que des mauvais chasseurs.

[3Avant Macron, c’était Giscard qui avait été le plus jeune président élu. Fort de son image de jeune loup au top de la forme, il pensait casser l’ image de la vieille politique en allant boire des coups avec le petit peuple dans les villages, en prenant le petit déjeuner avec des éboueurs ou en serrant la paluche d’un détenu… avant d’aller honorer la politique françafricaine et, après les signatures de contrats et autres accords militaires, de partir chasser l’éléphant sous le feu des projecteurs.

[4À part quelques champions de l’adaptation, comme par exemple les mésanges dont le bec somme toute assez robuste permet de passer à un régime granivore en hiver. Mais pour les passereaux dits spécialisés qui ont le malheur de ne pas être migrateurs, débusquer des insectes en quantité suffisante toute l’année s’avère de plus en plus une vraie prise de tête/crâne.

[5Sauvages et de tous poils, n°44/45 de la revue du Parc National des Cévennes.

[6Le pullulement est souvent reproché à des espèces dont une des caractéristiques est justement de ne pas pulluler. Le renard ne pullule pas : lorsque sa population atteint un seuil défini par la disponibilité des ressources alimentaires, la femelle donne naissance à beaucoup moins de renardeaux. Le loup qui cristallise crainte et haine ancestrales obéit à la même règle que son cousin goupil : la femelle va jusqu’à renoncer à ses chaleurs en cas de saturation démographique. On ne pourra que constater sans la moindre ironie que l’espèce qui reproche aux autres de pulluler – homo sapiens –, compte 7,5 milliards d’individus auxquels s’en seront ajoutés quelques millions entre la rédaction de cette note de bas de page et son passage sous presse…

[7Citons pour exemple le fécal retour de bâton consécutif à l’introduction massive de vaches en Australie. En l’absence du bousier, insecte consommateur exclusif de bonnes vieilles bouses, les pâturages australiens se sont recouverts de déjections dont le recyclage n’était plus assuré par personne, les humains ne mangeant de la merde qu’à condition qu’elle soit estampillée McDonald’s ou Carrefour…

[8Si effectivement la présence de certaines de ces espèces peut compliquer la vie d’un éleveur ou du propriétaire d’une basse-cour, elles payent cependant souvent le prix de la rancœur de corps de métiers devenus obsolètes dans l’économie mondialisée. On a régulièrement besoin de boucs émissaires, faute de s’attaquer aux causes directes de son mal-être. Autrement dit, il est plus commode pour un éleveur ariégeois de blâmer l’ours qui s’attaque épisodiquement à un troupeau, qu’un pouvoir dont les orientations laisseront toujours les paysans osciller entre dépôt de bilan et burn-out. L’ acharnement franco-français contre les grands prédateurs est également à rechercher dans le fait qu’ayant été exterminés, et donc absents pendant plus d’un demi-siècle, leur retour est vécu comme une contrainte supplémentaire par des filières professionnelles aux abois. Quant à la disparition de la profession du fait de l’agressivité, pour ne pas dire la sournoiserie, du grand méchant loup, un petit détour par l’Espagne ou l’Italie renvoie cet argument à ce qu’il est : un fantasme. Des millénaires de cohabitation ininterrompue entre le loup, l’ours et l’homme n’a fait disparaître ni éleveurs, ni proies.

Résistons ensemble N°181

Voici en pdf, le No 181 du 31 mars 2019, du petit journal mobile recto-verso A4
« RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal
vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction,
à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,
propositions, critiques …

L’équipe de rédaction

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« Nous ne sommes pas des terroristes, mais le peuple en difficulté ! »

Mutilations, prisons fermes, et maintenant la menace létale…

Répression dans l’éducation

chronique de l’arbitraire

-Région lyonnaise : Vérité et Justice pour Adam et Fatih et pour toutes les victimes de la police
-Pour Adama, pour Wissam la bataille en justice des expertises médicales
-Techniques de pointe pour un flicage généralisé
-« Comme on a pas de papiers on a pas de droits mais on est des êtres humains comme tous »
-Agressions contre les Rroms

Sous Les Glaciers La Rage #3 – mars 2019

Au programme de ce 3ème opus de l’émission d’infos mensuelle des luttes et alternatives des hautes-alpes, diffusée sur Radio Zinzine :

– des infos locales gratinées autour de projet toujours plus ambitieux,
de l’électricité, des frontières, des lieux d’accueil et des manifs
nombreuses et stimulantes

– un ou une ou des crétin-crétines des Alpes au top de leurs formes

– un agenda toujours aussi foisonnant

– un disque…heu non…un artiste…enfin…un disque du mois…bref
écoutez et dansez

– et pour finir le 2eme épisode d’un reportage intitulé  « L’intime face
au corps médical »

Bonne écoute !
La bise

L’équipe de sous les glaciers la rage

PS : Ah oui, on a maintenant une adresse mail pour recevoir vos
remarques, critiques, louanges…et bien évidemment toute proposition
de sujet pour nos prochaines émissions !!! là voilà :
souslesglacierslarage@riseup.net_

 

 

 

 

Qui sont les « casseurs » ?

Alors que la colère sociale gronde, le gouvernement n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu en annonçant, par la voix d’Agnès Buzyn, la possibilité d’augmenter encore l’âge de départ à la retraite — encore une promesse de Macron qui passe à la trappe… Le rapport de force semble d’autant plus nécessaire face à tant de mépris, contrairement à ce qu’essaient d’instiller les journaflics qui servent de courroie de transmission à l’Etat en entretenant la distinction entre « gentils manifestants » et « casseurs ». Nous publions un texte du collectif Cerveaux Non Disponibles suite à la journée du 16 mars.

Lettre aux gentils de la République

C’est fait : le 16 mars restera gravé dans les dates importantes du mouvement social des Gilets Jaunes.

Face à la violence des réactions politiques, médiatiques et économiques, il convient de se dire les choses clairement, sans hypocrisie.

Commençons par du factuel : c’est vrai, de nombreux GJ sont venus à Paris pour cet acte 18 dans l’optique de déborder le système et de mettre à mal la gestion de « l’ordre public ». Ils n’étaient peut-être pas majoritaires mais ils étaient assez nombreux et déterminés pour parvenir à des résultats. Ces milliers de GJ n’avaient pas tous une tactique de black bloc. Il y avait de nombreux GJ de la première heure, munis simplement de leur gilet, de masque et de lunettes de protection. Il y avait également quelques manifestants en bloc, qu’ils soient en kway noir et/ou en gilet jaune.

Surtout, tous les manifestants étaient totalement partie prenante de la manif du jour. Aucune scission n’est jamais apparue entre groupes de « gentils GJ » et « méchants casseurs ». La très grande majorité des manifestants présents soutenait ou, a minima, acceptait les actions offensives, sans forcément vouloir faire pareil.

Plusieurs vidéos montrent qu’au niveau de la place de l’Étoile, en milieu de matinée, l’arrivée d’un bloc d’une trentaine de manifestants a été accueillie par une haie d’honneur et des applaudissements.

Alors oui, cela vous choque et vous dérange peut-être. Mais c’est la réalité de la France de 2019 : des dizaines de milliers de citoyens acceptent aujourd’hui que la lutte se fasse de façon offensive. Vous pouvez leur jeter le discrédit, les traiter de casseurs, de complices, de beaufs ou de racistes. Vous pouvez tenter de leur ôter toute humanité.

Mais la réalité est tout autre : ce n’est pas par plaisir que ces personnes acceptent (et/ou encouragent) les actions violentes. C’est par nécessité. Ce n’est pas pour la violence en elle-même mais pour ses conséquences dans la lutte sociale. Des conséquences, forcément incertaines et parfois dangereuses, mais qui constituent un horizon plus positif que le statut quo social actuel.

Sincèrement, au fond de vous-même, ne voyez-vous pas que c’est en raison de ces débordements que l’acte 18 a eu un retentissement très important dans le monde politique et médiatique ? Que le même nombre de manifestants dans un cortège déclaré où il ne se serait « rien passé » aurait été totalement nié et méprisé par ces mêmes politiques et médias ?

Ce ne sont pas les GJ qui ne comprennent que la langue de la violence et du rapport de force, c’est tout le système actuel. Dans cette société où il faut être le plus féroce et le plus puissant possible, comment pourrait-on espérer changer la donne en restant faible et docile ?

Les médias de masse ne s’intéressent au mouvement que lorsqu’il leur offre des images « sensationnelles » pour faire de l’audimat. Deux jours avant l’acte 18, se tenait à la bourse du travail une rencontre entre des figures du mouvement et des intellectuels. La Bourse était pleine à craquer et des centaines de personnes sont restées à l’extérieur. Pourquoi ne pas avoir parlé de cette initiative constructive et apaisée ? Pourquoi, depuis plusieurs semaines, des milliers de GJ se rassemblent-ils dans les villes sans que cela n’intéresse plus les médias ? Parce qu’il n’y a plus rien à « vendre » aux téléspectateurs.

Du côté des politiques, en 17 semaines, la seule période où le pouvoir a semblé faire des concessions fut lors des actes les plus violents de fin novembre et début décembre. Là, comme par hasard, après presque deux mois pendant lesquels le pouvoir a totalement méprisé la question sociale et les Gilets Jaunes, Macron écourte ses vacances pour reprendre les choses en main. Nous savons qu’il ne prendra pas les questions sociales à bras le corps et qu’il abordera la question des GJ par son seul prisme de la violence. Mais au moins, la question revient sur la table.

Soyons lucides : le pouvoir politique se contrefout des raisons profondes de la colère de son peuple. Ce qui l’intéresse, c’est de calmer cette colère, pour sa propre tranquillité et celle de tous les puissants.

Macron affirme que les personnes présentes hier sur les Champs veulent « détruire la République ». Parce que la République, c’est le Fouquet’s ? Cartier ? Les Banques ?

Ce gouvernement, tout comme les précédents, dénigra des millions de citoyens, les laisse tomber dans une précarité de plus en plus insupportable, alors même que les milliardaires continuent de devenir de plus en plus riches. Depuis 4 mois que les Gilets Jaunes se battent, combien de personnes ont été mises au chômage pour que leur entreprise fasse plus de profits ? Combien de retraités sont tombés encore plus dans la précarité ? Combien de malades n’ont pas pu bénéficier des soins nécessaires faute de moyens ?

Combien de morts cette politique libérale a-t-elle engendrés en quatre mois de lutte ? Le chiffre est impossible à connaitre mais il est évident qu’il est colossal.

L’ultra-libéralisme tue, blesse, détruit des vies et des familles. Il ne s’agit pas de « grandes paroles » pour faire de la poudre de perlimpinpin. C’est totalement factuel. Et de nombreux gilets jaunes de campagne ou de banlieue le savent très bien puisqu’ils le vivent quotidiennement.

Alors, si vous estimez que les citoyens qui détruisent une banque ou construisent une barricade sont des ennemis de la République, mais que ceux qui licencient et s’enrichissent sur la misère de ces même citoyens sont les amis de la République, voire leurs protecteurs, nous avons en effet une vision totalement différente de ce que doit être la République.

Si la violence d’une boutique de luxe ravagée vous dérange bien plus que des personnes qui meurent ou qui sombrent dans la misère, alors oui, nous ne parlons pas le même langage.

Votre morale à œillères n’est pas celle qui nous habite. Car être moral de façon sélective, c’est être immoral. Vous êtes immoraux. Et vous pourrez traiter les GJ d’ennemis de la République, ils resteront bien plus moraux et bien plus proches des valeurs de la République que vous.

Arrêtez de vous offusquer de la violence d’un mouvement social lorsque vous le niez et l’ignorez totalement, sauf en cas de violence.

A ce moment-là seulement, nous pourrons discuter de moralité.

Texte trouvé sur le site paris-luttes.info

« Résistons ensemble » contre les violences policières et sécuritaires N°180

Voici en pdf, le No 180 du 26 février 2019, du petit journal mobile recto-verso A4  « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires.
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> Grâce aux Gilets jaunes, le « roi est nu »

> « Blanquer LBD de l’éducation »

> Contrôler les gestes et la parole

> chronique de l’arbitraire
Marche de solidarité avec Sébastien Maillet
La police tue par balle dans le nord de la France
La fin des fables médicales ?
Qui nous protège de la police ?

– A G I R
Contre le racisme d’État et les violences policières
Manif contre les centres de rétention

Les loups dans la bergerie

Banalités de base sur la révolte en cours

Nous sommes ce que nous faisons

La seule façon de définir une révolte, qui ne dispose pas d’une théorie préalable partagée par l’ensemble de ses participants, est de s’en tenir à ses pratiques. C’est une méthode qui s’oppose à celle de tous les commentateurs extérieurs qui s’imaginent encore que la pensée consciente, c’est-à-dire individuelle, prime sur les actes. L’essence de la révolte des gilets jaunes, sans leaders et autoconvoquée à l’origine via les réseaux sociaux, réside dans l’ensemble des pratiques collectives de tous ceux qui y ont participé sans se connaître préalablement. Par leur nouveauté, leur radicalité, leur ubiquité et leur unité, elles forment déjà un discours. Elles définissent un parti pris parce qu’elles rompent avec l’ordre des choses, avec la résignation et la soumission ordinaires. Rupture en deçà de laquelle il n’y a rien que le retour inexorable du même. La critique en actes reconnaît la part d’inconnu qu’elle contient, la traduction théorique qui lui manque encore, et le possible qu’elle ne peut fermer prématurément. Une telle rencontre, basée sur l’insatisfaction, progresse à ce rythme, dans son rapport de force avec tous les pouvoirs en place et par les perspectives nouvelles qu’elle ouvre. Sa négativité est féconde.

 

Fin des mouvements sociaux

Quoi de plus scandaleux que la révolte des gueux ?

Le tour offensif qu’a pris la contestation depuis la fin du mois de novembre constitue la nouveauté principale en France. Blocages, émeutes, destructions de péages, attaques de bâtiments publics et gouvernementaux, affrontements avec la police, agressions publiques d’élus et de journalistes : nous ne sommes pas dans un énième mouvement social aux motifs défensifs et réactifs, mais dans la forme moderne de la révolte. Ces pratiques inaugurales ne sont pas le fait de casseurs ou d’ultras, contrairement à ce que le matraquage médiatique et gouvernemental tente de faire croire, mais celui des acteurs principaux du soulèvement. En parler autrement et propager ces anathèmes consiste à trahir tous ceux qui, plus courageux que d’autres, en payent aujourd’hui le prix en prison. Le pouvoir a bien compris le danger d’un tel basculement, au point d’utiliser des moyens exceptionnels pour l’éradiquer ; on a pu vérifier à cette occasion le mensonge sur l’Etat de droit s’assumant en l’espace de quelques semaines comme un Etat autoritaire. La guerre qui s’est instaurée, siège des antagonismes fondamentaux, ne laisse place à aucune négociation, réforme ou compromis possibles. Un cap a été franchi à l’automne 2018 avec la sortie de tous les chantages, dont en premier lieu celui à la catastrophe écologique. A la différence de mobilisations antérieures, la révolte dont il est ici question contient un enjeu historique. Attaquer pour ne plus subir s’y est imposé comme une nécessité.

 

L’illégalité assumée

Il n’y a pas de révolte légale

Durant sa phase ascendante, c’est-à-dire jusqu’au 1er décembre inclus, nul ne se souciait de la légalité des actions entreprises dans le cours de la révolte, chacun sachant bien alors que l’on ne transforme pas les conditions existantes en respectant des lois édictées pour leur conservation. Paralyser la circulation, ne pas déclarer une manifestation, y participer dans ce cas, occuper l’espace public sans autorisation, y porter un masque de chantier ou des lunettes de piscine, taper dans un bouclier de CRS, tout cela est puni par la loi. Jamais dans l’histoire ceux qui l’ont faite, aux prises avec toutes les forces organisées et unifiées de la conservation, ne se sont posé la question du respect de la loi. L’histoire n’est ni le domaine de la morale ni celui du droit, les temps d’obéissance y sont ses pages blanches. L’émeute parisienne du 1er décembre a été le point culminant de cette négativité où personne n’entendait déplorer les dégâts qu’elle causait dans les quartiers les plus riches de France. Sans ces heures d’émeute, nous n’en serions pas là. Les mesures d’exception prises en urgence pour accentuer la répression nous montrent, s’il en était besoin, qui détient l’arme de la loi et pour quel but.

 

Refus des encadrements

Ni Macron, ni Mélenchon, ni Le Pen ni personne

La décomposition de la classe politique, du pouvoir séparé, et celle de l’encadrement syndical  du défunt mouvement ouvrier, est arrivée en phase terminale. La révolte des gilets jaunes a acté cette décomposition. Le néo-monarque Macron, qui gouverne par ordonnances, n’a pas fait ce vide, il est le résultat transitoire de ce vide. Le système représentatif produit des spécialistes, des professionnels d’une comédie stérile conduisant à l’usurpation systématique du pouvoir. La plupart des pauvres n’en étaient pas dupes avant, mais une partie d’entre eux agit désormais en conséquence suivant des constats qui ne peuvent plus être occultés : l’Etat libéral dit la vérité de l’Etat, il est au seul service de la marchandise ; les syndicats ne sont qu’un rouage du pouvoir, dernier recours pour éteindre tout mouvement social conséquent ; les partis politiques, confinés à l’impuissance perpétuelle, sont périmés par une révolte qui a su si bien transcender les divisions et catégories préexistantes : leurs « logiciels » comme leurs conditions mêmes d’existence sont obsolètes.

 

Refus de la représentation

On veut pas plus de SO que de Jacline Mouraud

Une telle lucidité a mené au rejet systématique de toute forme de représentation de l’ensemble des gilets jaunes. Toute parole qui prétendrait s’exprimer au nom de cet ensemble est une usurpation.  Les « figures » encore tolérées du mouvement ne sont que des relais qui ont survécu en sachant, pour l’instant, rester à leur place et ne jamais se risquer à cette prétention quand tous ceux qui voulaient capitaliser pour leurs propres intérêts ont été systématiquement et dûment expurgés. Nous connaissons le résultat de l’appropriation privative du pouvoir. Qui veut encore de sa personnalisation ? Elle appartient au passé.

 

Refus de la négociation avec le pouvoir

11 morts, 1 900 blessés, on débat pas, tu dégages

La radicalité du mouvement sur les ronds-points et dans la rue, associée à ce rejet de toute forme de hiérarchie et de porte-parolat, nous a préservés d’une prise de langue avec le pouvoir qui, sourd jusque-là, ne demandait que ça une fois mis sur la sellette. Il est évident qu’après la répression qu’il a menée, la calomnie qu’il a déversée, la division qu’il a distillée, il serait insensé et indigne de s’asseoir à sa table. L’Etat a du sang sur les mains et se vautre dans une arrogante impunité, son chef poussant l’ignominie jusqu’à nier devant son homologue égyptien la mort directe d’une femme tuée par sa police dans le cadre de la répression. Qui dialogue avec un tel pouvoir, après les éborgnements et mutilations en série,  s’en fait immédiatement le complice. Il ne peut y avoir de retour en arrière.

 

Le rôle des revendications

Les miettes, c’est pour les pigeons

Tous les récupérateurs potentiels ont cru voir dans la multitude des revendications, émises au fil des semaines, le travestissement possible de la révolte en mouvement revendicatif, sans comprendre en quoi leur rôle principal est de recenser, de faire connaître et de mettre en commun les raisons de la colère. Il n’a jamais été question depuis décembre de réclamer quelques miettes à Macron, la principale et unanime revendication exigeant son départ, lui dont la politique et le programme antisocial s’opposent en tous points à l’ensemble de ces constats critiques sur l’augmentation de tous les prix, l’accroissement corollaire des restrictions et des contrôles, le démantèlement accéléré des vestiges du « service public », les faveurs accordées aux plus riches. S’imposant dans un moment de reflux de la révolte, le désormais célèbre RIC a représenté une sorte de compromis consensuel entre l’exigence minimale portée par la radicalité de la rue et le souci inquiet de proposer une réforme étatique raisonnable. Reprise depuis comme une formule magique, cette proposition de modifications des institutions, plus ou moins profondes suivant les versions, a l’inconvénient de poser les limites de la révolte dans une traduction prématurée de ses buts qui relègue ses acteurs principaux actuels, ce sujet collectif nouveau, à un rôle in fine consultatif. S’il évoque une saine intervention de la majorité dans le contrôle du pouvoir, ce plafond de verre théorique tend surtout une perche à tous les partisans d’une résolution du conflit social par une réforme de surface telle que le « grand débat » la prépare. L’insertion dans le cadre pragmatico-rationnel de tous les gestionnaires à partir de leur postulat autoritaire sur la réalité est un tombeau. La réalité est à faire et non plus à subir comme un donné. Il suffit de constater l’état du monde pour juger de la vertueuse rationalité économiste brandie par tous ceux qui en font un argument d’autorité à la seule fin de maintenir le statu quo.

 

La critique de l’information dominante

Journalistes, vous avez toléré trop de choses pour être tolérés

La même clairvoyance s’est manifestée à propos des médias dominants auxquels, dès les premières semaines, les gilets jaunes se sont montrés hostiles. Il est aujourd’hui partagé par une grande partie de ceux qui subissent son monologue permanent que l’information dominante travaille à la conservation de la société en place et prend systématiquement parti contre ce qui en menace la continuation paisible. Il n’est plus toléré qu’une petite caste, sans aucune légitimité, parle à la place des autres, encore moins quand cette caste est tenue par une poignée de milliardaires, et qu’elle se montre l’ennemi le plus direct de la révolte depuis plusieurs semaines, par la calomnie la plus grossière, par le mensonge sur les effectifs des manifestations, par son travail d’auxiliaire de police. Elle, qui se flatte encore de sa liberté d’expression, s’est révélée comme la plus caricaturale des presses aux ordres. Elle n’est plus que le porte-voix du gouvernement. Avec les moyens nouveaux à notre disposition, nous n’avons pas besoin des « médias », qu’ils soient au service de l’Etat français, en roue libre pour leur propre compte, ou pilotés de l’étranger pour des intérêts qui nous sont tout aussi hostiles.

 

L’auto-organisation

Un peuple qui vit ne rond-point

L’ensemble de ces refus traduisent un même sentiment chez ceux qui font la révolte, celui de la dépossession permanente. S’est ancrée pour chacun la conviction scandaleuse de n’être pas maître de l’emploi de sa vie. D’une contestation sur les difficultés mêmes de survivre, conséquence ultime de cette dépossession, la puissance collective qui s’est déployée a commencé de poser la question de ses causes fondamentales. Le cours commun de la séparation s’est brisé, d’abord sur les lieux de blocage en petits groupes locaux, ensuite dans les manifestations offensives et sauvages où ces groupes locaux ont vu concrètement leur effectif, leur unité, à l’échelle de tout le pays, et la force qu’ils constituaient. La rupture enjouée du quotidien vécu jusque-là dans l’isolement et la prise festive de l’espace ont été le premier pas d’une appropriation collective de l’existant, puisque de possession véritable nous n’avons jamais eue. La richesse de cette expérience ne peut mieux se mesurer que dans son terrible contraste avec la désespérante survivance de la résignation qui la cerne encore. L’ordinaire de la servitude n’a jamais paru si misérable.

 

Les assemblées

On débattra quand on vous aura tous virés

Aucun groupe local sur les ronds-points n’a eu besoin d’experts en conseillisme pour pratiquer spontanément la démocratie directe à cette échelle. Pour faire de cette pratique une forme de continuation de la critique du système de dépossession, un appel a été lancé à la création d’assemblées populaires. Rapidement et paradoxalement, cet instrument a été une sorte de porte d’entrée pour les groupes militants, associatifs et partis politiques préexistant à la révolte et tentant de s’y greffer pour y imposer leurs marottes, leur programme et leurs vieilles lunes au mépris de ce qui a lieu. Les assemblées parisiennes, qui ne comptaient que quelques dizaines de participants à tendance militante, et plutôt faibles dans leurs pratiques, étaient ainsi surreprésentées à « l’assemblée des assemblées » de Commercy. Il serait pour autant inconséquent de laisser au parasitage militant cette pratique qui représente encore, sous sa forme authentique du moins, le moyen de s’approprier le débat exécutoire sans aucun intermédiaire sinon strictement mandaté. La pertinence des assemblées dépendra de leur capacité à assumer et appuyer la critique en actes qui a eu lieu depuis novembre. L’intelligence collective, manifestée jusque-ici, et la défiance qui l’accompagne paraissent à même de déjouer le noyautage par des délégués dont jusqu’ici la double appartenance éventuelle n’a, à notre connaissance, pas été questionnée, comme si l’assemblée n’était qu’un organe de vigilance citoyenne, le dernier avatar de la démocratie participative, une organisation compatible avec tout ce qui est là plutôt que sa négation pratique.

 

Pour un dépassement

Des maisons du peuple partout

Si l’on met de côté les « actions » symboliques, aux visées seulement médiatiques, issues d’un aveuglement sur l’historicité de l’événement en cours, la principale préoccupation actuelle consiste à savoir comment pousser l’avantage d’une révolte qui a su s’enraciner dans une séquence de basse intensité, au risque sinon de voir le processus de son intégration au décor la conduire à l’étiolement. Les modalités de mobilisation depuis le début répondent aux contraintes géographiques et de survie de ses participants les plus actifs, elles ont déterminé une intermittence de l’intervention massive et offensive, la permanence sur les ronds-points étant de son côté de plus en plus entravée. Les manifestations urbaines des samedis n’ont ainsi jamais pu s’étendre au-delà de cette journée au point que la question d’une conquête de lieux ou d’une installation dans le temps a fini par ne plus se poser. La scission entre le lieu d’origine de la majorité des participants et la ville s’est ainsi maintenue faute d’une implication massive des habitants des centres urbains. C’est probablement dans le sens de cette jonction qu’il faut désormais porter l’appel à multiplier les « maisons du peuple », non pas comme des zones de repli, mais comme des lieux à conquérir au cœur des métropoles pour y poursuivre la rencontre dans une pratique offensive d’occupation. Rompre ainsi avec le quotidien et l’intermittence, assurer des points de ralliement, créer enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière. En appeler pour cela à tous ceux qui sont en situation d’occuper, qu’ils mènent un mouvement social dans leur entreprise, qu’ils aient pris leur université, qu’ils aient les clés d’un lieu culturel, pour qu’ils inscrivent leur action dans la critique unitaire en transformant leur lieu encore spécialisé en « maison du peuple ». La préparation de la journée nationale du 16 mars à Paris doit se hisser à la hauteur de cet enjeu, le printemps nous rappelant aussi l’opportunité de tenir durablement des places pour la rencontre la plus ouverte de tous. Quand la révolte devient ce qu’il y a de mieux à faire, tout le monde finit par s’y joindre ; Tahrir nous l’enseigne, le 1er décembre nous en a donné un avant-goût, le rendez-vous du 8 mars propose déjà cet envahissement de l’espace-temps et des esprits.

 

Pour une extension

Paris, debout, soulève-toi !

Le parti de l’ordre met tout en œuvre pour empêcher le ralliement d’une autre partie de la population à la révolte dont l’avenir dépend. Pour s’assurer du soutien de « l’opinion », une partie du mouvement est entrée dans la guerre de communication menée conjointement par les médias et le gouvernement. Une fois dans ce piège de légitimation à partir des catégories dominantes, il ne s’agit plus que de donner une bonne image de la protestation, certifier de son innocence parfois jusqu’à la repentance, au reniement amnésique de sa négativité. Ceux qu’il s’agirait de convaincre – les téléspectateurs dociles –  en se pliant ainsi aux injonctions de l’ennemi sont précisément les plus hostiles à toute forme de changement profond. Il conviendrait plutôt d’en appeler à tous ceux parmi les plus relégués, de la grande masse des précarisés aux pauvres des banlieues, qui ont les meilleures raisons de se révolter. En finir avec la division qui est entretenue depuis des décennies par la diabolisation de cette jeunesse qui a expérimenté bien avant cet automne les violences policières et les stigmatisations médiatiques dont on s’indigne maintenant qu’elles concernent d’autres qu’eux. On peut mesurer le danger de cette jonction possible à la manière dont il a fallu terroriser les lycéens pour leur passer le goût de manifester. Quand partout règne la valeur marchande, l’exclusion, la répression et la relégation ne sont plus la condition d’une minorité, mais notre devenir à tous. « Gilet jaune » n’est pas une identité à l’intérieur d’une entité close sur elle-même, mais un signe de ralliement pour l’irruption tapageuse de tous les invisibles dans la chose publique.

 

Pas seuls au monde

Haïti, France, Soudan, révoltés de tous les pays unissez-vous !

En Algérie, au Soudan, en Haïti, dans les Balkans, des situations de révolte que l’on aurait pu auparavant attribuer à tort à des conditions essentiellement différentes des nôtres nous sont désormais visiblement proches. Nous savons que les raisons de l’insatisfaction sont les mêmes quand la tiers-mondisation ne concerne plus seulement quelques zones reculées du monde, mais qu’elle produit au cœur des Etats dits développés du déchet humain dans le sillage du cours autonomisé de « l’économie ». La particularisation des colères à quelque contexte national est le moyen d’empêcher la reconnaissance mutuelle de leur communauté par-delà les frontières, or partout le parti de la conservation travaille à l’interdiction du débat des humains sur leur vie, pour maintenir la verticalité du pouvoir, la domination marchande, l’usurpation de la parole publique. Notre avenir dépend de l’internationalisation du possible ouvert ici contre la caricature qui en est donnée à l’étranger via l’information dominante. La situation de nos pairs d’Algérie nous place devant l’impérieuse responsabilité d’un rendez-vous historique. Macron dégage ! Bouteflika dégage ! Pour des manifestations communes dans toutes les villes de France !

 

Le peuple veut la chute du régime

Le 4 mars 2019,

Comité pour la prolifération des loups

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