Communiqué sur le délibéré du procès du squat Chez Roger

Une nouvelle fois le verdict tombe: une expulsion dans six mois pour « Chez Roger ». Le 5 juillet, on recommence. Une cinquantaine de personnes vont se retrouver à nouveau dans une situation d’extrême précarité, d’instabilité sociale, d’insécurité physique.

Une nouvelle fois, on est plongé dans une situation schizophrénique. Un État, une mairie, incohérents, qui soutiennent une expulsion sans proposer de solution et légitiment donc l’occupation de tels lieux. Conséquences de l’absence de considération et du cercle vicieux enclenché depuis 2016. Maison Cézanne, Cesaï, Chez Roger, et après ?

Une nouvelle fois, monsieur le Maire nie la question des exilé·es sur le territoire en refusant de réagir à la fois à titre privé et à la fois à titre d’élu. Estimant que c’est « une affaire privée », Roger Didier refuse également en tant que Maire de répondre à nos sollicitation de coopération face à cette situation et ne se souci donc pas des conséquences d’une telle inconsidération et irresponsabilité. Monsieur le Maire a récemment communiqué qu’il se « souciait de ces concitoyens », mais a priori pas de tous.

Une nouvelle fois, le problème de fond n’est pas traité, aucun solution d’accueil pérenne n’est envisagé. Être logé, nourrit, dans des conditions dignes d’existence n’est toujours pas possible à Gap. Des enfants de trois ans vont commencer leur scolarisation en septembre et vont donc se retrouver dans un contexte incertain.

Des jeunes mineurs vont certes terminer leur année scolaire mais leur scolarisation n’est pas terminée et se retrouver à la rue juste avant la rentrée n’est pas une solution.

Certains majeurs travaillent, certains ont besoin d’être accompagnés pour leur demande d’Asile, au niveau de la santé et de leur droits. Les femmes présentes sur le lieu s’y sentent en sécurité (au regard de l’accueil proposé par le 115), c’est encore une nouvelle insécurisante et instable que de s’imaginer encore sans toit sur la tête.

Une nouvelle fois, il n’y a pas non plus de prise en compte que c’est une situation globale aux frontières qui est gérée de manière inhumaine. Que dans le contexte mondial politique, social, économique et écologique, les exilé·es tentent de trouver de meilleurs conditions de vie, et qui ne ferait pas la même chose ? La situation à Gap n’est que la conséquence d’une gestion inhumaine de l’État à la frontière, qui est reproduite à l’identique de manière locale.

Une nouvelle fois le collectif de soutien et les habitants de « Chez Roger » n’ont pas de raison d’être satisfait de cette décision. On appelle encore à la solidarité, à l’humanité, à la mise à disposition de logements vides, à considérer et protéger toutes les personnes dans le besoin sans conditions, ni discrimination, à trouver une solution pérenne d’accueil et hébergement pour tous et toutes.

Signer la pétition

Mobilisation des assistant.e.s d’éducation dans les collèges et lycées ACTE 2 à partir du 19/01

Communiqué de presse

Gap, le 15 janvier 2021

Le 1er décembre dernier, dans les Hautes-Alpes comme partout en France, les assistant.e.s d’éducaton (AED) ont fait grève et se sont mobilisé.e.s très largement. Avec près de 700 vies scolaires fermées ou perturbées au niveau natonal, le mouvement eut une ampleur inédite. Signe du caractère indispensable des AED dans les établissements scolaires, plusieurs collèges du département avaient été contraint de demander aux parents de ne pas envoyer leurs enfants en classe ce jour-là (Veynes, Guillestre) ou avaient fermé leurs portes (La Bâte).

Cete mobilisaton organisée par les AED eux-mêmes se poursuit en ce mois de janvier 2021. D’ores et déjà, les 19 et 26 janvier sont deux journées pendant lesquelles les revendicatons des AED vont être portées par la grève, par des rassemblements ou des manifestatons. Parce qu’illes font parte des personnels les plus précaires dans les établissements scolaires, qu’ils n’ont aucune perspectve de professionnalisaton et de poursuite de leur carrière après 6 ans dans l’Éducaton natonale, qu’illes sont souvent sur des temps partels subis et sous-payé.e.s, qu’illes sont en première ligne depuis le début de la crise sanitaire et les plus exposé.e.s à l’épidémie de Covid-19, la situaton des AED est inadmissible. Alors que sans AED, les établissements ne fonctonnent pas, illes sont maintenu.e.s dans la précarité et l’invisibilité par leur instituton. Par le jeu de l’annualisaton de leur temps de travail et de la non reconnaissance du travail de nuit, certain.e.s peuvent être présent.e.s près de 50h par semaine sur leur lieu de travail pour un salaire qui ne dépasse pas le SMIC.

C’est pourquoi les AED revendiquent notamment :

• la créaton d’un statut d’éducateur.trice scolaire et la ttularisaton sans conditon de tou.te.s les AED qui le souhaitent

• l’augmentaton des salaires des AED et la baisse de leur temps de travail

• le recrutement massif de nouveaux.elles AED pour renforcer les vies scolaires

SUD-Solidaires éducaton 05 soutent la mobilisaton des AED et appelle l’ensemble des personnels de l’Éducaton natonale à les soutenir dès le 19 janvier !

Contact : 06-17-96-46-31 — sudeduc05 (at) gmail.com

Marche des libertés contre la loi sécurité globale

samedi 16 janvier 2021 à 14h, départ devant la préfecture de Gap

Communiqué de plusieurs collectifs

Pas de trêve dans la lutte pour retrouver nos libertés. Retrouvons nous dans toutes les villes de France pour cette nouvelle grande marche des libertés, pour dire non à la Loi Sécurité globale mais également la loi séparatisme, pour refuser l’impunité face aux violences policières et toutes les dérives liberticides du pouvoir. En jaune, en noir, en arc en ciel, en rose… soyons tous présents et solidaires ! Ne laissons pas l’autoritarisme et la terreur gagner.

 

Recherche Traduteur-ices

HELLO! Si tu parles une langue étrangère (italien,anglais,all…)et que,tu veux te faire un kiff ou juste si tu as la motive pour traduire quelques textes,ce texte que nous partageons et pour toi.

https://bureburebure.info/appel-a-traductions-bureburebure/

Salut à toi qui lis le français !

Afin de rendre le site, ses articles et la lutte contre CIGEO (!) plus
accessibles à celleux qui ne parlent/lisent pas le français, nous
lançons un appel à traductions des articles de bureburebure.info vers
l’anglais, l’allemand, l’italien et le castillan. Si tu maîtrises
couramment l’une de ces langues ainsi que le français, n’hésite pas à
traduire les articles non-traduits dans les pages en anglais, allemand,
italien et castillan.

Si tu souhaites te lancer dans des traductions régulières vers une autre
langue, c’est bienvenu aussi ! En plus des articles, il existe des
brochures qu’il est possible de traduire! Si tu veux nous envoyer des
ressources antinucléaires dans d’autres langues, n’hésite pas. Toute
aide, même ponctuelle, est bienvenue, afin de rendre les informations
plus accessibles sur le long terme.

Comment faire ? Il te suffit de choisir un article que tu souhaiterais
traduire (après avoir vérifié qu’il n’est pas déjà publié dans la langue
où tu souhaiterais le traduire), tu le traduis, et tu envoies le texte
(titre compris) à traductions-bureburebure[a]riseup.net ; Une fois le
mail reçu, l’article sera publié dans sa catégorie linguistique.

Merci !

Prison ferme pour un membre du collectif « Désarmons les » !

Depuis des années, le collectif Désarmons les mène un travail précieux de documentation, de recensement et de partage de savoir autour des violences policières et des armes du maintien de l’ordre. Désarmons-les est intervenu plusieurs fois à Nantes, et a toujours apporté son soutien aux blessés dans notre ville.

L’un de ses membres, Ian, qui avait été violenté et arrêté lors d’une manifestation à Montpellier, vient de prendre une peine de prison ferme pour l’exemple.*Nous appelons à soutenir Ian et partageons le communiqué de Désarmons-les* :

« Communiqué suite à la condamnation d’un membre de Désarmons-les !

Ce jeudi 3 décembre au tribunal de Montpellier, ian, membre de Désarmons-les, se faisait juger sur la base d’un faux en écriture publique réalisé par un agent des Compagnies départementales d’intervention, Jean-Charles Notolan. Ce dernier, après avoir maltraité une observatrice de la LDH au cours de la manifestation du 28 septembre 2019 [1], en lui assénant des coups répétés de bouclier (affaire faisant l’objet d’une plainte IGPN de la part de ladite observatrice), s’était plaint de violences imaginaires de la part de ian, mais aussi d’outrage (il faut bien arrondir sa paie), avant que ses collègues n’ajoutent un délit de groupement en vue de commettre des violences, prétextant la présence dans sa sacoche d’un résidu de grenade lacrymogène percutée [2]

Le déroulé des faits avait été publié ici : https://desarmons.net/2019/10/01/ianb-membre-de-desarmons-les-revient-sur-son-arrestation-a-montpellier-le-28-septembre-2019

Une affaire somme toute banale qui ne laissait pas présager un coup de massue comme celui qui est tombé sur la tête de ian en fin d’audience : *8 mois de prison ferme et 600 euros* au titre des dommages et intérêts !

L’audience s’est avérée être une farce, dans laquelle le procureur Lionel Sabater Bono, la juge Gisèle Bresdin et l’avocat du policier Panis Guilhem se sont livrés à des simagrées digne d’un tartuffe. Dans leurs certitudes bourgeoises, le policier est couvert d’un blanc-seing qui l’absout par avance de tout mensonge et de toute violence sous prétexte qu’il a prêté serment (la réalité des abus et violences dénoncée à corps et à cris par l’ensemble de la société leur est indifférente) : malgré les évidences criantes, leur prisme d’analyse totalement binaire et manichéen les amène à considérer toute personne critique envers l’action des forces de l’ordre comme un parasite à écraser sous sa botte, à réduire au silence. Et c’est ainsi que ian a été traité tout au long de l’audience, avec un violent mépris, sans retenue.

Dans une ambiance d’abattage caractéristique des audiences de comparution immédiate, ian s’est d’abord vu reprocher les deux renvois antérieurs de l’affaire, alors que la justice, débordée en raison du zèle agressif de la police, n’avait pas su trouver elle-même le temps de le juger lors de la précédente audience. Ian devenait soudainement responsable de leur propre incurie, alors même qu’il aurait préféré être jugé lors de la précédente audience, renvoyée à 20h30 après un après-midi d’attente.

La juge Bresdin a eu son moment d’éructation primitive, vociférant à qui voulait bien l’écouter que ian avait déployé ce 28 septembre une “violence inouïe contre les policiers”. Brandissant les captures d’écran d’enregistrements de vidéosurveillance que la cour a étrangement refusé de visionner, elle s’est mise à annoner “Votre visage est déformé ! Regardez là, et là, votre visage est déformé !” tandis que ian tentait de l’interrompre en lui enjoignant de se calmer et pour lui rappeler que la capture d’écran d’un visage ne pouvait être extraite comme ça de son contexte et ne caractérisait pas des violences. Inutile, car la raison n’était à l’évidence pas au rendez-vous.

Le procureur Lionel Sabater Bono, d’une médiocrité rhétorique assourdissante, s’est ensuite empêtré dans un réquisitoire honteux, présentant ian comme un complice du terrorisme, du fait qu’il prenait l’initiative de réagir aux injustices au lieu de laisser faire la police : “Si Mohammed Merah se faisait interpeller par la police, vous le sauveriez aussi ?” (SIC). Dans son argumentaire scabreux, il s’est également retrouvé involontairement à comparer les policiers avec des chiens enragés : “Si des chiens attrapaient quelqu’un par les crocs, vous iriez vous jeter dans leurs griffes pour le libérer ?” Au delà de l’ineptie de la question, le pire est sans doute que la réponse normale devrait être “oui”. Au vu du pâle personnage, on se doute qu’il fait plutôt partie de ceux qui laissent faire les pires injustices. Et si l’on devait ici énumérer les autres imbécilités prononcées par ce serviteur de la police (comme il l’a bien dit lui-même en introduction de sa prise de parole), ce texte ne trouverait sans doute pas de fin. Au final, il a requis 5 mois de prison ferme comme on commande une glace à la vanille au kiosque voisin. Ces gens là détruisent des vies avec une facilité déconcertante.

L’avocat du policier Panis Guilhem ne fut pas en reste, déblatérant sans conviction le discours coutumier d’un avocat de policier : la pression, la fatigue, le terrorisme, les méchants gilets jaunes, le malaise, blablabla. Il s’est même pris à inventer la présence de “gants de protection et de tout un attirail” dans la sacoche de ian, avant d’être contredis dans la foulée (NB : ce qui n’est pas dans la fouille n’existe pas, il ne faut pas l’inventer). Pour défendre son menteur de client (l’argent n’a pas d’odeur), le mauvais avocat a donc menti lui aussi (c’est si facile quand on est du côté du pouvoir) et s’est contenté de demander la peine la plus sévère pour ian, qui avait commis à n’en pas douter les pires des méfaits.

Il est inutile d’énumérer toutes les élucubrations prononcées lors de cette audience, tant l’indécence des acteurs de cette mascarade est caractérisée. La connivence entre les un-es et les autres sautait aux yeux. Tous les acteur-ices contre laquelle Ian se bat y étaient réuni-es : une police violente, mensongère, faisant régner la terreur au nom de lois iniques, et une institution judiciaire et ses valets, dont les verdicts dépendent de l’humeur d’un-e procureur-e « au service » et d’un-e juge partiale du fait de sa position sociale, prompt à envoyer en prison tout-es celles et ceux qui sont traîné-es devant ell/eux.

Ce qu’on retient, c’est que le déroulement d’une telle audience témoigne de la manière dont se passent la plupart des procès au pénal. On sait pourquoi les prisons sont saturées…

En définitive, Ian a été condamné à 8 mois de prison ferme pour une paume de main sur un bouclier, un outrage non caractérisé (“putes à Macron”), un cadavre de grenade lacrymogène emballée dans un sac en papier et un refus de prélèvement ADN. Notolan, lui, reçoit 600 euros au passage pour payer des cadeaux de Noël à ses enfants… Gosses de menteur ! [3]Pour ses proches et ami-es il est une évidence, au vu des faits et des poursuite engagées, que Ian subit un acharnement policier et judiciaire lié à son combat politique, contre les violences d’Etat, à son soutien aux familles de victimes de crimes policiers, aux mutilé-es, aux blessé-es et aux victimes de violences judiciaires; ainsi qu’à son implication tant au niveau local que national, et international. Ce n’est en effet pas la première affaire au cours de laquelle ian est poursuivi sur la base de procès verbaux mensongers établis par des policiers et d’accusations affabulatoires de violences. Dans ce dossier, les mentions au TAJ et l’identité politique de ian sont encore une fois venues donner à l’affaire une couleur politique, transformant une affaire anodine en procès politique.

Ian a 10 jours pour interjeter l’appel, avec le risque que les institutions judiciaires engorgées de Montpellier sanctionnent cet appel d’une peine plus lourde encore. *Justice expéditive, sur-judiciarisation et frénésie policière s’associent dans une fuite en avant, une politique de la “tolérance zéro” *qui conduit à la construction de nouvelles prisons, un machine à enfermer, briser des vies pour préserver aveuglément et autoritairement une “tranquillité publique”. La tranquillité au prix des libertés, on a compris le message : l’Etat policier et judiciaire avance à pas de géants avec des politiciens, des juges, des procureurs, des cadres de police qui n’ont pas de yeux, pas d’oreilles, mais une grande bouche qui vocifère et légifère frénétiquement derrière ses murailles barbelées, bardées de caméras et gardées par une horde policière aux abois, débridée et incitée à mordre sans retenue. Présomption de culpabilité, délit d’intention, justice expéditive, préventive et punitive, partialité politique des magistrats, droits de la défense piétinés, procès inéquitables, le système judiciaire, encouragé par une politique revancharde, anxiogène et xénophobe, montre chaque jour davantage le masque grimaçant d’une grande imposture.

Il est toujours temps de réagir.

Le collectif Désarmons-les !

NOTES :

[1] Les observateur-ices de la LDH de Montpellier subissent eux-mêmes un harcèlement policier dans leur travail : https://lepoing.net/ligue-des-droits-de-lhomme-de-montpellier-2-police-0-camille-halut-encore-relaxee <https://lepoing.net/ligue-des-droits-de-lhomme-de-montpellier-2-police-0-camille-halut-encore-relaxee/?fbclid=IwAR3GzvkfbDei_7XvXfLaoLg085LVflUOYymEfJhsF2N81ErIUevPc0R5gjk>

[2] Le collectif Désarmons-les collecte notoirement des restes de grenades pour ses travaux d’information sur les armements du maintien de l’ordre.

[3] A ce sujet, lire l’article ancien mais plus que d’actualité à propos du business juteux des outrages et rebellions pour des flics et leurs avocats : https://paris-luttes.info/outrage-et-rebellion-un-bon-filon <https://paris-luttes.info/outrage-et-rebellion-un-bon-filon?lang=fr&fbclid=IwAR31xjnxDqJxCqjy7q1REXLReIx-T8F0NTOiLE5vEz5mbscMGJzKbCIo7v8>

Source : https://desarmons.net/2020/12/04/communique-suite-a-la-condamnation-dun-membre-de-desarmons-les <https://desarmons.net/2020/12/04/communique-suite-a-la-condamnation-dun-membre-de-desarmons-les/?fbclid=IwAR31xjnxDqJxCqjy7q1REXLReIx-T8F0NTOiLE5vEz5mbscMGJzKbCIo7v8>

Lu sur: https://www.nantes-revoltee.com/prison-ferme-pour-un-membre-du-collectif-desarmons-les/

Il est temps d’ouvrir un peu nos gueules et d’arrêter de parler de celle du loup !

[Repris de Marseille Infos Autonomes]

Brochure autodéfense juridique à l’usage des bergères et des bergers.

Nous sommes une petite équipe de bergères et de bergers, qui nous rencontrons depuis l’hiver 2019 pour réfléchir à nos conditions de travail, fatigué.es des mésaventures. On se rencontre de temps en temps pour casser l’isolement propre à notre travail. On essaie de poser les mots sur ce qu’on vit. La passion ou la soumission, les rapport salariaux avec les éleveurs, les salaires, les embauches, l’idéalisation du métier, etc…

Quand on estime une situation intenable on pousse un coup de gueule et on se casse – ou on se tait et on endure, dents serrées jusqu’à la fin du contrat, certain.es qu’on ne reviendra pas. Mais cette position nous est frustrante, car ok, nous on se sauve (et encore, on s’est tapées une saison pourrie) mais en partant on laisse la porte ouverte à ce que d’autres bergèr.es qui n’ont pas eu le mot se retrouvent à notre place…Alors on aimerait que ça bouge.

On écrit cette brochure sur le tas, d’après nos expériences, avec le désir de ce que, mieux outillé.es, nous puissions longtemps continuer à vagabonder sur plaines collines et montagnes, sans aigrir, perdre notre patience ou notre amour pour la montagne et les moutons… C’est un travail en cours, avec tous les défauts que ça représente, si t’as des trucs à y dire, redire ou contribuer,on est preneuses, écris nous à :
postemouton@riseup.net.

La brochure en pdf

  1. Travailler comme bergere : chercher un “bon” poste
  2. Le contrat, le début du travail
  3. Fin de contrat “normal”
  4. Si ça va mal… la rupture
  5. Sur l’éthique de recourir au contrôle de l’Etat

 

Lettres ouvertes et récits d’expérience

Histoires vraies de vrai(e)s berger(e)s

Communiqué du procès du 10 Décembre à GAP

Le jeudi 10 décembre 2020, une semaine à peine après l’enième procès de personnes solidaires du Briançonnais, 9 camarades français-e-s et italien-ne-s sont convoqué-e-s devant le tribunal correctionnel de Gap. Ces personnes sont accusées de divers délits, et notamment de résistance aux forces de l’ordre lors d’une manifestation qui a eu lieu à Montgenèvre en avril 2019. Comme lors des affaires précédentes, le dossier présente des éléments et des témoignages contradictoires, et il n’est fondé sur aucune preuve matérielle. Cette convocation s’inscrit, une fois de plus, dans la politique de harcèlement judiciaire qui cherche depuis deux ans à affaiblir le mouvement de lutte à la frontière franco-italienne. Un mouvement qui s’attache, de multiples facons, à visibiliser les contradictions mortifères du dispositif-frontière, tout en pratiquer des formes de solidarité de part et d’autre de la frontière.
La manifestation d’avril 2019 à Montgenèvre avait pour objectif de dénoncer les violences de la police aux frontières à l’encontre des personnes exilées, ainsi que de déjouer, pour une journée, le petit manège infernal qui veut que les agissements de la PAF et de la gendarmerie (à savoir les coups, la traque, les insultes, les vols), se déroulent dans le silence de la nuit. Manifester sur les pistes de ski, en plein jour, c’est une facon de visibiliser, auprès de celles et ceux qui choisissent de passer leurs vacances à Montgenèvre, que la frontière est tachée de sang.
Deux ans plus tard et en plein confinement, le procureur et la préfecture des Hautes-Alpes poursuivent en justice des personnes qui étaient présentes à cette manifestation. Leurs objectifs sont clairs : faire taire celles et ceux qui cherchent à rendre visible les violences policières, et protéger les agents armés de l’Etat en détournant l’attention de leurs agissements réels, dans les Hautes-Alpes comme ailleurs.
Depuis le premier confinement, les violences policières envers les personnes exilées et/ou racisées ont explosé partout en France. La semaine dernière, depuis les portes de Paris jusqu’à la place de la République, l’enchaînement d’expulsions extrêmement violentes des campements dans la capitale n’est qu’un sinistre exemple parmi d’autres – le faux étonnement du Ministre de l’Intérieur n’a d’ailleurs trompé personne. Depuis mars dernier, à Calais, à Menton, à Paris, à Marseille, des dizaines cas de brutalité et même de meurtres policiers ont été reportés à l’encontre de personnes en situation de migration. Depuis le mois de mai, des milliers de personnes dites “sans-papiers”, à travers tout le pays, se sont unies pour réclamer l’égalité : en octobre, elles ont effectué une marche historique jusqu’à la capitale, n’ayant cesse de dénoncer le régime d’Etat raciste qui les place dans une condition de citoyen-nes de seconde zone. Plutôt que d’écouter leurs revendications, le gouvernement (et les médias à ses côtés) n’a qu’une chose en tête : faire taire celles et ceux qui parlent de la violence d’Etat contre les personnes étrangères. Disperser violemment les rassemblements des personnes exilées, invisibiliser et ignorer leurs luttes, tout comme intenter des procès aux personnes qui les soutiennent, tout cela s’inscrit dans la même stratégie du gouvernement français. Le projet de loi « Securité Globale », qui laissera les mains libres à la police lors des manifestations au détriment des corps des manifestant-e-s, en est la parfaite illustration.
Le 10 décembre, pendant que nos camarades sont jugé-e-s pour des chefs d’accusation ridicules, la violence d’Etat continue de s’exercer dans toutes les villes. Ainsi, même s’il est difficile de se rassembler, chacun-e, là où nous nous trouvons, nous pouvons montrer notre solidarité collective en continuant de dénoncer, filmer et combattre les violences policières et le racisme d’Etat qui opèrent autour de nous, et en soutenant les luttes menées actuellement par les personnes exilées.

No pasaran!

Communiqué des prisonnières de la maison d’arrêt pour femmes de Marseille

Communiqué (07/11/2020)

Durant toute la nuit du mardi 3 au mercredi 4 novembre, à partir de 23h, les ERIS (Équipes régionales d’intervention et de sécurité) de Marseille sont intervenues pour une fouille sectorielle surprise au sein de la MAF (maison d’arrêt pour femmes) des Baumettes. Les membres cagoulés et lourdement armés de ce « GIGN de la pénitentiaire » ont fait subir à des prisonnières un traitement dégradant en leur demandant de se dénuder entièrement sous leurs yeux. Tout en les exposant à leurs regards, les autorités ont férocement procédé à la fouille en saccageant plusieurs cellules, perçant les sachets de nourriture, répandant au sol les vêtements, insultant les prisonnières. Le prétexte avancé par l’administration pénitentiaire (AP) pour cette intervention violente et humiliante serait la lutte contre le terrorisme en prison.

De fait, ces violences servent avant-tout à intimider les prisonnières que l’AP juge trop « radicalisées ». À cela s’ajoutent les nouvelles conditions imposées par l’AP depuis plusieurs mois : impossibilité de cantiner du tabac, distribution de masques aux prisonnières seulement à partir de mi-octobre, UVF (Unités de visite familiales) et activités supprimées, stricts protocoles sanitaires (parloirs hygiaphones, vitres en plexiglas, etc.) mais réduction des temps de parloir. Plein de salles de parloir sont pourtant vides. Des prisonnières ont organisé collectivement des refus de remonter de promenade ces derniers jours, protestant contre des coupures d’eau arbitraires, et ont été pour cette raison transférées au QI (quartier d’isolement).

Comme ces événements le prouvent, la répression liée aux états d’urgence dehors est amplifiée à l’intérieur.

Force et soutien aux prisonnières de la MAF !

Mobilisation massive des assistant.e.s d’éducation dans les Hautes-Alpes

Communiqué de presse

Gap, le 1er décembre 2020

Ce mardi 1er décembre 2020, dans tous les établissements du département, les assistant.e.s d’éducation ont fait grève et se sont mobilisé.e.s pour de meilleures conditions d’emploi, de travail, la titularisation de tou.te.s les AED et le recrutement urgent de personnels pour renforcer des vies scolaires exsangues. Depuis hier soir, l’accueil des élèves est perturbé dans les internats du département, certains fermant purement et simplement (lycée Centre, lycée Honoré Romane). La fermeture des vies scolaires a contraint de nombreux établissements à communiquer vers les familles pour les encourager à ne pas scolariser leurs enfants aujourd’hui (Guillestre, Veynes, La Bâtie entre autres). Preuve du caractère indispensable de la présence des AED, ces personnels méprisé.e.s par l’administration ont empêché par une grève massivement suivie le fonctionnement normal des établissements scolaires du département. De Veynes, de Laragne, de La Bâtie, d’Embrun, de Gap, de Guillestre, une soixantaine d’AED et d’enseignant.e.s se sont rassemblé.e.s devant l’Inspection académique pour dénoncer les conditions insupportables dans lesquelles les AED travaillent. Repoussant sine die la proposition d’une rencontre avec une délégation d’AED afin de discuter leurs revendications, M me Albaric-Delpech, IADASEN des Hautes-Alpes, n’a fait que perpétuer l’impossibilité de tout dialogue social dans l’Education nationale et illustrer la surdité volontaire de l’administration.

Après cette journée de mobilisation réussie dans les Hautes-Alpes comme au niveau national où des centaines d’établissements ont dû refuser d’accueillir l’ensemble de leurs élèves, SUD-Solidaires éducation 05 continue de soutenir et de porter les revendications des assistant.e.s d’éducation. SUD-Solidaires éducation 05 soutiendra les futures mobilisations et poursuivra sans faille la lutte pour de meilleures conditions d’emploi et de travail des AED et de tous les personnels.

Sud-Solidaires Education 05

Deux articles d’analyse sur la frontière franco-italienne dans le briançonnais

La revue de géographie alpine a réalisé un numéro sur les réfugiés et la montagne. Loin de l’urgence et de l’analyse sur le fait, ce type de texte permet de prendre du recul sur les événements en les mettant en perspective. Deux articles ont attiré mon attention et méritent d’être lu tranquillement afin d’affuter nos réflexions sur nos rapports à cette localité, son histoire et son évolution en fonction des évenements.  Le premier s’intéresse à la notion de « montagne-refuge », retrace une histoire de ce concept, comment la montagne est aujourd’hui vu comme un lieu où la solidarité s’appliquerait de façon « naturelle ». Le second s’intéresse au maintien de l’orde à la frontière franco-italienne dans le briançonnais, analyse la traque policière comme technologie de domination.

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« Chez Roger » devant le tribunal de Gap Mardi 3 novembre

Mise à jour : le verdict sera rendu le 5 janvier.


Le procès de « Chez Roger » passe donc au tribunal ce Mardi 3 Novembre a 10h30.

Malgré le confinement, on maintient le rassemblement.

C’est maintenant ou jamais que l’ont doit être solidaire et en profiter pour ne pas tout accepter à l’aveugle.

RDV à 9h30 Chez Roger pour un convoi jusqu’au tribunal tous ensemble.

Ou rdv à 10h30 sur Place.

Sur Place:

-Vente de jus de pomme chaud

-table petit dej

Dans tout les cas, il y a un grand besoin en nourriture chez Roger.

Donc,  même formule qu’au premier Mai, ramener de la bouffe et cocher « assistance à personne dans le besoins »!

Riz / sardines / œuf / huile / poulet / cube magie / oignons / semoule / sauce tomate / savon / sac poubelles

Apporter directement chez Roger (3bis cours du Vieux Moulin, derrière la pep) à 9h30 ou sur place vers 10h30.

On ramène son croissant, son masque, son attestation et on vient sans sa carte d’identité. ;-)

Merci et à Mardi!!

Pourquoi le nouveau lieu d’accueil « Chez Roger » ?

Le continent africain, déchiré par la colonisation et l’esclavagisme récent est meurtri de profondes blessures. Les climats politiques y sont souvent devenus sanglants et autoritaires. Les pays riches occidentaux en profitent au passage pour perpétuer un colonialisme désormais économique. A la clé, notamment, l’accès à des minerais qui composent ensuite nos ordinateurs, smartphones, télés, ou alimentent nos centrales nucléaires.

Fuyant la persécution, l’exploitation, la misère, des personnes se retrouvent prises dans un parcours migratoire forcé. On ne peut plus fermer les yeux sur le réseau de trafic d’êtres humains existant qui les menent vers des pays où le travail forcé est de mise (Algérie, Lybie) et qui les poussent à chercher la sécurité toujours plus loin : vers les riches pays occidentaux. Fuir son foyer, ses enfants, sa famille, ses amis, n’est un plaisir pour personne. Le chemin est semé d’embûches, bien souvent de torture et de sinistres événements.

Les personnes exilées arrivent donc en Europe, souvent par l’Italie. Certaines décident de venir en France par les montagnes, une partie arrivant par Briançon. Dans la loi française, le gouvernement doit proposer un hébergement aux demandeurs d’asile le temps de la procédure. En réalité, nombre d’entre eux et notamment des mineurs sont sans logement et à la rue dans le département, entre autre, à Gap.

C’est pourquoi :

* En Octobre 2016, la maison Cézanne a été occupée pour loger les exilés sans toit. Le collectif « un toit un droit » à été créé.

* Fin 2017. Le gouvernement propose d’ouvrir un centre d’hébergement pour les exilés d’une cinquantaine de places. La mairie s’y oppose.

[Deux structures sont en projet à Gap. L’une pour accueillir 30 mineurs non accompagnés, l’autre pour 50 demandeurs d’asile. L’état et le conseil départemental sont à l’origine de ces créations de structures. Selon nos confrères de Alpes 1, Roger Didier, le maire de Gap, dit non à la création de ces 80 places. Il déclare : « La commune dispose déjà sur son territoire de suffisamment de places d’hébergement officielles pour ne pas y concentrer 80 places supplémentaires ».

Source : France Info PACA : publié le 6 Décembre 2017.]

Dans les faits, une trentaine de mineurs non pris en charge et une cinquantaine de personnes laissées pour compte. Les chiffres parlent d’eux même.

* 16 Octobre 2018: La maison Cézanne est expulsée : 20 personnes à la rue. Un campement se fait devant la préfecture. Malgré une tentative de dialogue, aucune proposition de lieu perenne n’est enclenchée, ni d’hébergement.

* 19 Octobre 2018 : Ouverture du CESAI en centre ville qui protège vite une cinquantaine de personnes exilées (notamment des mineurs, des familles, des femmes et enfants) et des personnes sans domicile fixe. Différentes associations y gravitent en soutient (Médecin du monde, réseau hospitalités, les 3 + 4 de Birançon, divers soutien autonome…), mais aucune collaboration ni dialogue, entre cette réalité et la mairie ne s’opère.

* 19 Aout 2020 : Le CESAI se voit expulser de force. L’expulsion est autorisée par la préfète de Gap Martine Clavel, orchestrée par le directeur du cabinet de la préfète et soutenue par le Maire de Gap Roger Didier. La cour d’appel de Grenoble stipule dans sa décision qu’après le passage de l’huissier pour délivrer le commandement de quitter les lieux, les occupants disposent d’un délai de deux mois supplémentaire pour quitter les lieux. Une expulsion de force peut être appliquée seulement après ce délai. Dans les faits, l’huissier, Mr Scarcella, a appliqué une expulsion de force autorisée par la préfecture sans respecter le délai de deux mois.

Une cinquantaine de personnes se retrouvent du jour au lendemain sans toit sur la tête. Quelques familles sont relogés en camping pour une durée inconnue. Le camping ne serait payé que jusqu’à la fin du mois d’août. Les mineurs ne sont pas pris en charge. La préfecture confond allègrement « adresse » et « domiciliation postale » pour grossir ses chiffres de prise en charge.

* 28 Août 2020 : Le 3 Cours du Vieux Moulin « Chez Roger » est occupé, pour mettre ces personnes à l’abri. À ce jour, une vingtaine de mineurs, une quarantaine de personnes sont protégées. Une nouvelle fois, Roger Didier n’est pas dans la coopération et le dialogue pour considérer cette situation et trouver une solution perenne. Ce lieu est vide depuis plusieurs années, alors que des gens dorment dehors.

N’oublions pas que certaines mairies sont solidaires et coopèrent avec les associations pour faciliter l’accueil de ces personnes. Ce n’est pas le cas de Roger Didier qui se contente de renvoyer la responsabilité à la préfecture. Celle-ci agit contre la dignité de ces personnes. Ils devient donc nécessaire d’occuper des lieux vides pour les protéger tant que cette réalité ne sera pas prise en compte globalement.

Nous demandons un lieu d’hébergement pérenne pour toutes les personnes à la rue, avec ou sans papiers.

Nous alertons également sur le fait que certaines personnes solidaires ne vivant pas sur place passent pour apporter un soutien matériel, moral ou juridique pour s’y retrouver dans les abîmes de la justice et de l’administration française.

Ces personnes donnent énormément de leur temps sans contrepartie autre qu’humaine, nous tenons à les remercier et à rappeler qu’il est inadmissible de devoir s’épuiser et lutter contre l’administration française pour quelle prenne soin des plus fragiles alors que nous sommes soit disant dans le pays des droits de l’Homme…

Nouveau squat pour les exilés à Gap

Venez toutes et tous au nouveau squat d’exilés « Chez Roger » (le Cesai 2) à Gap !

Nous avons besoin de monde pour tenir la batisse pour le week end. ‘adresse : 3 cours du vieux moulin. Ex bâtiment Afpa. Entre la Pépinière et Leclerc. Venez dès que vous pouvez.

Si possible prenez de quoi faire à manger, nettoyer les lieux, dormir, meubler, aménager, de la bouffe…et du soutien ! faites tourner !


Communiqué du collectif Cesaï :

Le collectif Césaï tient à remercier Roger Didier

Roger Didier ayant été choqué par le communiqué de presse de la préfète du 20/08/2020 concernant l’expulsion du Césaï, a décidé de mettre l’un de ses nombreux bâtiments personnels vides à la disposition des plus démunis.

Ne pouvant plus rester sans rien faire face à ces 52 personnes expulsées mercredi 19 août, il a choisi de transformer en actes ses convictions démocratiques. « Chez Roger » ouvre donc ses portes pour offrir un toit à tout ceux que l’État met à la rue.

Conscient que chaque demandeur d’asile a droit à des conditions matérielles d’accueil ; une aide financière et un logement (décret n° 2012-1208 du 30 octobre 2012) et que l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) et le 115 (Samu Social) ont trop peu de moyens à leur disposition, il se devait d’agir.

Les témoignages du personnel du 115 expliquant que, dépassé par le nombre de SDF gapençais dans le besoin n’avait d’autre possibilité que de les rediriger vers le Césaï (squat expulsé rue de l’imprimerie), n’ont pas laissé notre maire indifférent et une solution s’est imposée : ouvrir un de ses bâtiments vides à Gap.

En effet, sur 52 personnes présentes le jour de l’évacuation du Cesaï, seules 21 se sont vu proposer des places provisoires au camping Napoléon (les fameux hébergements d’urgence de l’État). En parallèle, les femmes demandeuses d’asile logées à l’hôtel par le Samu Social ont été informées mi-août qu’elles devaient quitter leur chambre à la fin du mois. Étant donné que les 115 places en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) proposées aux personnes vivant dans les rues des grandes villes, que les 40 places en Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asiles (HUDA) correspondent à des nuitées en hôtel sans la possibilité de se faire à manger et que les 105 places en hébergement d’urgence généraliste (HU) ne suffisent déjà pas à mettre à l’abri les SDF et qu’en plus l’ensemble de ces places sont réparties dans tout le département : le calcul est simple il n’y a pas assez de place pour toutes les personnes dans le besoin.

Ainsi, par ce geste Roger Didier a décidé de palier lui-même aux carences de l’État dans un soucis de représenter nos belles valeurs républicaines que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et rend ainsi un juste hommage à l’armée Africaine qui a libéré notre ville en ce jour fatidique du 20 août 1944.

Compte-rendu d’un an de collectif anti-répression 04-05

Voilà un an maintenant que, suite aux rencontres/ateliers organisés lors de l’Atomik Tour en avril 2019, nous avons lancé le Café_Taule.

A la base, réuni.e.s autour de la création d’une légal team, nous avons basculé vers l’anti rép car, même si nous continuons à tenter de soutenir des personnes inculpées qui le demandent (reconnaissons que la plupart avaient les connaissances nécessaires pour trouver un avocat sans nous, tel Fabrice par exemple https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2162 ) et à organiser des temps d’inter formation ( https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 mais aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 ), nous avons très vite dit que l’idéal était de se débarrasser du triptyque police-tribunal-prison.

Pour soutenir les prisonniers et leurs proches, concrètement, nous avons mis en place une permanence hebdomadaire devant le mur de la Maison d’Arrêt de Gap, baptisée Café-Taule. L’ambition principale était de créer du lien avec les familles des enfermés (exclusivement des hommes à Gap). On a passé la plupart de nos mercredis à offrir le café et le croissant aux personnes se rendant aux parloirs.

Ça c’était l’objectif principal. On a rapidement eu envie d’avoir un support écrit qui regrouperait le maximum d’infos pratiques sur la taule et à destination des proches. En janvier sort donc la « Brochure à destination des proches de prisonniers de la Maison d’Arrêt de Gap » (https://valleesenlutte.noblogs.org/files/2020/01/brochure-prison.pdf ).

À cette occasion on est invités à Paris à la journée du GENEPI (https://www.genepi.fr/journee-anticarcerale-du-genepi/) pour présenter nos actions en présence de nombreuses personnes et collectifs venus échanger autour de la taule. Avant ça, à l’automne, on était aussi partis trois jours dans la Drôme animer trois soirées (Romans, Saillans, Die) sur l’enfermement (écoutes d’émissions de radio, ateliers de correspondances avec des prisonnier.e.s, discussions, projections de films et pièce de théâtre : https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2251 ).

On a proposé aussi des correspondances avec les prisonniers, qui ont donné lieu à quelques échanges de lettres, mais qui ne se sont guère poursuivis dans le temps.

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Aujourd’hui on essaie de présenter un bilan de cette année, pour nous d’abord, parce qu’on est peu (vraiment très peu !) et remplis de questionnements.

On pense que les systèmes répressifs et carcéraux sont absolument au cœur de toutes les luttes, tout comme devraient l’être la lutte antipatriarcale ou antiraciste par exemple. Bien sûr on peut s’opposer à un projet de nouveau CRA (prisons pour sans papiers), de nouvelle taule, de nouvel aéroport, de nouveau Center Parc, de femeture d’un service public local, de projet de loi, ou d’une politique. Mais l’enfermement et la répression ne sont pas un projet mais les « valeurs » d’un système et donc présents partout. Dans tous les combats on est potentiellement confronté à la répression qui s’abat dès que la lutte sort des sentiers battus. On ne peut pas penser lutter en omettant de parler de taule, d’HP, de flics etc. Ce combat ne se superpose pas à d’autres, peut-être plus concrets parce que matérialisés, mais en est au cœur.

D’où un premier constat, notre action parle peu. Que ce soit avec les familles des taulards, avec les prisonniers eux mêmes, avec les militants du coin (gilets jaunes ou syndicalistes), nous ne parvenons pas assez à créer du lien et à mettre sur la table les questions sur l’enfermement. Est ce qu’on est totalement à coté de la plaque et que la taule et la répression sont quelque chose de totalement admis et normal pour qu’on en parle pas ? Les médias ont ils tellement bien fait leur boulot que la justice de classe ne fait qu’entériner ce discours comme quoi les étrangers et les pauvres sont forcément des délinquants et des terroristes?

Pourtant, nous , on a envie de parler d’autonomie de la justice, de justice non institutionnelle et réparatrice, d’abolition de la police, des tribunaux et de la prison, de prise en charge au sein d’une communauté. On n’est pas là pour nier les faits mais on veut poser la question : face à l’état et au capitalisme, comment imaginer l’abolition de la répression, au même titre qu’on cultive son potager pour se passer de la grande distribution ou de l’agriculture industrielle. Et on ne se la joue pas « faut faire comme ci ou comme ça », on veut aborder la question de façon humble.

Deuxième constat : on a du mal à s’investir avec les familles et les proches qui vont aux parloirs (neuf fois sur dix des femmes…). Déjà parce que la plupart sont rodé.e.s : la prison fait partie de leur vie et en fera sans doute toujours partie, alors on est qui pour eux-elles ? Quand le mec, le fils, le frère, le père sort, plus de nouvelles et on comprend. On comprend que c’est chouette de boire un café à la sortie du parloir et de tchatcher dix minutes de comment c’est en ce moment, des nouvelles d’un procès, d’une demande de mise en liberté, d’une hospitalisation, d’une recherche de taff. Puis quand on demande si ça intéresse de corriger la brochure parce que ça change tout le temps à l’intérieur, « oui, oui », puis en fait rien ou peu.

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Alors est-ce qu’on continue les perms ? À qui ça sert à part nous ? Nous, on aime bien, c’est l’occasion de se voir, de discuter, d’aller manger un kebab en ville…

Ce qui est sûr c’est que ça emmerde les flics et la matonnerie. La police municipale passe systématiquement, il y a des amendes, il y a eu le procès du 12 mars (https://valleesenlutte.noblogs.org/post/2020/05/06/un-exemple-banal-dun-systeme-repressif-qui-sauto-alimente/ et aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2749 ), il y a aussi le regard noir du taulier, de ses surveillants et de certains riverains. C’est peut être un peu pour ça aussi qu’on aime bien !

Mais quand même on aimerait être plus nombreux-ses d’autant que certain.e.s d’entre nous ne vont pas pouvoir assurer ces prochains temps et que si on n’est pas régulier, c’est mort. Les maisons d’arrêt c’est que des peines (relativement) courtes, du coup ça rentre et ça sort tout le temps, ce qui veut dire nouvelles familles, nouveaux liens et tout à recommencer ; alors si on n’est pas là tous les mercredis on perd les contacts et notre légitimité.

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Aussi on recrute ! Pour l’instant c’est les mercredis mais ça peut aussi être le samedi. Et plus globalement on est ouverts pour discuter, s’organiser etc.

Donc on vous attend au café-taule tous les mercredis devant la maison d’arrêt de Gap. On a aussi programmé une réunion, laissez-nous un message sur cafe_taule@riseup.net pour savoir le lieu et la date précises.

Communiqué expulsion du Cesaï

Mise à jour 23/08

La place de la préfecture a été évacuée samedi 22 août par les « forces de l’ordre ».


Mercredi 19 août, six heures, des policiers enfoncent à coup de bélier les portes des chambres des habitants du Césaï, le centre social auto-géré de Gap. Ils regroupent tout le monde dans une cour, effectuent des vérifications d’identité. C’est le début de l’expulsion du Cesaï.

Bilan : 43 personnes dehors, 20 hébergées dans des camping, 2 embarquées au poste. 43 exilé.e.s et sans abris qui ont à peine eu le temps de prendre leurs affaires, de ramasser de la nourriture avant que le Cesaï ne soit muré. 43 personnes sur la place Saint Arnoux, devant la préfecture, bientôt rejoints par des militant.e.s.

Un campement s’organise en attendant une solution qui ne viendra pas de la préfecture, celle-ci craignant toujours plus le fameux «appel d’air». En attendant un endroit où dormir et poser leur sac, familles, jeunes déminorisés, dublinés, sans abris, sont tous ébahis de se retrouver en quelques heures sans logement.

Une expulsion au mépris de toutes les règles, de toutes les lois. La préfecture s’est bien gardé de dire qu’un délai supplémentaire de deux mois était prévu par la cour d’appel de Grenoble après la visite préalable de l’huissier, sans les forces de l’ordre, qui n’a jamais eu lieu. N’ayant pas été prévenus, les habitants n’ont pas exprimé de refus.

Ce n’était pas une opération dans la loi mais une expulsion violente et illégale, menée tambour battant. En bonus, le sarcasme de Mr Scarcella, huissier assermenté, qui assure avoir remis le commandement de quitter le lieu, puis ment sur la décision de la cour d’appel et finit par déclarer : «c’est votre parole contre la mienne».

Et maintenant ? On a besoin de soutien. 43 personnes à la rue qui auront besoin d’un toit, de lits, de couvertures. On dort ce soir devant la préfecture. Et demain ? Impro totale.

Tout le monde déteste le tourisme (B. Duterme)

Nous publions ici un entretien avec Bernard Duterme (11 décembre 2018), qui a coordonné l’ouvrage La Domination touristique, paru initialement sur le site https://grozeille.co

 

G – Qu’est-ce qu’un touriste ? A partir de quand cesse-t-on de voyager, de rendre visite, de se balader, pour « faire du tourisme » ?

Bernard Duterme – Le fait de distinguer le « voyage », la « visite », la « balade », etc. du « tourisme » semble précisément être, à mes yeux, un réflexe distinctif inhérent aux pratiques touristiques elles-mêmes, à savoir ces pratiques qui consistent à franchir une frontière à des fins récréatives – frontière nationale dans le cas du « tourisme international » que nous traitons dans La domination touristique (CETRI, 2018). De notre côté, considérons donc comme touriste, indistinctement, toute personne qui a le loisir de migrer hors frontières pour un séjour, une itinérance, un minitrip, un périple, une immersion, une plongée ou un « tour » d’une journée, de deux semaines ou de plusieurs mois.

Que ce touriste puisse ensuite se différencier des autres, c’est un fait, mais il n’en reste pas moins un touriste à part entière, souvent à son grand dam d’ailleurs. C’est que quand l’enjeu revient à se démarquer, à se singulariser, à « montrer que l’on sait, mieux que d’autres, jouir du spectacle du monde » (pour reprendre les mots de l’historien Sylvain Venayre), il n’y a rien de plus blessant que d’être ramené à son état commun. On a là une tendance de fond : à la massification touristique répond la stratification des pratiques : le « bon touriste » fuit méthodiquement le « mauvais » (le « touriste moutonnier », le « bronzer idiot »…) qui finit par l’imiter. Le nanti recherche l’échappée et la sérénité ; l’aspirant nanti fréquente les périodes et les endroits populeux. Le premier valorise ses capitaux sociaux, spatiaux et linguistiques ; le second les bons moments, les clichés et les extras.

Les diverses appellations mobilisées ou les « styles de vie » correspondants – voyageur vs touriste, vacancier nomade vs vacancier sédentaire, aventure vs farniente, isolement vs grégarité, etc. – renvoient à un usage social différencié du même phénomène touristique. Phénomène qui se décline dès lors presque à l’infini, selon la fréquence et les destinations privilégiées, les attentes énoncées et les sens attribués, la diversité et la qualité des formules retenues, la segmentation et la répartition des types de séjour ou de circuit, les fonctions et les légitimations du voyage… Dans le tourisme, les pratiques différenciatrices et les comportements de classe reproduisent les écarts sociaux et culturels, quand ils ne les creusent pas.

G – Comment le tourisme est-il historiquement devenu un « fait social total » 1 ? Pourquoi définir aujourd’hui le tourisme comme une « domination » ?

B.D – Le développement de l’accès au tourisme et la montée en puissance de la démarche touristique comme « fait social total », c’est d’abord l’histoire des social-démocraties occidentales du 20e siècle. L’histoire des luttes et des politiques sociales, des congés payés, de la croissance de l’économie et du niveau de vie, de l’explosion des temps libres, de la société de consommation et du spectacle. L’histoire du développement des technologies, de l’accélération des communications, du rétrécissement des distances réelles et virtuelles. Celle aussi de la libéralisation du marché aérien et des échanges. L’histoire du « tourisme social », associatif et militant, « pour le divertissement et l’émancipation des classes populaires » (Unat.asso.fr), puis celle du « low cost », agressif et marchand, « pour toutes les occasions et de super économies » (Ryanair.com).

Le tourisme comme « fait social total » – en ce sens que l’ensemble des dimensions du social s’y donne à voir : l’économique, le politique, le symbolique, etc. – met en présence tour-opérateurs, visiteurs et visités. En présence asymétrique. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s’imitent ou se distinguent, les derniers se précipitent ou se retirent. Le tout, dans un environnement que les uns et les autres dégradent ou remodèlent. En cela, le tourisme, appréhendé comme un marché où se croisent des offres et des demandes, traduit bien un rapport social de domination. Il s’agit de rappeler les formes de domination inhérentes au phénomène, d’observer les réalités du tourisme mondialisé, sans passer à côté des schémas inégalitaires et des polarisations qui le constituent, des disparités d’accès et des usages du travail et de l’environnement qui le sous-tendent.

G – Que signifie, concrètement, la « mise en tourisme », la « touristification » d’un lieu, d’une ville, d’un littoral ? Aujourd’hui, la moindre ville a un office du tourisme. Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être ?

B.D – Un endroit « mis en tourisme », « touristifié » est un lieu lambda devenu « destination », réceptacle potentiel de voyages d’agrément et de visiteurs de plaisance. Un cadre accueillant prêt à être photographié, consommé, voire consumé. C’est une localité, une région, une riviera, une montagne qui s’est adaptée – matériellement, esthétiquement, organiquement – pour attirer le touriste, qui a été convertie en « merveilleuse terre de vacances », promue et vendue comme telle sur le marché hautement concurrentiel du dépaysement… où l’emportent les stations et sites les plus beaux, les plus sûrs et confortables, les plus ensoleillés ou enneigés, les plus typiques, authentiques et exotiques mais pas trop, les plus « démocratiques » ou haut de gamme, les plus éphémères ou éternels, etc.

Pour exister sur ce marché des destinations idéales, il s’agit de gagner en « touristicité ». Comment ? En collant au maximum aux critères utilisés pour classer les plus accueillants des lieux « mis en tourisme ». Ces critères – constitutifs du « Travel & Tourism Competitiveness Index » édité par le Forum économique de Davos – renvoient pour l’essentiel aux responsabilités publiques en matière de qualité des infrastructures (Air Transport Infrastructure, Tourist Service Infrastructure…), de facilité d’accès (International Openness, Information and Communication Technologies Readiness…), de sécurité du cadre (Safety and Security, Health and Hygiene…) et, bien sûr, de force concurrentielle (Price Competitiveness, Business Environment, Labour Market…). En clair, l’« Indice de compétitivité touristique » encourage explicitement le nivellement par le bas de toute forme de régulation sociale, fiscale et environnementale, auquel s’emploient de fait les pays de destination lointains pour créer, en fonction de leurs « avantages comparatifs », les conditions nécessaires à une augmentation de leur part de marché.

Il est beau le monde touristisé

Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être, pour autant ? Oui et non. Oui, parce que l’expansion et la diversification tous azimuts – thématique et géographique – de l’offre touristique semblent ne pas avoir de limites (tourismes ethnique, extrême, polaire, spatial…). Et parce que prévaut aux quatre coins de la planète, cette soif de bénéficier, même marginalement, de la manne touristique, considérée comme panacée universelle. Non, parce qu’en matière de valorisation marchande des décors naturels, patrimoniaux, humains… dont le tourisme est friand, tous les lieux ne recèlent pas le même pouvoir attractif. Au Guatemala, pour ne prendre qu’un seul exemple parlant, les régions où les peuples indigènes mayas ne portent pas au quotidien leurs magnifiques vêtements « traditionnels » restent terra incognita des catalogues et flux touristiques.

G- Comment expliquer que le tourisme soit une activité si prisée et pratiquée, alors qu’il rend les lieux de plus en plus uniformes, artificiels, et confortables – c’est-à-dire ennuyeux ?

B.D – On pourrait également se demander pourquoi les galeries commerçantes sont si courues, alors qu’elles participent de facto d’une standardisation de la consommation et du divertissement. La métaphore filée par Rodolphe Christin dans Critique de la déraison touristique (2014) apporte quelques éléments de réponse. Il y assimile « lieu touristique » et « centre commercial » et analyse comment s’y combinent « fonctions de déambulation et de consommation » pour « hédonistes rentiers » qui ont « accumulé suffisamment de ressources » durant leurs périodes de travail « pour faire ce qui leur plaît » durant ces parenthèses de liberté. « Comme le touriste, le passant, seul ou en groupe, professionnel ou affinitaire, flâne au milieu de tentations multiples ; il observe, frôle, croise furtivement ses semblables sans les rencontrer, sauf lors d’un contact commercial. » Comme la galerie marchande, la mise en marché touristique offre des espaces de restauration, de récréation, de souci de soi, de regard sur les autres, version superficielle et réenchantée du monde réel, où « le conso-flâneur » peut aller et venir, « idéalement anonyme, dégagé de toute appartenance et responsabilité », en s’adonnant à « la petite jouissance d’une déambulation de lèche-vitrine ». Le même auteur explique plus loin : « Le capitalisme a fait du loisir un commerce et la puissance d’enchantement de l’industrie touristique repose sur sa capacité à faire oublier son caractère précisément industriel, (…) soumis aux règles d’un productivisme et d’un consumérisme sans frontières, faisant peu de cas de l’idiosyncrasie des accueillants et des accueillis. »

En filigrane de ce tour de force, opère ce que j’appelle dans La domination touristique (CETRI, 2018) « l’illusion de l’exotisme », ce supposé goût pour l’étrangeté de l’autre qu’exploite le tourisme, cette fascination pour l’altérité lointaine, pour la différence fantasmée qui serait inscrite au cœur des ressorts du voyage (ou pour le moins de sa promotion). D’une part, la plupart des partants, même s’ils affichent volontiers « l’évasion » et le « dépaysement » parmi leurs motivations, n’aspirent pas à l’altérité ni au décentrement culturel, des notions très situées socialement et à vocation distinctive. D’autre part, lorsque ces notions opèrent effectivement comme objets de quête touristique, elles renvoient moins à une population ou à un endroit réel qu’à un point de vue sur ceux-ci, à une manière de les concevoir… produite par l’« exotisation » même des destinations à laquelle s’adonne le marché publicitaire. « Le tourisme fabrique de l’authentique en toc », résume Sylvie Brunel. À l’étranger lambda, on préférera sa représentation idéalisée, sa « staged authenticity », son « authenticité mise en scène », résultat d’un processus de construction de l’ailleurs – figure simplifiée, enjolivée, folklorisée de l’indigène accueillant –, tel qu’il doit apparaître pour gagner l’égard amusé du visiteur.

G – Des publications, outre la vôtre, sont venues gâcher les récréations estivales en signalant que le tourisme était aussi un problème écologique sous-estimé. Cela confirme-t-il vos analyses ?

B.D – Oui, le passif environnemental de l’industrie touristique tranche avec les bilans et perspectives idylliques qu’en dressent ses promoteurs. En l’état, la démocratisation réelle du secteur déborderait de facto les capacités d’absorption écologique du globe. Que ce soit en raison de la croissance continue des déplacements aériens (majoritaires dans les déplacements touristiques) ou de l’« empreinte » en hausse que représentent tant les pressions du secteur sur des ressources naturelles en voie de raréfaction (arrosage de golfs en régions arides, canons à neige artificielle en altitude, accaparements privatifs de terres fertiles ou de « milieux préservés »…), que la dégradation des littoraux, la pollution des eaux, la saturation des « capacités de charge » de sites en péril, les impasses dans le traitement des montagnes de déchets produites par les stations insulaires et l’envolée des croisières, l’expansion du tourisme met au grand jour son insoutenable… amplification. Sauf à considérer que l’aggravation de la vulnérabilité de centaines de millions de personnes affectées, et demain d’autant de réfugiés climatiques, n’est pas une priorité.

Déchets : la face cachée du tourisme de masse en Tunisie (source : http://multinationales.org/Dechets-la-face-cachee-du-tourisme-de-masse-en-Tunisie)

G – Les déplacements de masse prennent aujourd’hui deux formes principales : tourisme et migration. L’un est-il le revers de l’autre ? Comment s’effectue la distinction entre ces deux formes de « flux » ?

B.D. – Les communiqués euphoriques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce environ 1,4 milliard de séjours à l’étranger en 2018, pour 675 millions en 2000. Doublement du volume des flux touristiques en moins de vingt ans ! Pour autant, paradoxalement, l’accès à la mobilité de plaisance demeure un luxe inabordable pour l’essentiel de l’humanité. L’apanage de moins de 500 millions de personnes (dont une part croissante prend des vacances hors des frontières nationales plusieurs fois par an). Aujourd’hui, en réalité, moins d’une personne sur quinze à l’échelle mondiale est en position politique, culturelle ou économique de visiter les quatorze restantes. Rien de plus facile pour un Français ou un Belge aisé de se balader aux confins du monde, rien de plus difficile pour un Tchadien ou un Nigérien pauvre de sortir de son pays. En cela, les flux touristiques constituent un reflet assez fidèle de l’organisation de la planète et de ses disparités : migrations d’agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices. Comme si l’exercice même du droit à la mobilité – universalisé par la Déclaration des droits de l’homme – paraphrasait la célèbre fable de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les douanes vous rendront citoyen du monde ou assigné à résidence. »

G – Enfin, puisque, selon vous, l’écotourisme, le « volontourisme », le tourisme alternatif, le tourisme solidaire – entre autres niaiseries « responsables, durables et équitables » -, ne sont pas en mesure d’arrêter la transformation du monde et des comportements en marchandises : que faire ? Croyez-vous qu’il y ait vraiment quelque chose à attendre d’une « régulation » par le haut, alors que précisément, les instances internationales (comme l’OMT) tiennent à l’ordre économique du monde ?

B.D – De nombreux acteurs – l’OMT en tête ! –, conscients de l’inégale répartition des coûts et bénéfices (économiques, sociaux, culturels, environnementaux…) produits par le tourisme, plaident pour l’adoption de pratiques « éthiques » et « durables ». Très bien, mais comment l’adjonction d’un supplément d’âme à une logique délétère pourrait-elle renverser l’ordre des choses ? Entre les « projets d’impulsion » du secteur (« efficience énergétique » des stations balnéaires, « écoperformance » de l’irrigation des gazons en zones sèches, « compensation carbone » des déplacements aériens…), l’autolabellisation débridée et le filon des « tourismes de niches » – marchand ou associatif, de facto élitiste – pour pèlerins bobos en quête de voyages légitimes « au bout du monde », on peine à discerner les prémices d’un véritable et indispensable changement de perspective.

Selon les auteurs de La domination touristique, il n’y aura pas de tourisme durable possible sans remise en cause des mécanismes même de l’intrusion touristique, à savoir les politiques de libéralisation, de dérégulation, de marchandisation des lieux et des comportements, de folklorisation des populations locales, d’appropriation des espaces et des ressources sur lesquelles elle repose. Dès lors, les leviers du changement se situent bien dans les marges de manœuvre publiques, dans les possibilités de régulation des investissements et de limitation des flux, dans la fixation des termes de l’échange, l’implication des populations concernées, les capacités de canalisation des États, la définition de politiques coordonnées et l’agir d’appareils de réglementation internationaux. En douter, ce serait abandonner tout espoir de démocratiser le droit à la mobilité et de rendre son exercice viable. Ne pas en douter en revanche, je vous l’accorde, c’est se bercer d’illusions, tant manquent la volonté et les conditions politiques d’un renversement de tendance.