Le 5 décembre à Gap, chômeuses et chômeurs dans la partie !

Chômeuses et chômeurs en grève !

Saisonnières, chômeurs, intérimaires, précaires : agissons contre les réformes !

Des ronds entre les saisons ! À qui profite l’intérim ? Nous sommes quatre millions et on va pas se laisser faire !

Jeudi 5 décembre 2019 à Gap à 9h30

au Parc de la Pépinière (au kiosque)

pour discuter et partir déambuler !

Amène de quoi partager, faire du bruit et t’amuser !

« La meilleure façon d’abolir le chômage, c’est d’abolir le travail et l’argent qui lui sont associés. Supprimer le travail en le transformant en une activité utile, et se réapproprier la vie sont une seule et même chose »

On est là pour défendre nos allocations même si le chômage et la retraite, on n’y croit plus depuis longtemps. Mais nous croyons encore en la possibilité de bouleverser le monde et de prendre du pouvoir sur nos vies.

Pour un monde sans chômage, ni retraite !

Ah tiens, encore une réforme du chômage ! Nous voilà bien, il va falloir travailler plus pour gagner moins. Lorsque l’on est saisonnière, intérimaire, précaire : comment on va faire pour joindre les deux saisons ? Aux caisses des supermarchés, pardi ! Malheureusement pour nous, à Géant ils remplacent les humains par des machines, en feintant le code du travail.

Mais à quoi peut servir le chômage ?

Le chômage qui s’est développé massivement ces quatre dernières décennies avec quatre millions de personnes (si on prend les chiffres complets) ne peut pas être le résultat de personnes fainéantes ! Il est sans doutes nécessaire à la mise en concurrence des travailleuses.
Il doit aussi avoir un lien avec l’idéologie du toujours plus et de la technologie capitaliste. Parce que malgré tou-te-s ces fainéant-e-s, l’économie produit toujours plus !
Ceci pour au final détruire la Terre, quand ce n’est pas déjà fait par la guerre.

Il sert pour les travailleuses saisonnières, à garantir, un revenu entre les saisons, qui rend vivable les conditions de travail à 50 heures par semaine pour 1500€ par mois, avec le logement saisonnier à payer. Et pour les intérimaires à avoir des revenus entre deux missions. Intérim dont la souplesse et l’isolement des travailleuses arrange bien toutes sortes d’entreprises !

« Le chômage n’est pas le contraire du travail. C’est un moment du travail. »

Cette attaque contre le chômage, cache mal l’extension du domaine du contrôle économique sur nos vies. « Le problème du chômage est aussi bien celui du travail, et plus encore celui de l’emploi de la vie même ». Car lorsque nous ne travaillons pas pour un patron ou comme auto-entrepreneuses de nos vies, tout un monde s’ouvre à nous ! Des rêves, des désirs d’apprendre, de lire, de cultures vivrières, de faire vivre des espaces non-marchands, des espaces pour travailler des productions communes, de l’entraide, de la solidarité et de la résistance. En fait, si on regarde bien, ça ne fait pas si longtemps que notre vie est entièrement happée par l’argent.

Pourquoi la paysannerie a été détruite ? Combien de chômeuses, de RSAstes sont des paysannes sans terre ou en fermage ? Combien n’ont pas de qualifications, sont discriminé.e.s (parce que trop âgé.e, femmes, racisé.e.s) ? Avez-vous déjà essayer de vous faire financer une formation ? Faut être vraiment déterminé.e, sauf si c’est pour bosser à Disneyland ou poser des compteurs Linky ! Beaucoup de patrons pleurent : « y a personne qui veut bosser », mais combien paient une misère, exploitent leurs apprenti.e.s, tiennent des propos sexistes ou racistes à longueur de journée ?

Pourquoi est-il impossible de vivre chichement et dignement ? Parce que l’on est obligé de payer un loyer, de prendre des crédits, parce que ça fait longtemps qu’il n’y plus d’en-dehors à la société. Nous sommes toutes prisonnières de l’argent ! Celles et ceux, qui nous font croire qu’on va changer le monde « juste en se changeant soi-même », s’aveuglent ou sont bien privilégié.e.s.

Le chômage et le RSA servent bien à payer des loyers, à faire ses courses à Lidl, à faire tourner l’économie, à rendre acceptable le fait que l’on ne peut pas échapper au travail et à l’argent.

« La meilleure façon d’abolir le chômage, c’est d’abolir le travail et l’argent qui lui sont associés.
Supprimer le travail en le transformant en une activité utile, et se réapproprier la vie sont une seule et même chose »

On est là pour défendre nos allocations même si le chômage et la retraite, on n’y croit plus depuis longtemps. Mais nous croyons encore en la possibilité de bouleverser le monde et de prendre du pouvoir sur nos vies.

Silence radio

Le 21 décembre 2018, Escota, l’exploitant de l’A51 reçoit « un appel téléphonique anonyme menaçant – sous condition de gratuité – de « rendre aveugle » le réseau autoroutier et ses dispositifs de sécurité, dans les Alpes de Haute-Provence (04) ».

En janvier et février 2019, des sabotages de fibre optique ont lieu sur le même autoroute à hauteur de Manosque et de Corbières. Quatre premières personnes – désignées par la presse/flics comme gilets jaunes – sont arrêté-es le 24 avril dans le cadre de l’instruction qui met en lien ces faits avec une série d’autres sabotages ayant visé les réseaux de fibre optique, de téléphonie et d’énergie. Inculpé-es pour « association de malfaiteurs », trois d’entre ell-eux sont mises en détention provisoire, tandis qu’une quatrième est placée sous contrôle judiciaire. Mi-juin, deux autres personnes « se revendiquant gilets jaunes » (selon la presse) sont envoyées en détention provisoire dans le cadre de la même instruction. Tous deux seraient également accusés de l’appel anonyme et des sabotages ayant touché l’A51 en janvier et février, ainsi que de l’incendie d’une antenne-relais à Villemus au mois de février.

Coupables ou innocent-e-s peu importe : dans une société où se battre pour la liberté est un crime, ces termes nous semblent bien creux et peu pertinents. Coupables, de quoi ? D’essayer d’échapper à l’ennui d’un quotidien mortifère ? De se dépêtrer du filet d’un social carcéral ? De faire des accrocs dans la routine de la marchandise et de l’économie ? Quoiqu’il en soit ces actes de révolte nous réjouissent. Nous nous sentons solidaires des attaques de ce type qui fleurissent un peu partout, en France comme ailleurs.

Pour n’en citer que quelques-unes dans le sud :

– des réseaux internet d’Orange sont mis à mal par une série de sabotages dans la région d’Alès, notamment par endommagement des câbles de fibre optique sur une dizaine de communes autour de Saint-Ambroix (Gard).
– pour la quatorzième fois en deux ans et demi, une coupure « malveillante » de réseau a lieu mi-juin sur la commune de Saint-Jean-de-Valériscle (Gard).
– quelques jours auparavant c’est l’antenne de mesure et d’études en vue d’une implantation d’éoliennes située sur la commune de Felluns dans les Pyrénées-Orientales qui était abattue, provoquant un préjudice financier d’environ 100 000 euros.
– dans la nuit de lundi à mardi 11 juin, dix véhicules ont été incendiés sur le parking privé du siège de la direction régionale d’Enedis à Albi (Tarn), dans le parc d’activités Innoprod.
– Ces derniers mois la presse a mentionné une bonne dizaine d’incendies de relais tdf et de téléphonie sur l’ensemble du territoire, dont celle de St Germain de Montaigu (Gard) dans la nuit du 1er mai.

Alors que les hostilités se multiplient, l’État et ses serviteurs ne manquent pas de répondre par la répression. Contre l’isolement et la machine policière, judiciaire et carcérale, que vive la solidarité ! Pour la multiplication des attaques contre ce monde qui enferme, écrase et domine !

Crève l’État et ses défenseur-euse-s !

Affiche à télécharger ici

Des Gilets Jaunes des Hautes-Alpes emprisonné.e.s à Montpellier

Quelques articles repris de-ci, de là nous permettent d’en savoir plus.

Liberté pour tou.te.s !

 

 

Le Daubé le 13/06/2019

Deux gilets jaunes haut-alpins écroués dans l’Hérault

Un appel aux dons a été lancé sur les réseaux sociaux après que deux Haut-Alpins, dont l’une est fer de lance des gilets jaunes à Gap, ont été placés en détention pour purger une peine de trois mois de prison ferme.

https://www.ledauphine.com/hautes-alpes/2019/06/13/deux-gilets-jaunes-haut-alpins-ecroues-dans-l-herault-apres-l-acte-xxx

 

 

Le Poing le 12/06/2019

Montpellier : la juge Boussaguet surpasse le procureur et envoie 4 gilets jaunes en prison

Après les brutalités policières, l’arbitraire judiciaire. Le tribunal de grande instance de Montpellier a fait preuve ce mardi d’une extrême sévérité à l’égard des six gilets jaunes présentés en comparution immédiate. Malgré des accusations bancales, quatre d’entre eux sont partis en prison à l’issue de l’audience, un autre a pris du sursis et un autre a été libéré sous contrôle judiciaire. La juge Geneviève Boussaguet a été au-delà des réquisitions du procureur et ne s’est pas vraiment intéressé au droit. Le Poing fait le point.

Des prévenus maltraités et sévèrement condamnés

Conformément aux consignes du gouvernement, les policiers sont allés au contact samedi dernier à Montpellier lors de l’acte 30 des gilets jaunes. De nombreux manifestants ont été blessés, et les autorités parlent de dix-neuf personnes interpellées et placées en garde à vue. Six personnes auraient été relâchées de la garde à vue, et treize autres auraient été déférées lundi pour passer devant le juge des libertés et de la détention.
Sur ces treize, sept ont été libérées lundi avec des contrôles judiciaires stricts, comprenant notamment des interdictions de paraître à Montpellier, et des convocations ultérieures au tribunal pour des procès qui auront lieu cet été. Parmi eux figurent Dylan, éborgné le 1er mai à Montpellier par une grenade de désencerclement, et Casti, éborgné par un lanceur de balles de défense en 2012. Parmi ces sept personnes, certaines présentaient des marques de blessures causées par les policiers lors de l’interpellation : l’un boitait, un autre avait un œil au beurre noir, et un autre, qui n’a pas pu prendre ses médicaments lors de sa garde à vue, souffrait d’une contusion à l’épaule.
Six autres ont été placés en détention provisoire et sont passés mardi en comparution immédiate. Après deux jours de garde à vue et une nuit en détention provisoire, ils avaient tous l’air exténués et une gilet jaune, violentée lors de son interpellation, est arrivée en béquille et ne parvenait pas à se lever pendant l’audience. Ces stigmates n’ont visiblement pas ému la juge Boussaguet, qui a prononcé deux condamnations à trois mois de prison ferme avec mandat de dépôt plus trois mois de sursis et une condamnation à huit mois de prison avec sursis pour les trois qui n’ont pas demandé de délai lors de l’audience, et deux détentions préventives et une libération sous contrôle judiciaire pour les trois autres qui ont réclamé un report (les procès se tiendront cet été). Ces peines sont supérieures à celles requises par le procureur Tixier, qui avait réclamé un mandat de dépôt, et non quatre. On notera d’ailleurs que pour l’une des deux personnes envoyées en détention provisoire, le procureur avait requis, en vain, une libération sous contrôle judiciaire pour « des raisons de santé ».

Le Pressoir le 11/06/2019

Gilets Jaunes interpellé·e·s à Montpellier lors de l’Acte 30 : 4 détentions provisoire et 7 libération sous contrôle judiciaire

Ce samedi 8 juin à Montpellier, lors de l’acte 30 des gilets jaunes, une vingtaine de personnes ont été interpellées et placées en garde à vue.

Lu sur la page facebook de l’assemblée générale de Montpellier contre les violences d’état – commission juridique gilets Jaunes de Montpellier.

Ce samedi 8 juin à Montpellier, lors de l’acte 30 des gilets jaunes, une vingtaine de personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, dont Dylan, éborgné par la police le 13 mai dernier, et Casti, éborgné par la police en 2012. Certaines personnes ont été libérées du commissariat (avec ou sans convocation ultérieure au tribunal, nous ne le savons pas), et d’autres ont été déférées ce lundi 10 juin au tribunal de grande instance (TGI) de Montpellier pour passer devant le Juge des Libertés et de la Détention, qui en a placé quatre en détention provisoire en attendant les procès en comparution immédiate qui auront lieu ce mardi 11 juin à 14h au TGI. Nous appelons à cette occasion à se rassembler ce mardi à 13h30 devant les grilles du TGI (place Pierre Flotte) pour soutenir les prévenus.

Le détail :

  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 15 juillet au TGI pour des accusations de participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier, de détenir une arme et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 15 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Une libérée sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 22 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier, de détenir une arme et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 5 août à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraître sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 19 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de tentative de “feu de poubelle”.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraître sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 19 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de tentative de “feu de poubelle”.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 29 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations.
  • Une placée en détention provisoire à Nîmes en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Une placée en détention provisoire à Nîmes en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier

 

  • Un placé en détention provisoire à Villeneuve-lès-Maguelone en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations.

 

  • Un placé en détention provisoire à Villeneuve-lès-Maguelone en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier.

https://lepressoir-info.org/spip.php?article1490

Qu’est-ce que c’est que cette Histoire?

À propos d’anarchisme, d’antifascisme et de mémoire

Il ne s’agira pas ici de faire des suppositions sur qui aurait pu dégrader le monument aux morts de la libération de Névache, ou sur les raisons ou non, de cet acte. Il ne s’agira pas non-plus de savoir si le communiqué signé « des anarchistes du 05 » est écrit par des anarchistes ou non. Je tenterais ici d’ouvrir quelques pistes de réflexions autour des questions de l’antifascisme, de l’anarchisme et des mythes de la résistance. Ceci pour faire un peu de résistance intellectuelle aux argumentaires accusatoires et aux simplifications historiques.

Un texte circule accusant une action sur un monument aux morts de la résistance d’être une action de « fascistes » ou alors de personnes « politiquement perdu[es]. » qui devraient rejoindre « les groupuscules fascistes » . Le texte affirme ensuite que « les anarchistes sont antifascistes ! C’en est viscéral ! De ce simple fait, les anarchistes ne s’attaquent pas à ce qui symbolise la déculottée que vous avez pris il y’ a plus de 70 ans. »

Ceci est un peu vite dit.

Les histoires de luttes, de résistances et de tentatives révolutionnaires nous montrent que les mouvements anarchistes ou communistes (par « communiste » j’entendrais dans ce texte communistes-libertaires ou d’ultra-gauche, sinon je préciserai « stalinien ») étaient bien souvent en conflit avec l’antifascisme unitaire qui était prôné par les partis communistes staliniens ou les organisations de la bourgeoisie.

Le mythe de l’unité antifasciste permet d’oublier l’écrasement, par des antifascistes, des perspectives révolutionnaires et l’éradication de militant.e.s communistes ou anarchistes qui combattaient eux aussi le fascisme, mais au delà le capitalisme et l’État.

Que l’on aille voir du côté d’Antoine Gimenez pour la tentative révolutionnaire en Espagne, de Belgrado Pedrini en Italie, condamné après-guerre pour des actes commis avant la période de la résistance officielle au fascisme.

  L’antifascisme, comme stratégie politique, n’est pas du côté des anarchistes, ni même des révolutionnaires.

De plus, l’accusation de « fascisme » a souvent été portée contre celles et ceux qui ne se soumettaient pas au stalinisme ou à la pacification capitaliste. Pour Gilles Dauvé « l’unique voie du succès [d’une révolution communiste] sera la multiplication et l’extension coordonnée d’initiatives communistes concrètes, dénoncées naturellement comme anti-démocratiques, voire … « fascistes » » [Gilles Dauvé dans « Quand meurent les insurrections » http://lamaterielle.chez-alice.fr/quandmeurent.pdf]

La question du devoir de mémoire, de « l’émotion patrimoniale », du « culte de la charogne » est aussi régulièrement critiquée, comme le disait un libertaire proche d’André Dréan «  Les lieux de culte de la Résistance me débectent car ils cachent nos charniers.  » [Voir plus bas Les mythes de la résistance dans les Cévennes et ailleurs.] Bien souvent, la mémoire est l’histoire officielle, qui même si elle évolue avec le temps, à du mal à se souvenir des groupes « immigrés », des bataillons des colonies, des maquis espagnols anarchistes. Ce devoir de mémoire patriotique, voire nationaliste sert soi-disant à ce que ne se reproduisent pas les mêmes évènements. Pourtant la France est en guerre, des génocides ont été perpétré avec parfois la complicité de l’armée française, les frontières sont bien gardées et tuent, le capitalisme fait des ravages.

Ceci pour dire qu’il faut se méfier des mythes que l’on peut véhiculer, parce que l’on est énervé.e.s, parce que l’émotion est trop forte, mais aussi qu’il faut se méfier de l’accusation de « fascistes » à tout va parce que l’on ne partage pas telle ou telle action. Dans ce cas une action qui s’en prend à un symbole, mais un symbole bien ambivalent, qui a permis d’enterrer les tentatives révolutionnaires par la déclaration officielle de la fin de la résistance, et de commémorer ses mort.e.s officiel.le.s.

À la résistance qui ne s’enterre pas, pour un monde sans frontière et sans France, et à nos vies !

Julien-Paul.

Quelques extraits et leurs sources

« Pour battre Franco, il fallait d’abord battre Companys et Caballero. Pour vaincre le fascisme, il fallait d’abord écraser la bourgeoisie et ses alliés staliniens et socialistes. Il fallait détruire de fond en comble l’État capitaliste et instaurer un pouvoir ouvrier surgi des comité de base des travailleurs (…) L’unité antifasciste n’a été que la soumission à la bourgeoisie. »

Manifeste d’Union Communiste, Barcelone, juin 1937

cité par Gilles Dauvé dans « Quand meurent les insurrections » , http://lamaterielle.chez-alice.fr/quandmeurent.pdf

Les mythes de la résistance dans les cévennes et ailleurs.

« De plus, au gré des rencontres avec les retraités staliniens des FTP, nous en apprenions de belles sur l’histoire réelle de la Résistance dans les Cévennes et dans les zones avoisinantes. Bon nombre d’entre eux justifiaient toujours la liquidation des oppositionnels au nom de l’union nationale, à l’extérieur comme à l’intérieur des FTP, des trotskistes aux anarchistes, ceux-ci étant en règle générale des réfugiés de la guerre d’Espagne. L’une de ces immondes opérations eût d’ailleurs lieu à 50 kilomètres à peine au sud de Sainte-Croix, si mes souvenirs sont bons, contre des Espagnols libertaires et quelques Allemand proches du communisme des conseils. Nous étions maoïstes, très jeunes et très cons, mais déjà assez révoltés pour que de telles attitudes sordides nous révulsent. Au fil des mois, l’épopée héroïque des prétendues guérillas ressemblait décidément à ce que nous connaissions trop bien  : le militarisme d’Etat. Dégoûtés, nous décidâmes d’arrêter là l’aventure. D’ailleurs, la chefferie locale du PCF, ayant appris que des maoïstes braconnaient sur ses terres, commençait à nous rendre la vie impossible, verrouillant le terrain via les associations d’anciens combattants à sa botte et n’hésitant à nous balancer à la gendarmerie dans la pure tradition de la Résistance.

[…]

L’organisation de la Résistance fut le prélude à la reconstitution de l’État nation hexagonal. Rien de moins autonome, vu sous cet angle, que les FTP, y compris dans les Cévennes, à moins d’avaler l’histoire officielle du maquis, telle qu’elle est racontée par les associations d’anciens combattants. La Résistance, pour moi comme pour les compagnons de la génération précédente qui eurent affaire à elle, c’est essentiellement l’histoire de la liquidation, parfois par les armes, de la moindre tentative d’autonomie, y compris dans les maquis créés en dehors d’elle. Comme le disait l’un de mes proches, libertaire aujourd’hui décédé  : «  Les lieux de culte de la Résistance me débectent car ils cachent nos charniers.  » N’oublions jamais que le Parti des fusillés fut celui des fusilleurs. »

André Dréan

https://www.non-fides.fr/IMG/pdf/mythes_de_la_resistance_final.pdf

« Clore définitivement la partie contre le fascisme, mais à notre façon »

Le 25 avril 1945, à la chute définitive du régime, une extrême allégresse s’est déchaînée dans toutes les formations de partisans parmi ceux qui avaient d’abord mal supporté le fascisme, et qui avaient ensuite risqué leur vie pendant des années sur les montagnes : l’euphorie de ceux qui avaient eu raison de l’ennemi.

« Certes, la révolte armée avait créé une situation résolument différente, pour autant à nous anarchistes, la nouvelle période ne nous apparaissait pas comme le paradis sur terre. On peut dire qu’on était passé d’une situation monopartidaire dictatoriale à une autre, plus libérale, qui admettait plusieurs partis au gouvernement. On était passé d’une forme de capitalisme autarcique à une forme de capitalisme international. L’idéologie propagée par le nouveau régime, entre autres par les partis, était décidément cléricale —au sens le plus moyenâgeux du terme.

Le lecteur peut imaginer quel genre de réflexions ont pu faire mes proches et mes compagnons sur cette situation. Je n’exagère pas en disant que les catholiques, à Carrare et dans sa province, ont toujours été une minorité ethnique en voie d’extinction, et qu’on n’a jamais aimé ni pu supporter les prêtres. Cette nouvelle réalité démocratico-cléricale, outre la présence des Américains à la maison, détonnait, ne nous enchantait pas, ne nous plaisait guère.

Nous, anarchistes, avons de toute façon commencé à nous organiser dès le 26 avril : nous avons formé des groupes et réorganisé la Fédération Anarchiste Italienne. Nous sommes passés de la clandestinité à une forme de propagande et de lutte typiques d’un régime à libertés formelles garanties. A partir du 26 avril, avec d’autres compagnons, nous avons décidé de clore définitivement la partie contre le fascisme, mais à notre façon. En fait, après avoir chassé les Allemands, je n’avais nullement l’intention d’oublier tout le reste. Que la révolution se fasse ou non, je ferai la mienne. Je ferai payer aux tyrans, aux affameurs, aux propriétaires, toute la faim, la misère et la désespérance du fascisme. Je voulais les persécuter comme eux nous avaient persécutés. Ma vengeance aurait été mon pardon. Mais les nouveaux patrons n’étaient pas de cet avis : Pietro Nenni par exemple [10], commissaire aux épurations, ne s’en est pas pris aux gros poissons, aux requins. Il a préféré frapper les jeunes, les sympathisants de village, quelques pauvres crétins qui comptaient pour du beurre. Grâce à cette manœuvre, l’Etat italien se retrouva avec une magistrature et une police à nouveau pleines de cadres fascistes. Le procureur de Gênes savait par exemple très bien que nous, les victimes du fascisme, n’aurions pas pardonné si facilement et si catholiquement aux fascistes et à leurs souteneurs. J’imagine que ce même procureur, rien qu’en lisant mon dossier, avait compris à quel individu il avait à faire. C’est pour cela que j’ai ensuite passé 32 années en prison. Mon crime : avoir lutté contre le fascisme et l’avoir « vaincu ».

J’ai été arrêté par les policiers de la République bourgeoise née de la Résistance au cours d’un guet-apens, en mai 1945 à La Spezia, où j’étais en train de débusquer des fascistes que personne n’avait envie de dénicher. J’étais seul dans l’embuscade qui me fut tendue, mais des compagnons comme Giovanni Zava, qui avaient fait la résistance à Serravezza et dans la région de Pistoia, furent faits prisonniers presque en même temps pour les mêmes raisons. On nous accusait d’avoir participé à la fusillade de 1942, au cours de laquelle un policier avait été tué. »

Belgrado Pedrini.

« Nous fûmes les rebelles, nous fûmes les brigands… » de Belgrado Pedrini, éd. Mutines Séditions Repris de L’Anarchisme contre l’antifascisme, Non Fides, https://infokiosques.net/lire.php?id_article=722

Le culte de la charogne

« Le culte des morts est une des plus grossières aberrations des vivants. C’est un reste des religions prometteuses de paradis. Il faut préparer aux morts la visite de l’au-delà, leur mettre des armes pour qu’il puissent prendre part aux chasses du Velléda, quelques nourriture pour leur voyage, leur donner le suprême viatique, enfin les préparer à se présenter devant Dieu.

Les religions s’en vont, mais leurs formulent ridicules demeurent. Les morts prennent la place des vivants.

Des nuées d’ouvriers, d’ouvrières emploient leurs aptitudes, leur énergie à entretenir le culte des morts. Des hommes creusent le sol, taillent la pierre et le marbre, forgent des grilles, préparent à eux tous une maison, afin d’y enfouir respectueusement la charogne syphilitique qui vient de mourir.

Des femmes tissent le linceul, font des fleurs artificielles, préparent les couronnes, façonnent les bouquets pour orner la maison où se reposera l’amas en décomposition du tuberculeux qui vient de finir. Au lieu de se hâter de faire disparaître ces foyers de corruption, d’employer toute la vélocité et toute l’hygiène possible à détruire ces centres mauvais dont la conservation et l’entretient ne peuvent que porter la mort autour de soi, on truque pour les conserver le plus longtemps qu’il se peut, on balade ces tas de chair en wagons spéciaux, en corbillards, par les routes et par les rues. Sur leur passage, les hommes se découvrent, ils respectent la mort.

Pour entretenir le culte des morts, la somme d’efforts, la somme de matière que dépense l’humanité est inconcevable. Si l’on employait toutes ces forces à recevoir les enfants, on en préserverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers.

Si cet imbécile respect des morts disparaissait pour faire place au respect des vivants, on augmenterait la vie humaine de bonheur et de santé dans des proportions inimaginables.

Les hommes acceptent l’hypocrisie des nécrophages, de ceux qui mangent les morts, de ceux qui vivent de la mort, depuis le curé donneur d’eau bénite, jusqu’au marchand d’emplacement à perpétuité ; depuis le marchand de couronnes, jusqu’au sculpteur d’anges mortuaires. Avec des boîtes ridicules que conduisent et qu’accompagnent des sortes de pantins grotesques, on procède à l’enlèvement de ces détritus humains et à leur répartition selon leur état de fortune, alors qu’il suffirait d’un bon service de roulage, de voiture hermétiquement closes et d’un four crématoire, construit selon les dernières découvertes scientifiques.

[…]

Comment pourrait-on connaître la vie alors que les morts seuls nous dirigent ?

Comment vivrait-on le présent sous la tutelle du passé ?

Si les hommes veulent vivre, qu’ils n’aient plus le respect des morts, qu’ils abandonnent le culte de la charogne. Les morts barrent aux vivants la route du progrès.

Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux ; il faut laisser la charrue dans le clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce qu’on appelle le respect des morts, de ce qui est le culte de la charogne. »

Albert Libertad, l’anarchie, 31 octobre 1907.

https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1201

Appel à soutien procès gilet jaune à Toulouse le 17 mai : déjà 3 mois de détention provisoire pour un dossier vide !

Depuis plus de six mois, les manifestations des gilets jaunes commencent bien avant l’heure de rendez-vous : contrôles d’identité, arrestations préventives, communication anxiogène et arrêtés municipaux préparent leurs terrains répressifs.

C’est d’ailleurs le cas le 2 février, le jour de l’acte XII, R. se fait contrôler près du lieu de manifestation à Toulouse : peu importe l’intention d’y aller ou non, l’arrêté préfectoral autorise contrôles et fouilles dans le périmètre. R. finit en garde à vue puis en prison pour “association de malfaiteurs”. Il est depuis maintenu en détention provisoire depuis bientôt quatre mois.

Ici la justice ne s’embarrasse pas de faits ou d’associé·e·s : les éléments à charge sont quelques clés en sa possession : allen, ptt et torx ainsi qu’une appartenance supposée à la mouvance anarchiste et/ou “ultragauche”. On comprend alors que c’est grossièrement l’ensemble des évènements des derniers mois qu’ils essaient de lui imputer : flics, procs et juges ont ici un bouc-émissaire idéal.

Lire la suite sur https://malfaiteursassocionsnous.noblogs.org/

Détention provisoire pour trois personnes accusées de sabotages des artères du capital et de l’Etat – 26 avril 2019

On apprend par les journaux que quatre personnes se revendiquant des gilets jaunes viennent d’être arrêtées dans les Alpes-de-Haute-Provence mercredi 24 avril pour ces faits et d’autres encore commis dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Vaucluse et l’Aveyron contre des infrastructures d’énergie ou de téléphonie (qui n’étaient pas sortis dans la presse, dont un incendie d’antenne-relais à Villemus, le 6 février 2019). Trois ont été placées en détention préventive vendredi 26 avril.

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Une analyse de la démocratie directe suisse

A l’heure où une partie des revendications des gilets jaunes porte sur la démocratie directe, avec notamment la proposition d’instaurer le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), il est intéressant de voir quels effets elle peut avoir chez nos voisins — notamment en matière de pacification des luttes sociales.
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Qui sont les « casseurs » ?

Alors que la colère sociale gronde, le gouvernement n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu en annonçant, par la voix d’Agnès Buzyn, la possibilité d’augmenter encore l’âge de départ à la retraite — encore une promesse de Macron qui passe à la trappe… Le rapport de force semble d’autant plus nécessaire face à tant de mépris, contrairement à ce qu’essaient d’instiller les journaflics qui servent de courroie de transmission à l’Etat en entretenant la distinction entre « gentils manifestants » et « casseurs ». Nous publions un texte du collectif Cerveaux Non Disponibles suite à la journée du 16 mars.

Lettre aux gentils de la République

C’est fait : le 16 mars restera gravé dans les dates importantes du mouvement social des Gilets Jaunes.

Face à la violence des réactions politiques, médiatiques et économiques, il convient de se dire les choses clairement, sans hypocrisie.

Commençons par du factuel : c’est vrai, de nombreux GJ sont venus à Paris pour cet acte 18 dans l’optique de déborder le système et de mettre à mal la gestion de « l’ordre public ». Ils n’étaient peut-être pas majoritaires mais ils étaient assez nombreux et déterminés pour parvenir à des résultats. Ces milliers de GJ n’avaient pas tous une tactique de black bloc. Il y avait de nombreux GJ de la première heure, munis simplement de leur gilet, de masque et de lunettes de protection. Il y avait également quelques manifestants en bloc, qu’ils soient en kway noir et/ou en gilet jaune.

Surtout, tous les manifestants étaient totalement partie prenante de la manif du jour. Aucune scission n’est jamais apparue entre groupes de « gentils GJ » et « méchants casseurs ». La très grande majorité des manifestants présents soutenait ou, a minima, acceptait les actions offensives, sans forcément vouloir faire pareil.

Plusieurs vidéos montrent qu’au niveau de la place de l’Étoile, en milieu de matinée, l’arrivée d’un bloc d’une trentaine de manifestants a été accueillie par une haie d’honneur et des applaudissements.

Alors oui, cela vous choque et vous dérange peut-être. Mais c’est la réalité de la France de 2019 : des dizaines de milliers de citoyens acceptent aujourd’hui que la lutte se fasse de façon offensive. Vous pouvez leur jeter le discrédit, les traiter de casseurs, de complices, de beaufs ou de racistes. Vous pouvez tenter de leur ôter toute humanité.

Mais la réalité est tout autre : ce n’est pas par plaisir que ces personnes acceptent (et/ou encouragent) les actions violentes. C’est par nécessité. Ce n’est pas pour la violence en elle-même mais pour ses conséquences dans la lutte sociale. Des conséquences, forcément incertaines et parfois dangereuses, mais qui constituent un horizon plus positif que le statut quo social actuel.

Sincèrement, au fond de vous-même, ne voyez-vous pas que c’est en raison de ces débordements que l’acte 18 a eu un retentissement très important dans le monde politique et médiatique ? Que le même nombre de manifestants dans un cortège déclaré où il ne se serait « rien passé » aurait été totalement nié et méprisé par ces mêmes politiques et médias ?

Ce ne sont pas les GJ qui ne comprennent que la langue de la violence et du rapport de force, c’est tout le système actuel. Dans cette société où il faut être le plus féroce et le plus puissant possible, comment pourrait-on espérer changer la donne en restant faible et docile ?

Les médias de masse ne s’intéressent au mouvement que lorsqu’il leur offre des images « sensationnelles » pour faire de l’audimat. Deux jours avant l’acte 18, se tenait à la bourse du travail une rencontre entre des figures du mouvement et des intellectuels. La Bourse était pleine à craquer et des centaines de personnes sont restées à l’extérieur. Pourquoi ne pas avoir parlé de cette initiative constructive et apaisée ? Pourquoi, depuis plusieurs semaines, des milliers de GJ se rassemblent-ils dans les villes sans que cela n’intéresse plus les médias ? Parce qu’il n’y a plus rien à « vendre » aux téléspectateurs.

Du côté des politiques, en 17 semaines, la seule période où le pouvoir a semblé faire des concessions fut lors des actes les plus violents de fin novembre et début décembre. Là, comme par hasard, après presque deux mois pendant lesquels le pouvoir a totalement méprisé la question sociale et les Gilets Jaunes, Macron écourte ses vacances pour reprendre les choses en main. Nous savons qu’il ne prendra pas les questions sociales à bras le corps et qu’il abordera la question des GJ par son seul prisme de la violence. Mais au moins, la question revient sur la table.

Soyons lucides : le pouvoir politique se contrefout des raisons profondes de la colère de son peuple. Ce qui l’intéresse, c’est de calmer cette colère, pour sa propre tranquillité et celle de tous les puissants.

Macron affirme que les personnes présentes hier sur les Champs veulent « détruire la République ». Parce que la République, c’est le Fouquet’s ? Cartier ? Les Banques ?

Ce gouvernement, tout comme les précédents, dénigra des millions de citoyens, les laisse tomber dans une précarité de plus en plus insupportable, alors même que les milliardaires continuent de devenir de plus en plus riches. Depuis 4 mois que les Gilets Jaunes se battent, combien de personnes ont été mises au chômage pour que leur entreprise fasse plus de profits ? Combien de retraités sont tombés encore plus dans la précarité ? Combien de malades n’ont pas pu bénéficier des soins nécessaires faute de moyens ?

Combien de morts cette politique libérale a-t-elle engendrés en quatre mois de lutte ? Le chiffre est impossible à connaitre mais il est évident qu’il est colossal.

L’ultra-libéralisme tue, blesse, détruit des vies et des familles. Il ne s’agit pas de « grandes paroles » pour faire de la poudre de perlimpinpin. C’est totalement factuel. Et de nombreux gilets jaunes de campagne ou de banlieue le savent très bien puisqu’ils le vivent quotidiennement.

Alors, si vous estimez que les citoyens qui détruisent une banque ou construisent une barricade sont des ennemis de la République, mais que ceux qui licencient et s’enrichissent sur la misère de ces même citoyens sont les amis de la République, voire leurs protecteurs, nous avons en effet une vision totalement différente de ce que doit être la République.

Si la violence d’une boutique de luxe ravagée vous dérange bien plus que des personnes qui meurent ou qui sombrent dans la misère, alors oui, nous ne parlons pas le même langage.

Votre morale à œillères n’est pas celle qui nous habite. Car être moral de façon sélective, c’est être immoral. Vous êtes immoraux. Et vous pourrez traiter les GJ d’ennemis de la République, ils resteront bien plus moraux et bien plus proches des valeurs de la République que vous.

Arrêtez de vous offusquer de la violence d’un mouvement social lorsque vous le niez et l’ignorez totalement, sauf en cas de violence.

A ce moment-là seulement, nous pourrons discuter de moralité.

Texte trouvé sur le site paris-luttes.info

Les loups dans la bergerie

Banalités de base sur la révolte en cours

Nous sommes ce que nous faisons

La seule façon de définir une révolte, qui ne dispose pas d’une théorie préalable partagée par l’ensemble de ses participants, est de s’en tenir à ses pratiques. C’est une méthode qui s’oppose à celle de tous les commentateurs extérieurs qui s’imaginent encore que la pensée consciente, c’est-à-dire individuelle, prime sur les actes. L’essence de la révolte des gilets jaunes, sans leaders et autoconvoquée à l’origine via les réseaux sociaux, réside dans l’ensemble des pratiques collectives de tous ceux qui y ont participé sans se connaître préalablement. Par leur nouveauté, leur radicalité, leur ubiquité et leur unité, elles forment déjà un discours. Elles définissent un parti pris parce qu’elles rompent avec l’ordre des choses, avec la résignation et la soumission ordinaires. Rupture en deçà de laquelle il n’y a rien que le retour inexorable du même. La critique en actes reconnaît la part d’inconnu qu’elle contient, la traduction théorique qui lui manque encore, et le possible qu’elle ne peut fermer prématurément. Une telle rencontre, basée sur l’insatisfaction, progresse à ce rythme, dans son rapport de force avec tous les pouvoirs en place et par les perspectives nouvelles qu’elle ouvre. Sa négativité est féconde.

 

Fin des mouvements sociaux

Quoi de plus scandaleux que la révolte des gueux ?

Le tour offensif qu’a pris la contestation depuis la fin du mois de novembre constitue la nouveauté principale en France. Blocages, émeutes, destructions de péages, attaques de bâtiments publics et gouvernementaux, affrontements avec la police, agressions publiques d’élus et de journalistes : nous ne sommes pas dans un énième mouvement social aux motifs défensifs et réactifs, mais dans la forme moderne de la révolte. Ces pratiques inaugurales ne sont pas le fait de casseurs ou d’ultras, contrairement à ce que le matraquage médiatique et gouvernemental tente de faire croire, mais celui des acteurs principaux du soulèvement. En parler autrement et propager ces anathèmes consiste à trahir tous ceux qui, plus courageux que d’autres, en payent aujourd’hui le prix en prison. Le pouvoir a bien compris le danger d’un tel basculement, au point d’utiliser des moyens exceptionnels pour l’éradiquer ; on a pu vérifier à cette occasion le mensonge sur l’Etat de droit s’assumant en l’espace de quelques semaines comme un Etat autoritaire. La guerre qui s’est instaurée, siège des antagonismes fondamentaux, ne laisse place à aucune négociation, réforme ou compromis possibles. Un cap a été franchi à l’automne 2018 avec la sortie de tous les chantages, dont en premier lieu celui à la catastrophe écologique. A la différence de mobilisations antérieures, la révolte dont il est ici question contient un enjeu historique. Attaquer pour ne plus subir s’y est imposé comme une nécessité.

 

L’illégalité assumée

Il n’y a pas de révolte légale

Durant sa phase ascendante, c’est-à-dire jusqu’au 1er décembre inclus, nul ne se souciait de la légalité des actions entreprises dans le cours de la révolte, chacun sachant bien alors que l’on ne transforme pas les conditions existantes en respectant des lois édictées pour leur conservation. Paralyser la circulation, ne pas déclarer une manifestation, y participer dans ce cas, occuper l’espace public sans autorisation, y porter un masque de chantier ou des lunettes de piscine, taper dans un bouclier de CRS, tout cela est puni par la loi. Jamais dans l’histoire ceux qui l’ont faite, aux prises avec toutes les forces organisées et unifiées de la conservation, ne se sont posé la question du respect de la loi. L’histoire n’est ni le domaine de la morale ni celui du droit, les temps d’obéissance y sont ses pages blanches. L’émeute parisienne du 1er décembre a été le point culminant de cette négativité où personne n’entendait déplorer les dégâts qu’elle causait dans les quartiers les plus riches de France. Sans ces heures d’émeute, nous n’en serions pas là. Les mesures d’exception prises en urgence pour accentuer la répression nous montrent, s’il en était besoin, qui détient l’arme de la loi et pour quel but.

 

Refus des encadrements

Ni Macron, ni Mélenchon, ni Le Pen ni personne

La décomposition de la classe politique, du pouvoir séparé, et celle de l’encadrement syndical  du défunt mouvement ouvrier, est arrivée en phase terminale. La révolte des gilets jaunes a acté cette décomposition. Le néo-monarque Macron, qui gouverne par ordonnances, n’a pas fait ce vide, il est le résultat transitoire de ce vide. Le système représentatif produit des spécialistes, des professionnels d’une comédie stérile conduisant à l’usurpation systématique du pouvoir. La plupart des pauvres n’en étaient pas dupes avant, mais une partie d’entre eux agit désormais en conséquence suivant des constats qui ne peuvent plus être occultés : l’Etat libéral dit la vérité de l’Etat, il est au seul service de la marchandise ; les syndicats ne sont qu’un rouage du pouvoir, dernier recours pour éteindre tout mouvement social conséquent ; les partis politiques, confinés à l’impuissance perpétuelle, sont périmés par une révolte qui a su si bien transcender les divisions et catégories préexistantes : leurs « logiciels » comme leurs conditions mêmes d’existence sont obsolètes.

 

Refus de la représentation

On veut pas plus de SO que de Jacline Mouraud

Une telle lucidité a mené au rejet systématique de toute forme de représentation de l’ensemble des gilets jaunes. Toute parole qui prétendrait s’exprimer au nom de cet ensemble est une usurpation.  Les « figures » encore tolérées du mouvement ne sont que des relais qui ont survécu en sachant, pour l’instant, rester à leur place et ne jamais se risquer à cette prétention quand tous ceux qui voulaient capitaliser pour leurs propres intérêts ont été systématiquement et dûment expurgés. Nous connaissons le résultat de l’appropriation privative du pouvoir. Qui veut encore de sa personnalisation ? Elle appartient au passé.

 

Refus de la négociation avec le pouvoir

11 morts, 1 900 blessés, on débat pas, tu dégages

La radicalité du mouvement sur les ronds-points et dans la rue, associée à ce rejet de toute forme de hiérarchie et de porte-parolat, nous a préservés d’une prise de langue avec le pouvoir qui, sourd jusque-là, ne demandait que ça une fois mis sur la sellette. Il est évident qu’après la répression qu’il a menée, la calomnie qu’il a déversée, la division qu’il a distillée, il serait insensé et indigne de s’asseoir à sa table. L’Etat a du sang sur les mains et se vautre dans une arrogante impunité, son chef poussant l’ignominie jusqu’à nier devant son homologue égyptien la mort directe d’une femme tuée par sa police dans le cadre de la répression. Qui dialogue avec un tel pouvoir, après les éborgnements et mutilations en série,  s’en fait immédiatement le complice. Il ne peut y avoir de retour en arrière.

 

Le rôle des revendications

Les miettes, c’est pour les pigeons

Tous les récupérateurs potentiels ont cru voir dans la multitude des revendications, émises au fil des semaines, le travestissement possible de la révolte en mouvement revendicatif, sans comprendre en quoi leur rôle principal est de recenser, de faire connaître et de mettre en commun les raisons de la colère. Il n’a jamais été question depuis décembre de réclamer quelques miettes à Macron, la principale et unanime revendication exigeant son départ, lui dont la politique et le programme antisocial s’opposent en tous points à l’ensemble de ces constats critiques sur l’augmentation de tous les prix, l’accroissement corollaire des restrictions et des contrôles, le démantèlement accéléré des vestiges du « service public », les faveurs accordées aux plus riches. S’imposant dans un moment de reflux de la révolte, le désormais célèbre RIC a représenté une sorte de compromis consensuel entre l’exigence minimale portée par la radicalité de la rue et le souci inquiet de proposer une réforme étatique raisonnable. Reprise depuis comme une formule magique, cette proposition de modifications des institutions, plus ou moins profondes suivant les versions, a l’inconvénient de poser les limites de la révolte dans une traduction prématurée de ses buts qui relègue ses acteurs principaux actuels, ce sujet collectif nouveau, à un rôle in fine consultatif. S’il évoque une saine intervention de la majorité dans le contrôle du pouvoir, ce plafond de verre théorique tend surtout une perche à tous les partisans d’une résolution du conflit social par une réforme de surface telle que le « grand débat » la prépare. L’insertion dans le cadre pragmatico-rationnel de tous les gestionnaires à partir de leur postulat autoritaire sur la réalité est un tombeau. La réalité est à faire et non plus à subir comme un donné. Il suffit de constater l’état du monde pour juger de la vertueuse rationalité économiste brandie par tous ceux qui en font un argument d’autorité à la seule fin de maintenir le statu quo.

 

La critique de l’information dominante

Journalistes, vous avez toléré trop de choses pour être tolérés

La même clairvoyance s’est manifestée à propos des médias dominants auxquels, dès les premières semaines, les gilets jaunes se sont montrés hostiles. Il est aujourd’hui partagé par une grande partie de ceux qui subissent son monologue permanent que l’information dominante travaille à la conservation de la société en place et prend systématiquement parti contre ce qui en menace la continuation paisible. Il n’est plus toléré qu’une petite caste, sans aucune légitimité, parle à la place des autres, encore moins quand cette caste est tenue par une poignée de milliardaires, et qu’elle se montre l’ennemi le plus direct de la révolte depuis plusieurs semaines, par la calomnie la plus grossière, par le mensonge sur les effectifs des manifestations, par son travail d’auxiliaire de police. Elle, qui se flatte encore de sa liberté d’expression, s’est révélée comme la plus caricaturale des presses aux ordres. Elle n’est plus que le porte-voix du gouvernement. Avec les moyens nouveaux à notre disposition, nous n’avons pas besoin des « médias », qu’ils soient au service de l’Etat français, en roue libre pour leur propre compte, ou pilotés de l’étranger pour des intérêts qui nous sont tout aussi hostiles.

 

L’auto-organisation

Un peuple qui vit ne rond-point

L’ensemble de ces refus traduisent un même sentiment chez ceux qui font la révolte, celui de la dépossession permanente. S’est ancrée pour chacun la conviction scandaleuse de n’être pas maître de l’emploi de sa vie. D’une contestation sur les difficultés mêmes de survivre, conséquence ultime de cette dépossession, la puissance collective qui s’est déployée a commencé de poser la question de ses causes fondamentales. Le cours commun de la séparation s’est brisé, d’abord sur les lieux de blocage en petits groupes locaux, ensuite dans les manifestations offensives et sauvages où ces groupes locaux ont vu concrètement leur effectif, leur unité, à l’échelle de tout le pays, et la force qu’ils constituaient. La rupture enjouée du quotidien vécu jusque-là dans l’isolement et la prise festive de l’espace ont été le premier pas d’une appropriation collective de l’existant, puisque de possession véritable nous n’avons jamais eue. La richesse de cette expérience ne peut mieux se mesurer que dans son terrible contraste avec la désespérante survivance de la résignation qui la cerne encore. L’ordinaire de la servitude n’a jamais paru si misérable.

 

Les assemblées

On débattra quand on vous aura tous virés

Aucun groupe local sur les ronds-points n’a eu besoin d’experts en conseillisme pour pratiquer spontanément la démocratie directe à cette échelle. Pour faire de cette pratique une forme de continuation de la critique du système de dépossession, un appel a été lancé à la création d’assemblées populaires. Rapidement et paradoxalement, cet instrument a été une sorte de porte d’entrée pour les groupes militants, associatifs et partis politiques préexistant à la révolte et tentant de s’y greffer pour y imposer leurs marottes, leur programme et leurs vieilles lunes au mépris de ce qui a lieu. Les assemblées parisiennes, qui ne comptaient que quelques dizaines de participants à tendance militante, et plutôt faibles dans leurs pratiques, étaient ainsi surreprésentées à « l’assemblée des assemblées » de Commercy. Il serait pour autant inconséquent de laisser au parasitage militant cette pratique qui représente encore, sous sa forme authentique du moins, le moyen de s’approprier le débat exécutoire sans aucun intermédiaire sinon strictement mandaté. La pertinence des assemblées dépendra de leur capacité à assumer et appuyer la critique en actes qui a eu lieu depuis novembre. L’intelligence collective, manifestée jusque-ici, et la défiance qui l’accompagne paraissent à même de déjouer le noyautage par des délégués dont jusqu’ici la double appartenance éventuelle n’a, à notre connaissance, pas été questionnée, comme si l’assemblée n’était qu’un organe de vigilance citoyenne, le dernier avatar de la démocratie participative, une organisation compatible avec tout ce qui est là plutôt que sa négation pratique.

 

Pour un dépassement

Des maisons du peuple partout

Si l’on met de côté les « actions » symboliques, aux visées seulement médiatiques, issues d’un aveuglement sur l’historicité de l’événement en cours, la principale préoccupation actuelle consiste à savoir comment pousser l’avantage d’une révolte qui a su s’enraciner dans une séquence de basse intensité, au risque sinon de voir le processus de son intégration au décor la conduire à l’étiolement. Les modalités de mobilisation depuis le début répondent aux contraintes géographiques et de survie de ses participants les plus actifs, elles ont déterminé une intermittence de l’intervention massive et offensive, la permanence sur les ronds-points étant de son côté de plus en plus entravée. Les manifestations urbaines des samedis n’ont ainsi jamais pu s’étendre au-delà de cette journée au point que la question d’une conquête de lieux ou d’une installation dans le temps a fini par ne plus se poser. La scission entre le lieu d’origine de la majorité des participants et la ville s’est ainsi maintenue faute d’une implication massive des habitants des centres urbains. C’est probablement dans le sens de cette jonction qu’il faut désormais porter l’appel à multiplier les « maisons du peuple », non pas comme des zones de repli, mais comme des lieux à conquérir au cœur des métropoles pour y poursuivre la rencontre dans une pratique offensive d’occupation. Rompre ainsi avec le quotidien et l’intermittence, assurer des points de ralliement, créer enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière. En appeler pour cela à tous ceux qui sont en situation d’occuper, qu’ils mènent un mouvement social dans leur entreprise, qu’ils aient pris leur université, qu’ils aient les clés d’un lieu culturel, pour qu’ils inscrivent leur action dans la critique unitaire en transformant leur lieu encore spécialisé en « maison du peuple ». La préparation de la journée nationale du 16 mars à Paris doit se hisser à la hauteur de cet enjeu, le printemps nous rappelant aussi l’opportunité de tenir durablement des places pour la rencontre la plus ouverte de tous. Quand la révolte devient ce qu’il y a de mieux à faire, tout le monde finit par s’y joindre ; Tahrir nous l’enseigne, le 1er décembre nous en a donné un avant-goût, le rendez-vous du 8 mars propose déjà cet envahissement de l’espace-temps et des esprits.

 

Pour une extension

Paris, debout, soulève-toi !

Le parti de l’ordre met tout en œuvre pour empêcher le ralliement d’une autre partie de la population à la révolte dont l’avenir dépend. Pour s’assurer du soutien de « l’opinion », une partie du mouvement est entrée dans la guerre de communication menée conjointement par les médias et le gouvernement. Une fois dans ce piège de légitimation à partir des catégories dominantes, il ne s’agit plus que de donner une bonne image de la protestation, certifier de son innocence parfois jusqu’à la repentance, au reniement amnésique de sa négativité. Ceux qu’il s’agirait de convaincre – les téléspectateurs dociles –  en se pliant ainsi aux injonctions de l’ennemi sont précisément les plus hostiles à toute forme de changement profond. Il conviendrait plutôt d’en appeler à tous ceux parmi les plus relégués, de la grande masse des précarisés aux pauvres des banlieues, qui ont les meilleures raisons de se révolter. En finir avec la division qui est entretenue depuis des décennies par la diabolisation de cette jeunesse qui a expérimenté bien avant cet automne les violences policières et les stigmatisations médiatiques dont on s’indigne maintenant qu’elles concernent d’autres qu’eux. On peut mesurer le danger de cette jonction possible à la manière dont il a fallu terroriser les lycéens pour leur passer le goût de manifester. Quand partout règne la valeur marchande, l’exclusion, la répression et la relégation ne sont plus la condition d’une minorité, mais notre devenir à tous. « Gilet jaune » n’est pas une identité à l’intérieur d’une entité close sur elle-même, mais un signe de ralliement pour l’irruption tapageuse de tous les invisibles dans la chose publique.

 

Pas seuls au monde

Haïti, France, Soudan, révoltés de tous les pays unissez-vous !

En Algérie, au Soudan, en Haïti, dans les Balkans, des situations de révolte que l’on aurait pu auparavant attribuer à tort à des conditions essentiellement différentes des nôtres nous sont désormais visiblement proches. Nous savons que les raisons de l’insatisfaction sont les mêmes quand la tiers-mondisation ne concerne plus seulement quelques zones reculées du monde, mais qu’elle produit au cœur des Etats dits développés du déchet humain dans le sillage du cours autonomisé de « l’économie ». La particularisation des colères à quelque contexte national est le moyen d’empêcher la reconnaissance mutuelle de leur communauté par-delà les frontières, or partout le parti de la conservation travaille à l’interdiction du débat des humains sur leur vie, pour maintenir la verticalité du pouvoir, la domination marchande, l’usurpation de la parole publique. Notre avenir dépend de l’internationalisation du possible ouvert ici contre la caricature qui en est donnée à l’étranger via l’information dominante. La situation de nos pairs d’Algérie nous place devant l’impérieuse responsabilité d’un rendez-vous historique. Macron dégage ! Bouteflika dégage ! Pour des manifestations communes dans toutes les villes de France !

 

Le peuple veut la chute du régime

Le 4 mars 2019,

Comité pour la prolifération des loups

https://cpl1.noblogs.org/

Lettre des zapatistes aux femmes qui se battent dans le monde

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE
MEXIQUE

Février 2019

Aux femmes qui luttent dans le monde entier
De la part des femmes zapatistes

Soeur, compañera,

Nous t’envoyons, de la part des femmes zapatistes, nos salutations en tant que femmes qui luttent, .

Ce que nous voulons te dire ou ce de quoi nous voulons te prévenir est un petit peu triste parce que nous t’annonçons que nous n’allons pas pouvoir faire la II* Rencontre Internationale des Femmes qui Luttent, ici sur nos terres zapatistes,en ce mois de mars 2019.

Les raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas, et bien peut être que tu les connais déjà, et sinon, et bien nous allons t’en parler un peu. Il se trouve que les nouveaux mauvais gouvernements l’ont déjà dit clairement, leurs mégaprojets de grands capitalistes, ils vont les faire : le projet de leur Train Maya, leur plan pour l’Isthme de Tehuantepec, celui de la semence d’arbres pour la commercialisation de bois et de fruits. Ils ont aussi dit qu’allaient entrer les mines et les grandes entreprises d’alimentation. Et pour couronner le tout, ils ont leur plan agraire, orienté de telle façon que cela mène à notre disparition en tant que peuples originaires, en convertissant nos terres en marchandises et achevant ce que Carlos Salinas de Gortari n’avait pas pu terminer car notre soulèvement l’en avait empêché.

Ce sont tous des projets de destruction. Qu’importe qu’ils essayent de le cacher avec leurs mensonges. Qu’importe combien de fois ils multiplient leurs 30 millions de soutien. La vérité c’est qu’ils vont de toutes leurs forces contre les peuples originaires, leurs communautés, leurs terres, leurs montagnes, leurs rivières, leurs animaux, leurs plantes et jusqu’à leurs pierres.

En d’autres mots, ils ne vont pas seulement contre nous les zapatistes, mais contre toutes les femmes qui se disent indigènes. Et aussi contre les hommes, mais en ce moment nous vous parlons de femmes et en tant que femmes que nous sommes.

Ils veulent que nos terres ne soient plus pour nous mais pour les touristes qui viennent se promener, pour qu’ils aient leurs grands hôtels et leurs grands restaurants, et pour tous les commerces nécessaires à ces luxes de touristes.

Ils veulent que nos terres se convertissent en grandes exploitations productrices de bois précieux, de fruits et d’eau, en mines pour extraire l’or, l’argent, l’uranium, et tous les minéraux qu’il y a ici et que veulent les capitalistes.

Ils veulent faire de nous leurs ouvrières, leurs servantes, que nous vendions notre dignité pour quelques pièces par mois.

Car ces capitalistes, et ceux qui leur obéissent dans les nouveaux mauvais gouvernements, pensent que ce que nous voulons c’est être payées.

Ils ne peuvent pas comprendre que nous voulons la liberté, ils ne comprennent pas que le peu que nous avons obtenu c’est en luttant sans que personne ne nous demande des comptes, sans photos, sans interviews, sans livres, sans consultations, sans enquêtes, sans votes, sans musées et sans mensonges.

Ils ne comprennent pas que ce qu’ils appellent “progrès” est un mensonge, qu’ils ne peuvent même pas assurer la sécurité des femmes qui continuent à être frappées, violées et assassinées dans leurs mondes progressistes ou réactionnaires.

Compañera, soeur, combien de femmes ont été assassinées dans ces mondes progressistes ou réactionnaires pendant que toi, tu lis ces mots?

Peut-être que toi tu le sais, mais nous te disons clairement qu’ici, en territoire zapatiste, pas une seule femme n’a été assassinée depuis de nombreuses d’années. Et ils disent que ce sont nous les attardées, les ignorantes, les pas grand-chose.

Peut-être que nous ne savons pas ce qu’est le meilleur feminisme, peut-être que nous ne savons pas dire “corpE” ou changer les mots comme il faut, ou ce qu’est l’égalité des genres, ou ces choses dans lesquelles il y a tant de lettres qu’on ne peut plus les compter. Et d’ailleurs, ce n’est même pas juste de dire “égalité des genres” parce que vous ne parlez que de l’égalité entre les femmes et les hommes, et même nous, qu’on dit ignorantes et attardées, nous savons bien qu’il y a ceux qui ne sont ni hommes ni femmes. Nous, nous les appelons “otroas” mais que ces personnes s’appellent comme ça leur chante, car ça n’a pas été facile pour elles de gagner ce droit d’être ce qu’elle sont sans se cacher, car on s’en moque, on les poursuit, on les violente, on les assassine. Et en plus on devrait encore les obliger à être soit des hommes, soit des femmes, les obliger à se ranger d’un côté ou de l’autre? Si ces personnes ne veulent pas, alors on devrait respecter leur choix. Sinon, comment nous plaindre de pas être respectées en tant que femmes que nous sommes si nous-mêmes, nous ne respectons pas ces personnes? Mais bon, c’est peut-être parce que nous parlons de ce que nous avons vu des autres mondes et que nous n’avons pas beaucoup de connaissances sur ce sujet.

Par contre, ce que nous savons c’est que nous luttons pour notre liberté et que c’est maintenant que nous devons lutter pour la défendre, pour que nos filles et nos petites-filles ne souffrent pas la même histoire douloureuse que nos grands-mères.

C’est à nous de lutter pour que ne se répète pas l’histoire dans laquelle nous retournons dans ce monde où nous sommes seulement là pour faire à manger et accoucher d’enfants, pour les voir ensuite grandir dans l’humiliation, le mépris et la mort.

Nous ne nous sommes pas soulevées en armes pour en retourner au même point.

Nous n’avons pas passé 25 ans à résister pour maintenant servir les touristes, les patrons, les superviseurs.

Nous ne cesserons pas d’être promotrices d’éducation, de santé, de culture, tercias, autorités, commandement, pour ensuite devenir employées dans des hôtels et des restaurants pour servir des étrangers pour quelques pesos. Qu’importe si ce sont beaucoup ou peu depesos, ce qui importe c’est que notre dignité n’a pas de prix.

Car c’est ce qu’ils veulent, compañera, soeur, ils veulent que sur notre propre terre, nous nous convertissions en esclaves qui reçoivent des aumônes pour les laisser détruire la communauté.

Compañera, soeur,

Quand tu es arrivée dans ces montagnes pour la rencontre de 2018, nous avons vu que tu nous regardais avec respect, et parfois peut-être avec admiration. Bien que ce n’est pas ce qu’ont fait toutes celles qui sont venues, car nous savons bien que certaines sont venues pour nous critiquer et nous regarder mal. Mais ce n’est pas ce qui importe car nous savons que le monde est grand et que les pensées sont nombreuses, et il y en a qui comprennent que nous ne pouvons pas toutes faire la même chose, et il y en a d’autres qui ne le comprennent pas. Et bien ça, nous le respectons compañera et soeur, parce que ce n’est pas pour ça qu’a eu lieu la rencontre. Ce n’était pas pour voir qui nous donnait de bonnes ou de mauvaises notes, mais pour nous rencontrer et savoir que nous luttons en tant que femmes que nous sommes.

Et puis, nous ne voulons pas que maintenant tu nous regardes avec peine ou tristesse, comme des servantes à qui on donne des ordres de bonne ou mauvaise manière ; ou comme celles auprès de qui on négocie le prix de son produit, parfois c’est de l’artisanat, parfois des fruits ou des légumes, et parfois quoique ce soit, comme le font les femmes capitalistes. Mais par contre quand elles vont acheter dans leurs centres commerciaux, là elles ne négocient pas, non, elles payent exactement ce que disent les capitalistes et elles en sont mêmes contentes.

Non compañera, soeur. Nous allons lutter avec tout ce que nous avons et de toutes nos forces contre ses mégaprojets. S’ils réussissent à conquérir ces terres, ce sera sur notre sang, sur le sang des femmes zapatistes.

Nous y avons réfléchi, et c’est ce que nous ferons.

Car soudain, ces nouveaux mauvais gouvernements pensent ou croient que, comme nous sommes des femmes, nous allons vite baisser la tête, que nous allons être obéissantes face au patron et à ses nouveaux contremaitres/superviseurs, car ce que nous cherchons c’est un bon patron et une bonne paie.

Mais non, ce que nous nous voulons c’est la liberté que personne ne nous a offert, celle que nous avons conquise en luttant de notre sang.

Crois-tu que, quand viendront les forces des nouveaux mauvais gouvernements, leurs paramilitaires, leurs gardes nationales, nous allons les recevoir avec les honneurs ? Avec des remerciements ? Avec joie?

Non, ce qu’il va se passer, c’est que nous allons les recevoir en luttant et nous verrons bien s’ils apprennent enfin ce que sont les femmes zapatistes, des femmes qui ne se vendent pas, ni ne se rendent.

Nous, lors de la rencontre des femmes l’année passée, et bien nous nous sommes efforcées pour que vous soyez contentes et joyeuses, que vous vous sentiez en sécurité, compañera et soeur. Et nous avons conservé toutes ces critiques que tu nous a laissé : que les planches de bois étaient très dures, que tu n’aimais pas la nourriture, qu’elle était chère, que pourquoi-ci et pourquoi ça… Voilà, nous t’informons de comment nous avons travailler et des critiques que nous avons reçues.

Et malgré les plaintes et les critiques, et bien ici, tu étais en sécurité, sans que des hommes, bons ou mauvais, ne te regardent et te jugent. Il n’y avait que des femmes, toi, tu le sais.

Mais maintenant, rien de tout cela n’est encore sûr, car nous savons que le capitalisme arrive de toutes ses forces et qu’il veut vaincre à n’importe quel prix. Et ils vont le faire car ils sentent que beaucoup de gens les soutiennent, qu’ils peuvent commettre toutes les barbarieset et qu’on les applaudira encore. Et ils vont nous attaquer et ils observeront leurs sondages pour voir s’ils ont toujours de bons points, et ainsi jusqu’à ce qu’ils en finissent avec nous.

Et alors que nous t’écrivons cette carte, les attaques des paramilitaires ont déjà commencé. Ce sont les mêmes qui avant appartenaient au PRI, puis au PAN, puis au PRD, puis au PVEM, pour maintenant être avec MORENA.

Donc, compañera, soeur, nous t’annonçons que nous ne ferons pas la Rencontre ici, mais vous, organisez-le sur vos terres, à votre manière et selon votre temps.

Companera, soeur,

Ne cesse pas de lutter. Bien que ces maudits capitalitstes et leurs nouveaux mauvais gouvernements s’en sortent et qu’ils nous anéantissent, et bien toi, tu dois continuer à lutter dans ton monde.

Car c’est cet accord que nous avons pris lors de la rencontre, celui de lutter pour que plus aucune femme dans aucun recoin du monden’ait peur d’être femme.

Et donc ton recoin, c’est ton recoin, compañera et soeur, et c’est ton rôle d’y lutter, comme nous, les femmes zapatistes, nous luttonsen terres zapatistes.

Ces nouveaux mauvais gouvernement pensent qu’il va être facile de nous vaincre, que nous ne sommes pas beaucoup et que personne, là bas dans les autres mondes, ne nous soutient .

Mais que va-t-il se passer compañera et soeur ? Et bien, même s’il ne reste qu’une seule d’entre nous, celle-ci se battra pour défendre notre liberté.

Et nous n’avons pas peur, compañera et soeur

Si nous n’avons pas eu peur il y a déjà plus de 25 ans lorsque personne ne nous regardait, alors encore moins maintenant que toi ,tu nous as vu, bien ou mal, mais tu nous as vu.

Compañera, soeur,

Bon, et bien là, nous te confions la petite lumière que nous t’avons offert.

Ne la laisse pas s’éteindre.

Même si la notre s’éteint ici avec notre sang, et même si elle s’éteint à d’autres endroits, toi, prends soin de la tienne car, bien que les temps actuels soient difficiles, nous devons continuer d’être celles que nous sommes et nous sommes des femmes qui luttent.

Voilà, c’est tout compañera, soeur. Pour résumer, nous n’allons pas faire la Rencontre, en d’autres mots, nous ne participerons pas.

Et si vous organisez la rencontre dans ton monde et qu’on te demande où sont les femmes zapatistes, pourquoi ne sont-elles pas venues, et bien dis-leur la vérité, dis-leur que les femmes zapatistes luttent dans leur recoin pour leur liberté en tant que femmes qu’elles sont.

C’est tout, prends soin de toi compañera et soeur.

Il y a parfois des moments pendant lesquels nous ne nous verrons pas.

On te dira peut-être de ne plus penser aux femmes zapatistes parce qu’elles n’existent plus. Il n’y a plus de zapatistes, te diront-ils.

Mais quand tu penseras que c’est vrai, qu’ils nous ont détruites, c’est à ce moment-là, sans même que tu ne t’en rendes compte, tu verrasque nous te regardons et que l’une d’entre nous s’approchera et te demandera à l’oreille pour que seul toi tu puisses l’entendre : “Où est donc cette petite lumière que nous t’avons donné ?”

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.
Les Femmes Zapatistes.
Février 2019

23 février : Appel national contre les frontières (Mise à jour 25 février)

Une nouvelle personne est morte à la frontière briançonnaise.

Il s’agit de la quatrième personne morte à la frontière en moins d’un an dans les Hautes-Alpes, la vingt-sixième en trois ans à la frontière franco-italienne. La répression contre les personnes qui traversent les frontière et celles qui leur sont solidaires ne cesse de s’accroître, comme l’ont montré la semaine passée les expulsions et les arrestations de militant·es à Turin.

Les frontières sont le signe d’un monde réservé à l’usage d’une élite riche, mondialisée, mobile. Mais il ne se construit que grâce à l’exploitation de tous ceux qui en sont exclus et n’en profitent jamais. Ce monde prospère grâce aux richesses et aux ressources pillées aux anciennes colonies par des siècles d’expropriation. Il fonctionne grâce au travail quotidien de salariés dont on massacre toujours plus les conditions de travail.

Ici à Montgenèvre, les stations de ski ont été bâties en grande partie par des travailleurs immigrés italiens, pour le loisir de consommateurs plus aisés. Aujourd’hui, ceux qu’on nomme “migrants” empruntent les mêmes chemins pour venir travailler en France, où leur force de travail sera exploitée ailleurs, mais toujours pour alimenter les rouages du capitalisme. Ce système d’exploitation à grande échelle précarise toutes les vies, jusqu’à organiser la mort des plus invisibles et des plus oubliés. Les frontières sont des lieux où les polices et les armées des états capitalistes mènent une guerre aux plus pauvres tout en faisant fructifier l’industrie de l’armement. Mais ces lieux ne font que rendre visible la violence globale que le capitalisme exerce contre la main d’oeuvre qui le fait fonctionner. Exploités jusqu’à mourir sur un chantier, dans la mer ou dans une plantation, nous sommes tous des corps dispensables au gré des logiques de marché.

Ce système repose sur la mise en concurrence des travailleurs entre eux. Les frontières permettent aux Etats capitalistes de créer de la richesse avec le transport des marchandises, et de maintenir au plus bas les conditions de travail sur leur territoire, en menaçant constamment les travailleurs locaux de la concurrence d’une main-d’oeuvre “sans-papiers”, donc plus corvéable et plus soumise. Or, c’est en s’appuyant sur notre force de travail que le capitalisme mène sa guerre contre nous tous : l’étranger qui est présenté comme un ennemi n’est pas autre chose qu’un frère ou une soeur qui partage la même condition d’exploitation.

Refusons ces frontières qui nous divisent et rejetons plutôt les liens qui nous unissent à nos oppresseurs. Faisons front commun, contre les frontières, contre ceux qui profitent et accumulent les richesses de ce monde aux dépends de nos vies.

Samedi 23 février, une manifestation sera organisée au pays basque, à la frontière entre la France et l’Espagne, pour dénoncer le système d’exploitation impérialiste dont la migration n’est que la partie la plus visible.

A la frontière italienne, rassemblons-nous pour faire écho à leur lutte à toutes celles qui sont menées actuellement, en France, en Italie, au Soudan, en Irak, pour manifester une révolte commune.

Mise à jour 25 / 02 : une petite centaine de personnes étaient présentes au rassemblement. Ca a démarré par une brève occupation du télésiège de Montgenèvre, pour interpeller les skieurs sur la chasse à l’homme exercée par la police aux frontières qui fait courrir un danger de mort aux exilés. La réaction des touristes était variée, certains étant à l’écoute, d’autres donnant des coups de ski pour ne pas perdre quelques minutes de loisir. On a continué par une déambulation dans la ville qui s’est achiminée sur le rond point côté Clavières. Là, des gendarmes mobiles (aux nombre de 6 fourgons) sont intervenus pour évacuer le rond point et maintenir la normalité de ce monde. Le cortège est revenu vers la ville, où certains tenanciers de café ont manifesté leur hostilité pendant que des témoignages sur l’enfermement dans les centres de rétention étaient lus.

Encore des actes de vandalisme sur l’A51…Tout le monde déteste VINCI !!

Info reprise du Daubé du jour… Bon, en général c’est pas forcément notre tasse de thé niveau journalime, mais là on a trouvé l’information suffisament intéressante pour la relayer… encore un coup des gilets jaunes ??

Cela deviendrait presque une habitude. Comme les deux semaines précédentes, l’autoroute A51 a été de nouveau la cible d’actes de malveillance, impactant cette fois-ci le tronçon Sisteron Centre-La Saulce. Des faits perpétrés la nuit dernière qui ont entraîné des “dysfonctionnements de systèmes de sécurité, notamment ceux équipant les tunnels, rendant obligatoire la fermeture de deux sections d’autoroutes pendant la durée des réparations”, précise Vinci Autoroute dans un communiqué. La section, était coupée depuis ce matin
9 heures. Sur ce tronçon, la circulation était fermée dans les deux sens.

Déjà, jeudi dernier, des actes de malveillances avaient entraîné la fermeture de l’autoroute entre Pertuis et Cadarache (Bouches-du-Rhône) et Sisteron Centre-La Saulce. L’autoroute est de nouveau ouverte à la circulation, depuis environ 17 h 30.

La dégradation de la fibre optique a entraîné la perte des équipements électriques. Ce qui « met en danger la sécurité des usagers », précise-t-on du côté de Vinci. Des usagers invités à emprunter le réseau secondaire.

Cet acte de malveillance engendre aussi des difficultés sur le réseau téléphonique. Près de 6 000 clients sont potentiellement impactés par des dysfonctionnements sur les lignes fixes et Internet, dans certaines communes situées aux alentours de Manosque, dans la partie sud-ouest du département. La panne concerne tous les opérateurs de télécommunication.

Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a ouvert une cellule de suivi en contact permanent avec les services d’Orange. Une dizaine de techniciens de l’entreprise sont mobilisés depuis cette nuit afin de rétablir dès que possible le fonctionnement du réseau.

Le préfet de la régeion Provence-Alpes-Caôte d’Azur, de la zone de défense et de sécurité Sud et des Bouches-du-Rhône, Pierre Dartout fait part de son indigenaton et de sa ferme condamnation face à ces actes de malveillance. Il ajoute :  » Un deuxième tunnel, celui de la Baume, situé dans le département des Alpes-de-Haute-Provence a également été la cible de ces dégradations. Il s’agit de la deuxième dégradaton en moins de deux semaines sur cete autoroute A51. »

A écouter : une analyse critique des idées d’Etienne CHOUARD

Emission spéciale de nos amis de « sortir du capitalisme » qui développent une critique émancipatrice du capitalisme et ses structures associées, c’est-à-dire :

– De l’économie marchande comme structure de contrainte au travail et de dépendance vis-à-vis du Marché et de l’argent, comme système de soumission aux lois du capital, à son exploitation et à sa crise ;

– De l’État comme structure autoritaire, bureaucratique, hiérarchique nous dépossédant de notre autonomie politique ;

– Du patriarcat comme structure d’oppression, d’exploitation et de subordination des femmes (et d’auto-mutilation des hommes) ;

– Du racisme comme structure d’oppression, de discrimination et de surexploitation des racisé-e-s ;

– Du colonialisme et de l’impérialisme ;

– De la société de classes comme société inégalitaire, d’exploitation et de domination bourgeoise ;

– Du complexe techno-industriel comme destructeur des milieux et du climat.

L’émission est écoutable ici

Une analyse critique d’un porte-voix des idées communes au populisme de gauche et au populisme d’extrême-droite, Étienne Chouard, soutien de François Asselineau (UPR) aux dernières présidentielles et de Trump au cours de sa campagne électorale. Une analyse notamment de son populisme transversal, de son confusionnisme, de son conspirationnisme, de son démocratisme-citoyenniste et de son « anti-impérialisme » – avec Armand Paris, co-animateur de Sortir du capitalisme.

Avec une présentation critique d’Étienne Chouard et de son parcours, une analyse de son populisme transversal comme rencontre du nationalisme-étatisme « degôche » et de l’extrême-droite, une histoire du populisme transversal et sa transformation fasciste en France (1880-1940), et enfin une critique de son confusionnisme autour du « fascisme » et une explication historique de celui-ci [1ère partie, 50 minutes]. Avec également une analyse critique de sa théorie monétaire conspirationniste-souverainiste, une démonstration de son « antisémitisme structurel » (comme grille de lecture conspirationniste de l’histoire) et une évocation de son « anti-impérialisme » pro-russe. Avec, enfin, une analyse critique de son démocratisme comme formalisme s’opposant aux luttes, comme moralisme vain, comme interclassisme au profit des classes moyennes et comme fétichisme, et quelques excursus sur sa critique de l’antiracisme, son idée d’une « gauchisation » du FN et son apologie des frontières [2ème partie, 50 minutes].

PS : Le « populisme transerversal » (Chouard) est une idéologie s’adressant en même temps aux populistes de gauche (Mélenchon) et aux populistes d’extrême-droite (Le Pen) à partir de leurs thèmes communs (patriotisme, souverainisme, anti-finance, etc.). Le populisme de gauche, lui, s’adresse en partie, mais en partie seulement (contrairement au populisme transversal), aux populistes d’extrême-droite (à l’exclusion des thèmes d’extrême-droite. Le populisme d’extrême-droite, réciproquement, s’adresse en partie, mais en partie seulement (à l’exclusion des thèmes de gauche), aux populistes de gauche. Voilà pour ce qui est des distinctions entre ces trois formes de populisme.

« FULL METAL YELLOW JACKET »

Repris du site d’infos autonomes « Lundi matin« 

Ne boudons pas notre plaisir ! Le mouvement contre la loi Travail au printemps 2016, la défense de la ZAD de NDDL au printemps 2018 et enfin le mouvement des gilets jaunes surgi à l’automne 2018 et qui se poursuit : l’esprit du temps est à la révolte sous des formes chaque fois inédites. Le cortège de tête dans le premier cas, la défense d’un territoire rural communisé dans le second, et enfin les blocages et manifestations incontrôlées dans le dernier.

Un territoire inconnu bien que familier vient de prendre une existence politique. Les gilets jaune ont en effet investi un espace périphérique fait de non-lieux, ronds-points, péages d’autoroute, parkings de centre commerciaux, sur ces axes de circulation qui organisent et distribuent les fonctions atomisées auxquelles sont assignés les néo-urbains. Cet environnement quotidien de millions de gens voués aux embouteillages du petit matin et de la fin d’après-midi semblait avoir neutralisé toute possibilité d’événement. Les statistiques disent que la moitié de la population française réside dans cette périphérie. Mais tous ces gens restaient désespérément invisibles… il leur a fallu enfiler un gilet jaune pour exister, comme d’autres ont du enfiler un passe-montagne ou un k-way noir… Le fait que le comité Adama Traoré ait très vite appelé à rejoindre les rassemblements de gilets jaunes sur Paris est exemplaire, Beaumont-sur-Oise, point limite entre la banlieue parisienne et ce qui fut la campagne francilienne incarne précisément cette périphérie de la métropole qui a pris une existence politique (en l’occurrence depuis l’assassinat d’Adama Traoré) et n’entend pas y renoncer.

Pour employer un terme qui n’a rien d’innocent, on peut dire que c’est un mouvement essentiellement provincial, en cela totalement inédit. Des manifestations et des émeutes éclatent dans des petites villes où il ne se passait jamais rien –celles-là même où l’État décrète la fermeture des gares, des postes, des écoles, des maternités, à quoi bon dépenser les deniers publics pour des parpagnàs ? Des gilets jaunes surgissent de partout. Une émeute à Nantes, St Nazaire, Caen, Rouen, n’a encore rien d’improbable… Mais à Beauvais, Bar-le-Duc, Narbonne, Le Puy, Angers, surprise ! On sait que, dans leur immense majorité, les émeutiers qui ont saccagé les beaux quartiers parisiens le 1er et le 8 décembre venaient de ladite province. Leur déambulation dans Paris relevait davantage d’un déplacement de hooligans en territoire ennemi que de la traditionnelle procession syndicale. Le mépris des petits provinciaux, affiché par cette capitale où siègent les élites de la nation, trouve ici sa réponse. Il a déjà été dit que Paris, désormais presque entièrement pacifié et gentrifié, ne pouvait plus être que livré au saccage et au vandalisme. Jamais cela n’avait été revendiqué en acte de manière aussi exemplaire.

La province est une notion typiquement française. Dans ce langage courant qui exprime l’organisation hiérarchique de la nation, on monte à Paris et on descend en province. Au sommet de la pyramide trône la capitale, dont les lumières rayonnent sur tout l’hexagone. De façon générale, dans la configuration actuelle du capitalisme, la relation de la périphérie et du centre se déploie de façon plutôt réticulaire que concentrique. Cependant, dans des Etats-nations aussi centralisés et centralistes que la France, les réseaux de circulation se superposent fatalement à une organisation concentrique du territoire qui reste déterminante. En montant à Paris terroriser les bourgeois du 8°, les gilets jaunes renversaient la pyramide.

Le caractère périphérique du mouvement n’est pas seulement géographique et politique. Une autre centralité est remise en cause, celle de l’usine qui a pendant si longtemps a constitué l’axe autour duquel tournaient les mouvements. Ici ce n’est plus l’entreprise qui constitue le lieu d’agrégation initial. Les gens qui se retrouvent sur les blocages ne se connaissaient généralement pas auparavant, leur connivence s’est instaurée à partir d’un acte volontaire que l’on peut qualifier en cela de politique. D’où le désarroi des syndicats face à ce mouvement, lesquels se sont d’ailleurs empressés de signer un accord de non-agression avec la Macronie dès le début décembre (seuls Solidaires et certaines UD CGT ont refusé cet acte de collaboration déclarée). A cela on mesure l’épuisement de la forme syndicale, déjà perceptible au printemps 2016.

L’analyse marxienne postulait que la genèse de la valeur d’échange se trouvait dans la production, la circulation de la marchandise ne faisant que réaliser la valeur. Or dans cette dynamique qu’est le capitalisme tous les moments sont dépendants et n’ont de réalité que par rapport à la totalité qu’ils forment ainsi. D’abord parce que la circulation ajoute de la valeur aux produits et génère du profit, (au sens où se développe toute une industrie qui assure cette circulation, faite de services bancaires, d’assurances, de marketing, de transport, de stockage, de grande distribution, sans parler des activités induites…) [1] mais il devient même difficile de séparer les deux moments. C’est évidemment flagrant pour des produits comme l’énergie par ex., la production d’une centrale nucléaire est inconcevable sans les lignes à haute tension qui vont distribuer l’électricité, pareil pour une raffinerie de pétrole avec ses réseaux de stocks et de stations-service. De même le textile fabriqué en Chine ne peut être produit qu’en fonction des porte-conteneurs géants qui vont assurer le transport des précieux t.shirts vers les ports occidentaux -et nul ne pourra prétendre que le transport maritime ne crée pas de valeur. A l’extrême, l’internet incarne la pure circulation de la valeur, rendue presque indépendante de l’exploitation du travail vivant –mais il a bien fallu que les outils électroniques et informatiques qui l’assurent aient été fabriqués dans une usine… Il devient donc problématique d’isoler un segment d’activité qui serait la production par rapport à la totalité des travaux et des échanges composant ce qu’on appelle la société. Les camarades italiens des 70’ parlaient déjà de la société-usine –ce qui est un oxymore franchement assumé, une usine n’étant pas une société mais un système. Parler de la fabrique globale nous semble adéquat à ce moment où l’entreprise capitaliste saisit et reconfigure tout ce qui existe sur le mode de la fabrique, de l’usine. Un hub, qu’il soit maritime, aéroportuaire ou routier, une zone commerciale, et même une autoroute constituent autant de rouages de cette fabrique globale. La distinction de la sphère privée et du domaine public, qui définissait depuis la Révolution-française les rapports entre société civile et État, s’efface alors sous l’emprise des dispositifs qui sont la véritable puissance organisant la circulation des individus. Dans la fabrique globale, la société perd toute épaisseur tandis que l’État n’est plus qu’un prestataire de service.

Les grands cycles de luttes ouvrières se sont achevés avec la crise du système fordiste. Dès la seconde moitié des 70’, l’essentiel des luttes en Europe occidentale consistait à s’opposer à la fermeture de l’entreprise et donc à l’atomisation des travailleurs –et toutes se soldèrent par de cruelles défaites. Sidérurgie, mines, chantiers navals, puis les autres secteurs de l’industrie, tous les bastions de la classe ouvrière y sont passés. On pourrait dater le moment historique où tout a basculé irrémédiablement : ça commence avec la défaite des ouvriers de FIAT à Turin à l’automne 1980, ça se poursuit en France avec celle des o.s immigrés de Talbot en 1983 et ça se conclut avec celle des mineurs britanniques au printemps 1985. Le cycle achevé en Europe occidentale ressurgit à présent en Inde ou en Chine…

Le fait que la centralité de l’usine dans les luttes soit désormais passée amène à formuler l’hypothèse que les prochaines insurrections s’empareraient des entreprises depuis le dehors, et non l’inverse (formulé en termes marxiens, elles partiraient de la circulation pour se saisir de la production). En somme, à l’image du mouvement GJ qui part de la périphérie pour investir le centre. Non plus dans la perspective de l’autogestion, où les travailleurs s’emparent de l’usine, mais dans celle inverse : des puissances venues de l’extérieur, constituées en rupture avec la logique de la fabrique globale, s’empareraient de l’usine pour la désarticuler en fonction des nécessités qui leur seraient propres. Nous n’en sommes évidemment pas là, mais la multiplication des révoltes dans la périphérie, depuis celle des banlieues en 2005 jusqu’à l’actuel mouvement des GJ, indique qu’un nouveau cycle est en train de démarrer, bien différent du précédent, et qui n’a pas fini de nous surprendre.

Chez les GJ, tout renvoie à la circulation, aussi bien la revendication initiale que les non-lieux où elle s’exprimait. C’est peut-être bien la première fois qu’un mouvement d’une telle ampleur surgit à partir de là, avec le refus de la taxe sur le carburant. Et il n’a pas manqué d’écolos-piste-à-vélos pour s’en gausser. Sauf que dans un monde fondé sur la mobilité contrainte, le prix du carburant n’a rien d’innocent, à moins de résider et travailler en centre ville (et on sait qui occupe désormais les centres villes en France…). Le travailleur suburbain est littéralement piégé par ce dispositif, qui l’oblige à travailler pour se payer une automobile indispensable… pour pouvoir aller travailler ! L’action se concentre donc sur les ronds-points, aux péages, aux entrées de parkings, éléments de ce dispositif. La plèbe se révoltait contre l’augmentation du prix du pain voici deux siècles, elle se révolte à présent contre l’augmentation du prix de l’essence. [2]

Que la question du carburant soit éminemment stratégique, nos gouvernants l’avaient compris depuis longtemps. Au plus fort de la grève générale de mai 1968, ils organisèrent la pénurie d’essence (alors que d’importants stocks étaient encore disponibles), pour faire réapprovisionner soudainement les stations service juste à la veille du pont de la Pentecôte… et des millions de Français, soulagés, qui suivaient « les événements » en spectateurs, se ruèrent sur les routes. Une telle machination a sans doute plus fait contre le mouvement qu’un demi-million de manifestants pro-De Gaulle sur les Champs-Elysées. [3]

Les travailleurs atomisés d’aujourd’hui, contrairement aux ouvriers-masse de l’époque fordiste n’ont plus de marge de manœuvre sur le salaire, qui stagne tandis que tout augmente, et se retrouvent donc à lutter contre la pression fiscale sur leur revenu. A gauche certains laissent entendre que ce faisant ils reprennent ce thème classique de l’idéologie libérale qu’est la baisse des impôts, et c’est vrai de la part de certains gilets jaunes, petits patrons et commerçants. Mais la majorité se rend bien compte qu’en l’occurrence si baisse des impôts il y a eu, elle s’est appliquée exclusivement aux très hauts revenus, à travers notamment la suppression de l’ISF. En outre, si la question du salaire se pose à partir de l’entreprise, la question fiscale se pose, elle, à partir de l’État : elle prend donc directement une résonnance politique (sachant en plus combien les taxes sur le carburant alimentent le budget de l’État…) [4]. De ce point de vue, le fait de rendre les autoroutes gratuites et de saccager les radars montre que ce rackett est perçu de plus en plus comme une rente de situation digne de l’Ancien Régime. Sauf que cette fois ce ne sont pas des fermiers généraux qui se gavent sur le dos des gens, mais l’État et des entreprises comme Vinci qui gèrent les autoroutes… Par ailleurs, il ne peut échapper à personne que, au cours des dernières semaines, beaucoup de gilets jaunes sont allés vers des revendications plus sociales que fiscales (augmentation du salaire minimum notamment) même si le retour de l’ISF figure toujours en tête de liste.

Sous l’Ancien Régime des révoltes antifiscales éclataient sans cesse, surtout en ce XVII° siècle qui vit se consolider la monarchie absolue [5]. Avec la Révolution-Française, renversement complet : payer l’impôt devient un acte civique, tout comme s’engager sous les drapeaux (alors qu’avant les gens s’enfuyaient à l’approche du sergent recruteur). C’est le tour de force historique de la bourgeoisie, et rien ne dit qu’il ait épuisé tous ses effets. Depuis, refuser l’impôt est assimilé à un geste d’Ancien Régime. Pour la gauche, dont le seul horizon est celui des institutions républicaines, cette question ne saurait plus se poser. Dans le binôme politique droite-gauche, il était d’usage que cette dimension antifiscale soit l’apanage de la droite libérale, tandis que la gauche keynésienne prônait la redistribution à travers les dispositifs étatiques financés par les prélèvements fiscaux. Maintenant que gauche et droite sont alignés sur les mêmes positions, la vieille tradition de révolte antifiscale peut réapparaître… Ce qui est paradoxal, c’est qu’elle se fasse en référence à la Révolution-Française –drapeaux BBB, Marseillaise, manifestants en bonnets phrygiens…

En un mois de demi les gilets jaunes auront réussi ce que les syndicats ont été incapables de faire durant les deux décennies passées. Non organisés dans le cadre syndical, les gilets jaunes n’étaient pas coincés par ses modes d’action institutionnalisés ni abusés par des bureaucrates subventionnés. Ce qui a permis aussi de belles émeutes dans ce Paris où ont afflué à plusieurs reprises les prolétaires provinciaux… (et même si une partie des gilets jaunes n’assume pas ce vandalisme, leur simple présence l’a rendu possible… et là, pas de s.o syndical pour casser l’enthousiasme). La déambulation tend ainsi à remplacer la manifestation classique. Alors que le cortège de tête restait encore tributaire de la manifestation syndicale et avait trouvé ses limites ce 1er mai 2018 (un cortège de tête aussi important que le cortège syndical, avec en son sein un black bloc énorme, et tout ça pour un résultat insignifiant). Affranchie de toute notion de cortège, la foule dérive ! Les défilés syndicaux parcourent les avenues au centre ville, lieu de représentation par excellence, de façon disciplinée et disciplinaire. Alors que les déboulés des gilets jaunes à Paris en novembre et décembre 2018 se caractérisaient d’emblée par l’éparpillement et la liberté de mouvement.

Il semble cependant que cela se gâte ; depuis la mi-décembre à Paris les parcours sont déposés en préfecture et la marche du 12 janvier a vu l’apparition d’un service d’ordre sur le modèle syndical –qui l’a désigné ? Il n’est pas fortuit que ce s.o apparaisse précisément au moment où des représentants commencent à prendre la main…Dans les villes de province, les gilets jaunes ont cependant conservé le côté déambulation joyeusement incontrôlable, or, comme il a été dit plus haut, c’est en province que se joue l’essentiel du mouvement. A Marseille le 12 janvier, la déambulation des gilets jaunes a rendu complètement fous les responsables de la répression, en suivant un trajet en zig-zag totalement inattendu, empruntant même un tunnel autoroutier et laissant les robocops essoufflés.

Les blocages ont souvent pris la forme d’un campement qui évoque les ZAD. Ce qui introduit une question : n’y aurait-il pas là les prémisses d’un « urbanisme insurrectionnel » à venir ? que pourrait-on faire de tous ces sites dont l’unique intérêt est tactique, à savoir celui de se trouver sur les axes de circulation automobile ? Jamais, depuis la révolte des banlieues de 2005, la critique de l’urbanisme n’avait été si présente dans les faits. Conjurer l’événement, tel était le sens de cette inexorable extension de la fabrique globale. Le flux tendu des marchandises qui organise l’espace ne doit surtout pas permettre qu’y survienne un événement –une panne, un séisme, un blocage, une émeute… Pour le coup le voici qui se révèle extrêmement vulnérable, tout comme une chaîne de montage fordiste était à la merci d’un simple sabotage. Il n’est pas hasardeux qu’en plusieurs endroits les gilets jaunes aient d’ailleurs bloqué l’accès d’entrepôts Amazon, entreprise emblématique s’il en fut [6]…

Les campements se constituent comme la forme élémentaire de la communication, de Occupy Oakland à la place Taksim, des plantón sur le zocalo de Oaxaca aux camps de Lakota Range, de la ZAD aux presidi de Val Susa. La construction de l’espace vient en premier comme affirmation politique. Alors que la manifestation reste indifférente à l’espace qu’elle traverse, l’occupation entraîne la production d’un commun qui reconfigure le lieu. En cela les les blocages des gilets jaunes sont aux antipodes de Nuit Debout : alors que ces rassemblements n’investissaient que des places centrales, obéissant à l’injonction hiérarchique qui ordonne l’espace urbain et surburbain, et donnaient la primauté au discours, les blocages GJ sont presque toujours en zone périphérique ou sur des grands axes de circulation et donnent la primauté à l’action même du blocage et aux relations qu’il instaure entre les participants. C’est la grande innovation de ce mouvement. En outre, si les organisateurs de Nuit Debout négociaient avec la préfecture la possibilité de demeurer sur place, la majorité des blocages s’imposent de fait sans rien demander.

Une seule revendication fait l’unanimité chez tous les gilets jaunes, « Macron démission ». Ce pays qui a pourtant guillotiné son roi est encore, deux siècles après, le plus monarchique d’Europe –d’où cette fureur typiquement sans-culotte qui anime les gilets jaunes [7]. Mais le monarque n’est plus investi de ce caractère sacré qu’il avait sous l’Ancien Régime : les Français en élisent un, puis le détestent au bout de quelques mois. C’est que le monarque d’aujourd’hui est un produit, obsolescent comme tout ce qui est produit de nos jours. Après Sarkozy le caractériel cocaïné puis Hollande le maniaco-dépressif, voici le bellâtre suffisant, lancé pour en finir spectaculairement avec le régime bipartiste dominant jusque-là la V° République. Le fait qu’il n’ait jamais été élu auparavant le désignait comme la personne indiquée pour ce faire : alors que la classe politique, composée de maires, de présidents de conseil généraux et régionaux, de députés et de sénateurs, se trouve encore engluée dans des rapports de dépendance, la Macronie affranchit le gouvernement d’un tel poids. Désormais, l’État affirme froidement qu’il n’est qu’un prestataire de service du capital. Plus d’arrangements négociés, mais la pure injonction : en cela la gouvernance macronienne consacre le remplacement de la société civile par la fabrique globale. L’arrogance présidentielle qui va jusqu’à l’insulte (ces salauds de pauvres !), reproduit les procédés utilisés dans les entreprises modernes, eux-mêmes inspirés des techniques d’entraînement et de dressage en vigueur dans les unités spéciales de l’armée.

Dans le mouvement des GJ, le peuple est donc venu prendre la place qui était occupée par la société civile chère aux citoyennistes. Un signifiant qui vient par défaut -on aurait parlé, avant la Révolution-Française, de la vile multitude, ou de la plèbe. Ce n’est que par un jeu de miroir avec l’État que se constitue le peuple, comme entité homogène face au monarque (les fameux 99%…) et le caractère monarchique de la présidence Macron exacerbe cette double-réflexion. Or le peuple renvoie à la Nation, et donc à l’État républicain, produits de la Révolution-Française. Postuler une vérité inhérente à ce sujet, et que le référendum permettrait de délivrer, est le point de départ de la démagogie, celle du FN comme de la FI. « Le populisme de gauche devrait diriger ces affects vers des objectifs démocratiques », dit la Chantal Mouffe, qui ajoute « Le peuple est toujours un sujet collectif, construit de manière discursive ». Qu’une telle construction s’opère forcément par exclusion –l’immigré, l’assisté, etc.- ne semble pas effleurer les tenants de ce sous-gramscisme, et les politiciens qui s’en réclament en viennent à partager les mêmes thèmes que leurs opposés symétriques : le démagogue Ruffin fait donc l’éloge du confusionniste Chouard, tandis que Mélenchon de son côté se déclare fasciné par la figure de Drouet… Le populisme consiste à flatter des affects produits par ce monde et à les entretenir comme quelque chose de positif, alors qu’une attitude révolutionnaire misera sur un devenir qui accouche de nouvelles formes de sensibilité politique dans le cours de la lutte. Nous ne perdons jamais de vue que le négatif est l’élément moteur de tout mouvement. De fait, dans tous ces campements rebelles qui se multiplient dans le monde, la figure transcendante du peuple laisse place à l’immanence du commun. [8]

Les classes sociales, clairement identifiables jusqu’à la fin du fordisme, se sont donc liquéfiées –ce que traduit le terme-valise de classe moyenne, qui est signifiant précisément en cela qu’il n’identifie rien. La classe moyenne, dans les pays riches comme la France, ce serait finalement à peu près tout le monde en dehors des bourgeois tout en haut, et des travailleurs immigrés et des chômeurs-à-vie tout en bas ! On pourrait dire d’un docker marseillais, par exemple, qu’il relève de l’ancienne classe ouvrière par son travail, et de la nouvelle classe moyenne par son mode de vie et ses aspirations (faire construire, prendre des crédits, veiller à ce que ses enfants fassent des études et partir en vacances dans une destination de rêve). Les gilets jaunes s’identifient surtout en tant que travailleurs (fussent-ils retraités, et ils sont nombreux dans ce mouvement), mais ce qui est paradoxal est qu’ils le fassent en dehors de la sphère du travail proprement dite. Leur plainte récurrente, c’est « on bosse et on ne s’en sort pas » (variante pour les retraités, « on a bossé toute notre vie et on a à peine de quoi se nourrir »). On a fait croire à tous ces gens qu’une vie de dur labeur trouverait tôt ou tard sa récompense dans un certain bien-être ; mais ils sont forcés de réaliser que cette perspective n’est jamais qu’une échelle sans fin qu’ils ne cesseront d’escalader toute leur vie durant [9].

Un des textes les plus intéressants publiés sur ce mouvement évoque une « tragédie de la classe moyenne » qui tient au rapport à l’argent [10]. « Le souci de l’argent est permanent, et ce d’autant plus qu’on y a enfin accès. On est de la classe moyenne quand on gagne suffisamment d’argent pour, consciemment ou non, directement ou non, ne penser qu’à ça.(…) Il n’y a peut- être pas de position sociale où on l’on sache mieux ce que c’est que l’argent. » On pourrait ajouter : si pour les plus démunis l’argent ne revêt qu’un caractère de nécessité alors que pour les riches l’argent est l’expression même de la liberté, pour la majorité des travailleurs le rapport à l’argent est sans cesse tiraillé entre ces deux extrêmes –en cela il existerait une classe effectivement moyenne ! C’est le principe même du spectacle que de faire sans cesse miroiter cette liberté –celle par exemple de pouvoir se déplacer dans sa propre automobile… Que cette liberté spectaculaire ait pour condition un esclavage de tous les jours, voilà l’expérience que chacun fait de façon intime sans jamais pouvoir l’exprimer. Ce qui rend les gens malades, littéralement. Et on ne doit jamais négliger le fait que le côté thérapeutique de la révolte est ce qui en fait aussi la puissance politique.

Aussi longtemps que l’État occupe l’horizon d’attente des séditions populaires, celles-ci font fatalement le lit des démagogues souverainistes de tout poil. Il n’est donc pas innocent que Macron ait sorti son joker avec la proposition des RIC, Réferendums d’Initiative Citoyenne. Alors que les gilets jaunes étaient en train d’évoluer vers des revendications sociales (augmentation du SMIC et revalorisation des retraites, notamment), le RIC tente de court-circuiter cette évolution en s’interposant comme solution-miracle –qui offrirait une porte de sortie à un régime si impopulaire. En même temps, le RIC offre aussi une porte de sortie au mouvement : que celle-ci débouche sur le vide ne l’empêche pas de fonctionner comme une méta-revendication qui mettrait tout le monde d’accord au sein d’une dynamique si hétérogène. Et des gens qui n’ont tiré leur force que d’être assemblés s’enthousiasment sur cette proposition, alors que cette pseudo-consultation renverra chacun à son isolement initial d’électeur, coincé dans un choix binaire sur des questions-piège que le souverain jugera bon de poser à la populace. Le référendum est la forme suprême du spectacle politique [11].

La Macronie qui, pour ne rien avoir à lâcher de concret, est disposée à ouvrir sur le terrain de la représentation, tend ainsi la perche à tous ceux qu’influencent peu ou prou les élucubrations de Chouard. Comme le dit Rafik Chekat, « Le problème du référendum d’initiative citoyenne (RIC), c’est qu’il perpétue la tyrannie du fait majoritaire. Pourquoi la majorité aurait-elle toujours raison ? Sans faire le fragile, appartenir à un groupe minoré te rend méfiant vis-à-vis des majorités car tu sais pertinemment qu’en certains cas elles peuvent prendre des allures de groupes de lyncheurs. Vous imaginez un #RIC juste après #charlie ? Que cette revendication du RIC soit portée par des Blancs n’est pas chose fortuite. Mais au-delà de la question raciale, ça veut dire quoi constituer une majorité à l’heure de #BFMTV, #TF1, #Hanouna, de la société de consommation, etc.? Le problème du RIC c’est au fond celui du vote, de ce mécanisme qui organise à intervalles réguliers notre impuissance. On peut bien essayer de raccourcir ces intervalles, de voter plus souvent, ça ne changera rien à l’affaire. S’il faut parler en termes de subjectivation, le dispositif du vote crée un type particulier d’individu à travers un rapport mutilé à l’existence, et plus particulièrement à la politique, aux affaires publiques. » D’autant qu’on imagine mal le gouvernement faire un référendum sur le rétablissement ou pas de l’ISF (2/3 des Français qui y seraient favorables selon un sondage).

Le régime peine à trouver des interlocuteurs, qu’il doit aller pêcher sur Facebook. La plupart des leaders auto-proclamés, et presque aussitôt désavoués par les gilets jaunes, sont soigneusement mis en scène sur les plateaux télé et les médias cooptent systématiquement des personnages aux affinités douteuses –ce qui d’ailleurs permet aux bien-pensants degauche de rebondir dans leur condamnation du mouvement. Jamais à ce point les médias ne sont apparus aussi visiblement pour ce qu’ils sont : l’un des deux piliers du régime, avec la police. Il s’agit pour eux de banaliser l’idée qu’en dehors de ce régime, il n’y a que l’extrême-droite –dont on sait par ailleurs combien elle est en faveur dans les rangs de la police. C’était déjà sur ce mensonge que Macron avait réussi à remporter les élections présidentielles, et le président-élu-pour-faire-barrage-au-FN vient de lancer un nouveau gadget, un « Grand débat » où la première question abordée serait… celle de l’immigration !

L’importance prise par les réseaux dits sociaux dans cette affaire est loin d’être anecdotique. Dans la périphérie, le réseau socialise. Mais pourtant tous ces gens qui se sont retrouvés en gilet jaune à partir d’un appel lancé sur Facebook ont fait une expérience qui n’a rien de virtuelle. La question, maintenant, est de savoir si les gilets jaunes ont rejeté la classe politique pour inaugurer une sorte de démocratie internautique où un like remplacerait le bulletin de vote, ou bien si, comme ceux de Commercy les y invitent explicitement, ils vont s’organiser en assemblées d’un nouveau type. Car le réseau ne socialise que dans un circuit fermé générant l’entre-soi et où le charisme de certains « lanceurs d’alerte » a toute latitude de s’exercer pour capturer les intensités. Une forme de manipulation médiatique plus fragmentée que les grands médias pourraient alors épauler en tant que technique de gouvernance. Un ami tunisien qui a participé à l’insurrection de 2011 évoquait la capacité de mobilisation rapide dont les insurgés avaient pu disposer avec les réseaux sociaux dans les premiers jours, mais aussi le fait que la police en avait très vite compris l’intérêt et n’avait pas manqué d’y intervenir pour répandre de fausses nouvelles et faire de la désinformation… La quantité de faux débats qui circulent sur ces réseaux en France est sans aucun doute du même ordre.

L’articulation du rond-point et des assemblées générales se pose à présent, après deux mois d’agitation. D’une part, les liens de proximité et de complicité noués sur zone qui permettent de passer à l’action sans avoir à en délibérer –et l’on sait combien les délibérations en assemblée peuvent être démobilisantes dès qu’il s’agit d’action directe !- mais qui ne peuvent s’exercer qu’à l’échelle locale ; de l’autre, des assemblées reliées directement entre elles qui pourraient agir comme lieu de réflexion stratégique et coordination tactique.

A l’opposé de cette perspective, les gilets jaunes pourraient accoucher d’un mouvement démagogique comme les 5 Stelle en Italie. Une fraction serait sans doute tentée de suivre cette voie, quitte à se couper du reste du mouvement. Il faut toutefois rappeler que 5 Stelle a été entièrement produit –même s’il a surfé sur le bref mouvement des Forconi. En l’état actuel des choses, il manquerait aux GJ le bouffon médiatique indispensable pour attirer l’attention des foules, en l’occurrence la figure de Beppe Grillo, amuseur public mis en selle par certains hommes d’affaires -l’intermède berlusconien était usé, il fallait lancer d’urgence un nouveau produit. L’Italie est passée de plusieurs décennies de gouvernement par le secret (P2, Andreotti, la stratégie de la tension et les alliances avec la mafia) au gouvernement cathodique (Mani Pulite, Berlusconi et Beppe Grillo). Le problème de ce mode de gouvernement, c’est qu’il faut renouveler les personnages qui l’incarnent aussi fréquemment que le show-biz doit renouveler les vedettes qu’il produit.

A une époque où le capitalisme postfordiste doit sa survie à l’essor du capital fictif et fonctionne désormais à découvert, la dénonciation des excès de la finance –qui laisse de côté l’essentiel, à savoir la critique de la valeur, de l’argent et de la marchandise- encourage toutes les solutions-miracles et toutes les démagogies. On se rappelle le gag éculé de la taxe Tobin, par exemple, ou bien le candidat Hollande : « Mon ennemi, c’est la finance » (elle était bien bonne !) Quand la quasi-totalité des travailleurs bosse pour payer ses crédits (notamment sur l’automobile…), il est normal que les banques soient désignées comme une cible privilégiée, dans les paroles comme dans les actes de vandalisme (spéciale dédicace aux GJ toulousains qui ont saccagé plusieurs banques samedi dernier). Mais il y a lieu de se méfier quand par ailleurs revient avec un peu trop d’insistance la référence à la banque Rosthchild, plutôt qu’à la BNP-Paribas ou à la Société Générale (dont le sauvetage par l’État après 2008 aurait finalement coûté 30 milliard d’euros aux contribuables…). Le fait que Macron ait commencé sa carrière précisément dans cette banque excite évidemment cet anticapitalisme des imbéciles qui pointe « la finance juive » sur les réseaux sociaux.

Il se pourrait que ce régime soit réellement en bout de course. A l’abri de sa soldatesque, il peut toujours multiplier les insolences –comme celle d’annoncer fin décembre un dispositif anti-chômeurs scandaleux. La fuite en avant dans l’escalade répressive s’est encore aggravée par rapport au printemps 2016. L’attaque de la ZAD de NDDL en avril-mai avait servi de grandes manoeuvres. Blessures graves et mutilations par dizaines, humiliations collectives et individuelles, tabassages, l’intimidation policière va de pair avec une surenchère (les réactions outrées de toute la caste médiatique au beau geste de Christophe Dettinger et à la solidarité qui s’en est suivie en disent long sur l’écoeurant cynisme de ces larbins du pouvoir, quant on voit tous ces manifestants méthodiquement mutilés par la police dont ils ne parlent jamais). Des ordres ont été donnés en haut lieu de faire très mal, de l’aveu même de certains commissaires. Les gens apprennent, et on voit de plus en plus de manifestants équipés (masque à gaz, lunettes de ski, foulards, gants etc.) au moins pour se protéger. Mais il est clair que nulle part le mouvement n’est encore en mesure de s’organiser pour mettre la police en déroute, et c’est là que l’on perçoit le caractère démobilisateur des discours pacifistes. Ce qui renvoie à l’efficacité des blocages, qui est toute relative : la police n’a jusqu’ici aucun mal à dégager les accès, et en particulier sur des sites stratégiques comme les raffineries de pétrole –de ce point de vue, rien de nouveau par rapport au printemps 2016. Par ailleurs, on voit surgir depuis quelque temps dans les marches du samedi des s.o auto-désignés, où l’on trouve aussi bien d’anciens militaires que des transfuges du s.o CGT. Même si leur capacité de contrôler la foule est problématique, il ne faudrait pas que cela s’institue…

Ce mouvement, n’obéissant à aucune direction verticale et centralisée, laisse les initiatives locales se multiplier. Mais celles-ci peuvent diverger du tout au tout d’un endroit à l’autre. Après deux mois d’agitation, le moment approche d’une décision. Un parti, au sens historique du terme, se prouve comme le parti vainqueur du fait qu’il se scinde à son tour en deux partis : il prouve ainsi qu’il contient en lui-même le principe qu’il combattait auparavant à l’extérieur, et supprime par là l’unilatéralité avec laquelle il était entré en scène. Les éléments opposés qui coexistent à l’intérieur du mouvement ont été jusque-là maintenus ensemble par une commune hostilité au régime en place. Aux partisans d’une issue institutionnelle –qui serait, selon toute évidence, de nature autoritaire et xénophobe- s’opposeraient alors les partisans d’un élargissement du mouvement à tous les aspects de la fabrique globale dans une perspective révolutionnaire. De fait, des actions se multiplient autour d’entreprises en lutte où des gilets jaunes se joignent aux chasubles rouges sur des piquets de grève. Il n’est pas interdit de penser que le mouvement puisse exercer une stimulation assez forte pour que des travailleurs se décident à bloquer leur entreprise de l’intérieur, à partir de revendications concrètes. Les directions syndicales nationales se verraient alors renvoyées aux poubelles de l’histoire, et une nouvelle séquence historique pourrait enfin s’ouvrir. Qui impliquerait que chacun prenne parti.

Aux toutes dernières nouvelles, dans les Landes les GJ bloquent une usine Monsanto, pièce maîtresse de la fabrique globale…

Alèssi Dell’Umbria, 21 janvier 2019.

[1] La circulation de la marchandise ne se résume pas au transport et à la distribution des produits : des marchandises commencent à circuler dans les bourses de matières premières par exemple, alors qu’elles n’ont pas encore bougé. Inversement, des matières premières vendues à une entreprise industrielle pour y être transformées se trouvent ainsi valorisées, du fait d’avoir été achetées, et elles vont entrer dans la détermination de la valeur du produit fini : ici la circulation est préalable à la production.

[2] Les petits patrons de PME refusant une taxation du gasoil qui augmenterait leurs frais généraux n’ont pas manqué de se désolidariser des gueux qui entendaient poursuivre. Un gilet jaune d’Alès dénonce ainsi, le 20 décembre dernier, la trahison de certains : « Honte aux ’apolitiques’ prétendant diriger les Gilets Jaunes des Cévennes en agitant le spectre ’anarchiste’ que les services de renseignement leur ont soufflé aux oreilles.(…) Aujourd’hui, je n’ai plus envie de mesurer mes propos. Pourtant, c’est dans le plus grand calme que j’accuse ces prétendus ’coordinateurs’ d’être des vendus et des traîtres de la pire espèce. Car la vérité toute nue, c’est celle d’une fraction d’entrepreneurs qui a tout promis aux petits vieux, aux chômeurs, aux smicards et aux précaires pour grossir leurs rangs. Une fois les annulations de taxes obtenus, ces gens ont prétendu structurer le mouvement pour en prendre la direction, avec, pour finalité, faire cesser le mouvement histoire de se gaver de thune à l’occasion des fêtes de fin d’année.(…) Quand à vous, voisins et collègues mobilisés depuis des semaines ; vous qui n’avez rien lâché ni au vent ni au froid ni à la pluie ; vous qui avez redécouvert solidarité et dignité sur les barrages ; vous, la base anonyme sans d’autres ambitions que de vivre convenablement, je vous salut et vous transmet les bonjours chaleureux des Gilets Jaunes croisés en Alsace, en Franche-Comté, sur l’A7 et à Bollène ! »

[3] C’est Michel Jobert, alors chef de cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, qui organisa l’opération –il s’en vanta publiquement vingt ans plus tard.

[4] Au Mexique, par exemple, l’augmentation du prix de l’essence en janvier 2016 provoqua une vague de manifestations massives, tournant souvent à l’émeute et au pillage, qui ne devait certes rien à l’idéologie néolibérale !

[5] L’impôt et la conscription militaire constituaient les motifs majeurs de sédition. Le livre de Boris Porchnev, est à cet égard édifiant, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris 1963, réed. Flammarion 1972.

[6] Pour autant, il faut relativiser l’impact des blocages… si le commerce des centres villes a pu être affecté par les émeutes, qui ont affecté leur chiffre d’affaires, l’efficacité des blocages est loin d’être évidente. L’approvisionnement a continué de se faire, les stations-services n’ont jamais manqué de carburant, les étalages des supermarchés ont continué de se remplir et la gabegie natale a pu se donner libre cours comme les autres années.

[7] La Constitution de la V° République octroie au président des pouvoirs que celui-ci n’avait jamais eu sous les régimes précédents, qui étaient parlementaires, et notamment celui de légiférer par ordonnances en se passant de l’Assemblée nationale. On sait que De Gaulle, qui était de sensibilité monarchiste, songea en 1958 à instaurer une monarchie constitutionnelle. Ce qu’il fit, d’une certaine manière : un monarque, mais qui serait désormais élu.

[8] A la grande époque des révoltes antimonarchiques en pays occitan, les révoltés s’identifiaient comme lo comun, bien plus que comme lo pòble. Le commun, telle est précisément le concept politique qui correspond à un devenir révolutionnaire des luttes.

[9] La notion d’ « économie morale » que certains ont évoqué à propos des GJ ne nous paraît guère pertinente en ce cas –ne fût-ce que parce que E.P Thompson la formulait à propos d’une working class anglaise qui a disparu entretemps, sans parler de la « décence commune » chère à George Orwell. Certes il existe encore une morale du travail diffuse dans les milieux populaires où, à défaut de s’enrichir en travaillant le plus grand nombre espère au moins atteindre une certaine sécurité, une relative aisance et, à tout le moins, un vague sentiment de dignité personnelle. A cet égard le « Travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy pouvait trouver un écho parmi ces gens. Ils s’entendent dire à présent qu’en fait rien de tout cela n’est garanti –pas même une retraite bien méritée après une vie laborieuse. La Macronie, c’est la pensée des managers appliquée à toute la société sans médiation politique. Le capitalisme dans sa brutalité essentielle.

[10] « Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ? » LundiMatin, 7 décembre 2018.

[11] On a bien vu dans le cas de Notre-Dame-des-Landes à quoi servait ce petit truc institutionnel du référendum – et Macron était ministre dans le gouvernement qui avait tenté ce coup d’esbrouffe… On voit bien à présent à quoi sert le confusionnisme de démagogues comme Etienne Chouard.

A Forcalquier avec les gilets jaunes, ça chauffe pour les violences policières et Castaner !

Ce samedi 19 janvier, c’était la grosse manifestation appelée par la coordination (informelle mais de plus en plus effective sur le terrain) des groupes de gilets jaunes des 2 départements des Alpes du Sud, à Forcalquier…ville de Castaner (avant qu’il ne rejoigne la macronie fétide et devienne le ministre de l’intérieur bulldog que l’on connaît), qui concentre déjà une belle mobilisation depuis le début du mouvement, peut-être pas par hasard…

Un bon succès populaire, puisque plus de 1000 personnes (gilets jaunes, syndicalistes, militants associatifs et politiques…) ont convergé depuis le Lubéron, Manosque, Pertuis, Digne, Sisteron, Laragne, Gap, Embrun, Barcelonnette… dans une ambiance plutôt déterminée, avec un mot d’ordre très clair sur la dénonciation des violences policières largement soutenues et couvertes par Castaner depuis qu’il est en poste (« je n’ai jamais vu un policier attaquer un gilet jaune »…et blablabla). Probable que la belle campagne d’affichage sauvage de la veille dans les rues de la ville a contribué à faire monter la colère déjà présente parmi les manifestants ; on y découvrait des photomontages de portraits de ministres actuels (dont Castaner, fortement représenté évidemment puisque local de l’étape) et de Macron avec des blessures (réelles) infligées par des Flashball de la police et de la gendarmerie tirés en pleine tête (bien évidemment interdit mais très répandu et systématiquement couvert par la justice), avec en légende le prénom des (vrais) blessés et la date de la « bavure » policière lors des actes jaunes du samedi …suggestif, choquant et extrêmement mobilisateur… quelques illustrations ci-dessous

Étrangement quand même, la manifestation a cependant débuté de la place de la mairie dans une ambiance plutôt bon enfant et disciplinée, plutôt à l’image des défilés syndicaux inoffensifs que des précédentes mobilisations jaunes des derniers mois…il faut dire que le parcours était déclaré en préfecture et que les organisateurs appelaient à une manifestation exclusivement pacifiste, et tutti quanti… Quelques slogans et banderoles suggestives, mais plutôt plan-plan. De rares drapeaux français, en tout cas beaucoup moins nombreux que les désormais cultes « fachés mais pas fachos ».

Arrivés devant la sous-préfecture, une délégation d’une 15aine de gilets jaunes (auto-désignés?) est reçue une petite demi-heure par le directeur de cabinet du préfet, et ressort totalement désabusée par les non-annonces du haut technocrate qui conseille aux manifestants de participer au grand débat national lancé par le génial président français…et puis c’est tout !

Et c’est là que l’ambiance change, la foule n’attendait que l’étincelle de rage qui lui manquait pour déborder le plan déposé d’avance…Une bonne centaine de manifestants déterminés se retourne et avance dans la direction du barrage de gendarmerie qui interdit l’accès à la « rue de Castaner », où se trouve sa maison privée, gardée 24/24 par des dizaines de gendarmes depuis que quelques gilets jaunes locaux un peu taquins étaient allé y jouer à « 1 2 3 soleil »…puis accusés au parlement par Castagner d’avoir tenté d’attaquer sa maison, et sa femme et sa fille qui s’y trouvaient…menteur en plus Christophe !

Quelques minutes suffisent pour faire monter la pression, une 1ère échauffourée et un bon gazage dans nos gueules (m’enfin, doivent pas être bien formés au lacrimo les bleus du coin, pour 2 manifestants bien atteints…5 flics sur le tapis hahaha!) et c’est toute la manifestation (à part les quelques gentils organisateurs collabo et soit-disant responsables « si quelqu’un perd un œil ») qui s’enflamme contre les flics, projectiles, insultes et nouvelles tentatives de forcer le barrage, malheureusement vite renforcé par une petite compagnie de CRS robocop arrivés en renfort, sous les huées…et une Marseillaise plus gueulée que chantée, plutôt vécue comme un chant insurrectionnel que patriote (contre les flics…c’est assez fort!). Certains continuent de fixer le barrage (bravo aux malins creveurs de pneus!) tandis que d’autres tentent de contourner le dispositif par les petits rues adjacentes…mais se retrouvent également bloqués par un nouveau barrage à quelques dizaines de mètres de la maison du ministre de l’intérieur…

Après une bonne demi-heure de tensions, la manif’ finit par repartir tranquillement vers la mairie, et continuera un plus tard ses déambulations dans la ville, notamment en direction du rond point historique de la mobilisation locale, évacué quelques semaines plus tôt, et occupé ensuite par les flics par crainte de réoccupation immédiate. Tout le monde se disperse ensuite au retour en centre ville, en se donnant RDV les jours suivants sur des rond-points, péages ou réunions d’organisation ou d’échanges…en espérant se retrouver encore réunis d’ici peu pour une nouvelle manifestation massive comme celle d’aujourd’hui. Un petit reportage vidéo d’un gilet jaune laragnais présent à Forcalquier à voir ici

Même si la manif’ n’a connu qu’un bref moment offensif ce samedi, et que le rapport de force avec les flics n’a pas été renversé (alors qu’il y avait la place!), on pouvait vraiment sentir une colère et une détermination suffisamment partagées pour imaginer que les prochaines retrouvailles du même type pourraient déboucher sur des actions plus fortes, notamment si de petits groupes décidaient de s’organiser un minimum, comme on a pu déjà l’observer chez certains cette fois-ci. L’idée de faire changer la peur de camp en s’attaquant aux responsables du carnage social actuel (ministres, députés, grands élus, patrons…) partout où ils se trouvent, y compris dans leur « vie privée » semble se répandre parmi les participants au mouvement, conscients de la puissance d’une telle arme diffuse. A côté de ça, la dénonciation des violences policières était vraiment unanime, marquant sûrement un nouveau virage pour le mouvement (comparé aux premières semaines d’occupation dans les hautes-alpes où les flics étaient considérés comme protecteurs et soutiens des revendications des gilets jaunes…). Une couche supplémentaire a encore été mise le lendemain à Gap pour la marche des femmes contre les violences policières, où plus de 200 personnes ont continué d’appuyer là où ça fait mal à notre ami Castaner (un reportage vidéo ici), même si paraît-il que l’ambiance était moins offensive que la veille, avec un parcours et des interventions très cadrées et décidées d’avance…

Et ça continue ! A priori samedi 26 à Manosque pour une nouvelle grande manif’ des Alpes du Sud ?!

Un gilet jaune déter

PS : spéciale « dédicasse pourrie » au Daubé qui a repris mot pour mot le communiqué des flics de la préfecture sur les événements de Forcalquier : attention journalistes collabo, choisissez bien votre camp, on vous retrouvera !

Appel vidéo à la grève générale de Gilets Jaunes du diois

Appel des Gilets Jaunes de DIE – 21 janvier 2019


Appel à la grève générale des Gilets Jaunes du diois from gjd on Vimeo.

« Nous, Gilets Jaunes du rond-point de Die dans la Drôme, faisons les constats suivants après dix semaines de luttes:

Le refus du pouvoir exécutif, et donc de Macron, d’apporter une réponse politique immédiate aux revendications des Gilets Jaunes n’est en rien remis en question par l’organisation du Grand Débat National. Le Grand Débat National, ce grand cirque dans lequel le pouvoir choisit les questions, comme si en plus de deux mois il n’avait pas été capable de comprendre ce qui est écrit sur les tracts et pancartes des Gilets Jaunes, comme si en plus de deux mois il n’avait pas été capable de comprendre ce que des Gilets Jaunes ont tant répété dans les médias? Le Grand Débat National, ce grand cirque dont les réponses sont déjà fournies par le pouvoir qui a d’ores et déjà annoncé qu’il maintiendrait le cap des ses réformes et ne changerait pas de politique. Le Grand Débat National, ce grand cirque imaginé par les marionnettes de l’oligarchie ultra-libérale, est une pure imposture, une basse opération de communication, une campagne électorale qui ne dit pas son nom.

La seule vraie réponse apportée jusqu’à aujourd’hui est une féroce répression:
plus de 10000 interpellations
plus de 5600 garde-à-vue
plus de 1000 condamnations
plus de 2000 blessés
plus de 100 blessés graves, éborgnés, mutilés, brisés
et 12 morts dont l’un au moins est imputable aux armes utilisées par les forces de la répression

Depuis quelques jours, les amendes se multiplient dans une tentative de frapper au portefeuille le peuple en colère et de le réduire au silence quand les coups de matraque n’ont pas suffit.

Et pour demain, les pantins qui nous gouvernent pour le compte des milliardaires et des multinationales, nous annoncent la venue des interdictions de manifester, ce qui porte atteinte à un droit constitutionnel. Cette doctrine est issue de la gestion des hooligans dans les stades de foot. Mais nous, nous ne considérons pas que la politique, dont nous nous sommes emparé en descendant dans la rue et en occupant les rond-points, soit pareille à un spectacle sportif. Nous ne sommes pas des hooligans, nous sommes le peuple en colère qui exige justice et qui entend exercer sa souveraineté. Ces nouvelles dispositions, si elles devaient être traduites dans la loi, sont liberticides, anticonstitutionnelles et démontrent une fois de plus, une fois de trop, que nous ne vivons pas en démocratie. Le droit de manifester ne peut dépendre de l’arbitraire d’un pouvoir administratif.

Nous sommes effondrés d’apprendre que le Ministre de l’Intérieur, Castaner le joueur de poker, demande d’intégrer dans chaque unité de force de l’ordre 2 Binômes Observateur-Tireur équipés de fusils-mitrailleur HK G36. Qui est violent ? Qui est prêt à tirer sur le peuple non armé ?

Nous approuvons la stratégie d’organiser des manifestations préalablement déclarées pour permettre à tout un chacun de dire sa colère et ses revendications en toute sécurité.

Nous soutenons les actions ponctuelles de blocage des flux économiques ou de réappropriation de NOS autoroutes par la gratuité des péages.

Nous estimons important que des manifestations spontanées et impromptues continuent à avoir lieu. Elles participent au caractère insaisissable et irrécupérable du mouvement.

Mais nous sommes également conscient que nous devons élargir la palette de nos moyens d’action. Et puisque les directions syndicales semblent dormir, alors nous ferons avec elles comme avec nos pseudo-représentants: on les court-circuite et on le fait nous-mêmes !

C’est pourquoi nous appelons à propager partout l’appel à la Grève Générale du travail et de la consommation pour les 4, 5 et 6 février 2019.
Ils nous frappent ? Nous frapperont l’économie !
Ils nous amendent ? Nous amenderons l’économie !

Les 4, 5 et 6 février, on ne bosse pas, on ne consomme que le strict nécessaire et on commence à les mettre à genoux. GREVE GENERALE ! »

Grand enfumage national : le tyran Macron annoncé jeudi 24 janvier dans la Drôme à Valence pour un repas entre notables à la préfecture !

Destiné aux alliés du Pouvoir, aux naïfs et aux larbins de tout poil, le grand enfumage consultatif continue.

Le tyran en chef devrait venir souiller la Drôme par ses blablas en enfumages jeudi 24 janvier, pour un déjeuner entre notables.

Hélas, il y a aura toujours des gogos, des larbins LREM et divers élus qui seront là ravis de se faire servir la soupe à grosses louchers.
Ils préparent déjà leur gamelle, toujours prêts à montrer leur allégeance au régime.

- Sur fRance Bleu :

Il prévoit un déjeuner avec les préfets et les présidents d’associations d’élus de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Les autorités se préparent à une visite du chef de l’État ce jeudi dans la Drôme. Emmanuel Macron serait accompagné d’un des deux ministres chargés du grand débat national : Emmanuelle Wargon ou Sébastien Lecornu.

Le chef de l’Etat serait attendu vers 12 heures à Valence. Il prévoit de déjeuner en préfecture avec une soixantaine de convives : les présidents des associations des maires dans les 12 départements de la Région, les présidents des maires ruraux, les 12 préfets de la Région et quelques élus.

Il est possible qu’Emmanuel Macron se rende également à Bourg-de-Péage, la ville de son ministre de l’agriculture Didier Guillaume. Le drômois l’accompagnera certainement dans son déplacement

  •  Débat national en présence du ministre de l’agriculture Didier Guillaume
    JEUDI 24 JANVIER A 16H30 à la Maison des associations François Mitterrand (2 avenue de Mindelheim – Bourg de Péage).
    Attention le nombre de places est limité : inscription obligatoire uniquement au 04 75 72 74 12 de 8h30 à 19h.
  • Voici ce qu’a publié le Daubé :
    Le président de la République poursuit ses déplacements en province dans le cadre du Grand débat national. Ce jeudi, Emmanuel Macron devrait venir à la rencontre des maires du territoire dans un cadre plus restreint que ces dernières interventions dans l’Eure et dans le Lot. C’est à la mi-journée ou en fin de matinée, d’après nos informations, que le président devrait gagner la Drôme, terre de Didier Guillaume, actuel ministre de l’agriculture.

Lire la suite sur le site Ricochets…

Récit d’une soirée en jaune…et en colère

Vendredi 18, on s’était décidé à une petite bande de camarades à rejoindre le rassemblement commun des gilets jaunes gapençais et de quelques syndicats (CGT et FSU visibles) à l’occasion des voeux de la préfète des Hautes-Alpes aux « corps constitués » du département, c’est à dire grosso modo tout ce que le 05 compte d’uniformes au garde à vous (militaires, flics, pompiers…), de patrons influents (chambre de commerce et compagnie, MEDEF local, syndicats du BTP…), de politicards locaux et de hauts technocrates d’Etat et de diverses institutions du coin. Autant dire un bon ramassis de pourris qui chaque jour nous exploitent, nous gouvernent, nous humilient et nous répriment ! Et là ils se faisaient payer la galette et le champagne avec nos impôts ! Alors que toujours plus de pauvres crèvent la dalle ici et ailleurs, et que ceux n’ayant pas les bon papiers de naissance se font traquer par les flics à la frontière pas si lointaine et subissent le racisme d’Etat, parfaitement orchestré par cette même préfète des voeux du soir.

Evidemment, il n’y en a pas eu un parmis tout ce gratin pour daigner s’arrêter discuter avec les quelques dizaines de manifestants ammassés sur le parvis, tous révoltés par l’injustice sociale ambiante. Non, l’élite politique et économique du département, à l’image de celle du pays, s’est gentiment fait escortée par un bon cordon de flics pour aller se goinfrer et écouter la préfète déblatterrer sur les actions super efficaces de l’Etat dans le 05, vers toujours moins de services publics, plus de cadeaux pour les patrons et le BTP local, des petites et grosses magouilles entre amis de la même caste…et évidemment pour une répression sans faille de la populace locale qui doit forcément rester docile tandis qu’une minorité festoie sur son dos.  Bon, on n’est pas rentré pour écouter – de toute façon on avait nous aussi notre galette dehors, et puis les discussions étaient plus intéressantes que le monologue déprimant de la préfète – mais pour sûr que la préfète a du faire son lot de petites blagues (amères) sur les gilets jaunes pecno du coin, arrachant probablement quelques sourires ou rires convenus dans l’assistance acquise à sa cause (du mépris des classes populaires). On est quand même content de leur avoir un peu gâché leur petite sauterie avec le boucan de la sono juste derrière leur salle, même si avec un soupçon d’audace collective on aurait probablement pu s’inviter aux festivités…

Un  petit groupe de gilet jaunes a ensuite proposé de bouger sur le péage de la Saulce pour ouvrir les barrières, en ce soir de forte affluence de week-end de ski. Aussitôt dit aussitôt fait, on se retrouve une petite 20aine peu de temps après sur la barrière de péage, l’ouverture des barrières et le détournement des caméras se fait en 30s chrono, sous le regard des quelques gendarmes ruraux postés là pour « s’assurer que tout se passe bien » (sic)… faut dire que l’équipe locale squatte le péage Vinci tous les week-end depuis 2 mois… De belles pertes financières pour Vinci…et une revendication simple et efficace qui fait mouche auprès de tout le monde : récupérons les autoroutes privatisées après que nos parents et grands parents les aient déjà payées ! Un bon symbole du hold up permanent des groupes privés sur les ouvrages et services publics, avec la complicité active de l’Etat et des politicards qui le dirigent…

Et cette fois ci des banderoles (« notre colère est légitime – amnistie pour les inculpés », « désarmons la police », « soldes macron », etc.) et tracts intéressants, un repas partagé improvisé et animé, des concerts de klaxon de soutien (même si certains en bagnoles de luxe n’avaient vraiment pas besoin du coup de pouce financier au départ de leur week-end ski de bourges…), et de bonnes discussions sur l’état du mouvement, les besoins d’organisation et de coordinations entre les groupes, la plateforme de revendication communes, et tutti quanti jusqu’à tard dans la nuit. Manquaient seulement quelques boîtes de collecte de prix libre pour les caisses de solidarités aux inculpés du mouvement social ici et dans tout le pays…promis on y pense la prochaine fois…

Tout le monde se quitte en appelant aux prochains RDV du mouvement, samedi 19/01 à14h à Forcalquier pour une manif’ de masse 04-05, dimanche 20/01 10h à Gap pour la marche des femmes contres les violences policières, mardi 22/01 à 18h au local de la CGT à Gap (maison des habitants du centre ville, en face de la prison) pour une comission sur le RIC (à ce sujet, lire l’artcile critique de nos amis de Exploités Enervés des Cévennes)… le mouvement semble parti pour durer dans le département, car la colère ne re-descent pas malgré les tentatives d’enfumage de Macron et de sa clique ! Encore plus précieux, des liens et affinités fortes se sont tissés depuis 2 mois de lutte, des solidarités multiples ont vu le jour (en interne du mouvement et avec les habitants du coin) et la découverte de la puissance de l’action collective galvanise un bon paquet de gilets jaunes, plutôt habitués précédemment à l’atomisation sociale et politique propres à notre société moderne ultra invidualiste. Et tout ça n’est pas près de s’effacer…

Alors, comme scandé sous les fenêtres de la préfète, nous aussi on veut moins de rois et plus de galette !! On reviendra !