CRÈVE LE POUVOIR, récit d’agression et violence psychologique à Oulx

[version italienne plus bas]

[TW : attention ce texte cause de viol et de violences psychologiques]
Ceci est une lettre ouverte à propos de violences sexistes et de prises de pouvoir qui se sont déroulées à Oulx, un squat à la frontière franco-italienne entre septembre et novembre 2019.

J’ai commencé à écrire ce texte plusieurs mois après mon départ de Oulx dans un contexte de soin. Si j’en suis arrivée là, c’est parce que c’est ma dernière option pour qu’il y ait des réactions à ce qu’il s’est passé là bas. Je voulais qu’il se passe un truc, que la place que cette histoire prend dans ma vie soit un peu diluée et j’ai compris que j’étais la seule à pouvoir apaiser ma rage. Jusque là je n’avais jamais créé le temps pour re-brasser tout ce qui s’est passé là bas. J’ai écrit, re-lu, modifié, recommencé. Les quatre derniers mois où j’ai vécu là bas ont été hyper denses en terme d’événements et d’émotions. J’ai re-transcrit comme j’ai pu l’essentiel à mes yeux. Dans ce texte je fais des raccourcis, sûrement des trucs trop binaires sur des groupes de gens : « eux »/ »nous », et ça semble évident que je ne peux pas être objective. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai pu pour qu’il n’y ait pas que la colère qui anime ce texte.
Je suis OK pour éclaircir des trucs, répondre à des questions, bref échanger sur ce texte ça me va.

Crève le pouvoir

Ceci est une lettre ouverte à propos de violences sexistes et de prises de pouvoir qui se sont déroulées à Oulx, un squat à la frontière franco-italienne entre septembre et novembre 2019.
Cette lettre a pour objectif de visibiliser ce qui s’est passé là bas, parce que c’est encore trop banal dans nos milieux. Mais aussi clairement pour cramer des gens dans notre petit monde de toto (autonome) où la réputation peut être si importante. Ce texte cible plusieurs personnes d’un crew de gens très impliqués à la frontière depuis 2-3 ans (M, G, M et Mi vont être cité).

J’ai besoin de les cramer dans nos réseaux, car leurs positions et comportements ont été hyper dangereux pour ma santé mentale. Et sûrement pas que pour la mienne. Je n’ai pas envie de parler à la place d’autres gens mais suite, entre autres, à cet événement, on a été une petite dizaine de personnes, habitants ou étant impliquées à Oulx depuis plusieurs mois, à se barrer définitivement.
Mais si tout ça a pu se passer c’est aussi à cause de plein de gens qui ont cautionné ou soutenu les positions de leurs potes. Ça faisait déjà plusieurs semaines que des personnes essayaient d’alerter sur l’ambiance méga sexiste du lieu mais que, sous couvert d’efficacité et d’urgence, y’avait pas le temps d’en parler.

A l’été 2019, ça fait plusieurs mois que je vis à Oulx. J’y vis quotidiennement, c’est ma base principale, le lieu où je m’implique et aussi ma maison. Je suis pas la seule, on est beaucoup à vivre là et à considérer cet endroit comme un chez-soi. C’est aussi un espace qui brasse pleins de gens : venus pour habiter, pour passer la frontière, filer la patte pendant une semaine et aussi des personnes qui traînent autour d’ici depuis longtemps et qui passent régulièrement.
Au mois de septembre, avec des personnes qui habitent la maison, on est saoulées après une réunion de trop où on se sent infantilisées et/ou dominées par des personnes qui ont plus d’ancienneté que nous. On propose alors à des gens présents à cette réunion de créer des discussions autour des dynamiques de pouvoir, parce qu’on trouve qu’iels prennent trop de place. On se sent méprisées par rapport à ce qu’on fait ici (gérer du quotidien, faire à bouffer, capter les gens qui débarquent…). On nous fait sentir qu’on fait pas assez de « politique ». Bref, ça nous gave, on veut en parler, que ça existe et qu’on puisse se questionner ensemble sur comment toustes on exerce du pouvoir sur des gens. Nous on est maladroites dans notre proposition, les personnes concernées ont pas du tout envie de se remettre en question.

A partir de là, c’est la guerre froide, des gens sont hyper vexés par les critiques qu’on porte : « Moi qui suis anti-autoritaire, l’autoritarisme c’est la pire insulte que je peux recevoir » blablabla …
On lâche pas l’affaire et je finis par être en conflit personnel avec plusieurs personnes. Le temps passe, nos relations se tendent davantage avec le début des discussions qu’on a proposées.
Les « discussions » sur les prises de pouvoirs prennent la forme d’AGs qui durent 10h, où on se retrouve qu’entre blanc.hes. Chacun.e y étale sa vision de ce que doit être la lutte à la frontière, c’est merdique, on parle pas de pouvoir et tous les potes non-blancs qui vivent là se sentent pas de participer. J’en arrive à me dire qu’en fait, j’ai pas envie de composer avec le « grand collectif » imaginaire de Oulx. Je suis là simplement parce que ça me fait du sens d’habiter ici et que je kiffe les gens avec qui je vis et ce qui s’y passe. La super lutte pour « détruire » la frontière entre petit.es blanc.hes politisé.es, ça me parle pas.

Dans le même temps, je parle à des potes d’un viol que j’ai subi deux mois plus tôt. La personne qui m’a violée est un ami proche, il vit avec nous, passe beaucoup de temps avec moi. Je leur explique que mon cerveau vient juste de réaliser qu’il s’est passé un truc crade avec lui, je raconte qu’un matin au mois d’août je me suis réveillée à poil dans son lit après une soirée où j’étais ivre morte. J’ai aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. Pendant deux mois j’ai fait du déni pour protéger ma relation avec cette personne, qui était très importante pour moi, j’ai enterré ce matin hardcore loin au fond de ma tête. Je dis aux potes que le déni a bien fonctionné pendant un temps mais que là, je me reprends tout dans la gueule et j’ai besoin d’aide. D’autant plus que j’ai déjà essayé de capter l’agresseur et qu’il m’assure ne pas savoir ce qu’il s’est passé, que lui aussi était bourré et qu’il n’a pas de souvenir. Je sais qu’il ment, il m’a avoué récemment avoir des sentiments pour moi depuis cette nuit là, ça me fait vriller, j’ai besoin de faire exister « cette nuit là » et qu’il y ait un processus de réparation.

Mes demandes sont :

  • Que des potes le captent pour qu’il raconte ce qu’il s’est passé et que je puisse moi aussi être au courant et qu’il comprenne qu’il a merdé.
  • Qu’il parte quelques semaines me faire de l’air pour que j’encaisse et que je puisse rester à Oulx.
  • Que des gens proches de lui gardent le lien une fois qu’il sera parti pour l’aider à avancer sur sa notion du consentement, qu’il reproduise pas de la merde et aussi pour qu’il se retrouve pas isolé du jour au lendemain.
  • Que le processus se fasse qu’avec des personnes en qui j’ai confiance.

Un crew de copines le capte le lendemain, il finit par raconter qu’on a « couché ensemble », que c’était une erreur parce qu’on était bourré.es, mais que c’est notre faute à toustes les deux. Il dit que si je ne me sens pas bien en sa présence, il peut bouger.
Les potes me font un retour, je suis en miette. Je me connais quand j’ai 4 grammes, en fin de soirée ça devient compliqué de tenir debout. Qu’il ait pu s’imaginer qu’on « couche ensemble » alors qu’il a juste baisé un cadavre me donne la gerbe, me fait trembler, ça me révulse. Mais je me dis que je gérerai l’émotionnel plus tard et que là, la priorité c’est le processus qui s’est lancé et qu’il faut absolument qu’il capte pourquoi NON on est pas toustes les deux responsables et qu’il a abusé de moi.
D’autres potes le captent les jours suivants, il commence à comprendre des trucs et à un peu reconnaître qu’il a merdé. Il accepte de partir mais demande du temps pour le faire, j’accepte qu’il ait une semaine pour préparer son départ.
Deux jours plus tard G. passe sur le lieu, l’agresseur lui parle de ma demande qu’il s’en aille et du fait que je sois soutenue. Elle fait scandale dans toute la maison, dit que c’est pas possible d’exclure quelqu’un.e sans décision collective, exige un récit complet de ce qui s’est passé. Des gens lui répondent que ça cause de viol et que c’est tout ce qu’il y a à savoir. Elle lâche pas l’affaire, alerte toute la maison et les personnes qui y gravitent : Mon histoire devient le sujet de conversation du moment. Je pète les plombs, l’insulte et menace de la frapper si elle ferme pas sa gueule.

Le lendemain je ne suis pas là, quand je rentre le soir je comprends que plein de gens sont venus pour une réunion dans la suite de celles commencées sur les prises de pouvoirs. Cette réunion était prévue depuis un moment mais avec le chaos de la veille, elle se transforme en débat sur l’exclusion de l’agresseur. Des potes me racontent ce qui en ressort de plus crade :

  • Pas d’exclusion sans assemblée à 40 où on veut m’entendre raconter le viol.
  • Si l’agresseur mérite l’exclusion, alors moi aussi car j’ai fait de la violence verbale et des menaces la veille sur G.

L’agresseur se saisit de tout ça, se sent protégé, et reprend de la place dans la maison en disant qu’il ne partira pas sans décision commune. Le début du processus est complètement saboté.
Le ragotage est une pratique fréquente à Oulx, hyper utilisée pour mettre la pression. Cette fois, les bruits de couloirs racontent que c’est sûr que j’abuse, que c’est pas un viol, que de toute façon j’exagère tout depuis quelques semaines.
J’en prends plein la gueule, les gens cristallisent le conflit sur les prises de pouvoirs autour de ma demande que l’agresseur quitte le lieu. On me dit que c’est moi qui fait du pouvoir en décidant seule de comment se passe la prise en charge.
Dans les jours qui suivent, M. une pote en qui je crois avoir confiance sur des questions de sexisme m’assure de son soutien : Je lui raconte le viol. Elle est pas bien, je sens que ça la touche mais elle ajoute que la situation actuelle est compliquée. Je sens qu’elle veut pas assumer du conflit avec ses potes, j’imagine qu’elle va se tenir à l’écart. Pas du tout, elle repasse sur le lieu pour aller boire un café avec l’agresseur et une autre personne. Elle m’explique en rentrant que c’était pour entendre sa version, que lui et moi on dit pas la même chose. Sans déconner ? Elle dit que ça la perturbe pour me soutenir comme elle avait promis de le faire : Je vrille, je me sens hyper trahie, les faits deviennent réellement publics et un débat se crée pour savoir si oui ou non c’est un viol.

Ça fait deux jours que la deadline imposée à l’agresseur est passée, et je suis en état d’alerte permanent entre sa présence et la pression des connasses. J’impose son départ immédiat en menaçant de le jeter par la violence physique. Il part avec elles, hurle, veut m’attaquer, elles le rassurent en lui disant qu’il se vengera plus tard du mal que je lui fais. Elles l’hébergent trois jours et le jettent.

L’agresseur coupe les ponts avec toutes les personnes ayant proposé de garder du lien pour poursuivre le processus. Tous mes espoirs qu’il capte des trucs se cassent la gueule alors que sur le moment, c’était ma priorité. Pour soigner mes traumas, mais aussi parce que malgré tout il était mon ami et que je le pensais pas trop con.
Je sens qu’on veut me pousser vers la sortie, que le fait que j’ai parlé de ce viol et que j’ai des attentes me rend vulnérable. C’est le bon moment pour m’attaquer et que je remette en question ma place ici. Je dérange, des gens voudraient que je ne traîne plus là et iels ont capté que c’était l’occas’ que je m’en aille.

Je me suis accrochée encore pendant un mois, je voulais survivre dans ce lieu pour pas avoir à faire une croix dessus. Je voulais partir par choix, pas par dégoût. Ce lieu et les personnes qui l’habitaient représentaient beaucoup pour moi. J’aurais voulu prendre des vacances, souffler un peu mais j’avais l’impression que bouger à ce moment là, c’était laisser de la place pour qu’il revienne et j’avais peur de ne pas avoir la force de revenir. J’avais l’impression d’être en guerre permanente pour prouver que j’avais encore la force d’être ici et qu’elles n’avaient pas réussi à me faire du mal.
6 mois plus tard je vais mieux, je me soigne, mais ma colère n’a pas bougée. Ce viol c’était ni le premier ni le dernier mais une « prise en charge » comme celle-ci c’est la dernière sans casser des bouches.

C’est pas la première fois dans ce milieu que des personnes avec un fort capital social, genre stars-des-totos, se sentent légitimes à faire taire une victime, en lui mettant la pression, voire en se liguant contre elle avec une/des personnes accusée/s d’oppression. Le résultat est souvent le même : celles qui ont ouvert leur gueule sur les violences vécues se cassent ou sont poussées dehors, et se retrouvent isolées à gérer leurs traumas et le manque de soutien. C’est humainement dégueulasse, psychiquement hardcore et politiquement indéfendable dans un milieu qui se croit anti-autoritaire. Prendre d’emblée la défense d’un mec-cis accusé de viol contre la meuf qui s’en dit victime, c’est déjà cautionner le patriarcat. Et focaliser l’attention des discussions sur les rapports de pouvoir sur cette histoire, c’était bien pratique pour pas se poser la question du racisme qu’on véhicule dans nos squats, à la frontière ou ailleurs.
Ça c’est mon expérience d’oppression par ce crew là. Sur la même période, on a été plusieurs à subir de la pression pour ne pas que l’on reste. Il y a eu beaucoup de racisme, de classisme, aussi de la psychophobie et de la toxicophobie.
Quand un crew de gens élitistes détient les outils, le réseau, les privilèges et la légitimité dans un lieu c’est ce genre de chose qui peut se passer.

Crève le patriarcat crève le pouvoir

Si besoin d’échanger sur ce texte : nik2prenso1@protonmail.com

QuiproquoDans la publication « Récit d’agression et de violence psychologique à Oulx », ce n’est pas Mi l’agresseur.J’ai eu deux retours où des personnes ont interprété que c’était lui, désolé si je n’ai pas été assez clair.

Si j’avais besoin de citer Mi dans ce texte, c’est parce qu’il a été un soutien actif pour l’agresseur. Il a entres autres :

  • Protégé socialement l’agresseur
  • Tenté de décrédibiliser toute la parole des meufs dénonçant les violences sexistes du lieu
  • Retourné la chambre d’une copine pour lui foutre la pression
  • Fait de la violence psychologique avec des copines (Regard insistant, sourire mesquin, caché derrière les connasses dans les moments où c’est le chaos)
  • Il a martelé que c’était la dictature des meufs et que c’était nous qui faisions de l’oppression
  • Recouvert des tags anti-sexistes en y dessinant des bites.

 


* attenzione questo testo parla di stupro e violenza psicologica

Ho iniziato a scrivere questo testo diversi mesi dopo aver lasciato Oulx in un contesto di cura. Ho scelto di rispondere a ciò che è successo attraverso la scrittura e la trasmissione, ma nella vita reale questa non è la mia arma. Se sono arrivata a questo punto è perché è una delle mie ultime opzioni per reagire a quello che è successo lì, e mi sono resa conto che potevo contare solo su me stessa per calmare la mia rabbia. Fino ad allora non avevo mai trovato il tempo per liberarmi di tutto ciò che era accaduto laggiù. Ho scritto, riletto, cambiato, ricominciato da capo. Gli ultimi quattro mesi che ho vissuto lì sono stati molto densi di eventi e di emozioni. Ho trascritto come potevo cio che era essenziale ai miei occhi. In questo testo faccio delle scorciatoie, probabilmente troppo binarie su gruppi di persone: « loro »/ »noi », e mi sembra ovvio che non posso essere obiettiva. Ma qui, vi avverto, ho fatto quello che potevo affinché non sia solo la rabbia ad animare questo testo.
Sono disponibile a chiarire le cose, rispondere alle domande, insomma, avere degli scambi intorno a questo testo mi va bene.

MORTE AL POTERE

Si tratta di una lettera aperta sulle violenze di genere e le prese di potere che hanno avuto luogo a Oulx, un occupazione sul confine italo-francese tra settembre e novembre 2019. nostri ambienti. Ma anche chiaramente per bruciare le persone nel nostro piccolo mondo di militanti dove la reputazione può essere così importante. Questa lettera vuole rendere visibile ciò che vi è accaduto perché è ancora troppo comune nei ambienti. Ma anche chiaramente per bruciare le persone nel nostro piccolo mondo di militanti dove la reputazione può essere così importante :

– Due sorelle (M e G) che bazzicano tra Torino e il confine e anche in luoghi della Francia.
– M, francese con capelli neri corti, occhiali, occhi azzurri, frequenta soprattutto l’Italia, ma anche la Francia
– Mi, uomo cis, spagnolo, capelli neri mezzi lunghi, barba.
All’epoca dei fatti, si trascina dietro diverse storie di comportamento schifoso con delle tipe. Tutte queste persone non vivono tutti i giorni a Oulx, ma ci passano tutti regolarmente. Loro e lui, voglio bruciarli nelle nostre reti, perché le loro posizioni e i loro comportamenti sono stati iper pericolosi per la mia salute mentale. E certamente non solo per la mia… Non voglio parlare al posto di altre persone, ma dopo questo evento, siamo stati una dozzina di persone che hanno vissuto o sono state coinvolte in Oulx per diversi mesi per andarsene definitivamente.
Ma se tutto questo è potuto accadere è anche a causa di molte persone che hanno sostenuto o appoggiato le posizioni dei loro amici. Erano già diverse settimane che la gente aveva cercato di mettere in guardia dall’atmosfera mega sessista del luogo e che, sotto la copertura dell’efficienza e dell’urgenza, non c’è stato il tempo di parlarne…

Nell’estate del 2019, ho vissuto a Oulx per diversi mesi. Ci vivo ogni giorno, è la mia base principale, il luogo in cui mi impegno e anche la mia casa. Non sono l’unica, ci sono molte persone che vivono lì e considerano questo posto come una casa. È anche uno spazio pieno di persone: persone che sono venute ad attraversare il confine, che sono qui da una settimana e persone che sono state coinvolte al confine per diversi anni e che passano regolarmente.
A settembre, con le persone che vivono in casa, dopo un incontro di troppo dove ci sentiamo infantilizzate e/o dominate da persone che sono lì da molto tempo siamo stufe. Proponiamo quindi alle persone presenti a questo incontro di creare discussioni intorno alle dinamiche di potere perché troviamo che occupano troppo spazio. Ci sentiamo disprezzate in relazione a ciò che facciamo qui (gestire la vita quotidiana, preparare il cibo, entrare in contatto con le persone…).
Ci sembra di non fare abbastanza « politica ». Insomma, siamo stufe, vogliamo parlarne, che esista e che si possa andare avanti insieme su come ognuno ha potere sulle persone. Siamo maldestre nella nostra proposta, le persone interessate non vogliono affatto mettersi in discussione.

Da quel momento in poi, è la guerra fredda, la gente è molto turbata dalle critiche che facciamo: « Sono anti-autoritario, l’autoritarismo è il peggior insulto che possa ricevere » bla, bla, bla…
Non ci arrendiamo e finisco per essere in conflitto personale con diverse persone (M&G, Mi, altre persone…).
Con il passare del tempo, i nostri rapporti si fanno più tesi con le discussioni che abbiamo avviato. Le « discussioni » sulle prese di potere sono discussioni di 10 ore in cui ci si trova solo tra i bianchi. Ognuno diffonde la sua visione di come dovrebbe essere la lotta al confine, è una merda, non si parla di potere e tutti gli amici non bianchi che ci vivono non si sentono di partecipare.
Arrivo a un punto in cui mi dico che in realtà non ho voglia di fare parte dell’immaginario « grande collettivo » di Oulx. Sono qui semplicemente perché per me ha senso vivere qui e amo le persone con cui vivo e quello che succede qui. La grande lotta per « distruggere » il confine tra le piccole ragazze bianche politicizzate non mi parla.
Allo stesso tempo, parlo con alcuni amici di uno stupro che ho subito due mesi prima. La persona che mi ha violentata è un amico intimo, vive con noi, passa molto tempo con me. Spiego loro che il mio cervello si è appena reso conto che con lui è successo qualcosa di schifoso, dico loro che una mattina di agosto mi sono svegliato nuda nel suo letto dopo una serata in cui ero ubriaca fradicia. Non ho memoria di quello che è successo. Ho negato per due mesi per proteggere il mio rapporto con questa persona che era molto importante per me, ho seppellito quella mattina hardcore lontano nella mia testa. Dico ai ragazzi che la negazione ha funzionato per un po’, ma ora me la prendo in faccia e ho bisogno di aiuto. E in più che avevo già cercato di parlare con l’aggressore e lui mi aveva assicurato di non sapere cosa fosse successo, che anche lui era ubriaco e che non ricordava. So che mi sta mentendo, mi ha confessato poco prima di quella volta che ha avuto dei sentimenti per me a partire da quella notte, mi fa impazzire, ho bisogno di far esistere « quella notte » e che ci sia un processo di riparazione.
Le mie richieste sono:
– che degli amici vadano a parlarci, così che possa raccontare quello che è successo e che io lo sappia e che lui possa capire che ha fatto della merda.
– he lui se ne vada via per qualche settimana per darmi un po’ d’aria, in modo e io possq incassare il colpo e rimanere a Oulx.
– Che le persone a lui vicine mantengano il legame una volta che se ne è andato per aiutarlo ad andare avanti sul suo concetto di consenso, che faccia meno stronzate e anche che non si trovi isolato da un giorno all’altro.
– Che il processo sia fatto solo con persone di cui mi fido.
Un gruppo di amiche lo va a prendere il giorno dopo, lui finisce per dire che siamo « andati a letto insieme », che è stato un errore perché eravamo ubriachi, ma che è colpa nostra. Dice che se non mi sento bene in sua presenza, può andarsene. Le amiche mi anno un resoconto, sono in crisi. Mi riconosco quando sono ubriaca, a fine serata è difficile stare in piedi. Il fatto che abbia immaginato che « andiamo a letto insieme » quando si è appena scopato un cadavere mi fa vomitare, mi fa tremare, mi ripugna. Ma mi dico che mi occuperò dell’emotività in seguito e che la priorità ora è il processo che è iniziato e che deve assolutamente capire perché NO non siamo entrambi responsabili e che ha abusato di me.
Altri amici gli parlano nei giorni successivi, lui comincia a capire le cose e ammette di aver fatto un po’ di casino. Accetta di andarsene ma chiede tempo per farlo, sono d’accordo che ha una settimana di tempo per preparare la sua partenza.

Due giorni dopo, arriva una delle sorelle (G), l’aggressore gli racconta la mia richiesta di andarsene e il fatto che sono sostenuta. Causa uno scandalo in tutta la casa, dice che non è possibile escludere qualcuno senza una decisione collettiva, chiede un resoconto completo di ciò che è successo. La gente le dice che è a causa di uno stupro e questo è tutto quello che c’è da sapere. Non si arrende, avverte tutta la casa e le persone che la abitano: la mia storia diventa il tema di conversazione del momento.
Mi spavento, la insulto e minaccio di picchiarla se non tiene la bocca chiusa.
Il giorno dopo non ci sono, quando torno a casa la sera, capisco che molte persone sono venute per un incontro nel proseguimento di quelli iniziati sulle prese di potere. Questo incontro era stato pianificato da tempo, ma con il caos del giorno prima si è trasformato in un dibattito sull’esclusione dell’aggressore.
Alcuni dei miei amici mi dicono che quello che è venuto fuori da quell’incontro è stata la cosa più brutta che sia mai successa:
– Nessuna espulsione senza un incontro di 40 persone per sentirmi raccontare la storia dello stupro. – Se l’aggressore merita l’esclusione, allora lo merito anch’io, perché ho fatto violenza verbale e minacce il giorno prima su G.

L’aggressore si impossessa di tutto questo, si sente protetto e si riprende il suo posto in casa, dicendo che non se ne andrà senza una decisione comune. L’inizio del processo è completamente sabotato…
Sparlare è una pratica comune in Oulx, iper usato per mettere pressione. Questa volta, i rumori nei corridoi dicono che è sicuro che sto abusando, che non è uno stupro, che comunque ho esagerato tutto nelle ultime settimane.
Mi arrivano tante cose dritte in faccia, la gente sta cristallizzando il conflitto per le prese di potere intorno alla mia richiesta che l’aggressore lasci il posto. Mi viene detto che sono io quella che prende il potere decidendo da sola come avviene la presa in carico.

Nei giorni successivi, M una compagna a cui credo di potere fare fiducia sui temi del sessismo mi assicura il suo sostegno: gli parlo dello stupro. Riconosce lo stupro, ma aggiunge che la situazione attuale è complicata. Sento che non vuole affrontare il conflitto con i suoi compagni, immagino che se ne starà alla larga.
Per niente… Torna sul posto per prendere un caffè con l’aggressore e M (una delle sorelle). Mi spiega quando torna a casa che è stato per sentire la sua versione, che lui ed io non diciamo la stessa cosa, ma scherziamo? Dice che le dà fastidio sostenermi come aveva promesso di fare: do di matto, mi sento iper tradita, i fatti diventano davvero pubblici e creano un dibattito sul fatto che si tratti o meno di stupro.
Sono passati due giorni dalla scadenza del termine imposto all’aggressore, e sono in uno stato di allerta permanente tra la sua presenza e la pressione delle stronze. Forzo la sua partenza immediata minacciando di buttarlo fuori con la violenza fisica.
Lui se ne va con lei, urla, vuole aggredirmi, loro lo rassicurano dicendogli che poi si vendicherà per il male che gli faccio. Lo ospitano per tre giorni e lo mandano via, perché non è loro amico e ora che non possono più usarlo per arrivare a me sta diventando ingombrante. L’abusante interrompe ogni contatto con tutte le persone che si sono offerte di rimanere in contatto per continuare il processo. Tutte le mie speranze che capisca delle cose sono andate in frantumi, quando invece all’epoca era la mia priorità per la guarigione dei miei traumi.

Sento che vogliono mandarmi via, che il fatto di aver parlato di questo stupro e di avere delle aspettative mi rende vulnerabile. È un buon momento per attaccarmi e mettere in discussione il mio posto qui. Sono inquieta, la gente vorrebbe che non restassi più qui e ha intuito che questa è l’opportunità per me di andarmene.
Ho resistito un altro mese, volevo sopravvivere in quel posto per non dovermi arrendere. Volevo andarmene per scelta, non per disgusto. Questo posto e le persone che lo abitano hanno significato molto per me. Avrei voluto prendermi una vacanza, una pausa, ma sentivo che muoversi in quel momento lasciava spazio al ritorno di lui e avevo paura di non avere la forza di tornare.
Mi sentivo come se fossi in una guerra permanente per dimostrare che avevo ancora la forza di stare qui e che non erano riusciti a farmi del male.

6 mesi dopo sto meglio, mi prendo cura di me stessa, ma la mia rabbia non si è ancora placata. Questo stupro non è stato né il primo né l’ultimo, ma un « trattamento » come questo è l’ultimo senza rompere la faccia a qualcuno.

Non é la prima volta che in questo ambiente delle persone con un forte capitale sociale, tipo grandi star tra i militanti, si sentono legittimi a far tacere una vittima, mettendole la pressione, se non pure alleandosi, contro di lei , con una o più persone accusate di oppressioni. Il risultato é spesso lo stesso : coloro che hanno aperto la bocca sulle violenze vissute se ne vanno o sono spinti via, si ritrovano isolati a gestire i loro traumi e la mancanza di sostegno. É umanamente schifoso, psicologicamente hardcore, e politicamente indefendibile in un ambiente che si dice anti-autoritario. Prendere a priori la difesa di un uomo-cis accusato di stupro contro la donna che dice di esserne la vittima, é già sostenere il patriarcato. E focalizzare l’attenzione delle discussioni sui rapporti di potere su questa storia, é stata una buona pratica per non porsi la questione del razzismo che trasmettiamo nei nostri squat, alla frontiera o altrove.

Questa è la mia esperienza di oppressione da parte di questo gruppo. Nello stesso periodo, molti di noi erano sotto pressione per non rimanere. C’era molto razzismo, classismo, psico-fobia e tossicofobia. Quando un gruppo di persone elitarie possiede gli strumenti, la rete, i privilegi e la legittimità di un luogo, questo è ciò che accade.

MORTE AL PATRIARCATO, MORTE AL POTERE.

Si c’è bisogno di parlare di questo testo : nik2prenso1@protonmail.com

Racket des migrants par des agents de la PAF : deux pandores passent au tribunal

Deux agents de la PAF (Police aux Frontières), François Maison et Joffrey Carron,  sont passés en procès au tribunal de Gap jeudi 2 juillet. L’un pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique », l’autre pour « usage de faux en écriture » et « détournement de fonds publics ».

Une nuit d’août 2018. Comme tant d’autres, deux jeunes exilés passent la frontière avec quelques effets personnels et leur argent. Comme tant d’autres, les agents de la PAF les amènent au poste de police, les fouillent, leur dépouillent leur argent et les réconduisent à la frontière.  Découvrant le forfait, les deux personnes décident de retourner au poste frontière pour réclamer leur dû. Ils mettent un téléphone en mode enregistrement pour garder une trace de la conversation que voici :

En bref, d’abord le déni. Puis la classique inversion des rôles (« attention c’est grave t’accuse la police ») avec menaces de poursuites 1 et d’expulsion (« demain t’es dans un avion Paris-Tripoli »). Puis les menaces physiques et le passage à l’acte, on entend que les flics les molestent pour les faire partir.

Les deux pandores détournaient aussi l’argent des amendes prélevées sur des usagers de la route étrangers.

Le procureur ne demande que du sursis, pas de dommages ni d’amendes : comme d’habitude la justice couvre la police, les deux institutions jouant main dans la main leur rôle répressif.

On pourra lire un article plus détaillé sur Bastamag :
https://www.bastamag.net/police-racket-violence-sur-mineur-detournement-de-fonds-publics-refugies-proces-PAF-Montgenevre

L’article  relatant les faits sur Vallées en lutte en 2018 :
Autre article sur la situation à la frontière :
1 On pense aux nombreuses personnes voulant porter plainte contre les violences policières et qui se retrouvent accusées d’outrage et rebellion.

Mobilisations contre les violences policières et le racisme

Après plusieurs semaines de confinement où les contestations sociales furent misent à l’arrêt, c’est pour lutter contre les violences policières, le racisme et les discriminations que des milliers de manifestants sont descendues dans les rues du monde entier. A Paris, le 30 mai le ton a été donné par des milliers de Sans-papiers pour exiger leur régularisation, et le 2 juin, un manifestation massive a eu lieu en soutien aux proches des victimes tuées par la police, dont notamment Adama Traoré, mais aussi en écho au meurtre de Georges Floyd aux États-Unis.


– De Minneapolis à Paris : c’est maintenant que ça se joue ! – Paru dans A2C le 2 juin

Il est bien sûr trop tôt pour dire que ce samedi 30 mai aura été un tournant. Mais les ingrédients sont là. Le matin des milliers ont défilé dans les rues de Maubeuge dans le Nord contre les annonces de suppressions d’emplois à Renault et la menace de fermeture de leur usine. Et l’après-midi à Paris des milliers de Sans-Papiers ont imposé leur droit de manifester pour leur régularisation.

https://www.autonomiedeclasse.org/antiracisme/de-minneapolis-a-paris-cest-maintenant-que-ca-se-joue/

– « Ce n’est plus seulement le combat de la famille Traoré, c’est votre combat à vous tous » – Paru dans Bastamag le 3 juin

Plus de 20 000 personnes se sont rassemblées le 2 juin à Paris contre les violences policières racistes. En écho au vaste mouvement qui secoue les États-Unis, ces milliers de manifestants ont demandé justice aux côtés du Comité Adama et d’autres familles endeuillées par des homicides commis par la police.

https://www.bastamag.net/Adama-Assa-Traore-George-Floyd-Justice-Black-lives-matter-manifestation-revolte-violences-policieres

– Le jour d’après à commencé – Paru dans Actazone le 3 juin

La journée d’hier est de celles qui peuvent marquer le coup d’envoi d’une nouvelle séquence politique. Par sa mobilisation : massive – au moins 30 000 personnes, probablement plus. Par sa composition : une majorité de personnes non blanches, ce qui ne s’était sans doute plus vu à Paris depuis les émeutes pour Gaza en 2014. Par sa détermination : offensive et conflictuelle.

https://acta.zone/le-jour-dapres-a-commence/

Women! – Une soirée dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

19h00 Gap – Bar au gorille

Le Planning familial 05, l’association « 𝐓𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 », et le bar au Gorille vous proposent une soirée dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

A partir de 19h : Vernissage de l’Exposition photographique «Les (CUL)ottées » visant à lutter contre le #bodyshaming et prôner le #bodypositism, par la photographe Chloé Martinez : https://www.chloe-martinez.fr/ https://www.instagram.com/chloefromtheblock/

A partir de 19h30 : cantine ivoirienne, nigériane et gambienne. Repas de soutien/prix libre

A 21h : La DJ « Amy B » assurera l’ambiance : Originaire de São Paulo, âMy B. a posé ses valises à Lyon depuis quelques d’années. Grande connaisseuse des musiques du pays, elle partage son amour du « som brasileiro » lors de mix éclectique navigant entre pépites méconnues, grands classiques et nouveaux sons. Très vite remarquée sur la scène lyonnaise, elle a déjà joué dans la plupart des clubs lyonnais en plus d’être résidente au Baràgones et au Livestation, et de faire partie des collectifs Maracuyá Lab, Sonora Popular et Carnavália. Elle a déjà mixé à São Paulo, Nantes, Marseille, Paris, Porto et Cologne. https://www.facebook.com/djamyb/?epa=SEARCH_BOX https://www.instagram.com/djamyb.brasil/

En fil rouge, infokiosque des Dérangeuses, collectif féministe.

« Briser le mur qui sépare la prison de la zone du dehors »

Le 18 décembre dernier, Loïc a enfin été libéré après 16 mois de détention. Le texte qui suit constitue sa première déclaration. Notre ami revient sur les conditions de cette libération, sa vie à l’intérieur de la prison, le procès qui continuera au moins jusqu’en avril et sa détermination à continuer ses combats et à soutenir le mouvement social partout où il s’étend.

Après un an et quatre mois d’enfermement, comment assembler les mots ? Comment connecter la réalité carcérale à la zone du dehors, briser le mur qui le sépare ? En prison, je me suis effacé, je n’ai plus pensé à moi. J’ai fait le vide afin de ne pas souffrir. Je me suis également fermé à mes souvenirs, à ce qui se passe au-delà de ces murs afin de me concentrer sur cette nouvelle vie avec les autres détenus. Ce fut une des raisons pour laquelle j’ai eu peu de forces pour répondre aux nombreuses lettres reçues. Aujourd’hui, je remarque que je ne ressens plus grand chose, que je n’ai plus de passion (si ce n’est la neige). Il y a un vide. Mon esprit est ailleurs. Une nouvelle conception de temps m’habite, j’ai des moments de contemplations, de silences, d’absences.

Le procès n’a pas arrêté d’être repoussé. Il devrait désormais finir en avril. La libération conditionnelle de ce 18 décembre était inespérée, quelques semaines auparavant, le procureur avait prévenu qu’il ferait appel contre la décision du tribunal de remise en liberté. Je m’attendais au mieux à bénéficier de deux heures de liberté avant de devoir retourner en prison, comme ce fut le cas précédemment pour les deux autres accusés qui ont été libérés mais contraints de revenir en prison après l’appel du procureur. Je me préparais à dire que je souhaiterais rester en cellule jusqu’à la décision finale. Car sortir deux heures, en plus de déglinguer votre cerveau, c’est risquer de devoir retourner dans le bâtiment A.

LE BÂTIMENT A

Ce bâtiment, c’est celui des arrivants. Là, on doit rester 23h/24 en cellule. C’est un endroit sombre où des détenus craquent, crient et tapent sur les murs. J’y suis resté quatre mois. Pendant le premier mois après mon extradition de France, je n’avais que les habits que je portais sur moi en arrivant. Impossible de récupérer mes affaires pourtant arrivées en même temps.

Dans ce bâtiment, c’est deux douches collectives par semaine, à 6h45 du matin. J’y lavais alors mon caleçon puis je me rhabillais sans car il fallait d’abord le faire sécher sur le radiateur de ma cellule. Dans ce bâtiment, c’est des gardiens qui vous gueulent dessus et vous poussent si vous dépassez la ligne invisible entre votre cellule et le couloir lors de la distribution du repas. L’unique instant de respiration dans une cellule de moins de deux mètres de large sur quatre mètres de long : c’est une heure de promenade par jour. Dans ce bâtiment, il y avait essentiellement des étrangers dont le crime est d’être sans papiers, des petits dealers ou des accusés de vols. J’ai vu des gardiens frapper un détenu d’origine étrangère qui voulait simplement récupérer un livre de la cellule d’à côté en retour de promenade. J’ai vu des regards haineux de gardiens se porter longuement sur des détenus racisés. La plupart des étrangers que j’ai croisés en promenade dans ce bâtiment A définissent les gardiens comme des nazis. Cela m’a fait bizarre d’entendre ça aujourd’hui, sachant que, dans cette même prison, il y a moins d’un siècle, des nazis ont tué plusieurs centaines de personnes.


LE PROCÈS ELBCHAUSSEE OU L’IMPROBABLE COMPLICITÉ

Le procès est particulier. 99 % des faits reprochés n’ont rien à voir avec les accusés. L’accusation s’étend à plus de 1 million d’euros de dégâts. Le procureur tente de construire et d’imposer une vision très large de la complicité, au point qu’il désire même l’étendre au-delà de la présupposée présence des accusés. Concrètement, imaginez-vous dans une manifestation, quelqu’un brûle une voiture à 50 mètres de vous : vous êtes considérés comme responsable des dégâts. Mais ce n’est rien ! Imaginez-vous maintenant quittant une manifestation, 10 minutes plus tard, un cocktail molotov est lancé : bien que vous n’êtes plus présent, vous êtes aussi considéré comme responsable.

Il y a beaucoup de problème dans ce procès, dans la prison, dans la police, dans le capitalisme, dans l’État et son monde. Ces différents thèmes ont, entre autres, comme pourritures communes : la soif de gestion, la globalisation, la classification. Votre personnalité, identité, créativité, unicité, doit rentrer dans une case.

« Le caractère unique d’un homme se manifeste dans chaque trait de son visage et dans chacune de ses actions. Confondre un homme avec un autre et toujours les considérer globalement est une marque de stupidité. Les esprits obtus ne distinguent que des races, des nations ou des clans, quand l’homme sage distingue des individus. »

Thoreau, Journal – juillet 1848, 169 ans avant le G20 de Hambourg

Au mois de novembre dernier, près d’un an après le début de ce procès, j’avais proposé de faire une déclaration à condition quelle soit entendue publiquement. La juge a d’abord dit que cela serait possible, avant de changer d’avis, probablement à cause de la procédure de huis-clos. Je n’ai donc pour le moment fait aucune déclaration malgré près de cinquante journées d’audiences. Les dernières devront obligatoirement être ouvertes au public, à la fin du procès. Depuis ma sortie de prison le 18 décembre, des personnes que je croise me disent que c’est un beau cadeau de Noël. Le soucis, c’est que le cadeau a un an de retard, j’ai déjà passé un Noël en prison.

LES RAISONS ET LES CONDITIONS DE LA LIBERATION

Toujours est-il que le tribunal a fini par accepter cette libération. Dans sa décision, il avance que le risque de fuite est écarté pour plusieurs raisons. D’abord, fuir signifierait retomber sous un nouveau mandat d’arrêt européen et alors le procès devrait recommencer depuis le début. Par ailleurs, si au mois de juin la demande de libération a été refusée, le tribunal considère six mois plus tard que la proportion de la peine qui reste à faire par rapport à ce qui a été réalisé a diminué. Le tribunal suppose également que je ne voudrais pas compromettre cette liberté de contact avec ma famille en m’échappant. Il s’appuie pour cela sur l’étude de ma correspondance privée. Le tribunal me reproche toutefois un manque de coopération avec l’État. On aurait voulu que je m’exprime, dans le cadre du huis clos, ce que j’ai refusé jusqu’ici. Cependant, ayant annoncé que je ferai une déclaration publique à la fin du procès, le tribunal considère que je ne vais pas fuir car je désire avoir la parole. D’une manière générale, le jugement de libération conditionnelle explique que la Cour considère que je suis « un jeune homme poli et amical », ce qui justifie apparemment la confiance qui m’est accordée.

Me voici donc depuis le 18 décembre 2019 en libération conditionnelle. Jusqu’à la fin du procès, je dois respecter les obligations suivantes :

Avoir une adresse de domiciliation à Hambourg.

Pointer le lundi et le jeudi à la police Hambourgeoise.

Travailler en tant que jardinier, dans le soin des arbres.

Donner mon passeport et mes papiers au tribunal.

Aller aux prochaines dates de procès.

Ne participer à aucune action illégale.

LA LIBERTÉ CONDITIONNELLE DE PENSÉE

Me voilà donc dehors et libre de m’exprimer. Mais cette liberté aussi est théorique et sous conditions. Ce n’est pas l’envie qui manque ou les choses à dire mais, compte tenu de ce que le tribunal dit attendre de moi et des risques qui pèsent encore sur moi, il est illusoire de croire que je peux m’exprimer « librement ». Dans ce domaine également, ma liberté retrouvée est très relative.

Pourtant, mon regard sur le monde n’a pas changé. Déconnecté depuis 16 mois, c’est particulièrement choquant de s’informer sur la répression à l’encontre des manifestations en France (gilets jaunes et autres). Il y a eu près d’un millier de peines de prison. J’ai entendu des peines allant jusqu’à 5 ans, et récemment 3 ans et demi de prison ferme pour une personne condamnée à Nancy. Pendant ce temps, un policier prend deux mois de sursis pour avoir lancé un pavé sur des gens non protégés. Il pourra continuer à exercer : aucune inscription au casier judiciaire. Si vous jetez un pavé sur des gens qui ont des casques et des boucliers, vous prenez plusieurs années de prison. C’est cela, la justice ? La prison est une folie. L’accepter est une folie. Les préjugés sont une folie générant des souffrances dans l’indifférence.

Les violeurs et assassins ne représentent que moins de 5% de la population carcérale. Ce sont des pauvres qui sont derrière les barreaux. Je n’ai pas vu, en prison, de bourgeois, de banquiers ni de policiers. Pourtant, la première des violences, la première des criminalités, c’est celle qui vient d’en haut de la pyramide sociale. Les personnes qui sont jetées en prison – dans la quasi-totalité des cas – le sont à cause de la pression qu’exercent les classes supérieures, l’exploitation des riches sur les pauvres et l’inégalité sociale. Je n’ai pas vu de riches en prison, seulement des pauvres. Il est temps d’admettre que le choix n’a presque aucun impact face à la situation. C’est la situation de pauvreté qui est criminelle. Huit personnes possèdent autant de richesse que la moitié de la population mondiale !

À CELLES ET CEUX QUI LUTTENT

Ayant goûté à l’incarcération, je me sens solidaire à l’égard des personnes qui restent encore enfermées.

C’est pourquoi, j’exprime une grande :

Solidarité & force à toutes les personnes incarcérées en France suite aux manifestations des gilets jaunes, contre la réforme des retraites de Macron & son monde privatisé et néolibéral.

Solidarité & force aux révolté.e.s du Chili souffrant de la même politique néolibérale & de privatisation.

Solidarité & force aux révolté.e.s de Catalogne.

Solidarité & force au quartier autonome d’Exarcheia en Grèce.

Solidarité & force aux anarchistes torturé.e.s en Russie.

Solidarité & force aux prisonnier.e.s torturé.e.s de Guantanamo.

Solidarité & force aux révolté.e.s de HongKong, que fleurissent toujours plus de drapeaux noir dans les cortèges, remplaçant les drapeaux américains.

Solidarité & force aux anarchistes & anti-nucléaires incarcéré.e.s aux USA, en France, en Allemagne & un peu partout dans le monde.

Solidarité & force au Rojava, que perdure l’histoire concrète de l’émancipation, de l’autonomie, de l’écologie & du féminisme.

Solidarité & force à l’Afrique, grande oubliée, pillée encore & toujours pour le confort des pays du Nord.

Que chaque prisonnie.r.e témoigne de son passage en prison, afin que le plus rapidement possible, nous brisions ces murs horribles qui sèment la souffrance. Ces murs que l’on accepte seulement parce que l’on ne peut pas voir dans les yeux celles et ceux qui y sont enfermé.e.s.

Loïc, Assigné à procès interminable à Hambourg.

Ps. Voici quelques brochures intéressantes pour repenser ensemble la société carcérale.

Pourquoi faudrait-il punir ? : https://infokiosques.net/spip.php?article578
La prison est-elle obsolète ? : https://infokiosques.net/spip.php?article1507
Historiques des luttes anticarcérales : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=753

Plus d’infos : https://laneigesurhambourg.noblogs.org

Appel à don pour soutenir Loïc : https://www.helloasso.com/associations/cacendr/collectes/appel-a-dons-contre-la-repression-a-bure-et-son-monde

Week end contre les frontières et les déportations

Week-end d’évènements contre la frontière !

SAMEDI 11 JANVIER
RASSEMBLEMENT AU CPR DE TURIN (CORSO BRUNELLESCHI)
RDV A 14h30 PIAZZA CASTELLO, AMENE TON VELO !
Rdv à 16h devant le mur du CPR à l’angle du cours Brunelleschi et de la Via Monginevro.
En cas de pluie, rdv à 15h Piazza della Repubblica au niveau du portique devant le kiosque.

DIMANCHE 12 JANVIER
JOURNEE A LA FRONTIERE
RDV A 11h DEVANT L’EGLISE DE CLAVIERE, AMENE TA LUGE !
REPAS PARTAGE

Les frontières intérieures se multiplient et se perfectionnent. Des rafles, des caméras de reconnaissance faciale,interdiction de territoire, lois de sécurisation.
Les murs extérieurs ne font qu’augmenter : des frontières économiques et sociales créées pour sélectionner, contrôler, exploiter. Des frontières composées de gardes, de documents, avec une marée d’argent européen.
L’UE devient de plus en plus une forteresse, avec des murs extérieurs construits directement en Afrique, et des systèmes de sélection et d’expulsion de plus en plus sophistiqués.
En attendant, de nouveaux CRA s’ouvrent en Italie, des centres permanents de rapatriement. Des prisons où les rébellions ne s’arrêtent jamais. Il y a deux semaines, les prisonniers du CPR de Bari ont brulé la prison et depuis elle est fermée. A Turin, les révoltes sont quotidiennes. Mais le décret Minniti a sanctionné la naissance de nouvelles lagers, et le nouveau CRA de Gradisca a déja commencé a fonctionner. Puis ce sera le tour du CPR de Macomer, en Sardaigne. Et les CPR de Milan et de Modène sont attendus.

En Valsusa, à la frontière franco-italienne, les personnes sans le « bon document » continuent d’être bloquées et persécutées par les différentes polices. Chasse à l’homme dans la neige, contrôles racistes dans les villes et sur les moyens de transport. Pendant ce temps, ces mêmes montagnes sont traversées par des milliers de touristes, de sorte que la frontière n’existe pas.
Invisibiliser, taire et réprimer sont les mots clés autour desquels se retrouvent les gardiens et les acteurs du tourisme.
Brisons l’indifférence de ces pistes !

Pour un monde sans frontières ni autoritarisme.

PS : ces derniers temps les personnes encagées au CRA de Turin ont réussi à briser une partie de leurs chaînes en incendiant leur geôle : cf https://www.passamontagna.info/?p=1275&lang=fr

Semaine anti-carcérale à Bure

Une semaine anti-carcérale aura lieu près de Bure, sur le terrain de l’ancienne gare de Luméville, du 2 au 8 mars 2020. L’idée est de prendre le temps de se rencontrer, entre personnes et groupes de différents pays, lors de temps formels et informels de discussions, d’ateliers, de projections de films…

Un premier brouillon de programme a été imaginé, il évoluera et se précisera dans les semaines à venir. Les thématiques, susceptibles d’évoluer (n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des suggestions), seraient les suivantes :

  • Répression et anti-répression
  • (No)Borders
  • Questions de genre, LGBTQ+, prisons pour femmes
  • La cavale + discussions hors thématiques
  • Abolition de la prison (discussions autour de visions anarchistes de la justice, la loi, le crime, la punition)

On a aussi envie de prévoir des temps de lecture de correspondances avec des personnes en prison et des ateliers d’écriture aux détenu.e.s. Chacun-e est bienvenu-e à proposer un atelier et vous pouvez nous contacter pour l’annoncer ou si vous avez des besoins spécifiques, qu’ils soient personnels ou techniques.

On a envie de porter une attention particulière à la traduction lors de la semaine. On aimerait assurer des traductions lors des discussions, au moins en français et anglais, et si possible en allemand, polonais et italien.

Une cantine vegan, à prix libre et participative, sera organisée du lundi midi au dimanche soir. Pour dormir, il y aura des places dans des dortoirs et des caravanes, et la possibilité de dormir en tente ou en camion sur le terrain (il y a de la place !).

Le terrain accueillant la semaine anti-carcérale est relativement plat mais pas très accessible aux personnes en béquilles/fauteuils. Si vous avez des besoins particuliers à ce niveau là, vous pouvez nous contacter.

Par ailleurs, le terrain n’est pas raccordé aux réseaux d’eau et d’électricité. Il y a des panneaux solaires – notamment pour l’éclairage et les projections de film – mais l’électricité disponible sera limitée.

La zone autour de Bure est assez surveillée, et les patrouilles de gendarmes sont très fréquentes. Les contrôles routiers s’intensifient souvent lors des évènements annoncés publiquement. Avant de venir, vous pouvez consulter le brief légal en contexte burien (également disponible en anglais, allemand et italien).

N’hésitez pas à partager cet événement avec d’autres personnes qui pourraient être interessées. Vous pouvez aussi envoyer des lettres à des prisonnier-es pour les inviter à contribuer par lettres.

On se voit en mars !

Anarchist Bure Cross
anarchistburecross.noblogs.org
aburecross@riseup.net
bureburebure.info

De l’indifférence comme « mode de vie européen »

Il est des maux que l’on ne peut oublier. Ceux de l’immigration, malgré un passé chargé de souffrances et de désillusions, ont pourtant longtemps subi un déni généralisé et une constante propension à être rayés des lignes des histoires officielles.

Ce dernier siècle et demi écoulé en Europe a pourtant vu bien des hommes et des femmes quitter leur pays, parfois poussés par la misère ou par les persécutions, parfois appelés pour renforcer la chair ouvrière nécessaire au développement des puissances industrielles se constituant. Bien des raisons ont conduit à l’exil, et bien des difficultés ont connu les exilés. Mais l’un des points constitutifs d’une histoire commune à ces parcours torturés pourrait certainement être désigné par l’omission du rôle pourtant primordial qu’ils ont joué. Une sorte d’histoire inscrite en négatif, où l’immigré ne pourrait avoir d’existence qu’au regard de l’intérêt des états l’accueillant.

Ainsi, de nombreux états-nations européens se sont construits dès la fin du XIXème siècle par l’artificialisation d’un « nous » identitaire s’opposant à un « eux » étranger, comprendre ceux du dehors, ceux risquant de venir envahir des patries alors en pleine formation. Les concepts de xénophobie et de nationalisme ont largement puisé dans ce registre oppositionnel, et donné lieu à quelques uns des conflits mondiaux les plus sanglants. Ils ont aussi marqué le point de départ à l’assimilation de l’immigré à une menace, et ainsi inauguré les premières réglementations venant légiférer tout déplacement humain passant d’une frontière à une autre.

Mais l’immigration vue par les états est aussi celle d’une hypocrisie sans borne où le bénéfice tiré de l’apport fourni par l’immigration, tant économique, politique que culturel, n’a eu pour retour que le refus des droits les plus légitimes. À celles et ceux qui ont contribué – dans le silence et le mépris le plus souvent – aux travaux les plus harassants, ceux nécessaires aux besoins fluctuants d’une économie en pleine expansion, ceux là n’ont eu pour seul choix soit de se plier à une sous-existence sociale et juridique, soit de disparaître par l’assimilation ou par le retour au pays. La doctrine du marche où crève prenant ici une limpide réalité.

L’on dit pourtant que l’histoire se répète mais ne se ressemble pas. Les camps d’internement français où furent parqués avant-guerre les espagnols républicains fuyant le franquisme pourraient-ils faire écho aux camps grecs où sont parqués aujourd’hui les révolutionnaires syriens fuyant le régime d’Al-Assad ? Les travailleurs belges, italiens, ou algériens construisant autoroutes et banlieues des trente glorieuses sont-ils les mêmes travailleurs maliens, camerounais ou ivoiriens ramassant tomates et oranges dans les champs aujourd’hui ? Les politiciens qui ont usé de l’antisémitisme hier usent-ils des mêmes subterfuges pour se porter au pouvoir que ceux qui insufflent la peur des étrangers où de l’islam aujourd’hui ?

La récente dénomination du portefeuille de la nouvelle commission européenne concernant les migrations s’intitulant « Protection de notre mode de vie européen » ne pourrait ainsi sembler qu’une étape logique dans la continuité de l’acceptation des conceptions identitaires européennes. Qu’une banalisation de plus où se protéger d’un étranger reviendrait à ce protéger d’un ennemi. Où un mode de vie bâti sur le rejet de l’autre et sur son exploitation vaudrait tout de même la peine d’être défendu. Dans son ouvrage sur « Les origines du totalitarisme », Hannah Arendt rapportait : « Avant de faire fonctionner les chambres à gaz, les nazis avaient soigneusement étudié la question et découvert à leur grande satisfaction qu’aucun pays n’allait réclamer ces gens-là. Ce qu’il faut bien savoir, c’est qu’une privation complète de droits avait été créée bien avant que le droit de vivre ne soit contesté. » Si notre mémoire laisse aujourd’hui vivre – et mourir – dans l’indifférence celles et ceux qui errent ici dans l’exil, qu’en sera t-il demain ?

Texte initialement paru dans le journal « Episode Cévenol »

La vendetta de Roger Didier et les avant-premières du procès en appel

Hey salut ! Ça faisait longtemps qu’on ne vous avait pas donné de nouvelle ! Permettez-nous de rattraper le temps perdu. Il s’en est passé des aventures depuis le jour ou le tribunal de gap décidait de nous accorder un délai de 30 mois. Et ceci est rare de voir un squat bénéficier d’une période de répit aussi importante.

Voici donc la suite de la saga : la vendetta de Roger et les avant-premières du procès en appel. Car ce n’est pas une audience au tribunal qui attend le CÉSAÏ ce mois-ci, mais trois. Si, si !

Attendez, on vous explique. Comme dans toutes les sagas, commençons par un résumé de l’épisode précédent. Vous verrez, ça aide à mieux comprendre notre protagoniste : Roger 1er.

Résumé de l’épisode précédent : Nous sommes au printemps 2019. A cette époque la ville de Gap (propriétaire officieux de la maison) avait mit un maximum d’énergie pour nous rendre la vie dure. Ils nous avaient assigné en référé d’heure à heure, procédure expéditive qui leur permettait de faire juger le contentieux rapidement. Nous laissant donc moins de temps pour organiser notre défense.

Roger Didier avait, en parallèle, envoyé une lettre à la préfecture demandant explicitement l’évacuation illégale du Cesai, sans aucun respect pour la procédure qui venait à peine de commencer. C’est cette même personne qui, au conseil municipal, aime donner de grandes leçons sur la loi et la démocratie.

Afin de préparer son plan de bataille, il demanda au tribunal l’autorisation de rentrer à l’intérieur de la maison avec la police et un huissier, soit disant pour vérifier les identités des occupant.e.s. Cette manœuvre a consisté en réalité à relever des éléments qui, potentiellement, pouvaient donner motivation au tribunal d’ordonner notre expulsion. En ce qui concerne le noms des habitant.e.s, ils sont repartis avec les mêmes noms qu’ils avaient déjà et qui était inscrits sur la boite aux lettres.

Le jour de l’audience, leur avocate présenta un dossier ultra-alarmiste faisant état d’urgence et de dangereux danger : notre maison était insalubre. À tel point qu’on allait tous mourir électrocuté.e.s puis brûlé.e.s vif.ve.s avant que tout le quartier ne s’écroule… C’est sûr c’était bien mieux quand une trentaine de personnes dormaient devant les portes de la préfecture en début d’automne 2018 !

Bref sa manœuvre ne payera pas le collectif du CESAI SE BATTERA CORPS ET AME.

Nous avons su démontrer l’importance de notre maison et, pour une fois, le tribunal a pris une décision raisonnée par rapport a la situation des habitant.e.s.

Le lendemain du verdict, Mr le maire publia un communiqué de presse sur le facebook de la ville de gap. Il s’y indigne de la décision, arguant que cela permettait à certaines personnes de ne pas payer de loyer pendant que d’autres familles tout autant démunies, galéraient à régler les leurs.

Que se cache t-il derrière cette phrase, si ce n’est l’envie de monter des pauvres contre des pauvres afin de créer tension et haine là ou il n’y en avait pas ? La grande question qu’on est en droit de se poser est : qu’est ce que Roger a fait en tant que maire pour aider ces familles aux fins de mois difficiles ???

Une autre phrase suscitera notre attention « Je ne discuterai pas la décision du tribunal ».

Mr le maire aurait-il un cœur d’artichaut pour nous émouvoir autant en une seule ligne ? Les paris étaient ouvert et on aurait presque pu y croire. Mais notre naïveté a ses limites. Pourquoi se priverait-il de faire appel, étant donné qu’il l’avait déjà fait contre la maison Cezanne ?

Dans la dernière semaine du délai légal, notre avocat nous confirme que la ville faisait appel de la décision de justice. Roger n’a donc pas de parole, rien de nouveau sous le soleil, on s’en doutait.

Pardon pour ce texte un peu long mais c’est maintenant qu’arrive le partie intéressante. Celle que vous n’avez peut-être pas pu suivre à cause des vacances.

La Vendetta de Roger 1er

On est début juillet, le soleil est de la partie et la chaleur est au rendez-vous. Un cocktail parfait pour ronronner tranquillou le chat sur notre petite terrasse du premier étage. Le bon temps ne fut que de courte durée. Notre béatitude fut rompue par l’acharnement de quelques policier véreux et agents de la ville, obéissant aux ordres du parrain Roger venus pour enlever notre banderole.

Ce geste pourrait paraître anodin, après tout ce n’est qu’un morceau de tissu. Mais derrière cet acte, c’est la volonté de faire taire une lutte qui apparaît, de nettoyer toute trace de revendication contre les frontières et leur monde.

Il faut surtout pas que les touristes se posent des questions pendant leurs vacances. Nous décidons de ne pas lâcher l’affaire, nous récupérons la banderole et la remettons à sa place. Cet épisode se répétera plusieurs fois en moins d’une semaine. Un véritable acharnement.

La ville va jusqu’à ramener une nacelle élévatrice. N’a t-elle pas de chose plus importante à faire que de monopoliser des agents et mettre des moyens démesurés pour enlever une petite banderole ? On frôle le n’importe quoi. Quelques jours plus tard nous découvrons un communiqué de presse du Maire affirmant vouloir nous éradiquer. Roger ne fait pas dans la dentelle : le choix des mots est lourd de sens. Il fût une époque ou les nazis parlaient aussi d’éradication. L’histoire nous a montré où la folie d’un homme peut nous mener.

Il nous accuse de manière diffamatoire de presque tous les problèmes rencontrés dans la ville. Selon ses dires, une pétition contre le Cesai serait en cours et une réunion publique aurait eu lieu avec les commerçants et le voisinage se plaignant fortement de notre présence. Une « colère sourde chez les résidents de ce quartier du centre-ville » serait en train de « prendre une ampleur jamais connue à Gap ».

Après quelques jours d’investigation et de longues discussions avec plusieurs voisins, nous comprenions que tout ceci n’était qu’une manœuvre de la part de Roger pour attiser des tensions. La fameuse pétition avait pour objet les nuisances sonore en ville de manière générale et ne nous ciblait pas directement. De la même manière, en réalité aucun riverain ne s’est plaint « d’incivilité » ni de « comportement agressif », contrairement à ce qu’il affirme. Seulement du bruit jusqu’à dix heures du soir. Rien de transcendantal en centre ville. Aucune « colère sourde » ne monte dans le quartier. En fait, les personnes qui nous détestent sont très minoritaires. Le maire est seul dans cette histoire. C’est tout de même avec habilité qu’il a détourné le sens de cette réunion soit-disant publique et réussi à remonter quelques voisin.e.s réactionnaires et sympathisant.e.s du Rassemblement National contre nous.

On doit lui reconnaître ce talent de manipulateur. Ce qui nous invite à nous demander si il est un habitué de cette technique, pour être aussi bon dans ce domaine. Car les constats parlent d’eux même.

Deux jours après, la mairie nous installe une caméra devant la porte de notre maison. Histoire d’entretenir une forme de pression. Puis quelques temps plus tard nous recevons la visite de la police (agents et gradés) venant faire de la médiation. En effet, depuis le communiqué du maire 3-4 voisin.e.s réac’ d’extrême droite se sentent pousser des ailes. Allant jusqu’à nous menacer de mort devant des agents de la bac stoïques ! On n’en demandait pas tant, on sait qui sont les électeurs de Marine.

L’échange avec les policiers médiateurs a été courtois. Notre discussion a tourné autour des nuisances sonores et nous avons expliqué que nous faisions le maximum pour porter un point d’attention à cette problématique. Le papotage se poursuit, portant ensuite sur un habitant ayant des problème psys, qui occasionne quelques situations rocambolesques en ville et a proximité de la maison.

Nous faisons comprendre à la police que l’on fait de notre mieux pour cohabiter avec lui, et pour faire l’interface entre lui et les voisins quand c’est nécessaire. Nous leur précisons que nous ne sommes pas soignant.e.s et qu’il lui faudrait peut-être une place dans un établissement spécialisé. Avant de partir les agents nous on dit « on va s’occuper de lui». Dès le lendemain, plus aucune nouvelle de l’ami en question. Une semaine plus tard, une personne du réseau nous apprend qu’il a été transféré par la police de Gap au centre de rétention de Nice ! Effectivement ils s’en sont occupés… Sacrés enflures ! La semaine qui suit c’est au tour de la DDCSPP de rentrer en scène en venant toquer à notre porte, soucieux de l’avenir des habitant.e.s.

Aurions nous loupé un épisode ? Cela fait des années que le collectif Un Toit Un Droit et bien d’autres essaient de les faire bouger pour permettre aux personnes en exil de trouver un hébergement, et jamais ils n’ont daigné bouger le petit doigt. Pas besoin d’être visionnaire pour avoir une lecture de ce qu’il se trame, tellement la mascarade est limpide. Le CESAI occupe le carré de l’imprimerie où était censé se réaliser un projet d’urbanisation qui n’a jamais abouti car la ville ne possède qu’une petite partie du foncier. Bizarrement depuis que nous y sommes, Roger pleurniche comme un enfant qui n’a pas eu son jouet, menaçant l’état de retirer la ville de Gap du dispositif « cœur de ville » si rien n’est fait contre les résidents.

Dans cette visite impromptue, nous voyons clairement l’action du Parrain, surtout qu’au détour d’une phrase, ils avouent n’avoir rien à nous proposer. Toutefois nous laissons la porte ouverte à la discussion avec la DDCSPP et nous sommes curieux de savoir comment ils comptent nous aider.

Pendant cette période de cohue, 4 copain.e.s ont été entendu.e.s en audition libre pour trois enquêtes à la demande du procureur de Gap. L’occupation de la préfecture en janvier dernier et deux autres affaires de dégradations. Mr Balland (proc) est généreux, il fait des pack familiaux : un savoureux mélange d’affaires n’ayant rien en commun en une seule et même instruction.

Revenons à nos moutons car les rebondissement ne sont pas terminés. Roger est en pleine vendetta : il n’est pas concevable pour lui qu’une petite poignée d’irréductibles s’oppose au Don Corleon Gapençais.

Des procès en avant-première !

C’est alors qu’on croyait le caprice de Roger terminé, qu’il abat son joker : des policiers viennent – encore – nous rendre visite. Cette fois-ci c’est pour nous remettre en main-propre une convocation. Nous recevrions, le 11 septembre prochain, la visite d’une commission de sécurité sur demande du seigneur.

Après avoir voulu nous éradiquer, voici qu’il veut s’assurer que nous ne soyons pas en danger !

Le hic, c’est qu’il semble maintenant nous considérer comme, non plus des SDF, mais les « exploitants d’un Établissement Recevant du Public (ERP) ». Des déléguées de la mairie, de la préfecture, ainsi que des pompiers nous ont donc demandé de leur fournir « le registre de sécurité », avec notamment « l’état du personnel chargé du service incendie, les dates d’exercices (évacuation, entraînement) » etc. Le temps de trouver nos mots, et nous tentions une réponse.

« Hum, désolé.e.s, Mesdames et Messieurs les pompiers et représentantes des autorités, il doit y avoir une erreur. Nous ne sommes pas une entreprise, mais de simples squatteurs.euses. « CESAI » n’est pas une personne morale, mais le nom que nous donnons à l’immeuble que nous habitons. Nous ne sommes pas en mesure de vous donner le moindre de ces documents car nous n’avons pas de personnel. Par conséquent, nous pensons que votre visite est sans objet. Aussi, nous ne vous laisserons pas rentrer. »

Autant vous dire qu’il y a eu un léger malaise…

Ni une ni deux, notre représentant préféré se fend d’un arrêté prescrivant travaux en date du 13 septembre, soit deux jours plus tard, dans lequel il nous ordonne d’évacuer les lieux immédiatement et de tout mettre aux normes ERP dans un délai d’un mois, sous peine de poursuites pénales et de sanctions qui-font-peur. Qu’importe si la justice nous avait accordé trente mois. Qu’importe si le procès en appel n’aura même pas encore eu lieu à la fin de son délai ridicule. Monsieur le maire, fils de maire, a parlé.

Pourquoi tout ça ? Il semblerait que les deux raisons officielles soient :

– L’immeuble aurait toujours été un ERP, indépendamment du fait qu’il soit occupé ou pas. Étrange, car la mairie compte introduire en justice un document attestant qu’il est interdit au public depuis 2013…

– Une cheminée pourrait être dangereuse. Ce qui est drôle, c’est qu’en première instance la mairie a pris cette cheminée pour un pilier soutenant le plafond et en a déduit que tout allait s’effondrer. Maintenant, ce n’est plus un pilier mais une cause possible d’intoxication au monoxyde de carbone ou d’incendie. Est-ce que tous les possesseurs de poêle à bois ou de cheminée se font visiter par de telles commissions de sécurité ? Nous en doutons…

Les normes ERP sont les plus sévères, évidemment. Elles sont normalement réservées aux salles de concerts, magasins etc. et imposent des précautions drastiques liées à la présence d’un flux important de personnes. C’est bien sûr inutile dans le cas d’une habitation : un immeuble HLM n’est pas un ERP par exemple.

La mairie et la préfecture font décidément preuve d’une hypocrisie sans borne. Selon ce qui les arrange, nous sommes gratifié.e.s, dans leurs documents officiels, tantôt du statut « d’occupants sans droit ni titre », tantôt de celui « d’exploitants d’un établissement recevant du public ». Mais le pire est sans doute qu’à les écouter, on croirait presque que c’est pour notre bien que ces gens veulent nous mettre dehors.

Surtout, nous devons éviter de mourir intoxiqué.e.s ou brûlé.e.s dans la maison, mais si nous mourrons de froid ou autre dans la rue, là ce n’est plus un problème. Le 27 septembre, rebelote !

« Bonjour, c’est la commission de sécurité. – Encore ?! Mais on ne vous a pas déjà dit que vous n’étiez pas les bienvenus ? – On s’en fout on veut rentrer. – Hé d’ailleurs, selon la loi, vous avez obligation de nous prévenir. Vos policiers ne sont pas venus nous remettre la convocation en main propre cette fois-ci ! – Blablabla… Mais si, mais vous ne les avez peut-être pas vu… Blablabla… De toute façon, on reviendra jusqu’à ce qu’on puisse rentrer… Blablabla. »

S’en suit un discours plein de mauvaise foi, d’hypocrisie et de bonne conscience de la part des « autorités ». Re-malaise. Un peu plus teinté de colère cette fois. Des déblatérations, des éclats de voix, trois petits tours et puis s’en vont. C’est pas trop tôt !

Une semaine plus tard, un avis de passage du facteur apparaît dans la boite aux lettres : c’est un courrier recommandé adressé à « Centre Social Autogéré de l’Imprimerie », sans aucun autre nom. On vous épargne la mission que c’était pour le récupérer à la poste, sans pièce d’identité au nom de Centre Social Autogéré de l’Imprimerie.

C’est une assignation en référé (hé oui, encore) « mesures utiles » au Tribunal Administratif de Marseille. Le maire demande, entre autres, le droit pour la commission de sécurité de pénétrer chez nous avec le concours de la force publique. L’audience a lieu jeudi 10 octobre à 14h30, soit dans moins d’une semaine.

Sympa ! Décidément on n’a pas le temps de s’ennuyer à Gap ! Enfin, peut-être que le maire si. Lui, on dirait qu’il n’a que ça à foutre : nous pourrir la vie. C’est con parce que nous avions justement l’intention d’effectuer un recours en référé pour annuler l’arrêté du Parrain. Du coup on va devoir aller deux fois au TA, avant d’aller à la cour d’appel… Tout ça en un mois !

Au programme, donc :

– le 10/10, le référé du maire qui veut inviter des pompiers chez nous pour l’aider à nous foutre dehors le plus vite possible tout en nous donnant des leçons sur comment on doit vivre en sécurité.

– le ?/10, notre référé pour tenter de couper court aux velléités de toute puissance du seigneur de Gap. La date est encore inconnue mais l’audience devrait avoir lieu avant le 28.

– et le 28/10, le procès devant la cour d’appel de Grenoble. Ce mois d’octobre s’annonce chargé. La suite au prochain épisode…

Allez, à la revoyure ! ACABisous !

Réponse au communiqué de presse de la ville de Gap

Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Gap
et aux riverains du carré de l’imprimerie.

Le 20 juillet 2019

Nous, quelques habitants du Cesaï, squat de la rue de l’imprimerie, tenons à répondre au communiqué de presse de la ville de Gap du 18 juillet 2019.

Monsieur le maire souhaite selon ses propres termes « éradiquer la « zone de non-droit » que constitue le squat ». Sachant qu’on parle en réalité d’êtres humains, le choix du terme « éradiquer » n’est pas anodin. Il fut un temps où des hommes politiques éradiquaient ceux qu’ils considéraient comme de la vermine, cette époque n’était pas glorieuse. Quel avenir prépare-t-on en utilisant un tel vocabulaire fascisant ?
La « zone de non-droit » est en fait un lieu de défense des droits fondamentaux des êtres humains c’est à dire le droit au logement, l’accès à la nourriture, l’accès aux soins et à l’aide juridique, le droit à l’autonomie des individus et le droit au respect. Croyez vous que tout ceci devrait passer après le droit à la propriété privée, alors que ce bâtiment était inutilisé depuis plus de 7 ans ? N’est-ce pas une honte pour le pays des droits de l’homme ?

Monsieur le maire, il y a bien écrit « liberté, égalité, fraternité » sur votre mairie ? Ou bien « tourisme, croissance et carrière » ? Nous n’avons pas besoin de détruire des cinémas pour construire des cinémas. Nous n’avons pas besoin d’expulser des personnes pour loger des personnes. Et nous n’avons pas besoin de 24 millions d’euros publics pour faire tout ça.

La justice ne nous a pas octroyé un délai de 30 mois par erreur, mais bien parce qu’on lui a prouvé notre utilité sociale.

La loi exige que les demandeurs d’asile soient logés. Or ce n’est pas le cas. Pourtant, le plan grand froid prévoit un hébergement d’une centaine de places à la Providence. Pourquoi personne n’y a jamais été orienté ?

Le Cesaï répond à une carence de l’État et de la commune et devrait être félicité plutôt que stigmatisé. Ses habitants existent et ont le droit à un accueil digne. Ils ne disparaîtront pas parce que Mr le Maire a décidé que ce n’était pas de sa compétence. Nous vous rappelons que le maire de Briançon a mis des locaux municipaux à disposition pour accueillir les personnes en exil.

Si Roger Didier se souciait tant de la quiétude des riverains et des touristes, il ferait de même au lieu de demander l’expulsion de plusieurs dizaines de personnes. Cette expulsion ne manquera pas de provoquer un trouble à l’ordre public plus important qu’un simple immeuble habité.

Dans le même communiqué, il est écrit qu’ «à la suite de plusieurs pétitions qu’il a reçu, le maire a organisé une réunion publique » (étrangement nous n’étions pas conviés). Les personnes participantes « ont souligné des problèmes d’incivilités, de nuisances, de comportements agressifs, tous liés à ce squat ». Or, l’unique pétition dont nous avons eu vent avait pour objet des problèmes de voisinage banals, plus loin dans la rue. Des déjections canines non nettoyées, des enfants qui font du bruit en jouant… Aucun rapport avec notre lieu de vie. La réunion était loin de ne parler que du Cesaï, contrairement à ce que le communiqué voudrait faire croire. Les scooters y étaient mentionnés, les personnes alcoolisées rue Jean Eymar, etc. Nous ne sommes pas responsables de tous les problèmes qu’une ville peut rencontrer.

Par ailleurs, la mairie s’est abstenue jusque là de prouver le moindre trouble à l’ordre public et la moindre plainte des riverains alors qu’il lui était loisible de le faire dans le cadre de la procédure d’expulsion au printemps dernier.

Oui nous vivons à plus d’une soixantaine dans cet immeuble ce qui engendre du bruit, surtout l’été. Oui il y a du monde qui traîne dehors pour capter la wi-fi. Oui certains conflits sont apparus et ont été réglés au mieux, vu nos faibles moyens. Oui ces gens existent !

La pauvreté est juste sous vos fenêtres et vous ne pouvez plus l’ignorer.

Les personnes en exil ont interdiction stricte de travailler. Elles sont victimes de ne rien pouvoir faire d’autre qu’attendre leur précieux bout de papier.

Ils et elles souhaitent juste avoir les mêmes droits que vous, la même sécurité après avoir quitté des pays ravagés par la guerre ou la misère. Mais ils ne sont simplement pas nés sur le bon continent…

Le Cesaï est particulièrement attentif au gaspillage de l’argent public et au désarroi des laissés pour compte de cette ville et tente de proposer des moyens de rendre la misère plus supportable.


 

On dirait que Roger est vraiment fâché. C’était écrit en tout petit dans un coin de son communiqué de presse haineux de vendredi dernier et nos avocat.e.s l’on confirmé, la mairie a fait appel du jugement donnant un délai de 30 mois au squat hébergeant les migrants à Gap. Le CÉSAÏ comparaîtra devant la cour d’appel de Grenoble.

C’est dommage, on y croyait presque !

Pour le moment, on n’a pas encore de date mais on nous promet que ça arrivera « rapidement ». À voir ce que ça veut dire…

La suite au prochain épisode !

Le décès de deux migrants classé sans suite par le parquet – sans surprise !

On apprend dans un article du site infomigrants que le décès de deux migrants, Blessing Matthew et Mamadi Conde, survenu alors qu’ils passaient la frontière franco-italienne, a été classé sans suite par le parquet de Gap. Cela dans un contexte où les exilés sont régulièrement la cible de chasse à l’homme à travers la montagne de la part de la PAF et la gendarmerie, qui les poussent à prendre des risques.

Finalement rien de vraiment nouveau de la part de cette « justice » : que ce soit les migrants poursuivis par la PAF et la gendarmerie, les personnes des quartiers défavorisés victimes des interventions musclées des flics, les manifestants qui se font canarder à coups de lanceurs de balles de « défense », de grenades lacrymogènes et de matraques tous les samedis, la justice couvre systématiquement les violences policières. Nous avons affaire à une justice raciste et de classe, dont l’objectif est de maintenir l’ordre établi.

Pour une esquisse de réflexion sur le sujet, un article du site paris-luttes : le droit ne nous sauvera pas.

Une analyse de la démocratie directe suisse

A l’heure où une partie des revendications des gilets jaunes porte sur la démocratie directe, avec notamment la proposition d’instaurer le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), il est intéressant de voir quels effets elle peut avoir chez nos voisins — notamment en matière de pacification des luttes sociales.
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Retour sur la manifestation du 20 avril à Montgenèvre

(italiano in basso)

Nous avions imaginé que ce serait un moment communicatif.

Bloquer les remontées de piste du Montgenèvre, en quelque sorte proposer aux touristes de faire l’expérience, ne serait-ce que pour quelques minutes de ce que c’est que de se trouver la route barrée, sans possibilité d’avancer.

Une action vouée à perturber quelque peu le petit théâtre qui se repète jour après jour, nuit après nuit, sur les pistes de cette station de ski. Les personnes blanches fusent joyeusement d’un côté puis de l’autre de la frontière sur leurs skis. Les personnes noires galèrent de nuit, finissent parfois en chaussettes dans la neige, ne vont évidemment pas plus vite que les motoneiges avec lesquelles les flics les pourchassent.

Si cette dichotomie admet bien évidemment quelques exceptions, liées à la possession des bons papiers et d’argent, elle décrit assez bien ce que de nombreuses personnes vivent et constatent dans cette zone de frontière, depuis quelques années.

On nous a suggéré que peut-être, le moment choisi n’était pas le bon. C’est vrai quoi, le week end de Pâques, pour certain·e·s, la seule possibilité de venir profiter un peu de la bonne neige artificielle que les canons du Montgenèvre déversent généreusement, à la nuit tombée. Et puis ptêt aussi qu’on aurait du penser un peu à la demi-journée qui allait sauter pour les pacifiques monos de ski.

Nous sommes sûrement allé·e·s un peu loin dans la mise en scène en barrant le passage. Les skieureuse n’ont pas voulu jouer le jeu, ont vite arraché la banderole tendue devant l’entrée du télésiège. La banderole où nous rappelions que cette frontière et son dispositif ont provoqué la mort de quatre personnes, en moins d’un an.

Ces quatre personnes s’appelaient Blessing, Taminou, Mamadou et l’une d’elle est restée inconnue. Toutes quatres sont mortes la nuit. Toutes quatres avaient choisi ce moment pour tenter la traversée, en espérant qu’ainsi elles échapperaient aux contrôles policiers.

De nuit, pour échapper aux délateurs, qui lorsqu’ils voient un noir marcher dans la montagne ou sur la route pour Briançon, apellent la police. Comme certainEs travailleureuses de la station de Montegenèvre. Ou certainEs touristes, qui s’illes se limitent souvent à la simple indifférence, parfois s’appliquent à la délation.

Bref, on nous a répondu à coup de skis, d’insultes et d’injonctions à aller travailler. « Qui meurt ici ? Je dois manger moi !» La deuxième partie de la phrase nous semble bien légitime : tout le monde doit manger. La première en revanche, nous laisse songeureuses… Qui sont donc ces personnes, qui semblent méconnaître autant le territoire sur lequel elles évoluent pendant toute une saison ?

Leur juxtaposition illustre ce que nous dénonçons : l’invisibilisation de la violence que tant de personnes subissent dans ces montagnes, qui permet de normaliser le racisme, la discrimination et l’exploitation. Accepter aveuglément ce qui se passe tous les jours sous nos yeux sans se poser de questions, c’est jouer le jeu de ceux qui prefèrent que nous ignorions tout cela…

Il y a eu d’autres perles : « Moi j’ai le droit de passer la frontière, parce que j’ai les bons papiers, et mon père travaille lui, c’est pas un dealer ! » Nous aurions beaucoup à dire, mais peut-être que celle-ci se passe de commentaires.

Finalement, les keufs nous ont accusé·e·s d’avoir été trop « virulent·e·s », quand nous avons lu devant eux les témoignages recueillis auprès des personnes exilées ayant subi les violences de la PAF. En effet, pour empêcher le blocage, ils se sont rangés devant l’entrée du télésiège, nous relayant somme toute. Des témoignages dans ce goût là, nous en avons recueillis beaucoup, et nous en aurions eu beaucoup d’autre à partager. C’est probablement le fait d’être en contact permanent avec cette violence là qui alimente notre virulence.

S’est ensuivie une rixe, entre un nombre certain de policiers et un certain nombre de manifestant·e·s. C’est à dire qu’ils ont cru opportun de procéder à l’interpellation de l’une d’entre nous.

Sans trop exagérer, au hasard la seule personne racisée du groupe. On peut citer le chef de l’opération, qui a lancé un élégant « Virez les tous, et choppez la black ». Peut-être est-ce de mauvais goût que de s’attarder sur ce détail ? Peut-être que les millions de personnes non-blanches vivant en France, en Italie ou essayant de passer les frontières de l’Europe auraient-elles plus de choses à dire, sur cette étrange réalité qu’est le contrôle au faciès…

Cette personne est a été placée en garde à vue à la PAF à 13h, et en est sortie vers 21h30.

Une dernière précision, pour agrémenter le tableau : pour une quarantaine de manifestant·e·s, sept camionnettes de gendarmerie mobile ont été mobilisées. L’intention était d’empêcher la contestation, et comme partout la répression guette, il semblerait que déranger l’ordre des choses, ou bien la bonne marche de notre système économique, soit devenu intolérable, immanquablement violent, trop quoi.

Si nous avons commis une erreur, c’est peut-être encore celle d’être prisonnieREs de nos rêves.La rage froide qui nous habite, celle provoquée par la violence, l’indifférence et l’injustice d’un système que nous tenons à dénoncer sous TOUS ses aspects, fait qu’on va continuer à déranger, communiquer, bloquer.

Peut-être juste qu’on fera preuve de plus d’imagination la prochaine fois. https://www.passamontagna.info/?p=936&lang=fr

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Sabato 20 Aprile 2019, ore 11, manifestazione alla frontiera italo/francese del Monginevro.

Avevamo immaginato questa manifestazione come un momento comunicativo.

Bloccare gli impianti di risalita delle piste, per offrire la possibilità ai turisti di sperimentare, anche solo per pochi minuti, che cosa vuol dire trovarsi con la strada bloccata e l’impossibilità di proseguire.

Un’azione dedicata a disturbare un po’ il teatrino che si ripete giorno dopo giorno, notte dopo notte, sulle piste di questa stazione sciistica. Di giorno i bianchi sfrecciano allegramente sugli sci al di là e al di qua del confine. I neri, di notte rischiano la vita per attraversarlo. Non vanno più veloci delle motoslitte con cui i poliziotti li inseguono.

Se questa dicotomia ammette ovviamente alcune eccezioni, legate al possesso di documenti e denaro, descrive abbastanza bene ciò che molte persone hanno osservato e vissuto in questa zona frontaliera negli ultimi anni.

Qualcuno ci ha suggerito che il momento scelto non era quello giusto. Dai, è vero, il week end di Pasqua, per alcun* l’unica possibilità di venire ad approfittare un po’ della bella neve artificiale che i cannoni del Monginevro riversano generosamente al calar della notte. E forse dovevamo pensare di più alla mezza giornata che i pacifici maestri di sci avrebbero perso.

È sembrato che ci siamo spinti un po’ oltre bloccando il passaggio. Gli sciatori non sono stati al gioco, strappandoci lo striscione teso di fronte l’ingresso della seggiovia. Lo striscione dove ricordavamo che questa frontiera e il suo sistema hanno causato la morte di quattro persone in meno di un anno.

Queste quattro persone si chiamavano Blessing, Taminou, Mamadou, e uno è rimasto ignoto. Tutte e quattro sono morte di notte.
Tutte e quattro avevano scelto quel momento per attraversare la frontiera, sperando che in questo modo sarebbero scampate ai controlli polizieschi.

Di notte, anche per sfuggire agli infami che quando vedono un nero camminare in montagna o sulla strada per Briançon chiamano la polizia. Come alcuni dei lavoratori degli impianti sciistici di Monginevro. O alcuni turisti, che se in generale restano nella semplice indifferenza, a volte si applicano all’infamia.

Insomma, ci hanno risposto a colpi di sci e d’insulti.
“Chi muore qui ? Io devo mangiare ! “. La seconda parte della frase ci sembra legittima : tutte noi dobbiamo mangiare. La prima invece… Chi sono queste persone, che sembrano conoscere cosi poco il territorio che vivono per tutta la stagione?

La loro giustapposizione illustra quello che denunciamo: l’invisibilizzazione della violenza che tanta gente subisce su queste montagne permette in qualche modo di normalizzare razzismo, discriminazione e sfruttamento. Accettare ciecamente quello che succede tutti i giorni sotto i nostri occhi senza farci domande, ci fa accontentare di risposte offerte da chi gli fa comodo lasciarci nell’ignoranza…

“Io posso passare la frontiera perché ho i documenti giusti e mio padre lavora, non fa mica lo spacciatore”. Queste alcune delle affermazioni gridate contro i manifestanti. Avremmo tanto da dire, ma forse questa frase si commenta da sola.

Infine, la polizia ci ha accusato di essere troppo “virulenti”, quando abbiamo letto davanti a loro le testimonianze raccolte presso chi ha subito la violenza della PAF (polizia di frontiera). Di queste testimonianze ne abbiamo raccolte tante. E’ probabilmente il fatto di essere in contatto permanente con questa violenza che alimenta la nostra virulenza?

È seguita una rissa, tra un numero certo di poliziotti e un certo numero di manifestant* perché hanno ritenuto opportuno di procedere al fermo per identificazione di una di noi.

A caso…l’unica persona nera del gruppo. Si può anche citare la facilità di linguaggio che è stata usata dal capo della polizia per indirizzare la sua squadretta: “Allontanateli tutti, prendetevi la black”. Forse potrebbe risultare scivoloso soffermarsi su questo dettaglio? Forse le milioni di persone non bianche che vivono in Francia, in Italia o che cercano di attraversare le frontiere europee avrebbero qualcosa di più da raccontare sulla strana realtà del controllo casuale basato sul colore della pelle?

Questa persona è stata messa in garde à vue presso la PAF alle 13:00, e rilasciata intorno alle 21:30.

Un ultimo chiarimento, per rendere l’immagine più nitida: per circa quaranta manifestanti, sono stati mobilitati sette furgoni della gendarmeria mobile. L’intento era quello di stroncare la contestazione, come ovunque la repressione è in agguato, sembrerebbe che disturbare l’ordine delle cose o il buon funzionamento del nostro sistema economico, sia diventato intollerabile, inevitabilmente violento.

Se abbiamo commesso un errore forse è sempre quello di essere prigionieri di un sogno. La fredda rabbia che ci abita, quella causata dalla violenza, dall’indifferenza e dall’ingiustizia del sistema che vogliamo combattere in TUTTI i suoi aspetti, fa si che continueremo a disturbare, comunicare e bloccare.

Solo la prossima volta saremo più creativi.

« Résistons ensemble » contre les violences policières et sécuritaires N°180

Voici en pdf, le No 180 du 26 février 2019, du petit journal mobile recto-verso A4  « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires.
Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal  vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions,  propositions, critiques …
à bientôt.
L’équipe de rédaction

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au sommaire

> Grâce aux Gilets jaunes, le « roi est nu »

> « Blanquer LBD de l’éducation »

> Contrôler les gestes et la parole

> chronique de l’arbitraire
Marche de solidarité avec Sébastien Maillet
La police tue par balle dans le nord de la France
La fin des fables médicales ?
Qui nous protège de la police ?

– A G I R
Contre le racisme d’État et les violences policières
Manif contre les centres de rétention

23 février : Appel national contre les frontières (Mise à jour 25 février)

Une nouvelle personne est morte à la frontière briançonnaise.

Il s’agit de la quatrième personne morte à la frontière en moins d’un an dans les Hautes-Alpes, la vingt-sixième en trois ans à la frontière franco-italienne. La répression contre les personnes qui traversent les frontière et celles qui leur sont solidaires ne cesse de s’accroître, comme l’ont montré la semaine passée les expulsions et les arrestations de militant·es à Turin.

Les frontières sont le signe d’un monde réservé à l’usage d’une élite riche, mondialisée, mobile. Mais il ne se construit que grâce à l’exploitation de tous ceux qui en sont exclus et n’en profitent jamais. Ce monde prospère grâce aux richesses et aux ressources pillées aux anciennes colonies par des siècles d’expropriation. Il fonctionne grâce au travail quotidien de salariés dont on massacre toujours plus les conditions de travail.

Ici à Montgenèvre, les stations de ski ont été bâties en grande partie par des travailleurs immigrés italiens, pour le loisir de consommateurs plus aisés. Aujourd’hui, ceux qu’on nomme “migrants” empruntent les mêmes chemins pour venir travailler en France, où leur force de travail sera exploitée ailleurs, mais toujours pour alimenter les rouages du capitalisme. Ce système d’exploitation à grande échelle précarise toutes les vies, jusqu’à organiser la mort des plus invisibles et des plus oubliés. Les frontières sont des lieux où les polices et les armées des états capitalistes mènent une guerre aux plus pauvres tout en faisant fructifier l’industrie de l’armement. Mais ces lieux ne font que rendre visible la violence globale que le capitalisme exerce contre la main d’oeuvre qui le fait fonctionner. Exploités jusqu’à mourir sur un chantier, dans la mer ou dans une plantation, nous sommes tous des corps dispensables au gré des logiques de marché.

Ce système repose sur la mise en concurrence des travailleurs entre eux. Les frontières permettent aux Etats capitalistes de créer de la richesse avec le transport des marchandises, et de maintenir au plus bas les conditions de travail sur leur territoire, en menaçant constamment les travailleurs locaux de la concurrence d’une main-d’oeuvre “sans-papiers”, donc plus corvéable et plus soumise. Or, c’est en s’appuyant sur notre force de travail que le capitalisme mène sa guerre contre nous tous : l’étranger qui est présenté comme un ennemi n’est pas autre chose qu’un frère ou une soeur qui partage la même condition d’exploitation.

Refusons ces frontières qui nous divisent et rejetons plutôt les liens qui nous unissent à nos oppresseurs. Faisons front commun, contre les frontières, contre ceux qui profitent et accumulent les richesses de ce monde aux dépends de nos vies.

Samedi 23 février, une manifestation sera organisée au pays basque, à la frontière entre la France et l’Espagne, pour dénoncer le système d’exploitation impérialiste dont la migration n’est que la partie la plus visible.

A la frontière italienne, rassemblons-nous pour faire écho à leur lutte à toutes celles qui sont menées actuellement, en France, en Italie, au Soudan, en Irak, pour manifester une révolte commune.

Mise à jour 25 / 02 : une petite centaine de personnes étaient présentes au rassemblement. Ca a démarré par une brève occupation du télésiège de Montgenèvre, pour interpeller les skieurs sur la chasse à l’homme exercée par la police aux frontières qui fait courrir un danger de mort aux exilés. La réaction des touristes était variée, certains étant à l’écoute, d’autres donnant des coups de ski pour ne pas perdre quelques minutes de loisir. On a continué par une déambulation dans la ville qui s’est achiminée sur le rond point côté Clavières. Là, des gendarmes mobiles (aux nombre de 6 fourgons) sont intervenus pour évacuer le rond point et maintenir la normalité de ce monde. Le cortège est revenu vers la ville, où certains tenanciers de café ont manifesté leur hostilité pendant que des témoignages sur l’enfermement dans les centres de rétention étaient lus.

Dictionnaire des idées soumises

 


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Editions Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes

              Le langage médiatique, telles des œillères, réduit-il notre pensée ? Après avoir consigné pendant de nombreuses années les mots et expressions récurrents entendus dans les médias, Guy Tiberghien nous offre ici une analyse précise de l’origine et du rôle de ces mots qui façonnent notre pensée à notre insu, révélant la direction unique qu’ils nous amènent à suivre. Comment, au travers des mots, le capitalisme formate nos actes et nos pensées et lessive notre conscience politique.

En se référant à de nombreuses figures intellectuelles tels que Noam Chomsky, Etienne de La Boétie, Hannah Arendt, Serge Halimi, ou encore Claude Hagège… cet ouvrage ouvre une multitude de portes vers la compréhension du processus de manipulation mis en œuvre dans le choix des mots fait par les pouvoirs médiatiques et politiques.

Le ton caustique et l’ironie employés dans les définitions permettent une lecture légère et agréable. L’écriture simple de cet ouvrage le rend abordable à tous, nul besoin d’être un universitaire pour comprendre le propos.

PENSÉE — A la pensée, préférer toujours la bien-pensance. Dire, avec gravité, comme Pierre Moscovici que « le vieux fonds de pensée marxiste doit être toiletté ». Cela fait moderne et propre. Bien qu’il y ait de nombreuses raisons de penser, il y a encore plus de pensées sans raison. Pour disqualifier la pensée de votre contradicteur, dire avec dégoût : « Mais c’est de l’idéologie ». Très efficace. Noter que la pensée permise n’est pas une pensée mais un lieu commun, et elle devient vite une pensée unique. Soyez plus technologique et affirmez même : il nous faut un logiciel de pensée. Voir BIEN-PENSANCE, CORRECT (POLITIQUEMENT —)

Guy Tiberghien, professeur de psychologie cognitive, a enseigné à l’Université de Grenoble et à l’Institut des sciences cognitives de Lyon. Il est membre de l’Institut universitaire de France, et l’auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages dans le domaine des sciences cognitives et, en particulier, sur la mémoire humaine et la reconnaissance des visages. Il a notamment publié : Initiation à la Psychophysique, (PUF, 1984) ; La Mémoire Oubliée, (Mardaga, 1997) ; Dictionnaire des Sciences Cognitives, (Armand Colin, 2002).

Illustration de couverture : Anne Fleutot

ISBN : 978-2-35082-398-0

Format : 14 x21 cm

120 pages

Prix : 10 €

Communiqué des prisonniers du centre de rétention de Oissel

Dans tous les lieux d’enfermement la violence est quotidienne. La prison pour étrangèr.e.s de Oissel près de Rouen, est un de ces laboratoires d’expérimentation de la répression.

On y laisse une équipe de keufs — celle de jour — y faire n’importe quoi pour faire régner l’ordre. Cette équipe rappelle à tou.te.s les enfermé.e.s l’autre objectif de ces prisons : si on te déporte pas, quand tu es dehors ferme ta gueule et baisse les yeux !

Là-bas ça fait longtemps qu’on utilise l’isolement pour briser le moral et faire peur. Récemment un copain y est resté 6 jours, provoquant un mouvement de solidarité — une grève de la faim — de la part d’autres enfermés du CRA.

Des copains passés par là il y a quelques années nous ont déjà racontés les mêmes histoires : une cellule d’isolement où on peut t’attacher les mains et les jambes, habillé.e ou pas, et te mettre un casque sur la tête… tout ça pendant des heures !

Des prisonniers du centre de rétention de Oissel ont décidé d’écrire un texte collectif, dénonçant leurs conditions d’enfermement et expliquant leurs revendications !

Nous le relayons ici :

Nous, retenus du centre administratif de Oissel.

Nous sommes enfermés dans un centre qui n’est pas en état d’accueillir dignement des gens.

Ici les policiers nous cassent le moral, ici les 45 jours nous paraissent être 45 ans.

C’est encore pire que la prison, la nourriture est encore plus immonde. Même les yaourts sont mauvais ici.

Le centre devrait être fermé, tellement il est en mauvais état. On en a marre de cet endroit où les actes racistes sont quotidiens.

Quand on résiste, comme certains, les conséquences peuvent être 6 jours d’isolement, qui sont une véritable torture physique et morale.

Même quand tu sors, tu sais que tu risques de revenir ici. On espère obtenir des améliorations concrètes.

Ici c’est pas humain, on pousse les gens à bout. On te montre que tu n’as plus de vie devant toi.

Nous revendiquons :

  • La fermeture de ce centre de rétention qui n’est plus en état d’accueillir des humains dignement.
  • Le changement de l’équipe de policiers de jour, présente depuis trop longtemps et qui se comporte comme une mafia.
  • La fin des violences policières au centre de rétention et pendant les déportations.
  • La fin des condamnations inutiles à de la prison, comme quand on est condamné pour avoir refusé d’aller voir le consul.
  • Un véritable accès aux soins.
  • Respect de l’intimité des parloirs, et des parloirs qui durent plus longtemps pour respecter le besoin de voir ses proches.
  • Un accès permanent à la cour.
  • La fin de l’isolement, qui est un moyen de pression à l’intérieur. C’est un endroit où on nous torture moralement et physiquement.
  • La fin des actes racistes de l’administration ou de la police.

Des retenus du centre d’Oissel, le 27/12/2018

Plus d’info sur :

https://abaslescra.noblogs.org/post/2018/12/28/communique-des-prisonniers-du-centre-de-oissel/

 

Pas de communisme sans planète

« Pour nous, il existe une classe polluante. Il ne peut y avoir de sauvetage de la planète sans rompre avec le mode de production capitaliste et sans prendre en compte la lutte des classes et la problématique de l’impérialisme. » Synthèse des réflexions du groupe « union pour le communisme » sur la question de l’écologie.

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Louves and groove, ladyfest rural à Glandage (26)!

« Louves and groove, ladyfest rural à Glandage (26)!

Le festival « louves and groove », c’est un festival féministe, à Glandage (26), à la lisière des Hautes-Alpes, de la Drôme et de l’Isère, le 14 juillet 2018 !

Un festival D.I.Y., porté de A à Z par des meufs, qui a pour but de promouvoir la musique, les arts et l’échanges de savoirs et de savoirs-faire entre femmes et personnes trans. Cet évènement est à prix libre, en soutien à l’ouverture d’un lieu militant et féministe autour de la sexualité, dans le Diois.

C’est également un moment où les meufs, les gouines, les trans peuvent se retrouver, échanger, discuter, faire la fête, organiser les résistances, participer à des ateliers et se découvrir autour de différents thèmes qui leur tiennent à cœur.

Au programme, des ateliers d’écriture, de mécanique, de danse, et bien d’autres encore, une conférence gesticulée, des concerts… Rejoignez-nous au festival Louves and groove !

Pour plus d’infos, rdv sur notre blog : https://louvesandgroove.wordpress.com/