Mardi 16 février 2021 à 11H rassemblement devant le site Sanofi de Sisteron

La crise sanitaire que nous traversons ne stoppe en rien la volonté du gouvernement, il reste toujours sur la même logique libérale au service du Capital. Malgré les conséquences de la pandémie, plutôt que de répondre aux besoins fondamentaux des populations, son unique objectif est toujours de prioriser les actionnaires. Pour Sanofi : 7,2 milliards de bénéfices, 4 milliards de dividendes aux actionnaires.

Nous sommes bien dans une situation de crise où il y a urgence à prendre en compte les revendications des travailleurs pour permettre de gagner une société de progrès social.

C’est bien par la lutte qu’il nous faut y répondre, l’UD CGT 04 appelle donc au rassemblement dès le mardi 16 février 2021 à 11H devant le site sanofi en grève reconductible.

Retour sur une autoréduction à Paris et appel à démultiplier les actions

Retour sur l’autoréduction [du samedi 30 janvier] à Paris, action au cours de laquelle une soixantaine de militant.es ont bloqué les caisses d’un supermarché et obtenu l’accord de la direction pour partir avec le contenu de tous les caddies remplis de produits alimentaires et d’hygiène de première nécessité.

Nous étions samedi dernier une soixantaine de militant.es à réaliser une action d’autoréduction au Carrefour Market de la rue Nationale dans le 13e arrondissement de Paris. Notre but : réquisitionner des produits alimentaires et hygiéniques de première nécessité. Pendant toute la durée de la négociation, les caisses ont été bloquées, des tracts distribués aux salarié.es comme aux client.es et des slogans entonnés. Deux banderoles portaient nos messages : « Face à la précarité : Solidarité ! » et « Au Brésil, Carrefour assassine » car nous ne voulions pas oublier le meurtre de Joao Batista Rodrigues Freitas, un homme noir tabassé à mort en novembre dernier par des vigiles de Carrefour à Porto Alegre. Cet homicide avait entrainé de nombreuses manifestations et actions contre le groupe Carrefour au Brésil.

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Il est temps d’ouvrir un peu nos gueules et d’arrêter de parler de celle du loup !

[Repris de Marseille Infos Autonomes]

Brochure autodéfense juridique à l’usage des bergères et des bergers.

Nous sommes une petite équipe de bergères et de bergers, qui nous rencontrons depuis l’hiver 2019 pour réfléchir à nos conditions de travail, fatigué.es des mésaventures. On se rencontre de temps en temps pour casser l’isolement propre à notre travail. On essaie de poser les mots sur ce qu’on vit. La passion ou la soumission, les rapport salariaux avec les éleveurs, les salaires, les embauches, l’idéalisation du métier, etc…

Quand on estime une situation intenable on pousse un coup de gueule et on se casse – ou on se tait et on endure, dents serrées jusqu’à la fin du contrat, certain.es qu’on ne reviendra pas. Mais cette position nous est frustrante, car ok, nous on se sauve (et encore, on s’est tapées une saison pourrie) mais en partant on laisse la porte ouverte à ce que d’autres bergèr.es qui n’ont pas eu le mot se retrouvent à notre place…Alors on aimerait que ça bouge.

On écrit cette brochure sur le tas, d’après nos expériences, avec le désir de ce que, mieux outillé.es, nous puissions longtemps continuer à vagabonder sur plaines collines et montagnes, sans aigrir, perdre notre patience ou notre amour pour la montagne et les moutons… C’est un travail en cours, avec tous les défauts que ça représente, si t’as des trucs à y dire, redire ou contribuer,on est preneuses, écris nous à :
postemouton@riseup.net.

La brochure en pdf

  1. Travailler comme bergere : chercher un “bon” poste
  2. Le contrat, le début du travail
  3. Fin de contrat “normal”
  4. Si ça va mal… la rupture
  5. Sur l’éthique de recourir au contrôle de l’Etat

 

Lettres ouvertes et récits d’expérience

Histoires vraies de vrai(e)s berger(e)s

S’il vous plait on n’est pas trop d’accord Madame la comtesse !

J’étais convoqué au poulailler d’embrun ce mercredi pour plainte de Mme Boyer la députée de Gap. Elle porte plainte pour la décoration de son local de députée sans dégradation (tout était propre une heure après) lors d’une manif contre les retraites. Je suis accusée de menaces, diffamation et tentative d’influence auprès d’élus afin d’obtenir un vote en faveur de ses opinions… 

Je ne savais pas si puissant avec une bombe de peinture… Elle devrait faire un stage de confiance en soi, parce qu’elle fragile cette dame…. 

On ne peut donc plus manifester sa colère, ces aristocrates veulent punir la populace qui se met colère. Elle peut voter le fait que je dois travailler jusqu’à 67 ans, c’est à dire monter encore 20 ans sur un toit en plein cagnard alors que parfois à 47 ans mon corps rechigne…. Elle la bureaucrate qui n’a jamais travaillé de sa vie (attaché parlementaire et députée que du show business), elle qui détruit l’hôpital public avec les politiques qu’elle vote ou soutien depuis 2012 …… Je l’aurais insulté et menacé en la traitant de raclure ou en marquant qu’elle détruisait l’hôpital public, elle qui a soutenu tout et son contraire pour se faire élire députée…. Doit-on manifester en disant, comme slogan “si vous plait on n’est pas trop d’accord” 

Elle, l’actionnaire de la polyclinique privée dont son mari est président…. Le développement des services privées passent par la destruction des services publiques… Le jour vous avez que des écoles publiques qui ne marchent pas, vous mettez vos enfants dans le privé. La destruction de l’hôpital public est en marche et cela fait la fortune des actionnaires des cliniques privés qui sont en plein boom…. 

Lire la suite sur le blog Le monde est une île

Procès de travailleur.euses détaché.e.s contre Laboral Terra et 7 entreprises agricoles françaises

Luttons contre l’exploitation de la main-d’œuvre étrangère et contre les discriminations, pour une égalité de droits entre tous les travailleur.euse.s du monde agricole !

Mardi 16 juin 2020¹, au conseil de prud’hommes d’Arles, est prévue une nouvelle audience du procès de cinq travailleur.euse.s agricoles marocain.e.s et espagnol.e.s contre l’entreprise de travail temporaire (ETT) Laboral Terra et sept entreprises agricoles françaises. Face aux multiples renvois et au dépôt de bilan de l’ETT Laboral Terra qui a perturbé le déroulement de l’affaire, cette nouvelle audience devrait être l’ultime étape de cette procédure entamée en 2017 ! Cette plainte a été déposée pour des motifs de travail dissimulé, de non-paiement d’heures travaillées, de non-respect des personnes, du code du travail et des conventions collectives.

Parallèlement à cette affaire, une autre plainte a été déposée par une partie de ces travailleur.euse.s auprès du procureur de la République d’Avignon pour faire la lumière sur les conditions de travail de ces salarié.e.s. L’enquête est toujours en cours.

Le patriotisme alimentaire de circonstance et la rhétorique martiale du gouvernement appelant à « lever une armée de volontaires » pour « sauver l’agriculture française » cache mal ce que la fermeture des frontières consécutive à la pandémie liée au Covid-19 a rendu manifeste : la dépendance de la société entière aux travailleur.euse.s saisonnier.ère.s agricoles étranger.ère.s venant chaque année combler le besoin de main-d’œuvre dit « temporaire » des exploitations agricoles françaises.

Il est important de dépasser les discours dominants qui réduisent les travailleur.euse.s détaché.e.s à une variable d’ajustement aisément remplaçable par des volontaires dévoué.e.s, alors que leur présence constitue au contraire une nécessité structurelle du système agro-industriel. D’ailleurs les employeurs le savent bien, puisqu’ils vantent tous, le professionnalisme et les compétences de cette main-d’œuvre étrangère indispensable au fonctionnement de leurs entreprises. Il est d’autant plus urgent d’apporter un autre éclairage sur les enseignements de cette crise, condamner les inégalités de traitement, de qualification et de rémunération, tout en renforçant la solidarité avec et entre les travailleur.eus.es de la terre.

Ainsi, nous avons besoin d’une décision forte de la part du Conseil de prud’hommes d’Arles pour dénoncer le dumping social à l’œuvre, les pratiques illégales et indignes qui dégradent les conditions d’existence des travailleur.euse.s détaché.e.s, et la logique d’exploitation, de discrimination systémique qui gouverne et grangrène l’emploi dans le monde agricole contemporain.

Le 4 mai 2020, CODETRAS – Collectif de défense des travailleur.euse.s étranger.ère.s dans l’agriculture

¹ Le procès qui devait se tenir initialement le 12 mai a été reporté au 16 juin. L’audience pourrait se tenir à huis clos pour des raisons sanitaires.

Travailleurs étrangers agricoles, l’exploitation en plus de la crise sanitaire

La fermeture des frontières et les mesures de confinement mises en place suite à l’épidémie du coronavirus ont rendu criante la nécessité d’embauche des travailleurs étrangers saisonniers pour le maintien de la production dans les grandes exploitations agricoles en France et dans différents pays de l’Europe de l’ouest. Comme on peut le lire dans l’un des articles proposé ci-dessous : « Cette difficulté à recruter de la main-d’œuvre saisonnière, incontournable dans le secteur, jette une lumière crue sur le système du premier pays agricole européen. Les grosses exploitations françaises reposent en grande partie sur l’emploi précaire d’une main-d’œuvre étrangère, mal payée, souvent externalisée, invisibilisée dans les statistiques et parfois non déclarée. »

Les solutions envisagées récemment pour pallier à ce manque de main d’œuvre prennent ainsi différentes formes selon les pays : affrètement par vols charters depuis les pays de provenance des ouvriers agricoles jusqu’au pays d’embauche comme pour l’Allemagne, l’Autriche ou l’Angleterre, proposition de régularisation massive de travailleurs sans papiers en Italie, ou encore grande opération de recrutement cherchant à substituer les travailleurs étrangers par une main d’œuvre locale en France. Le respect de la santé des travailleurs et les précautions sanitaires face à l’épidémie trouvent ici encore, comme dans bien d’autres secteurs, des limites s’arrêtant aux besoins de l’économie. Et si le recours massif à l’exploitation de la main d’œuvre étrangère nécessaire à la compétitivité du secteur agricole ne peut être aujourd’hui que difficilement nié, les conditions de travail ne sont pas pour autant améliorées, et la liberté de circulation des personnes demeure quant à elle encore et toujours soumise aux intérêts financiers…

Quelques articles à lire :

– Communiqué – Collectif de Défense des travailleur-euses étranger-ères dans l’agriculture

Créé en 2003, les objectifs du CODETRAS restent la lutte contre l’exploitation de la main-d’œuvre étrangère, contre les dénis de droits, contre les discriminations et contre toutes formes d’exploitation dans l’agriculture. Il associe en son sein des paysans, des syndicats, des associations, des militants, des chercheurs.ses, des journalistes, des avocats et juristes…

Publié sur Mars Infos Autonomes, le 30 avril : https://mars-infos.org/communique-collectif-de-defense-5051

– Derrière l’appel à la main-d’œuvre, les difficultés d’un monde agricole précarisé

L’appel à venir renforcer « la grande armée de l’agriculture », lancé par le ministère de l’agriculture, a vu affluer quelque 240 000 candidats. Mais la plupart restent sans réponse, tant les offres d’emploi restent limitées. Explications sur la précarisation du monde salarial agricole.

Paru dans Médiapart, le 21 avril.

– Appel à travailler dans les champs : « Tout est fait pour maintenir un système qui précarise et appauvrit »

Face au manque de main d’œuvre étrangère, plus de 200 000 personnes se sont portées candidates pour rejoindre des exploitations agricoles. Des professionnels s’inquiètent cependant de cet afflux précipité de travailleurs, mal préparés à affronter des conditions d’emploi difficiles, voire dangereuses.

Paru dans Bastamag, le 17 avril : https://www.bastamag.net/contrat-saisonnier-agricole-condition-de-travail-SMIC-pesticides-TMS-covid19-coronavirus

– Travailleuses détachées dans l’agriculture, elles racontent leur calvaire en France

Les « travailleurs détachés » — qui viennent de Pologne, d’Espagne, de Roumanie… — fournissent une grande part de la main d’œuvre dans les campagnes françaises. Ce statut vulnérable et précaire permet de nombreux abus, dont sont notamment victimes les femmes, que certaines ont courageusement décidé de dénoncer.

Article plus ancien paru le 20 janvier dans Reporterre, mais qui revient notamment sur le procès porté par cinq travailleurs et travailleuses marocain.es contre leurs employeurs et dont l’audience se tiendra prochainement : https://reporterre.net/Travailleuses-detachees-dans-l-agriculture-elles-racontent-leur-calvaire-en-France

Pour un 1er mai solidaire

Retrouvons-nous devant la Préfecture de Gap à 10h30

  • À 10h30, une collecte alimentaire sera organisée en solidarité avec les habitante·s du Césaï1. Apporter en priorité : riz, huile, sardines, œufs, oignons, sauce tomate, produits d’hygiène (savon, shampoing).

  • Nous partirons ensuite manifester : ne nous résignons pas face aux attaques de l’État et du patronat sur nos conditions d’existence (liberté, écologie, travail, services publics)

Tout ceci, en prenant soin de nous protéger : amenons des masques et gardons les distances physiques, car nous ne sommes pas tou·te·s égaux face au virus.

Vous pouvez nous rejoindre avec des denrées, en cochant la case de l’attestation : « Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants ».

Les temps sont durs. Utilisant l’épidémie de coronavirus, le gouvernement passe en force et accélère ses plans : renforcement des inégalités, dégradations des conditions de travail, extension du contrôle et de la répression. Les choix autoritaires du gouvernement, nous les subissons tou·te·s, mais certain·e·s de plein fouet. Les conséquences ne sont pas les mêmes pour les habitant·e·s des quartiers populaires, pour les femmes, les personnes handicapées, les enfants, les précaires, les enfermé·e·s, les personnes âgées, les personnes qui subissent le racisme, pour les prolétaires. Attestation de déplacement ou non, c’est bien souvent à la tête du client·e que les amendes sont distribuées. C’est avant tout la police qui décide de la légalité des motifs attestés. C’est toujours les mêmes qui paient de leur vie, de leur corps, et de leur psychisme.

La solidarité, le commun, ne sont pour les gouvernants que des fétiches, des mensonges agités pour nous calmer, pour continuer de nous imposer leur monde, leurs profits.

On est encore là ! Nous n’avons pas attendu que l’État nous y autorise pour exprimer notre solidarité et agir concrètement, comme nous n’attendrons pas son aval pour reprendre les luttes, les initiatives, pour construire ce qui nous semble juste et pour affronter ce qui nous détruit.

Nous le faisons depuis bien longtemps, au côté de celles et de ceux avec qui nous partageons un monde commun.

Nous appelons, à déconfiner la solidarité et à l’exprimer joyeusement dans les rues de Gap mais aussi partout ailleurs !

Décorons les murs, les balcons, diffusons cet appel ou d’autres, rejoignons les initiatives de luttes et de solidarité qui s’organisent, et cela à trois, à cinquante ou à des centaines de milliers.

Dans d’autres lieux des manifestations se préparent : à Montreuil, à Paris, mais aussi par-delà les frontières…

1. Le Césaï est un bâtiment occupé en centre ville de Gap depuis Octobre 2018, où habitent de nombreux·ses personnes exilées ou sans domicile.

Le PDF pour impression est ici :

1er mai : Journée de mémoire, de lutte et de résistance!

MAJ : ci-dessous des mises à jour avec infos pratiques.

– On  vous invite à réfléchir à des ruses pour pouvoir venir plus tranquillement.

Guide d’autodéfense juridique en temps de confinement

-Un deuxième appel complémentaire qui ce passe à une heure et un lieu identique est sortie avec quelque conseil pour venir plus tranquillement :

Pour un 1er mai solidaire

Retrouvons-nous devant la Préfecture de Gap à 10h30

  • À 10h30, une collecte alimentaire sera organisée en solidarité avec les habitante·s du Césaï1Apporter en priorité : riz, huile, sardines, œufs, oignons, sauce tomate, produits d’hygiène (savon, shampoing).

  • Nous partirons ensuite manifester : ne nous résignons pas face aux attaques de l’État et du patronat sur nos conditions d’existence (liberté, écologie, travail, services publics)

Tout ceci, en prenant soin de nous protéger : amenons des masques et gardons les distances physiques, car nous ne sommes pas tou·te·s égaux face au virus.

Vous pouvez nous rejoindre avec des denrées, en cochant la case de l’attestation : « Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants ».

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Le 1er mai à Gap sera dans la rue et revendicatif !

Contre la guerre faite aux travailleurs, aux chomeurs, aux personnes agées et aux malades, aux banlieusards et aux nomades, aux enfermés, aux sans papiers, à tous les précaires, au service public  et surtout à la liberté et à l’entraide. Pour des jours meilleurs et sans hypocrisie.

RDV, avec masques et gestes barrières, à 10h30 devant la préfecture de Gap pour une Manif
Puis un apéro convivial et protégé.

Faites le savoir autour de vous et organisez une manif dans votre ville ou venez à Gap ! 

Tract d’appel 1erMai20-vf

Les mauvais jours finiront !


L’Union des Travailleuses et Travailleurs Antiautoritaires ce joint à ces deux appels!
Nous voullons rappeler les bases qui font pour nous l’essence de cette date, le souvenir des « martyrs de chicago » 8 anarchistes assassinés par l’état bourgeois  suite aux manifestations à HYMARKET  aux Etats Unis.
Ils réclamaient la limitation du temps de travail, les trois 8 (8heures de travail , 8heures de sommeil, 8heures de culture) mais  ces revendications  avaient pour but de cristaliser un besoin pour faire emerger quelque chose de plus vaste et plus juste que la revendication immédiate.
Ce but était l’abolition réel des privilèges, l’emmancipation complete de l’humanité, la fin de l’explotation salariale ….. l’anarchie !
Que l’emancipation des travailleurs et travailleuses sera l’oeuvre des travailleuses et travailleurs eux-elles memes !!!!!
Contact : utta at riseup.net

L’abject « Monologue du Virus »

« Le monologue du virus », publié sur lundimatin a déjà beaucoup circulé. Ce texte nous invite à accueillir le coronavirus comme le Messie venant nous sortir de notre servitude volontaire et de notre apathie quotidienne. Mais dans ce monologue abject, il est oublié (ou dénié) que tout le monde n’a pas le luxe de se demander s’il faut concevoir le temps de la pandémie comme des vacances ou bien comme l’occasion de cultiver son jardin et l’art de se saluer.

« Le monologue du virus », écrit dans une prose post-situationniste mal digérée, et publié sur lundi.am, a déjà beaucoup circulé. Ce texte nous invite à accueillir le coronavirus comme le Messie : « Voyez donc en moi votre sauveur ». Pourtant, comme toujours ce sont les plus vulnérables, les plus fragiles, les plus pauvres d’entre nous, les plus exploités, qui sont les plus exposés et les plus menacés : des camarades enfermés dans les prisons ou dans les CRA aux SDF dont presque tout le monde se fout en passant par les retraités entassés mais isolés dans des barres d’immeubles et tous les exploités du 21e siècle, caissières, livreurs, ouvriers du bâtiment, préparateurs de commandes pour la vente en ligne (Amazon, La redoute, etc.), sans oublier bien sûr les soignants des EPHAD, des CHU, etc., qui sont volontairement sous-équipés… Et que dire des milliers de vies qui seront prises dans les camps de réfugiés de guerres, dans les villes détruites en Syrie et ailleurs, dans tous les bidonvilles du monde, et chez tous ceux qui sont forcés au travail malgré le confinement généralisé ? La réponse est toute trouvée pour les rédacteurs de ce monologue : le virus ne vient « qu’exécuter la sanction que vous avez depuis longtemps prononcée contre vous-mêmes ». Dans ce monologue abject, il est oublié (ou dénié) que tout le monde n’a pas le luxe de se demander s’il faut concevoir le temps de la pandémie comme des vacances ou bien comme l’occasion de cultiver son jardin et l’art de se saluer. Quel mépris, quelle éviction des conditions réelles de l’exploitation de masse derrière le pauvre petit ennui des propriétaires embourgeoisés de la gauche néo-rurale.

Non, le virus n’est pas notre Sauveur. En plein délire éco-messianique, le Monologue glorifie la sois-disante stratégie du virus : nous réveiller de notre servitude volontaire pour nous transformer en des jardiniers conscients. Mais la stratégie qui s’observe actuellement, c’est surtout celle, implacable, des États et de la bourgeoisie : nous maintenir sous contrôle, nous forcer au travail. Les conséquences immédiates de la pandémie, c’est le déploiement sans précédent des technologies de contre-insurrection, et plus largement du techno-fascisme, que l’on voyait arriver depuis un moment. Bien sûr, nous ne nions pas la dangerosité du virus, mais cela ne doit pas masquer la violence de la réponse autoritaire qui se déchaîne actuellement et ce que cela annonce. Si la Chine fait figure depuis un moment de modèle envié par les techno-capitalistes occidentaux, la pandémie est l’occasion de l’imiter à vitesse grand V sous couvert d’état d’urgence sanitaire. En Chine, des drônes viennent vous prendre la température dans la rue et il n’est plus possible de sortir sans smartphone, car il faut être géolocalisable et avoir la preuve de son état de santé sur son smartphone. L’Allemagne et les États-Unis travaillent avec des StartUp à des solutions de ce type. En France, comme à Madrid, les drônes sont de sortie pour démultiplier les capacités de contrôle de la police.

Macron et E. Philippe ont prévenu : il y aura un avant et un après le coronavirus, les menaces des sbires du capital tombent déjà. Bruno Lemaire et le président du Medef parlent de mettre en place le service économique minimum pour empêcher les travailleurs d’exercer leur droit de retrait, Edouard Philippe prévient qu’il faudra faire de gros efforts après la crise pour relancer l’économie, tout ceci en faisant passer « l’état d’urgence sanitaire », dont un volet comprend 300 milliards donnés aux entreprises, un pouvoir accru donné aux patrons qui peuvent rallonger le temps de travail de leurs salariés, forcer ou annuler des congés payés, etc. Edouard Philippe l’a bien compris, l’État d’urgence actuel est l’occasion de « modifier en profondeur nos habitudes ». L’après coronavirus, c’est la normalisation de nouvelles technologies de surveillance au nom de notre « santé », la télé-médecine, l’école et l’université sur plateformes numériques, le télétravail généralisé, et donc des travailleurs encore plus isolés dans et face au travail. Tout cela pendant que la main d’œuvre qui construit toutes les infrastructures nécessaires à ces technologies d’isolement et de contrôle restent à trimer dans le froid ou la canicule, ou pendant les pandémies ! « Modifier en profondeur nos habitudes », c’est aussi nous habituer à des check-point policiers dans les villes et les campagnes, des drônes dans la rue effectuant toutes sortes de contrôles, etc.

Après la crise sanitaire viendra la crise économique, elle sera encore plus dure que celle de 2008. Les marchés financiers, les multinationales et les États (qui vont encore se surendetter pour “sauver l’économie”) sont en train de perdre beaucoup d’argent, et une fois la première vague passée de la pandémie, ils vont vouloir nous faire payer. Ils vont nous imposer de nouvelles mesures d’austérité sous couvert d’union nationale, afin de ressusciter les marges de plus value du capital et de renflouer les caisses de l’État.

Plutôt que de se perdre dans des monologues ridicules, prenons la mesure de la situation : pour l’État et le capital, la pandémie est aussi l’opportunité d’opérer brutalement un passage à un régime beaucoup plus autoritaire. Le véritable problème ce n’est pas l’apathie que provoque la société de masse, l’apathie qui désole tant les auteurs du Monologue du Virus, le problème c’est l’exploitation de masse tenue d’une main de fer par les capitalistes, l’État et sa police. Faut-il rappeler les chiffres de la répression du mouvement GJ ?

Nous ne croyons donc pas au Monologue du Virus rédempteur, ni à l’Appel du Parti imaginaire ou encore aux Prophéties du Comité Invisible, nous ne voulons pas profiter du désastre engendré par la pandémie pour créer des écovillages ou des formes de vie suffisamment dignes aux yeux du Virus Rédempteur. Comme nous venons de le dire, pour le moment nous assistons à un renforcement du pouvoir, qui ne s’effondrera pas de lui-même — et qui s’accommode très bien de la désertion rurale de ceux qui en ont les moyens, ou de quelque énigmatique geste pseudo poétique de l’infime.

À la différence des slogans moralistes et religieux du Monologue et de leurs injonctions culpabilisatrices stériles du type « demandez-vous plutôt comment vous avez pu trouver si confortable de vous laisser gouverner », nous revendiquons l’histoire des luttes prolétariennes et des campagnes rebelles. Ce mépris pour l’histoire des luttes est intolérable, les exploités ne le sont jamais de leur plein gré, la servitude volontaire n’existe pas, l’histoire des résistances populaires est là pour le prouver.

Personne ne peut dire ce qui va se passer dans les prochains mois, mais il faudra être attentif et ne pas rester sous l’emprise de la peur et de l’état d’urgence permanent dans lequel les gouvernants vont essayer de nous maintenir pour faire passer leurs mesures de sauvegarde, puis de relance de l’économie. Avec cette “crise” s’il fallait le démontrer encore, c’est nous, les exploités condamnés au travail et à la misère, que les capitalistes sacrifieront encore et toujours sur l’autel du pouvoir et du profit. La pandémie touche le monde entier. Les mesures autoritaires de sauvegarde puis de relance de l’économie toucheront aussi le monde entier puisque nos économies sont interconnectées à un point jamais atteint. Il ne faudra pas se laisser abattre mais se révolter contre ces mesures dont l’injustice criante se verra comme le nez au milieu de la figure. C’est peut-être là un espoir de révolution sociale internationale. Nous avons besoin de comprendre ce dans quoi nous sommes pris afin de dégager nos marges de manœuvre dans les temps à venir.

Articles provenant de Paris-luttes.info

Foutre Machin – Notes et propositions vulgaires pour en finir

Ci-dessous un texte et une vidéo mêlant analyse du mouvement actuel et appel à se mobiliser massivement pour le rendez-vous du 14 mars à Paris (lien vers le blog dédié en fin d’article).
Cette manifestation suscite actuellement une forte émulation et fait l’objet de plusieurs appels, pages, groupes et vidéos sur facebook.
Comme une invitation au voyage…

Tic, tac, tic, tac : c’est l’histoire d’un ras-le-bol populaire qui balance

 

Premier mouvement : l’heure de la révolte (quand on plongeait vers l’inconnu)

À partir du 17 novembre 2018, le soulèvement des gilets jaunes a marqué une série de ruptures au sein des « traditions » de contestation en France :

  • rupture d’avec les formes classiques et leurs initiateurs habituels, tant par les lieux choisis pour montrer sa présence (les ronds-points, les parcours non déclarés) qu’à travers l’indiscipline revendiquée des interventions, ou le fait d’avoir choisi les samedis comme repères hebdomadaires ;
  • rupture dans la composition sociale des contestataires, qui en se disant et se comportant comme « apartisans », ont affirmé d’abord un rejet de toute affiliation aux organisations politiques (considérées à raison comme n’étant d’aucun secours), mais surtout que ce qui les tenait ensemble dépassait de loin ces clivages mensongers ;
  • rupture par l’exercice d’un certain art des conséquences, puisqu’il ne s’agissait plus d’intervenir pour se mettre en scène, mais bien pour qu’advienne sans médiation ce qui était exigé (la justice sociale, la démocratie réelle…) ;
  • rupture, encore, de par les effets produits par ce soulèvement chez les gouvernants, qui n’ont pas pu cacher que pour la première fois depuis des années, pendant quelques semaines au moins, le pouvoir tremblait sur ses bases.
    Autant de ruptures, un même saut qualitatif. Un tel basculement, tant de vies jetées dans la bataille, tant de ténacité, une telle reprise de l’offensive… et d’un coup, le retour du connu.

 

Deuxième mouvement : retour à l’horloge système

Le 5 décembre, c’est donc reparti pour des Bastille-Nation dans toutes les villes de France, au son des camions syndicaux cacophoniques (modèle « j’en ai une plus grosse que toi ») qui réduisent les manifestants et manifestantes au silence, des ballons géants et des calicots sérigraphiés pour montrer qu’on est sympa (plutôt que mal éduqué et imprévisible), des services d’ordre devant les grands magasins (histoire de bien rappeler que négocier, c’est le contraire de faire justice soi-même), des guerres d’influence et des calculs politiciens et complaisants.
Une mécanique bien huilée pour affronter un thème pourtant fort présent dans la colère des gilets jaunes, sous la forme sans doute trop généraliste (et pour cela bien moins assimilable par les corporations) d’une demande de partage des richesses.
Les leaders de la CGT reprennent leur figure de tête de la contestation « ferme mais ouverte au dialogue », ceux de la CFDT celle de « partenaires raisonnables mais qui ont tout de même des limites » (en l’occurrence, un âge-pivot jeté dans le faux débat public comme un os à ronger), et les gens… les gens, syndiqués ou non, GJ ou non, les voilà intégrés à un jeu dont ils ne sont que les pions, à défiler paisiblement « en espérant que… ». C’en est fini d’exprimer sa colère à la sauvage, sans limite et sans leader, on redevient civilisé, et on s’en remet à ceux et celles dont c’est la spécialité. Ou alors on se casse en claquant la porte, on va lécher ses plaies dans un coin, ou on se fait arrêter en préparant des actions radicales esseulées.
Écoutons un quelconque normalien se soulager en direct à la radio publique, après 3 semaines d’opposition à la contre-réforme des retraites : « […] cette mobilisation, au contraire de celle des gilets jaunes l’année dernière, s’inscrit dans un répertoire de mobilisation assez classique, et au fond c’est assez rassérénant, parce qu’on voit qu’il y a un gouvernement, il y a un parlement, il y a des partis d’opposition, il y a des syndicats, il y a des corps intermédiaires qui jouent leur rôle […], ce qui forme une grande différence avec ce qu’on a pu voir l’année dernière. » (David Djaïz, journal de 8h de France Culture, le samedi 28 décembre 2019).

La messe semble dite. Elle a juste ajouté quelques cantiques « On-est-là » à son carnet de chants, en adaptant les paroles à l’occasion ; mais pour le reste, circulez, il n’y a plus aucun système à renverser.

 

Troisième mouvement : quand tout recommence à tanguer

Ce même 28 décembre, pourtant, ne fut pas tout à fait un jour comme les autres : ce fut plutôt un samedi comme les autres, de ceux qu’on avait inventés et réinventés pendant plus d’un an, dont la tradition menaçait déjà de disparaître. L’acte 59 des gilets jaunes à Paris n’a certes pas fait la « une » des médias, mais il fut un beau moment pour affirmer que la « trêve », c’était pour les confiseurs et les vendeurs de pacotille. Une vraie manif déter, sans direction, GJ-BB-travailleureuses vénères, qui part dans tous les sens et ne veut pas s’arrêter.
Et puis le mois de janvier : avec la CFDT et l’UNSA qui rentrent dans le rang après avoir fait semblant de chouiner, avec les actions de blocage qui se multiplient bien au-delà du contrôle des « centrales » restantes, avec les groupes de travailleureuses du public ou du privé qui débrayent en bandes joyeuses, avec celles et ceux qui ont mis un mois et demi à se réveiller mais entrent enfin dans la danse, avec les coordinations interpro qui font savoir à leurs pseudo-représentants qu’elles ne s’en laisseront pas conter, avec les GJ qui reviennent en sentant bien que le temps de la naïveté est passé, une fois de plus, et que les portes de l’inconnu pourraient se rouvrir encore…
Des grévistes qui s’étonnent d’être si peu entendus après avoir tant donné. Des manifestants et manifestantes qui comprennent dans leur chair de quoi on parle depuis un an quand on dit que les flics et les fliquettes sont en roue libre. Des membres du Parti au pouvoir qui ne peuvent plus s’exposer nulle part sans être poursuivis par des hordes d’opposants, dont on ne sait même plus si ce sont des gilets jaunes sans gilet ou des syndicalistes radicalisés…

Et toujours la menace d’un retour à l’horloge système (auquel les cadres des pompiers ont malheureusement commencé à rouvrir la voie le 28 janvier) : quand les « centrales » décideront que pousser plus loin voudrait dire perdre le contrôle, quand celles et ceux qu’elles veulent encadrer accepteront de se demander si, au fond, on n’a pas déjà assez gagné pour cette fois-ci (et assez perdu d’argent), quand celles et ceux qui sont en train de tout donner auront l’impression d’avoir tout donné… est-ce que ce sera comme en 2010 ? Ou comme en 68 à Grenelle, avant que tout ne soit achevé par les élections ?

Jusqu’au bout du mouvement : retrouver les fondamentaux, mettre fin au spectacle

 

Post-it (ne pas oublier)

Là où la révolte des gilets jaunes s’est rapidement transformée en offensive de fond pour une vie plus digne (pour une vie plus dingue !?), s’opposer à la contre-réforme des retraites n’est jamais que le refus d’une régression de plus.
Ça fait quand même une différence.

 

Saut qualitatif

Les gilets jaunes ont imposé au cœur de l’hiver occidental un retour aux fondamentaux qui ne peut que rappeler les soulèvements du récent « printemps arabe », et qui d’ailleurs a suscité à son tour des échos dans le monde entier ; après quoi toute contestation qui se contenterait de faire semblant apparaît pour ce qu’elle est : une mauvaise mise en scène. Le « mouvement des retraites », au grand dam de ses meneurs, a été sensiblement déterminé par ce « saut qualitatif » qui l’a précédé.
C’est bien là où se déploie le jeu de balancier esquissé plus haut : entre la possibilité d’une rupture sérieuse et conséquente d’avec l’ordre des choses (où « tout le monde veut la chute du régime »), et la mise en scène spectaculaire et inoffensive de cette rupture pour qu’à la fin rien ne change.

 

Synchronisations

  • « Tout le monde sait bien » au fond que la question des retraites est loin d’être la seule mesure gouvernementale qui mérite qu’on se soulève, et que c’est toute la clique qui se relaie au pouvoir depuis des années qu’il faut dégager. De même que tout le monde, hormis quelques abrutis, s’était bien rendu compte que la question du carburant n’était pour les gilets jaunes que la goutte d’eau de trop dans un océan d’humiliations.
  • Beaucoup de celles et ceux qui ont endossé leurs gilets en 2018 n’avaient eu cure, dans les années précédentes, des appels répétés à se mobiliser pour stopper la régression sociale ; le mépris et la bien-pensance de gauche leur auront depuis fait comprendre ce que c’est que de hurler dans le vide alors qu’on voudrait tellement être « tous ensemble ». Beaucoup de ceux et celles qui ont commencé à défiler en décembre 2019 n’avaient eu cure, au cours de l’année précédente, des appels répétés des gilets jaunes à les rejoindre sur leurs bases inédites ; la collaboration de classe et les efforts d’encadrement des centrales auront fait comprendre à un certain nombre, depuis bientôt deux mois, combien toute contestation sérieuse du pouvoir a besoin de se réinventer, et combien les GJ ont (r)ouvert la voie.
  • De la même manière, les uns comme les autres ont eu l’occasion de constater le « mépris » de nos gouvernants, la réalité incontestable des « violences policières », et le fait que malgré tout cela, les gens refusent de rentrer chez eux et s’étonnent de leur propre persévérance.
    Et si on commençait à être synchro ?

 

Le haut et le bas

Les GJ sont en bas, se foutant de savoir s’ils sont à droite ou à gauche.
Les travailleureuses mobilisées sont à gauche, ou à droite, mais beaucoup ont oublié qu’ils étaient aussi en bas.
Pour ceux-là comme pour tous les autres, tout doit donc d’abord se passer en bas : sans quoi rien n’aura lieu que ce qui a lieu en haut.
Le bas, au demeurant, c’est le pouvoir aux assemblées de base – que le reste en découle, qui sera simplement la vérité du peuple. La « démocratie » mérite peut-être qu’on croie en elle.

 

« Pour l’honneur des travailleurs, et pour un monde meilleur… »

Il est tout de même notable qu’un chant au ton aussi suranné, dans le pur style XIXe, soit devenu un hymne de la révolte au XXIe siècle. Il s’agit alors de se demander de quels travailleurs parlent les gilets jaunes qui le scandent, et qui les défend. Les grandes centrales ont donné leur réponse (« c’est pas nous »), et les gilets jaunes ont inventé celle dont ils avaient besoin (« personne d’autres que nous-mêmes »), retrouvant au passage les formes fondamentales de la solidarité populaire.
Un peu plus d’un an (ou un siècle) plus tard, les organisateurs d’un mouvement au style autrement suranné (bien qu’ils se refusent encore à l’admettre) étouffent les conversations des manifestants en diffusant des mensonges à 3 kilos de son : « c’est dans la rue qu’ça’s’passe » – alors que tout se négocie dans les salons, et qu’ils veulent la rue inoffensive ; « on lâche rien on lâche rien » – alors qu’en fait « on » lâche presque tout, sauf son pré carré…
La fraction des travailleureuses revendiquée par les syndicats majoritaires est celle qui perdure malgré leurs défaites. Elle existe, mais il faut bien reconnaître qu’elle ne représente plus vraiment tout le monde – les gilets jaunes, c’est juste tous les autres.
La question se pose alors de savoir si les uns ou les autres ont vraiment besoin d’un tel encadrement.

 

Grève à la crème et tarte générale

La grève générale « à la papa » a donc fait long feu. Dans une société uberisée, précarisée, éclatée par des années de contre-révolution négociée, l’imaginaire de l’usine de masse prolétarienne dont la fumée prend la forme d’un point rageur ne sied plus qu’à quelques secteurs en voie de disparition ; elle a d’ailleurs bien du mal à retrouver la folie collective des occupations à l’heure où la grève ne s’exerce plus qu’un ou deux jours par semaine.
Pendant ce temps-là, le peuple des ronds-points s’est occupé d’inventer la « perruque » de notre temps : c’est-à-dire un détournement des outils de l’entreprise au profit des intérêts du peuple, qui ne s’exerce plus seulement dans les usines mais dès la forme de l’auto-entreprise (devenue dans l’intervalle le déguisement quasi-obligatoire pour tout précaire). Les gilets jaunes ont ainsi donné le meilleur de ce qu’ils et elles savaient faire pour apporter de la consistance à leur révolte. Les travailleurs et travailleuses paupérisées des Zones Artisanales et Commerciales ont amené palettes et visseuses, utilitaires bondés et savoir-faire professionnels pour ériger des cabanes du peuple aux quatre coins du pays. Des électriciens, des serruriers, des assistantes maternelles, des transporteurs routiers, des restaurateurs et restauratrices, ont aussi donné à la lutte le meilleur de leur travail dès que le besoin collectif s’en est fait sentir.
Au reste, c’est aussi une forme de perruque que pratiquent certains des grévistes du mouvement actuel quand ils détournent les habilitations et compétences liées à leur emploi, par exemple en coupant l’électricité aux riches pour la donner aux pauvres.

Toutes ces pratiques ne relèvent pas du spectacle de la contestation, de l’incantation à un « tous ensemble » qui ne s’adresse en fait qu’à une fraction instrumentalisée de la population, mais d’un mouvement réel qui n’attend plus après aucune « direction » – ou plutôt qui perce et percole malgré les tentatives des directions. Il manque encore à cela que les voix parlant de la grève à la radio cessent de nous « pri[er] de les en excuser » et mettent leur outil de travail au profit de la lutte et d’un véritable débat public ; que les cheminots se décident enfin à envoyer chier cadres et dirigeantes pour transporter les foules jusqu’à Paris (ou dans d’autres centres du pouvoir) en osant parier sur la solidarité et la victoire qui suivront ; que les « gestionnaires » des caisses de grève reversent leur dû à toutes celles et ceux qui, syndiquées ou non, mettent leurs vies en jeu en dehors du cadre d’un mi-temps syndical ; etc. De vraies prises de risque pour un vrai basculement…
Ce qu’il nous faut, plutôt que des tartes à la crème, c’est une sorte de perruque généralisée, qui emporte avec elle la réappropriation réelle des outils de travail et l’arrêt effectif par tous les moyens (y compris la grève lorsque c’est la forme opérante) de ce monde tel qu’il va, tel qu’il est « en marche ».

 

Tic, tac (bis)

Pendant ce temps, la planète aussi balance. On ne l’a pas oublié. Mais ceux et celles qui n’ont pas la chance d’être à l’abri de la misère humaine savent bien qu’aucune justice climatique n’est possible sans justice sociale (ou que, comme le dit une sympathique formule, « la planète bleue a besoin de jaune pour rester verte »).
Horloge système, horloge planétaire : ce sont les mêmes cadres qu’il faut exploser pour éviter que tout ne s’effondre sur nous cependant que certains iraient s’abriter dans quelques quartiers bunkerisés. Un seul et même compte à rebours, qui a bel et bien commencé.

 

Pour en finir avec le spectacle

Les gilets jaunes ont exercé une poussée révolutionnaire exceptionnelle sur la clique macroniste. Celle-ci s’en est réellement trouvée affaiblie : plus personne ne se bouscule au portillon de la valetaille, le pouvoir a été contraint de se montrer de plus en plus cru, à tel point qu’il ne reviendra sans doute jamais en arrière.
Le mouvement commencé le 5 décembre, quant à lui, a débuté comme un retour au conformisme le plus plat, mais quelque chose de ce qui l’a précédé s’y est bientôt infiltré partout.
Dit autrement, il n’est pas impossible désormais qu’une poussée suffisamment sérieuse (et non pas mise en scène), du même ordre que celle de 2018, permette d’en finir vraiment avec Macron et son monde.
Finissons-en donc avec tout ce qui fait ce mauvais spectacle, « municipales » et autres illusions de changement par les urnes comprises !

Que chacun et chacune considère cette proposition (qui ne sera sans doute pas isolée dans la séquence actuelle).
Que l’on prépare de quoi bloquer les flux marchands et de quoi s’éloigner des dangers, de quoi se défendre et de quoi attaquer, de quoi se nourrir et de quoi se restaurer, de quoi prendre soin de ses proches et de quoi s’enjailler, de quoi se retrouver et de quoi faire la fête du siècle.

Histoire d’arrêter enfin de se mentir quand on crie depuis des générations : « Machin, t’es foutu, le peuple est dans la rue ». Car le temps semble venu d’enfin foutre Machin.

 

À toutes celles et ceux qui ne veulent pas moraliser le système
mais le mettre à terre ;

À celles et ceux qui s’activent sincèrement, depuis des semaines ou plus d’un an
pour en finir avec les mensonges et l’arrogance des puissants
et établir la solidarité et la justice ;

À celles et ceux qui n’ont pas compris les gilets jaunes,
ou n’ont pas cru aux illusions des manifestations encadrées,
mais qui continuent de ronger leur frein en attendant le moment.

Donnons-nous ce moment.
Préparons-nous à mettre vraiment ce monde à l’arrêt.
Ceci est une invitation au voyage.
(et le premier qui monte dans son hélicoptère a perdu)

 

Depuis une périphérie quelconque de la métropole globale
Des gilets jaunes du Limousin et quelques complices
Le 31 janvier 2020

 

Gilets Jaunes, gardons l’autonomie de notre lutte !

Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement sans chef et sans représentant. Depuis le 17 novembre, nous nous sommes soulevés de manière spontanée et autonome, provoquant une situation quasi-insurrectionnelle en novembre et en décembre. Ce sont ces caractéristiques qui ont fait la force de notre combat !

En prenant conscience que nos revenus stagnent ou baissent, que les prix, et en particulier le prix du carburant, rognent nos salaires, nos allocations, nos retraites, la révolte a pris de la force.

Cette révolte qui a réuni des franges importantes de travailleurs, de retraités, de chômeurs, de autoentrepreneurs…, bref des exploités, ne revendiquait rien d’autre que de vivre mieux. Et les formes qu’elle a prises passent par le refus des partis et des syndicats (mais pas des syndiqués).

Aujourd’hui, le mouvement est dans une phase de reflux, et avec les élections qui arrivent, les partis politiques tentent de récupérer notre lutte. Les partis de gauche (France Insoumise, PCF, Parti de Gauche), les partis ou groupuscules d’extrême droite (RN, identitaires, UPR…), tous cherchent à mettre en avant tel ou tel gilet jaune perdu ou qui aspire à se faire mousser. Nous avons toujours refusé ces pseudo leaders et nous continuerons à le faire.

Lire la suite sur le site Défense Collective GJ Cévennes Garigues

Ancrer la lutte dans la durée : les caisses de grève

(Article repris du site Marseille Infos Autonomes)
« Ça ne sert à rien que je fasse grève, je ne bloque rien »… Avec celle-ci, il y a mille raisons pour lesquelles on peut ne pas souhaiter se mettre en grève. Pendant ce temps, les secteurs à forte capacité de blocage sont en première ligne : visibles, stigmatisés, et portant par ailleurs le poids financier de la grève. Financer les caisses de grève des secteurs mobilisés permet d’ancrer la lutte dans la durée, seule perspective à même de contrer les assauts dirigés contre tous et toutes. Faites nous passer vos infos pour les Hautes-Alpes !

Il est parfois compliqué de faire grève seul, ou pour plein d’autres raisons on peut ne pas le souhaiter. Par exemple, on peut sentir que sa capacité de blocage est assez réduite, ou pour diverses raisons la mise en grève est compliquée (professions du soin, entreprises dites « solidaires », managers relous, ou encore syndicats qui n’aident pas en ne lançant pas d’appels interpro… etc., etc.).

Point de fatalité ! Pour soutenir, et pour éviter que ce soient toujours les mêmes secteurs à gros potentiel de blocage qui fassent l’effort en encaissant des pertes de salaires (la fameuse « grève par procuration »), il est possible de donner à diverses caisses de grève. Utilisons les ressources du système pour le faire plier !

N’hésitez pas à nous faire passer les divers liens vers des cagnottes (fiables) en ligne ou les endroits physiques où les personnes solidaires peuvent venir soutenir les secteurs en première ligne, à valleesenlutte [at] riseup.net.

Les cagnottes en ligne ne sont qu’une part émergée de la solidarité : on peut se lever tôt et par exemple aider à bloquer un dépôt de bus (où se trouvera peut-être une caisse de grève « physique » !)

Caisses nationales

Interprofessionnel :

Rail :

Éducation :

Radio France :

Caisse locale

    • Caisse de l’UD CGT Hautes-Alpes :

Union Départementale CGT des Hautes-Alpes
3, rue David martin
05000 GAP
Chèques libellés à : CGT CHEMINOTS

« Le nombre est là, mais il manque cruellement la radicalité » : le point de vue d’une cheminote et gilet jaune sur le mouvement

« Nous avons rencontré Torya, cheminote et gilet-jaune pour faire le point sur la grève et le mouvement général contre la réforme des retraites, entamé depuis maintenant plus de trois semaines. Elle déplore l’incapacité du mouvement actuel à se hisser au niveau de radicalité dont les Gilets Jaunes ont été porteurs, demeurant prisonnier de formes de lutte traditionnelles qui ne parviennent pas à menacer réellement le pouvoir. Elle appelle également les grévistes à se doter d’outils d’auto-organisation propres afin de reprendre en main la direction de la grève et ne pas la laisser aux bureaucraties syndicales. »

Lire la suite sur acta.zone

Appel à solidarité inculpés GJ de Narbonne

Solidarité avec les inculpés de Bessan et Narbonne

La coordination des Défenses Collectives du Languedoc appelle à organiser des événements de soutien aux inculpés de Bessan et de Narbonne partout en France et ailleurs.

Entre le 1er et le 19 décembre, les péages de Narbonne et de Bessan ont été incendiés plusieurs fois dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes. Les instructions liées à ces affaires sont en cours de clôture et les procès vont bientôt débutés pour des dizaines d’inculpés. Les frais de justice, d’avocats, les mandats aux détenus demandent énormément d’argent. Nous appelons donc à la plus grande solidarité financière et militante possible.

lire la suite ici

Fin de semaine offensive à Gap

Ca a commencé jeudi matin avec une manifestation devant le Pôle Emploi de Gap, pour dénoncer la réforme du chômage et la baisse des allocations pour pas loin d’un million de personnes (voir l’appel ici). En plus de la baisse de leurs allocations, c’est aussi une baisse de leurs cotisations retraite que les chômeurs subissent !

Justement, l’après midi nous étions autour de 3000 dans les rues pour défendre les retraites et contrer le projet de Macron de niveller les retraites vers le bas. Une foule qu’on avait pas vue dans les rues de Gap depuis longtemps ! Quelques messages ont été peints sur les murs de la ville, qui le temps d’une journée ont porté un peu autre chose que la propagande du monde spectaculaire-marchand. Les baqueux ont voulu interpeller les décorateurs, qui ont bénéficié de la solidarité des manifestants pour remettre à leur place la police / milice du Capital, et ont pu s’esquiver en douce.

Le cortège s’est terminé devant la prefecture, où nous avons établi une occupation.

Nous avons tapissé la préfecture de paille et carton, dormi sur la paille (autant s’entraîner à ce que nous propose le Mac Rond), fait un Macron en carton (ce qui réchauffe quand il brûle). Tenir le feu est essentiel dans la froideur, il rassemble autour de soi.

La prefecture a été squattée par de la populace à la rue, barrée d’un immense slogan : Quand tout sera privé on sera privé de tout, le projet des boulimiques de la thunes qui nous mènent au chaos…

Le matin nous avons construit une cabane devant la pref’…

avant d’être délogés l’après-midi par les CRS.

Quelques messages ont aussi égayé la façade terne de la prefecture…

NE BAISSONS PAS LA GARDE !

RENDEZ VOUS LE 10 DECEMBRE A 14h POUR UNE NOUVELLE MANIF !