Pourquoi le nouveau lieu d’accueil « Chez Roger » ?

Le continent africain, déchiré par la colonisation et l’esclavagisme récent est meurtri de profondes blessures. Les climats politiques y sont souvent devenus sanglants et autoritaires. Les pays riches occidentaux en profitent au passage pour perpétuer un colonialisme désormais économique. A la clé, notamment, l’accès à des minerais qui composent ensuite nos ordinateurs, smartphones, télés, ou alimentent nos centrales nucléaires.

Fuyant la persécution, l’exploitation, la misère, des personnes se retrouvent prises dans un parcours migratoire forcé. On ne peut plus fermer les yeux sur le réseau de trafic d’êtres humains existant qui les menent vers des pays où le travail forcé est de mise (Algérie, Lybie) et qui les poussent à chercher la sécurité toujours plus loin : vers les riches pays occidentaux. Fuir son foyer, ses enfants, sa famille, ses amis, n’est un plaisir pour personne. Le chemin est semé d’embûches, bien souvent de torture et de sinistres événements.

Les personnes exilées arrivent donc en Europe, souvent par l’Italie. Certaines décident de venir en France par les montagnes, une partie arrivant par Briançon. Dans la loi française, le gouvernement doit proposer un hébergement aux demandeurs d’asile le temps de la procédure. En réalité, nombre d’entre eux et notamment des mineurs sont sans logement et à la rue dans le département, entre autre, à Gap.

C’est pourquoi :

* En Octobre 2016, la maison Cézanne a été occupée pour loger les exilés sans toit. Le collectif « un toit un droit » à été créé.

* Fin 2017. Le gouvernement propose d’ouvrir un centre d’hébergement pour les exilés d’une cinquantaine de places. La mairie s’y oppose.

[Deux structures sont en projet à Gap. L’une pour accueillir 30 mineurs non accompagnés, l’autre pour 50 demandeurs d’asile. L’état et le conseil départemental sont à l’origine de ces créations de structures. Selon nos confrères de Alpes 1, Roger Didier, le maire de Gap, dit non à la création de ces 80 places. Il déclare : « La commune dispose déjà sur son territoire de suffisamment de places d’hébergement officielles pour ne pas y concentrer 80 places supplémentaires ».

Source : France Info PACA : publié le 6 Décembre 2017.]

Dans les faits, une trentaine de mineurs non pris en charge et une cinquantaine de personnes laissées pour compte. Les chiffres parlent d’eux même.

* 16 Octobre 2018: La maison Cézanne est expulsée : 20 personnes à la rue. Un campement se fait devant la préfecture. Malgré une tentative de dialogue, aucune proposition de lieu perenne n’est enclenchée, ni d’hébergement.

* 19 Octobre 2018 : Ouverture du CESAI en centre ville qui protège vite une cinquantaine de personnes exilées (notamment des mineurs, des familles, des femmes et enfants) et des personnes sans domicile fixe. Différentes associations y gravitent en soutient (Médecin du monde, réseau hospitalités, les 3 + 4 de Birançon, divers soutien autonome…), mais aucune collaboration ni dialogue, entre cette réalité et la mairie ne s’opère.

* 19 Aout 2020 : Le CESAI se voit expulser de force. L’expulsion est autorisée par la préfète de Gap Martine Clavel, orchestrée par le directeur du cabinet de la préfète et soutenue par le Maire de Gap Roger Didier. La cour d’appel de Grenoble stipule dans sa décision qu’après le passage de l’huissier pour délivrer le commandement de quitter les lieux, les occupants disposent d’un délai de deux mois supplémentaire pour quitter les lieux. Une expulsion de force peut être appliquée seulement après ce délai. Dans les faits, l’huissier, Mr Scarcella, a appliqué une expulsion de force autorisée par la préfecture sans respecter le délai de deux mois.

Une cinquantaine de personnes se retrouvent du jour au lendemain sans toit sur la tête. Quelques familles sont relogés en camping pour une durée inconnue. Le camping ne serait payé que jusqu’à la fin du mois d’août. Les mineurs ne sont pas pris en charge. La préfecture confond allègrement « adresse » et « domiciliation postale » pour grossir ses chiffres de prise en charge.

* 28 Août 2020 : Le 3 Cours du Vieux Moulin « Chez Roger » est occupé, pour mettre ces personnes à l’abri. À ce jour, une vingtaine de mineurs, une quarantaine de personnes sont protégées. Une nouvelle fois, Roger Didier n’est pas dans la coopération et le dialogue pour considérer cette situation et trouver une solution perenne. Ce lieu est vide depuis plusieurs années, alors que des gens dorment dehors.

N’oublions pas que certaines mairies sont solidaires et coopèrent avec les associations pour faciliter l’accueil de ces personnes. Ce n’est pas le cas de Roger Didier qui se contente de renvoyer la responsabilité à la préfecture. Celle-ci agit contre la dignité de ces personnes. Ils devient donc nécessaire d’occuper des lieux vides pour les protéger tant que cette réalité ne sera pas prise en compte globalement.

Nous demandons un lieu d’hébergement pérenne pour toutes les personnes à la rue, avec ou sans papiers.

Nous alertons également sur le fait que certaines personnes solidaires ne vivant pas sur place passent pour apporter un soutien matériel, moral ou juridique pour s’y retrouver dans les abîmes de la justice et de l’administration française.

Ces personnes donnent énormément de leur temps sans contrepartie autre qu’humaine, nous tenons à les remercier et à rappeler qu’il est inadmissible de devoir s’épuiser et lutter contre l’administration française pour quelle prenne soin des plus fragiles alors que nous sommes soit disant dans le pays des droits de l’Homme…

Nouveau squat pour les exilés à Gap

Venez toutes et tous au nouveau squat d’exilés « Chez Roger » (le Cesai 2) à Gap !

Nous avons besoin de monde pour tenir la batisse pour le week end. ‘adresse : 3 cours du vieux moulin. Ex bâtiment Afpa. Entre la Pépinière et Leclerc. Venez dès que vous pouvez.

Si possible prenez de quoi faire à manger, nettoyer les lieux, dormir, meubler, aménager, de la bouffe…et du soutien ! faites tourner !


Communiqué du collectif Cesaï :

Le collectif Césaï tient à remercier Roger Didier

Roger Didier ayant été choqué par le communiqué de presse de la préfète du 20/08/2020 concernant l’expulsion du Césaï, a décidé de mettre l’un de ses nombreux bâtiments personnels vides à la disposition des plus démunis.

Ne pouvant plus rester sans rien faire face à ces 52 personnes expulsées mercredi 19 août, il a choisi de transformer en actes ses convictions démocratiques. « Chez Roger » ouvre donc ses portes pour offrir un toit à tout ceux que l’État met à la rue.

Conscient que chaque demandeur d’asile a droit à des conditions matérielles d’accueil ; une aide financière et un logement (décret n° 2012-1208 du 30 octobre 2012) et que l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) et le 115 (Samu Social) ont trop peu de moyens à leur disposition, il se devait d’agir.

Les témoignages du personnel du 115 expliquant que, dépassé par le nombre de SDF gapençais dans le besoin n’avait d’autre possibilité que de les rediriger vers le Césaï (squat expulsé rue de l’imprimerie), n’ont pas laissé notre maire indifférent et une solution s’est imposée : ouvrir un de ses bâtiments vides à Gap.

En effet, sur 52 personnes présentes le jour de l’évacuation du Cesaï, seules 21 se sont vu proposer des places provisoires au camping Napoléon (les fameux hébergements d’urgence de l’État). En parallèle, les femmes demandeuses d’asile logées à l’hôtel par le Samu Social ont été informées mi-août qu’elles devaient quitter leur chambre à la fin du mois. Étant donné que les 115 places en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) proposées aux personnes vivant dans les rues des grandes villes, que les 40 places en Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asiles (HUDA) correspondent à des nuitées en hôtel sans la possibilité de se faire à manger et que les 105 places en hébergement d’urgence généraliste (HU) ne suffisent déjà pas à mettre à l’abri les SDF et qu’en plus l’ensemble de ces places sont réparties dans tout le département : le calcul est simple il n’y a pas assez de place pour toutes les personnes dans le besoin.

Ainsi, par ce geste Roger Didier a décidé de palier lui-même aux carences de l’État dans un soucis de représenter nos belles valeurs républicaines que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et rend ainsi un juste hommage à l’armée Africaine qui a libéré notre ville en ce jour fatidique du 20 août 1944.

Communiqué expulsion du Cesaï

Mise à jour 23/08

La place de la préfecture a été évacuée samedi 22 août par les « forces de l’ordre ».


Mercredi 19 août, six heures, des policiers enfoncent à coup de bélier les portes des chambres des habitants du Césaï, le centre social auto-géré de Gap. Ils regroupent tout le monde dans une cour, effectuent des vérifications d’identité. C’est le début de l’expulsion du Cesaï.

Bilan : 43 personnes dehors, 20 hébergées dans des camping, 2 embarquées au poste. 43 exilé.e.s et sans abris qui ont à peine eu le temps de prendre leurs affaires, de ramasser de la nourriture avant que le Cesaï ne soit muré. 43 personnes sur la place Saint Arnoux, devant la préfecture, bientôt rejoints par des militant.e.s.

Un campement s’organise en attendant une solution qui ne viendra pas de la préfecture, celle-ci craignant toujours plus le fameux «appel d’air». En attendant un endroit où dormir et poser leur sac, familles, jeunes déminorisés, dublinés, sans abris, sont tous ébahis de se retrouver en quelques heures sans logement.

Une expulsion au mépris de toutes les règles, de toutes les lois. La préfecture s’est bien gardé de dire qu’un délai supplémentaire de deux mois était prévu par la cour d’appel de Grenoble après la visite préalable de l’huissier, sans les forces de l’ordre, qui n’a jamais eu lieu. N’ayant pas été prévenus, les habitants n’ont pas exprimé de refus.

Ce n’était pas une opération dans la loi mais une expulsion violente et illégale, menée tambour battant. En bonus, le sarcasme de Mr Scarcella, huissier assermenté, qui assure avoir remis le commandement de quitter le lieu, puis ment sur la décision de la cour d’appel et finit par déclarer : «c’est votre parole contre la mienne».

Et maintenant ? On a besoin de soutien. 43 personnes à la rue qui auront besoin d’un toit, de lits, de couvertures. On dort ce soir devant la préfecture. Et demain ? Impro totale.

Racket des migrants par des agents de la PAF : deux pandores passent au tribunal

Deux agents de la PAF (Police aux Frontières), François Maison et Joffrey Carron,  sont passés en procès au tribunal de Gap jeudi 2 juillet. L’un pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique », l’autre pour « usage de faux en écriture » et « détournement de fonds publics ».

Une nuit d’août 2018. Comme tant d’autres, deux jeunes exilés passent la frontière avec quelques effets personnels et leur argent. Comme tant d’autres, les agents de la PAF les amènent au poste de police, les fouillent, leur dépouillent leur argent et les réconduisent à la frontière.  Découvrant le forfait, les deux personnes décident de retourner au poste frontière pour réclamer leur dû. Ils mettent un téléphone en mode enregistrement pour garder une trace de la conversation que voici :

En bref, d’abord le déni. Puis la classique inversion des rôles (« attention c’est grave t’accuse la police ») avec menaces de poursuites 1 et d’expulsion (« demain t’es dans un avion Paris-Tripoli »). Puis les menaces physiques et le passage à l’acte, on entend que les flics les molestent pour les faire partir.

Les deux pandores détournaient aussi l’argent des amendes prélevées sur des usagers de la route étrangers.

Le procureur ne demande que du sursis, pas de dommages ni d’amendes : comme d’habitude la justice couvre la police, les deux institutions jouant main dans la main leur rôle répressif.

On pourra lire un article plus détaillé sur Bastamag :
https://www.bastamag.net/police-racket-violence-sur-mineur-detournement-de-fonds-publics-refugies-proces-PAF-Montgenevre

L’article  relatant les faits sur Vallées en lutte en 2018 :
Autre article sur la situation à la frontière :
1 On pense aux nombreuses personnes voulant porter plainte contre les violences policières et qui se retrouvent accusées d’outrage et rebellion.

Des nouvelles des centres de rétention

Des nouvelles des Centres de rétentions sont en ligne sur le blog des voix en cages : https://audioblog.arteradio.com/blog/146183/les-voix-en-cages

Un témoignage de Oissel, des violences policières et des histoires de vie. Il est toujours aussi important et prenant d’entendre la réalité de l’interieur, de se sentir en lien malgré les barbelés repressifs qui nous séparent.

Ensuite dans la deuxième partie du son, une actualité de toutes les infos trouvables sur les différents CRA de france. Les CRA réouvrent, les prefectures mentent dans les dossiers, il y a des mouvements de libération ciblés à Vincennes, et des mouvements de libération collectifs à Lille…

Bonne écoute

Importante descente policière au Cesaï

Alors qu’on aurait aimé s’attendre à une opération de grande envergure de l’État en faveur des occupants du CÉSAÏ, ce fut une intervention policière de grande ampleur qui nous a été offerte. Une centaine de policiers, CRS, gendarmes, armés de fusils d’assaut et de tout un attirail pare-balle furent mobilisés dès 6h du matin pour une poignée de personnes non armées, suspectées et appréhendées pour stupéfiants.

Une personne solidaire s’est également vue fracturer sa porte et perquisitionnée.

Comment peut-on en arriver là ?

En vérité, c’est la faute des législateurs s’il y a du trafic là où il y a de la misère. Les habitants du CÉSAÏ ont interdiction de travailler, d’avoir de l’argent liquide et d’avoir un compte en banque. Leurs ressources sont au mieux très faibles, au pire inexistantes. Les gens font simplement ce qu’ils peuvent pour se sortir de la galère. Quiconque prétend faire mieux en pareilles conditions se met certainement le doigt dans l’œil.

Le niveau de délinquance et de criminalité qui frappe une société est proportionnel aux inégalités qui la déchirent.

Pendant les 55 jours d’un confinement qui a exacerbé leur précarité, des habitants du CÉSAÏ se sont portés volontaires pour aider les agriculteurs demandeurs, mais cette démarche a également été stoppée par la préfecture.

Malgré les beaux discours, la grande solidarité des autorités s’est limité, au CÉSAÏ, à la présence régulière de l’ONG Médecins du Monde, qui ne peut pas suffire à surmonter toutes les difficultés auxquelles sont confrontées ces personnes.

Comment donc s’étonner de quelques écarts, qui sont finalement minimes face au déploiement totalement disproportionné de ces forces de « sécurité » ?

Interrogeons nous sur ces sommes d’argent public dépensées ! N’aurait-il pas été plus judicieux de les attribuer à la prévention et à l’accompagnement de ces gens incriminés… systématiquement discriminés ?

N’oublions pas que le CÉSAÏ, depuis bientôt 2 ans, et après la maison Cézanne (2016-18), pallie aux carences de l’État en matière d’accueil et d’accompagnement des demandeurs d’asile.

”Ici on est solidaires” : communiqué et témoignage des prisonniers en lutte au CRA de Mesnil

Au CRA du Mesnil-Amelot les prisonniers se sont à nouveau mis en grève de la faim aux bâtiments 9, 10 et 11 à partir de vendredi et pendant 2 jours. Ils racontent les violences, humiliations, refus de soins de la PAF. Mais ils racontent aussi la solidarité entre prisonnier.ères.

Voici le communiqué des prisonnier.ères le 1 juin 2020 :

Nous sommes les prisonniers du centre de rétention Mesnil-Amelot. Hommes, femmes, tous les bâtiments : ici on est solidaires !

Car on se sent vraiment en prison.
Car ils nous traitent comme des chiens, ils nous parlent comme à des chiens.
Car en France ça n’existe pas la double peine alors qu’ici c’est est vraiment une 2e peine.
Car le centre c’est pire que la prison et qu’on préfère retourner en prison que de rester ici.

Car ici on mange pas bien et que dans la nourriture il y a des calmants.
Car on dort le ventre vide parce qu’on peu pas sortir même un morceau de pain de la cantine.
Car ici la nourriture c’est l’entreprise GEPSA qui a un long contrat avec le CRA et que même en prison c’est pas GEPSA.

Car chaque jour on se fait fouiller les cellules.
Car chaque jour on se fait agresser par les surveillants pour un morceau de pain de trop ou une carte oubliée.
Car on en a marre de la saleté et les agressions des policiers.

Car on paye des avocats très cher pour rien.
Car quand on demande à manger halal ils nous servent du porc.
Car ils agressent des personnes qui en ont encore des traces sur le visages et sur le corps.
Car on est coincé là alors qu’il y a pas d’avion.

Car la police ne respecte pas la santé des personnes, l’une d’entre nous est tombé ce matin parce qu’elle n’avais pas reçu son traitement.
Car on a porté plainte tous et toutes ensemble solidairement et qu’on a reçu aucune réponse, que personne nous écoute.

Pour toutes ces raisons on a fait plusieurs fois la grève de la faim ces dernières semaines mais sans solution. Ils nous disent : « même si on vous voit mourir devant nous on va rien faire. »

On peut pas rester ici si c’est pour vivre comme ça ! On veut la liberté !

Lire la suite sur le site Abaslescras

Procès de travailleur.euses détaché.e.s contre Laboral Terra et 7 entreprises agricoles françaises

Luttons contre l’exploitation de la main-d’œuvre étrangère et contre les discriminations, pour une égalité de droits entre tous les travailleur.euse.s du monde agricole !

Mardi 16 juin 2020¹, au conseil de prud’hommes d’Arles, est prévue une nouvelle audience du procès de cinq travailleur.euse.s agricoles marocain.e.s et espagnol.e.s contre l’entreprise de travail temporaire (ETT) Laboral Terra et sept entreprises agricoles françaises. Face aux multiples renvois et au dépôt de bilan de l’ETT Laboral Terra qui a perturbé le déroulement de l’affaire, cette nouvelle audience devrait être l’ultime étape de cette procédure entamée en 2017 ! Cette plainte a été déposée pour des motifs de travail dissimulé, de non-paiement d’heures travaillées, de non-respect des personnes, du code du travail et des conventions collectives.

Parallèlement à cette affaire, une autre plainte a été déposée par une partie de ces travailleur.euse.s auprès du procureur de la République d’Avignon pour faire la lumière sur les conditions de travail de ces salarié.e.s. L’enquête est toujours en cours.

Le patriotisme alimentaire de circonstance et la rhétorique martiale du gouvernement appelant à « lever une armée de volontaires » pour « sauver l’agriculture française » cache mal ce que la fermeture des frontières consécutive à la pandémie liée au Covid-19 a rendu manifeste : la dépendance de la société entière aux travailleur.euse.s saisonnier.ère.s agricoles étranger.ère.s venant chaque année combler le besoin de main-d’œuvre dit « temporaire » des exploitations agricoles françaises.

Il est important de dépasser les discours dominants qui réduisent les travailleur.euse.s détaché.e.s à une variable d’ajustement aisément remplaçable par des volontaires dévoué.e.s, alors que leur présence constitue au contraire une nécessité structurelle du système agro-industriel. D’ailleurs les employeurs le savent bien, puisqu’ils vantent tous, le professionnalisme et les compétences de cette main-d’œuvre étrangère indispensable au fonctionnement de leurs entreprises. Il est d’autant plus urgent d’apporter un autre éclairage sur les enseignements de cette crise, condamner les inégalités de traitement, de qualification et de rémunération, tout en renforçant la solidarité avec et entre les travailleur.eus.es de la terre.

Ainsi, nous avons besoin d’une décision forte de la part du Conseil de prud’hommes d’Arles pour dénoncer le dumping social à l’œuvre, les pratiques illégales et indignes qui dégradent les conditions d’existence des travailleur.euse.s détaché.e.s, et la logique d’exploitation, de discrimination systémique qui gouverne et grangrène l’emploi dans le monde agricole contemporain.

Le 4 mai 2020, CODETRAS – Collectif de défense des travailleur.euse.s étranger.ère.s dans l’agriculture

¹ Le procès qui devait se tenir initialement le 12 mai a été reporté au 16 juin. L’audience pourrait se tenir à huis clos pour des raisons sanitaires.

Travailleurs étrangers agricoles, l’exploitation en plus de la crise sanitaire

La fermeture des frontières et les mesures de confinement mises en place suite à l’épidémie du coronavirus ont rendu criante la nécessité d’embauche des travailleurs étrangers saisonniers pour le maintien de la production dans les grandes exploitations agricoles en France et dans différents pays de l’Europe de l’ouest. Comme on peut le lire dans l’un des articles proposé ci-dessous : « Cette difficulté à recruter de la main-d’œuvre saisonnière, incontournable dans le secteur, jette une lumière crue sur le système du premier pays agricole européen. Les grosses exploitations françaises reposent en grande partie sur l’emploi précaire d’une main-d’œuvre étrangère, mal payée, souvent externalisée, invisibilisée dans les statistiques et parfois non déclarée. »

Les solutions envisagées récemment pour pallier à ce manque de main d’œuvre prennent ainsi différentes formes selon les pays : affrètement par vols charters depuis les pays de provenance des ouvriers agricoles jusqu’au pays d’embauche comme pour l’Allemagne, l’Autriche ou l’Angleterre, proposition de régularisation massive de travailleurs sans papiers en Italie, ou encore grande opération de recrutement cherchant à substituer les travailleurs étrangers par une main d’œuvre locale en France. Le respect de la santé des travailleurs et les précautions sanitaires face à l’épidémie trouvent ici encore, comme dans bien d’autres secteurs, des limites s’arrêtant aux besoins de l’économie. Et si le recours massif à l’exploitation de la main d’œuvre étrangère nécessaire à la compétitivité du secteur agricole ne peut être aujourd’hui que difficilement nié, les conditions de travail ne sont pas pour autant améliorées, et la liberté de circulation des personnes demeure quant à elle encore et toujours soumise aux intérêts financiers…

Quelques articles à lire :

– Communiqué – Collectif de Défense des travailleur-euses étranger-ères dans l’agriculture

Créé en 2003, les objectifs du CODETRAS restent la lutte contre l’exploitation de la main-d’œuvre étrangère, contre les dénis de droits, contre les discriminations et contre toutes formes d’exploitation dans l’agriculture. Il associe en son sein des paysans, des syndicats, des associations, des militants, des chercheurs.ses, des journalistes, des avocats et juristes…

Publié sur Mars Infos Autonomes, le 30 avril : https://mars-infos.org/communique-collectif-de-defense-5051

– Derrière l’appel à la main-d’œuvre, les difficultés d’un monde agricole précarisé

L’appel à venir renforcer « la grande armée de l’agriculture », lancé par le ministère de l’agriculture, a vu affluer quelque 240 000 candidats. Mais la plupart restent sans réponse, tant les offres d’emploi restent limitées. Explications sur la précarisation du monde salarial agricole.

Paru dans Médiapart, le 21 avril.

– Appel à travailler dans les champs : « Tout est fait pour maintenir un système qui précarise et appauvrit »

Face au manque de main d’œuvre étrangère, plus de 200 000 personnes se sont portées candidates pour rejoindre des exploitations agricoles. Des professionnels s’inquiètent cependant de cet afflux précipité de travailleurs, mal préparés à affronter des conditions d’emploi difficiles, voire dangereuses.

Paru dans Bastamag, le 17 avril : https://www.bastamag.net/contrat-saisonnier-agricole-condition-de-travail-SMIC-pesticides-TMS-covid19-coronavirus

– Travailleuses détachées dans l’agriculture, elles racontent leur calvaire en France

Les « travailleurs détachés » — qui viennent de Pologne, d’Espagne, de Roumanie… — fournissent une grande part de la main d’œuvre dans les campagnes françaises. Ce statut vulnérable et précaire permet de nombreux abus, dont sont notamment victimes les femmes, que certaines ont courageusement décidé de dénoncer.

Article plus ancien paru le 20 janvier dans Reporterre, mais qui revient notamment sur le procès porté par cinq travailleurs et travailleuses marocain.es contre leurs employeurs et dont l’audience se tiendra prochainement : https://reporterre.net/Travailleuses-detachees-dans-l-agriculture-elles-racontent-leur-calvaire-en-France

Revus d’actu notamment sur la situation des exilées dans les Hautes Alpes.

MAJ 6 avril:

Victoire ! la justice ordonne à l’État de mettre à l’abri 23 jeunes
Le tribunal administratif de Marseille enjoint au préfet des Hautes-Alpes d’assurer l’hébergement d’urgence des 23 jeunes migrants isolés.
Lire la suite sur lacimade.org


Article de La Cimade:
Gap : malgré le confinement, les solidaires ne lâchent rien pour les droits des mineurs déclarés majeurs.
30 mars 2020
Face à la situation alarmante de 23 mineurs logés dans le squat du Césai à Gap, La Cimade 05 et le Réseau Hospitalité avec une dizaine d’associations ont décidé d’interpeller la préfète pour demander leur mise à l’abri.
Lire la suite sur lacimade.org

Courrier à la Préfète – Réponse préfète 24.3.20.

 


Articles de Human Rights Watch sur la situation à Marseille et Gap

France : Des enfants livrés à eux-mêmes malgré le Covid-19

(Paris) – L’incapacité des autorités de protection de l’enfance des départements français des Bouches-du-Rhône et des Hautes-Alpes à fournir un hébergement et d’autres services essentiels aux enfants migrants non accompagnés à Marseille et Gap, dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, met ces derniers en situation de risque et affaiblit la réponse des autorités à la pandémie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Malgré les mesures de confinement et de prévention décidées par le gouvernement français, des enfants migrants non accompagnés à Marseille et Gap continuent de vivre dans des conditions précaires et de promiscuité, sans protection sociale, alors qu’ils devraient avoir accès aux services de protection de l’enfance.
Lire la suite sur hrw.org 

 


Communiqué de presse de l’intersyndicale du 20 mars 2020

Violence au refuge solidaire

Dans la nuit post-électorale du dimanche 15 au lundi 16 mars, 3 personnes se sont « invitées » au refuge solidaire de Briançon (lieu d’accueil d’urgence pour les migrant-e-s qui viennent de passer la frontière).
Ces 3 individus – semblant avoir des affinités avec l’extrème droite sont venues vers 02h00 du matin boire des bierres (le refuge est un lieu sans alcool) et y foutre le bordel, puis ont essayé de monter dans les chambres où des personnes dormaient. Un habitant du lieu leur a donc demmandé de partir, ce à quoi ils ont tenté de répondre par une attitude violente et viriliste (ils cherchaient clairement la baston). Ils ont fini par être mis dehors par les habitants après avoir renversé des meubles et cassé la vitre de la porte d’entrée.

Cette visite nocturne de la part d’individus s’apparentant à l’extrême droite s’inscrit dans un certain contexte électoral :
Effectivement, les résultats des municipales de Briançon ont mis en tête (à 37%) la liste de Arnaud Murgia ; liste divers droite aux positions et aux discours clairement xénophobes et du registre de l’extreme droite. Il ont notamment affirmé vouloir fermer « chez Marcel » (lieu d’habitation pour des exilés), sont hostiles à toute politique d’accueil et souhaitent renforcer le dispositif de répression à la frontière, pourtant déjà surdimensionné et violent. Serait-ce pour fêter leur score éléctoral que les fachos s’invitent au refuge ?

Dans tout les cas face aux intimidations racistes et xénophobes restons mobilisés. Que le contexte de l’épidémie et des mesures qui en découlent ne nous fassent pas oublier ce qu’il se passe à la frontière et les luttes politiques en cours.

Tous les États, toutes les armées, tous les nationalismes tuent.

Nous exigeons un corridor humanitaire maintenant, appelons à une véritable solidarité et à des caravanes vers la Grèce, la Turquie et la Syrie.

Depuis la semaine dernière, plusieurs dizaines milliers de Syrien.ne.s, Afghan.e.s, Irakien.ne.s tentent de passer la frontière pour l’Europe, après l’annonce de la Turquie d’ouverture de ses postes frontières. Ils font face aux tirs de grenades lacrymogènes de la police grecque, mais aussi aux balles réelles : deux réfugiés Syriens ont été tués depuis ce lundi 2 mars, près de la ville frontière d’Ipsala, il y a 6 blessés graves et combien de disparu.es.

Lundi aussi, un enfant réfugié est mort après un naufrage de bateau au large de l’île grecque de Lesbos. Dans les îles de la Mer Egée, près de 40.000 personnes sont parquées dans des camps, dont 21.000 dans le seul camp de Moria, dans l’attente indéterminée de rejoindre le continent. Elles sont régulièrement la cible de l’extrême droite grecque, qui a repris émeutes, blocages de routes et attaques des bateaux en détresse. La police grecque intervient peu, quand elle n’exerce pas elle-même ces violences, et tout porte à croire que l’Etat grec laisse le champ libre à l’extrême-droite.

En 2018, plus de 2000 personnes sont mortes dans la traversée de la mer Egée.

Mais ce n’est pas un drame humanitaire qui se joue : il faut sortir du silence les causes politiques de l’exil.

Le 27 février, c’est suite à la mort de 33 militaires turcs dans les bombardements russes en Syrie, que la Turquie annonce l’ouverture de ses postes frontières et appellent les réfugiés à rejoindre la Grèce. Le lendemain, la Grèce fermait sa frontière nord à Kastanies, alors que des forces de police sont déployées le long de la rivière Evros, qui constitue une périlleuse traversée pour les réfugié.e.s.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie d’Erdogan se prête à ce genre de marchandage avec l’Union Européenne. Le pacte migratoire conclu par l’Europe en juin 2016 prévoit le renvoi systématique des réfugié.es vers la Turquie en échange de 6 milliards d’euros. Le régime turc menace régulièrement d’ouvrir sa frontière avec la Syrie à plus d’un million de Syriens et Syriennes, pris au piège, qui tentent d’échapper aux bombardements de Bachar Al Assad. Dans la balance, sa volonté d’un accord d’exclusion aérienne à Idleb et de stabiliser les territoires conquis en Syrie.

Erdogan est un fasciste qui n’a jamais été l’ami des rebelles, ni des peuples de Syrie. Si tel avait été le cas, il aurait concentré son soutien aux mouvements émancipateurs. Au contraire il a concentré ses troupes pour massacrer les Kurdes, faire grandir Daesh et les milices djihadistes. Pour les ressortissant.e.s Syriens (comme Afghans ou Irakiens), il ne fait pas bon vivre sous le régime turc, où l’hostilité est croissante.

Coté syrien, le régime de Bachar Al Assad poursuit sa reconquête des zones rebelles, qui avaient échappé à son emprise à la suite de la révolution de 2011 (dans la suite des « Printemps arabes »). Des formes d’auto-organisation avaient émergées à Deraya, Douma, Idleb, qui avaient retrouvé un goût de liberté. Puis, en pleine contre-offensive du dictateur, soutenu par ses alliés russes et iraniens, les révolutionnaires avaient été contraints de poursuivre la lutte sous le joug de milices, armées par les pays du Golfe, la Turquie, les États-Unis : la révolution syrienne a été confisquée, par le jeu des proxy-war (guerres interposées).

Depuis lors, l’État syrien et de ses bailleurs de fonds étrangers pratiquent une politique de la terre brûlée : plus d’un demi-million de morts, un pays en ruine, 80% de la population dans la pauvreté, la prison et la torture systémique pour les opposants. Fin 2019, l’État syrien a entamé des représailles sans précédents sur la province d’Idleb, au nord de la Syrie, dont les habitant.es sont assiégés. Plusieurs millions de personnes vivent dans une prison à ciel ouvert, sous les bombes. Chaque famille est touchée.

Aujourd’hui, malgré la violence de l’État syrien, seule 11% de la population syrienne réfugiée est arrivée en Europe. 3.6 millions de Syrien.ne.s attendent en Turquie. Malgré les droitistes qui prônent le retour « à la normale » avec le régime d’Assad, la Syrie ne sera plus jamais un pays sûr : les garanties de retour des réfugié.e.s syriens, prévues lors des négociations internationales, n’ont jamais été respectées, les jeunes sont systématiquement enrôlés de force et servent de chair à canon sur les fronts de Bachar.

Cette situation est connue et les États européens sont complices :

* complices, car leur unique réponse est le soutien diplomatique et financier à la Turquie d’Erdogan (l’union européenne vient de lui proposer 1 milliard de dollars) ;
* complices, dans l’attente d’un retour en grâce du dictateur syrien Bachar Al Assad, dont ils n’hésiteront pas à serrer à nouveau la main ensanglantée du sang des révolutionnaires ;
* complices de fait des Talibans en Afghanistan, où les puissances impérialistes sèment la guerre depuis 40 ans, mais où l’Europe n’hésite pas à renvoyer les demandeurs d’asile ;
* complices de faire des réfugié.e.s en Europe les boucs émissaires de leurs desseins géopolitiques, attisant la xénophobie et le nationalisme ;
* criminels, à force d’investir des milliards dans la guerre géopolitique au Moyen-Orient et contre les réfugié.e.s, pour payer la police des frontières extérieures de l’Europe, Frontex, les polices grecque et bulgare à qui cette gestion meurtrière est confiée.

Toutes les Etats, tous les nationalismes, toutes les armées tuent.

Notre solidarité doit s’attaquer aux raisons profondes de l’exil et se doubler d’un soutien actif à toutes les révolutions populaires. Il faut faire grandir une campagne mondiale contre cette guerre internationale qui ne dit pas son nom.

Il est temps de défoncer les frontières européennes, et tous les États criminels !

El Manba, AlarmPhone

[Italie] lettre depuis un centre de rétention

Nous vous rediffusons la lettre envoyée par mail d’un détenu de la prison de Ancora qui nous est arrivée par liste mail interposée. En Janvier cette personne a commencé une grève de la faim pour protester contre un ordre d’expulsion et contre les conditions de détention. Cette personne veut faire sortir son histoire et demande un support de type légal. Nous ne savons pas quelle est sa situation aujourd’hui, la lettre ne nous est arrivée que depuis quelques jours.


Lettre de Faris Hammami

Je m’appelle Faris et depuis dix jours, je fais une grève de la faim, comme je l’avais déjà fait auparavant, pour protester contre un ordre d’expulsion et contre les conditions de la prison de Montacuto et contre certains faits que j’ai vus de mes propres yeux pendant mon emprisonnement. Le jour 05-01, je me suis également immolé devant les différents assistants qui n’ont rien fait pour éteindre le feu et pour cela je ne peux que remercier mes camarades de section, qui m’ont aussi aidé avec quelques pansements improvisés que je n’ai pas reçus de l’infirmerie de la prison. C’est pourquoi je me suis ensuite jeté sur le personnel de garde.

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai vu beaucoup de choses au fil des ans, je suis ici depuis plus de cinq ans et j’ ai travaillé au MOF depuis longtemps. Ces faits que je vais énumérer, je les ai racontés lors d’une réunion devant tous les prisonniers, le commandant et le garant qui étaient là, et à l’occasion de violences à Pérouge, au juge qui a enregistré mes déclarations spontanées.

Je peux vous parler des salutations fascistes qu’un directeur a l’habitude d’adresser à Traini Luca, qui, précisément en raison de cette camaraderie, jouit de nombreux privilèges dans cette prison, comme la cellule individuelle. Le même directeur avec son entourage a l’habitude de donner aux prisonniers étrangers et noirs un traitement spécial fait d’abus et de coups et parfois de torture quand il peut profiter de l’isolement comme je pouvais le voir et toujours pendant que je me promenais dans la prison. En outre, de nombreux autres prisonniers peuvent témoigner avec moi que le même directeur du bureau du responsable du rond-point a toujours gardé une batte rudimentaire avec les mots « Thérapie » inscrits dessus, qu’il portait évidemment sur lui dans ses actions, qu’à l’occasion d’autres tensions il a utilisé un « Taser » sur un prisonnier, le traînant sur le sol et continuant à se déchaîner sur lui.

D’autres fois dans la cinquième section ont été utilisées par les gardes du gaz ou du gaz poivré. J’ai également vu qu’à certaines occasions, on crachait dans le plat des détenus noirs enfermés en isolement, sans parler de certains détenus qui ont facilement profité de l’article 21 en raison du fait, d’après ce qu’il a lui-même déclaré, d’être amis avec le commandant en tant que fils d’un agent de la force publique. Un traitement qui n’est pas réservé aux prisonniers qui font leur chemin avec dignité pendant des années et des années, en observant un bon comportement et qui se voient ensuite dépassés par les différents confidents de la prison, qui peuvent bénéficier d’avantages autrement inexistants pour le reste de la population détenue.

J’ai commencé ma grève le 09-01, mais ils n’ont commencé à me rendre visite qu’à partir du 14-01, sans se soucier du fait que j’avais commencé beaucoup plus tôt, et après le jour où je me suis mis en feu, j’ai cousu ma bouche. Tous mes camarades connaissent ce fait que la prison semble ignorer. J’ai appris que vous avez peut-être des avocats disponibles qui peuvent me soutenir dans ce combat et j’aurais besoin de votre proximité et de votre soutien pour mettre en lumière ces méfaits qui ont lieu dans ces murs.

J’attends avec impatience de vous entendre si vous pouvez me contacter. Je vous remercie.

Faris Hammami 16 janvier 2020 CASA CIRCONDARIALE – Via Monte Cavallo 73/A – 60129 Ancona (AN)

13 Février : Procès des deux maraudeuse.eur.s

Mise à jour 13 février : le « verdict » en correctionnelle à Gap reconnu coupables les deux prévenu.e.s (appréhendées lors de maraudes) des deux chefs d’inculpation (outrage à agent et refus de signalétique) et les a condamné.e.s chacun.e à 600 € d’amende avec sursis total, et solidairement à 150€ de dommages et intérêts en faveur de chacun des cinq militaires constitués partie civile, à l’exclusion de leurs frais de justice. L’interjection en appel n’est pas encore décidée.


 

Le jeudi 13 février prochain, deux maraudeuse.eur.s passent en procès au tribunal de Gap pour « outrage sur agents » et « refus de signalétique» suite à une maraude effectuée le 26 novembre dernier.

Ce procès s’inscrit pleinement dans le contexte de répression qui existe aujourd’hui aux frontières et partout ailleurs, sur les personnes en soutien mais aussi et surtout sur les migrant.e.s.

Effectivement, les intimidations et la répression qu’exerce l’État sur les personnes solidaires à travers des contrôles ciblés, des amendes, du harcèlement policier, des procès,etc., ne sont qu’une petite partie de l’arsenal de répression mis en place par les autorités dans le cadre des politiques anti-migratoires.

Les contrôles au faciès, les tabassages et vols de la part des flics, le parcours du combattant en préfecture, la non prise en charge des mineurs dans certaines villes, l’enfermement en CRA (Centre de Rétention Administratif) dans des conditions atroces, les expulsions réalisées « parce que ton pays n’est pas considéré comme suffisamment dangereux » ou alors juste que la France s’en fout.

Tout ceci est le quotidien que peuvent vivre les gens arrivant ici sans les bons papiers.

Ces répressions orchestrées par l’État et mises en place par le duo Police-Justice semblent viser toutes les personnes et organisations considérées comme indésirables, toutes les formes de solidarités n’étant pas au profit de leur nation, toutes les formes d’actions ne s’inscrivant pas dans leur patriotisme.

Face à ces politiques mortifères, continuons à nous organiser !

Rendez-vous Jeudi 13 février dès 8h30 devant le tribunal de GAP.

N’hésitez pas à faire passer l’info

Feu aux frontières

Tract pour diffusion

Week end contre les frontières et les déportations

Week-end d’évènements contre la frontière !

SAMEDI 11 JANVIER
RASSEMBLEMENT AU CPR DE TURIN (CORSO BRUNELLESCHI)
RDV A 14h30 PIAZZA CASTELLO, AMENE TON VELO !
Rdv à 16h devant le mur du CPR à l’angle du cours Brunelleschi et de la Via Monginevro.
En cas de pluie, rdv à 15h Piazza della Repubblica au niveau du portique devant le kiosque.

DIMANCHE 12 JANVIER
JOURNEE A LA FRONTIERE
RDV A 11h DEVANT L’EGLISE DE CLAVIERE, AMENE TA LUGE !
REPAS PARTAGE

Les frontières intérieures se multiplient et se perfectionnent. Des rafles, des caméras de reconnaissance faciale,interdiction de territoire, lois de sécurisation.
Les murs extérieurs ne font qu’augmenter : des frontières économiques et sociales créées pour sélectionner, contrôler, exploiter. Des frontières composées de gardes, de documents, avec une marée d’argent européen.
L’UE devient de plus en plus une forteresse, avec des murs extérieurs construits directement en Afrique, et des systèmes de sélection et d’expulsion de plus en plus sophistiqués.
En attendant, de nouveaux CRA s’ouvrent en Italie, des centres permanents de rapatriement. Des prisons où les rébellions ne s’arrêtent jamais. Il y a deux semaines, les prisonniers du CPR de Bari ont brulé la prison et depuis elle est fermée. A Turin, les révoltes sont quotidiennes. Mais le décret Minniti a sanctionné la naissance de nouvelles lagers, et le nouveau CRA de Gradisca a déja commencé a fonctionner. Puis ce sera le tour du CPR de Macomer, en Sardaigne. Et les CPR de Milan et de Modène sont attendus.

En Valsusa, à la frontière franco-italienne, les personnes sans le « bon document » continuent d’être bloquées et persécutées par les différentes polices. Chasse à l’homme dans la neige, contrôles racistes dans les villes et sur les moyens de transport. Pendant ce temps, ces mêmes montagnes sont traversées par des milliers de touristes, de sorte que la frontière n’existe pas.
Invisibiliser, taire et réprimer sont les mots clés autour desquels se retrouvent les gardiens et les acteurs du tourisme.
Brisons l’indifférence de ces pistes !

Pour un monde sans frontières ni autoritarisme.

PS : ces derniers temps les personnes encagées au CRA de Turin ont réussi à briser une partie de leurs chaînes en incendiant leur geôle : cf https://www.passamontagna.info/?p=1275&lang=fr

Montgenèvre : Contre les frontières, les flics et le tourisme – 4 et 5 janvier 2020

Au cours du week-end des 4 et 5 janvier, de nombreux tags contre les frontières, les flics et le tourisme ont été inscrits à Montgenèvre (Hautes-Alpes).

« Ce lundi matin, près de 25 tags visant le capitalisme, les forces de l’ordre et plus globalement le tourisme ont été découverts à Montgenèvre (Hautes-Alpes), station de ski située à la frontière franco-italienne. Parmi les inscriptions taguées sur des murs, sur des panneaux de signalisation, ou dans le tunnel de Montgenèvre (RN94) : « la frontière tue, le tourisme est complice« , « mort à l’État« , « Acab« , « No border, no nation, stop deportation«  […]. Une voiture de luxe stationnée, en l’occurrence une Porsche, a été taguée de l’inscription « brûlez-la« .

Le mois dernier, toujours à Montgenèvre, trois tags avaient été retrouvés sur la commune visant notamment les forces de l’ordre et soutenant le mouvement anarchiste. […] »

NB : Repris du site Sans Attendre Demain

Semaine anti-carcérale à Bure

Une semaine anti-carcérale aura lieu près de Bure, sur le terrain de l’ancienne gare de Luméville, du 2 au 8 mars 2020. L’idée est de prendre le temps de se rencontrer, entre personnes et groupes de différents pays, lors de temps formels et informels de discussions, d’ateliers, de projections de films…

Un premier brouillon de programme a été imaginé, il évoluera et se précisera dans les semaines à venir. Les thématiques, susceptibles d’évoluer (n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des suggestions), seraient les suivantes :

  • Répression et anti-répression
  • (No)Borders
  • Questions de genre, LGBTQ+, prisons pour femmes
  • La cavale + discussions hors thématiques
  • Abolition de la prison (discussions autour de visions anarchistes de la justice, la loi, le crime, la punition)

On a aussi envie de prévoir des temps de lecture de correspondances avec des personnes en prison et des ateliers d’écriture aux détenu.e.s. Chacun-e est bienvenu-e à proposer un atelier et vous pouvez nous contacter pour l’annoncer ou si vous avez des besoins spécifiques, qu’ils soient personnels ou techniques.

On a envie de porter une attention particulière à la traduction lors de la semaine. On aimerait assurer des traductions lors des discussions, au moins en français et anglais, et si possible en allemand, polonais et italien.

Une cantine vegan, à prix libre et participative, sera organisée du lundi midi au dimanche soir. Pour dormir, il y aura des places dans des dortoirs et des caravanes, et la possibilité de dormir en tente ou en camion sur le terrain (il y a de la place !).

Le terrain accueillant la semaine anti-carcérale est relativement plat mais pas très accessible aux personnes en béquilles/fauteuils. Si vous avez des besoins particuliers à ce niveau là, vous pouvez nous contacter.

Par ailleurs, le terrain n’est pas raccordé aux réseaux d’eau et d’électricité. Il y a des panneaux solaires – notamment pour l’éclairage et les projections de film – mais l’électricité disponible sera limitée.

La zone autour de Bure est assez surveillée, et les patrouilles de gendarmes sont très fréquentes. Les contrôles routiers s’intensifient souvent lors des évènements annoncés publiquement. Avant de venir, vous pouvez consulter le brief légal en contexte burien (également disponible en anglais, allemand et italien).

N’hésitez pas à partager cet événement avec d’autres personnes qui pourraient être interessées. Vous pouvez aussi envoyer des lettres à des prisonnier-es pour les inviter à contribuer par lettres.

On se voit en mars !

Anarchist Bure Cross
anarchistburecross.noblogs.org
aburecross@riseup.net
bureburebure.info

Communiqué du CESAI suite à la décision du tribunal

Mardi 10 décembre la cour d’appel de Grenoble a rendu son verdict : le CESAI bénéficie d’un délai de sept mois avant l’évacuation des lieux.

Nous nous doutions que le verdict accordé en première instance à Gap nous accordant 30 mois de délai ne serait pas suivi par le tribunal de Grenoble : en effet nous ne nous faisons pas d’illusions sur ce que pourrait accorder la justice bourgeoise en faveur des migrant.e.s.

Cela confirme l’hypocrisie des pouvoirs publics se dédouanant de leurs responsabilités de venir en aide aux éxilé.e.s. tout en criminalisant les personnes qui le font. Outre la pression sur les lieux d’habitation, nous rappelons que de nombreuses personnes ont été poursuivies suite à des actions de solidarité, écopant de prison ferme et/ou de sursis.

Le maire prétend que ce n’est pas de sa compétence de gérer cette situation, allant jusqu’à refuser l’ouverture d’un centre d’accueil proposé par l’État. Depuis plusieurs mois nous assistons au jeu de la patate chaude où mairie et état se renvoient la balle.

Expulser le CESAI ne nous effacera pas du paysage gapençais : bien au contraire nous continuerons à lutter contre les frontières, la précarité et les problèmes de logement.

Que Roger se prépare car 2020 sera une année mouvementée !

De l’indifférence comme « mode de vie européen »

Il est des maux que l’on ne peut oublier. Ceux de l’immigration, malgré un passé chargé de souffrances et de désillusions, ont pourtant longtemps subi un déni généralisé et une constante propension à être rayés des lignes des histoires officielles.

Ce dernier siècle et demi écoulé en Europe a pourtant vu bien des hommes et des femmes quitter leur pays, parfois poussés par la misère ou par les persécutions, parfois appelés pour renforcer la chair ouvrière nécessaire au développement des puissances industrielles se constituant. Bien des raisons ont conduit à l’exil, et bien des difficultés ont connu les exilés. Mais l’un des points constitutifs d’une histoire commune à ces parcours torturés pourrait certainement être désigné par l’omission du rôle pourtant primordial qu’ils ont joué. Une sorte d’histoire inscrite en négatif, où l’immigré ne pourrait avoir d’existence qu’au regard de l’intérêt des états l’accueillant.

Ainsi, de nombreux états-nations européens se sont construits dès la fin du XIXème siècle par l’artificialisation d’un « nous » identitaire s’opposant à un « eux » étranger, comprendre ceux du dehors, ceux risquant de venir envahir des patries alors en pleine formation. Les concepts de xénophobie et de nationalisme ont largement puisé dans ce registre oppositionnel, et donné lieu à quelques uns des conflits mondiaux les plus sanglants. Ils ont aussi marqué le point de départ à l’assimilation de l’immigré à une menace, et ainsi inauguré les premières réglementations venant légiférer tout déplacement humain passant d’une frontière à une autre.

Mais l’immigration vue par les états est aussi celle d’une hypocrisie sans borne où le bénéfice tiré de l’apport fourni par l’immigration, tant économique, politique que culturel, n’a eu pour retour que le refus des droits les plus légitimes. À celles et ceux qui ont contribué – dans le silence et le mépris le plus souvent – aux travaux les plus harassants, ceux nécessaires aux besoins fluctuants d’une économie en pleine expansion, ceux là n’ont eu pour seul choix soit de se plier à une sous-existence sociale et juridique, soit de disparaître par l’assimilation ou par le retour au pays. La doctrine du marche où crève prenant ici une limpide réalité.

L’on dit pourtant que l’histoire se répète mais ne se ressemble pas. Les camps d’internement français où furent parqués avant-guerre les espagnols républicains fuyant le franquisme pourraient-ils faire écho aux camps grecs où sont parqués aujourd’hui les révolutionnaires syriens fuyant le régime d’Al-Assad ? Les travailleurs belges, italiens, ou algériens construisant autoroutes et banlieues des trente glorieuses sont-ils les mêmes travailleurs maliens, camerounais ou ivoiriens ramassant tomates et oranges dans les champs aujourd’hui ? Les politiciens qui ont usé de l’antisémitisme hier usent-ils des mêmes subterfuges pour se porter au pouvoir que ceux qui insufflent la peur des étrangers où de l’islam aujourd’hui ?

La récente dénomination du portefeuille de la nouvelle commission européenne concernant les migrations s’intitulant « Protection de notre mode de vie européen » ne pourrait ainsi sembler qu’une étape logique dans la continuité de l’acceptation des conceptions identitaires européennes. Qu’une banalisation de plus où se protéger d’un étranger reviendrait à ce protéger d’un ennemi. Où un mode de vie bâti sur le rejet de l’autre et sur son exploitation vaudrait tout de même la peine d’être défendu. Dans son ouvrage sur « Les origines du totalitarisme », Hannah Arendt rapportait : « Avant de faire fonctionner les chambres à gaz, les nazis avaient soigneusement étudié la question et découvert à leur grande satisfaction qu’aucun pays n’allait réclamer ces gens-là. Ce qu’il faut bien savoir, c’est qu’une privation complète de droits avait été créée bien avant que le droit de vivre ne soit contesté. » Si notre mémoire laisse aujourd’hui vivre – et mourir – dans l’indifférence celles et ceux qui errent ici dans l’exil, qu’en sera t-il demain ?

Texte initialement paru dans le journal « Episode Cévenol »