« Le nombre est là, mais il manque cruellement la radicalité » : le point de vue d’une cheminote et gilet jaune sur le mouvement

« Nous avons rencontré Torya, cheminote et gilet-jaune pour faire le point sur la grève et le mouvement général contre la réforme des retraites, entamé depuis maintenant plus de trois semaines. Elle déplore l’incapacité du mouvement actuel à se hisser au niveau de radicalité dont les Gilets Jaunes ont été porteurs, demeurant prisonnier de formes de lutte traditionnelles qui ne parviennent pas à menacer réellement le pouvoir. Elle appelle également les grévistes à se doter d’outils d’auto-organisation propres afin de reprendre en main la direction de la grève et ne pas la laisser aux bureaucraties syndicales. »

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Pour l’abolition de la retraite !

Nous publions ici un texte reçu sur notre boîte mail qui aborde la question de la réforme des retraites sous un angle intéressant…

 

Mon père a attendu toute sa vie sa retraite pour, disait-il, pouvoir enfin faire ce qui lui plaisait. Il n’a pu « profiter » de sa pension et de son temps que pendant quelques mois… Ceci pour souligner que si on ne peut pas profiter de la vie avant l’âge de la retraite, ce n’est pas après que cela sera vraiment possible.

La retraite est une vaste escroquerie, un miroir aux alouettes, le colifichet que l’on agite aux salariés pour les aider à supporter une réalité économique quotidienne de plus en plus vide de sens pour une majorité d’entre nous. La retraite n’a jamais consisté en une « récompense » d’une vie de labeur et de renonciation : elle ne consiste au final qu’à prendre acte qu’au-delà un certain point la « machine humaine » n’est plus assez rentable, plus assez fiable, plus assez souple, que son taux de pannes devient contre-productif… Ce n’est pas un hasard si l’âge de départ à la retraite correspond en gros à l’espérance de vie en bonne santé…

Ce qui se joue aujourd’hui dans ce dernier projet en date de réforme des retraites, c’est la détermination de ce seuil de compromission entre les besoins en main-d’œuvre des grands acteurs de l’économie et la soutenabilité de sa charge financière pour les finances d’Etat : la qualité de vie résiduelle des laissés pour compte de cette mécanique infernale n’est bien sûr que la cinquième roue du carrosse. Son objectif est on ne peut plus simple : il s’agit de réduire les coûts sociaux globaux de ce poste comptable sur le dos des bénéficiaires individuels en enrobant le tout dans un pseudo discours égalitariste et sous de faux oripeaux universalistes pour faire passer l’amère pilule.

Chaque euro cotisé donnerait les mêmes « droits » à chacun : l’arnaque est bien entendu ici que chacun n’a pas le même nombre d’euros, et que donc ce mécanisme ne fera que renforcer et aggraver pendant la retraite les insupportables niveaux d’inégalités de la période dite active. L’explosion de la précarisation des emplois ne fera mécaniquement que plomber les « droits » disponibles en fin de parcours.

Mais tout cela n’est pas le plus grave : le scandale de la retraite est ailleurs. En effet celle-ci est présentée comme une sorte de « libération » ou de « récompense » alors qu’elle ne fait qu’aggraver et radicaliser tous les processus d’exclusion sociale déjà à l’œuvre dans la vie dite active. La mise sur la touche des « vieux », palpable pour les retraités, est cependant un processus qui commence très longtemps avant, et je serais tenté de dire dès le début de l’entrée dans le salariat (salariat standard ou auto-salariat au rabais dans ses diverses formes plus contemporaines). L’exclusion du retraité de la vie sociale n’est en fait que le revers pervers de la privation de vie sociale du salarié. Que les salariés partagent en commun cette privation ne peut pas vraiment être considéré positivement comme vie sociale…

Entre deux maux, sans doute vaut-il mieux être à la retraite qu’au boulot. C’est du moins mon avis – et ma situation. Mais la retraite n’est pas un « droit », c’est, ou ce devrait être vécu comme un infamant solde pour tout compte d’une vie spoliée. Le compte n’y sera jamais. La retraite ne compensera jamais le temps perdu, le temps volé, le temps détourné pendant les plus belles années de notre existence au service de la marchandisation de tout et de tous.

Accepter le principe de la retraite, c’est accepter le principe du découpage arbitraire de nos vies, c’est accepter que nous ne soyons pas maîtres de la dimension sociale de nos existences, c’est accepter ce marché de dupes selon lequel il y aurait une quelconque équité à échanger la sueur de nos meilleures années contre le temps sans véritables moyens de nos plus ou moins poussives, toussives, dernières années.

Le concept de « droit à la retraite » est aussi horripilant et crispant que celui de « droit au travail » : ces « droits » ne sont au final que des conventions qui institutionnalisent un rapport de force donné, et provisoire, entre les intérêts complémentaires des acteurs économiques. Discuter du caractère économiquement raisonnable et soutenable du montant des retraites, comme du montant des salaires, c’est nécessairement tresser la corde avec laquelle on sera pendu.

Ce qui est ici en cause ce n’est pas le montant les retraites ou des salaires, c’est le contenu de la vie que l’on accepte d’avoir en échange de ces montants, c’est le contenu de la vie auquel on renonce en échange de ces pauvres compensations. La question qu’il faut se poser est celle de savoir quelle vie est rendue impossible par l’existence du système des salaires et des retraites, du fait même de leur existence, et non pas de la plus ou moins grande faiblesse de leurs montants.

Derrière ce projet de réformes des retraites, par-delà son aspect comptable, ce qui est en cause c’est la tentative de créer un nouveau consensus politico-économique. Il s’agit d’acter dans les réformes institutionnelles en cours, dont celle des retraites, la fin idéologique des dites « trente glorieuses », fin idéologique qui n’est que le pendant de la disparition effective de l’organisation fordiste du travail qui avait atteint son apogée à cette période. Les derniers grands contingents de travailleurs qui ont encore connu cette époque viennent d’ailleurs ces derniers temps d’accéder à la retraite…

La perte d’influence des syndicats et des partis politiques, amorcée il y a une quarantaine d’année, débouche aujourd’hui sur un no man’s land historique qui met aux prises un capitalisme sans projet (le néo-libéralisme a sombré dans la crise de 2008), caractérisé par ses seuls soucis de rentabilité à très court terme, et un corps sociétal orphelin de tous ses repères passés. Ce serait à mon sens une très grave erreur d’opposer un capitalisme idéologiquement puissant à une société idéologiquement anémiée : les deux sont nécessairement de même niveau. C’est pour moi un impératif dialectique.

Le projet de retraite défendu par le pouvoir ne peut pas être fondamentalement attaqué sur des bases comptables, ni non plus en cherchant à réactiver l’esprit du CNR (Conseil Nationale de le Résistance) avec ses impératifs de solidarité et de partage entre générations, fondement du principe des retraites par répartition. : son socle sociologique et industriel a disparu pour l’essentiel.

Ce projet a pour ambition de faire bouger les lignes, dans la continuité des récentes « lois travail ». Il s’agit d’essayer de réorganiser la société en positivant la technocratie comme remède au vide politique. Ce projet nécessite donc de gommer toutes les références aux anciennes socialités collectivement vécues : d’où le remplacement du principe de solidarité issu d’un collectif partagé, par celui de droits abstraits économiques (1 euro cotisé etc.). L’enjeu semble bien être d’abord idéologique, puisque le gouvernement semble prêt à lâcher tout le lest nécessaire quant à son application dans le temps : s’il réussit à faire passer son principe, l’organisation de la disparition des solidarités anciennes, il est vrai que plus grand chose ne pressera vraiment à court terme.

L’enjeu du conflit qui s’annonce est pourtant important : non pas à travers la « défense des acquis sociaux » comme prétendent nous le servir une fois de plus les syndicats, mais plus fondamentalement par la définition active de la place souhaitable des humains dans ce monde déboussolé, place souhaitable de plus en plus visiblement en contradiction avec la défense des statu quo salariés. Même pour « sauvegarder » un minimum de ces anciens acquis à défaut de mieux, cela ne pourra se faire qu’en affolant le pouvoir en portant le dissensus social sur un autre terrain que celui de l’économie : celui du (non-)sens de la vie avant, pendant et en-dehors du travail, plutôt que sur le degré de préservation de la capacité de consommation des retraités après leur mise au rebut.

Nous sommes confrontés au paradoxe suivant : si le capitalisme ne peut survivre sans remettre en cause les statu quo salariés, la critique du capitalisme passe également par leur remise en question, mais bien entendu, nécessairement, sur d’autres bases.

Dans une vie digne d’être vécue, la notion de retraite ne devrait avoir aucun sens.

Louis – Colmar, le 2 décembre 2019

Appel à solidarité inculpés GJ de Narbonne

Solidarité avec les inculpés de Bessan et Narbonne

La coordination des Défenses Collectives du Languedoc appelle à organiser des événements de soutien aux inculpés de Bessan et de Narbonne partout en France et ailleurs.

Entre le 1er et le 19 décembre, les péages de Narbonne et de Bessan ont été incendiés plusieurs fois dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes. Les instructions liées à ces affaires sont en cours de clôture et les procès vont bientôt débutés pour des dizaines d’inculpés. Les frais de justice, d’avocats, les mandats aux détenus demandent énormément d’argent. Nous appelons donc à la plus grande solidarité financière et militante possible.

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Fin de semaine offensive à Gap

Ca a commencé jeudi matin avec une manifestation devant le Pôle Emploi de Gap, pour dénoncer la réforme du chômage et la baisse des allocations pour pas loin d’un million de personnes (voir l’appel ici). En plus de la baisse de leurs allocations, c’est aussi une baisse de leurs cotisations retraite que les chômeurs subissent !

Justement, l’après midi nous étions autour de 3000 dans les rues pour défendre les retraites et contrer le projet de Macron de niveller les retraites vers le bas. Une foule qu’on avait pas vue dans les rues de Gap depuis longtemps ! Quelques messages ont été peints sur les murs de la ville, qui le temps d’une journée ont porté un peu autre chose que la propagande du monde spectaculaire-marchand. Les baqueux ont voulu interpeller les décorateurs, qui ont bénéficié de la solidarité des manifestants pour remettre à leur place la police / milice du Capital, et ont pu s’esquiver en douce.

Le cortège s’est terminé devant la prefecture, où nous avons établi une occupation.

Nous avons tapissé la préfecture de paille et carton, dormi sur la paille (autant s’entraîner à ce que nous propose le Mac Rond), fait un Macron en carton (ce qui réchauffe quand il brûle). Tenir le feu est essentiel dans la froideur, il rassemble autour de soi.

La prefecture a été squattée par de la populace à la rue, barrée d’un immense slogan : Quand tout sera privé on sera privé de tout, le projet des boulimiques de la thunes qui nous mènent au chaos…

Le matin nous avons construit une cabane devant la pref’…

avant d’être délogés l’après-midi par les CRS.

Quelques messages ont aussi égayé la façade terne de la prefecture…

NE BAISSONS PAS LA GARDE !

RENDEZ VOUS LE 10 DECEMBRE A 14h POUR UNE NOUVELLE MANIF !

 

Le 5 décembre à Gap, chômeuses et chômeurs dans la partie !

Chômeuses et chômeurs en grève !

Saisonnières, chômeurs, intérimaires, précaires : agissons contre les réformes !

Des ronds entre les saisons ! À qui profite l’intérim ? Nous sommes quatre millions et on va pas se laisser faire !

Jeudi 5 décembre 2019 à Gap à 9h30

au Parc de la Pépinière (au kiosque)

pour discuter et partir déambuler !

Amène de quoi partager, faire du bruit et t’amuser !

« La meilleure façon d’abolir le chômage, c’est d’abolir le travail et l’argent qui lui sont associés. Supprimer le travail en le transformant en une activité utile, et se réapproprier la vie sont une seule et même chose »

On est là pour défendre nos allocations même si le chômage et la retraite, on n’y croit plus depuis longtemps. Mais nous croyons encore en la possibilité de bouleverser le monde et de prendre du pouvoir sur nos vies.

Pour un monde sans chômage, ni retraite !

Ah tiens, encore une réforme du chômage ! Nous voilà bien, il va falloir travailler plus pour gagner moins. Lorsque l’on est saisonnière, intérimaire, précaire : comment on va faire pour joindre les deux saisons ? Aux caisses des supermarchés, pardi ! Malheureusement pour nous, à Géant ils remplacent les humains par des machines, en feintant le code du travail.

Mais à quoi peut servir le chômage ?

Le chômage qui s’est développé massivement ces quatre dernières décennies avec quatre millions de personnes (si on prend les chiffres complets) ne peut pas être le résultat de personnes fainéantes ! Il est sans doutes nécessaire à la mise en concurrence des travailleuses.
Il doit aussi avoir un lien avec l’idéologie du toujours plus et de la technologie capitaliste. Parce que malgré tou-te-s ces fainéant-e-s, l’économie produit toujours plus !
Ceci pour au final détruire la Terre, quand ce n’est pas déjà fait par la guerre.

Il sert pour les travailleuses saisonnières, à garantir, un revenu entre les saisons, qui rend vivable les conditions de travail à 50 heures par semaine pour 1500€ par mois, avec le logement saisonnier à payer. Et pour les intérimaires à avoir des revenus entre deux missions. Intérim dont la souplesse et l’isolement des travailleuses arrange bien toutes sortes d’entreprises !

« Le chômage n’est pas le contraire du travail. C’est un moment du travail. »

Cette attaque contre le chômage, cache mal l’extension du domaine du contrôle économique sur nos vies. « Le problème du chômage est aussi bien celui du travail, et plus encore celui de l’emploi de la vie même ». Car lorsque nous ne travaillons pas pour un patron ou comme auto-entrepreneuses de nos vies, tout un monde s’ouvre à nous ! Des rêves, des désirs d’apprendre, de lire, de cultures vivrières, de faire vivre des espaces non-marchands, des espaces pour travailler des productions communes, de l’entraide, de la solidarité et de la résistance. En fait, si on regarde bien, ça ne fait pas si longtemps que notre vie est entièrement happée par l’argent.

Pourquoi la paysannerie a été détruite ? Combien de chômeuses, de RSAstes sont des paysannes sans terre ou en fermage ? Combien n’ont pas de qualifications, sont discriminé.e.s (parce que trop âgé.e, femmes, racisé.e.s) ? Avez-vous déjà essayer de vous faire financer une formation ? Faut être vraiment déterminé.e, sauf si c’est pour bosser à Disneyland ou poser des compteurs Linky ! Beaucoup de patrons pleurent : « y a personne qui veut bosser », mais combien paient une misère, exploitent leurs apprenti.e.s, tiennent des propos sexistes ou racistes à longueur de journée ?

Pourquoi est-il impossible de vivre chichement et dignement ? Parce que l’on est obligé de payer un loyer, de prendre des crédits, parce que ça fait longtemps qu’il n’y plus d’en-dehors à la société. Nous sommes toutes prisonnières de l’argent ! Celles et ceux, qui nous font croire qu’on va changer le monde « juste en se changeant soi-même », s’aveuglent ou sont bien privilégié.e.s.

Le chômage et le RSA servent bien à payer des loyers, à faire ses courses à Lidl, à faire tourner l’économie, à rendre acceptable le fait que l’on ne peut pas échapper au travail et à l’argent.

« La meilleure façon d’abolir le chômage, c’est d’abolir le travail et l’argent qui lui sont associés.
Supprimer le travail en le transformant en une activité utile, et se réapproprier la vie sont une seule et même chose »

On est là pour défendre nos allocations même si le chômage et la retraite, on n’y croit plus depuis longtemps. Mais nous croyons encore en la possibilité de bouleverser le monde et de prendre du pouvoir sur nos vies.

L’Etat monte le niveau d’un cran

A l’occasion du procès de trois camarades accusé.es de « menace sur les biens d’une personne représentante de l’autorité publique » pour avoir chanté un refrain,

nous tentons ici de recoller les morceaux et de proposer une synthèse.
 

L’été commence avec l’arrestation de deux maraudeurs à la PAF (police aux frontières). Lors de la GAV, une perquisition a été effectuée au domicile de l’un d’entre eux. Cette perquisition a été faite sans raisons tangibles et pour l instant aucune poursuite n a été engagée. C est l énième épisode de représailles policières contre les maraudeurs.

Le soir même, les flics, à Briançon, cherchent à s’introduire sur un terrain privé où quelques camarades dorment dans leurs camions. Très vite, les camarades comprennent qu’ils n’ont aucun mandat et les flics sont vivement invités à quitter les lieux. Suite à ça, une camarade est accusée d’outrage au tribunal. Elle a été jugée le 17 Septembre, et condamnée à 270 euros de préjudice moral et 1200 euros d amende et frais divers.

A la même période,, les convocations et les gardes à vue pour la manifestation du 20 février 2019 tombent et trois camarades sont arrêté.es avec un mandat de recherche. Les flics semblent davantage intéressés par l identité des organisateur.rices de la manifestation que par les faits : ils ont été jugés le jeudi 17 octobre et le procureur requiert 4 mois de prison avec sursis et 3000 euros d’amende pour préjudice moral. Rappelons que c est le slogan « Jérôme Boni, chef de la PAF, on va tout casser chez toi » qui motive cette requête.

L’une de ces trois camarades avait justement été arrêtée lors de la manifestation à Montgenèvre le 20 avril dernier (voir communiqué). Pour cette manif là par ailleurs quatre convocations et deux GAV ont eu lieu. Sont reprochés des faits de blocage, de dissimulation de visage et de résistance en réunion, mais il semble que flics cherchent plutôt des responsables : les interrogatoires portent (entre autre) sur les organisateurices de la manif et leurs motivations.
Le 2 octobre, s’est tenu le procès de K., un camarade accusé d’aide au passage illégal, parce qu’il aurait été arrêté en voiture en zone frontalière avec des personnes n ayant pas les bons papiers ; le procureur demande 4 mois de sursis. Le rendu du 23 octobre le condamne à deux mois avec sursis.

Le lendemain du rendu, c’est-à-dire le 24 Novembre, un autre solidaire, P., a été jugé pour les memes accusations : comme nous étion prêt à le parier, les requêtes sont sensiblement les mêmes, trois mois de prison avec sursis.

Le dernier épisode en date remonte au 27 septembre, lorsqu un camarade italien a été arrêté dans les vignes en France alors qu’il travaillait, puis emmené au poste de police. Il a été interrogé sur la manifestation du 22 septembre 2018 à Montgenèvre, à l’occasion du camping Passamontagna. Il est accuse d avoir participe a une manifestation non autorisee, et de faits de resistance. Etrange que pour si peu la police française de deplace pour le choper directement dans les vigne. La encore, les questions concernent les prétendues « organisateurices » de la journée. Il est évident que son identité a été transmise directement par la Digos italienne (département de police politique, genre RG-PSIG) aux flics français.

Il semblerait que cette coopération s affine et se structure de plus en plus, y compris en terme de logistique des refoulements à la frontière. Depuis quelques mois en effet, la police italienne vient chercher les personnes refoulées directement dans les bureaux de la PAF, du jamais vu dans le coin…

Au deuxième étage de la gendarmerie de Briançon se trouve le bureau dédié aux « questions frontalières ». Des affiches et des autocollants attribués au mouvement de lutte contre la frontière égaient les murs. On se croirait dans une enquete de meurtre à la 24 heure Chrono.

Il y aurait donc une instruction plus large en cours ? Peut-etre bien.

Il est certain néanmoins que tout ces événements font partie dune stratégie de harcélement visant à intimider et isoler, en somme mettre sous pression, les personnes solidaires qui agissent et s organisent dans la région.

Cette stratégie va de pair avec la logique de contrôle et de répression ciblées des personnes qui tentent chaque jour de franchir la frontière au col de Montgenèvre, refusant d accepter les conditions de vie dictées par les états que ces dispositifs policiers protègent et soutiennent.

Il ne s’agit ni de bloquer complètement les activités solidaires à la frontière, ni le passage des personnes, mais bien de créer des conditions dans lesquelles les premières paient toujours plus le prix de leur actions (et idéalement, s’épuisent), et les secondes sont systématiquement fichées, battues et harcelées, afin qu elles intériorisent quel est et quel sera, où qu elles aillent, le traitement qui leur sera réservé.
C est bien le même systeme qui les défini et les traite comme de l «humanité en excès», et qui par là, cherche à les effrayer et à les rendre à merci du capitalisme, en les maintenant sous menace constante grâce à des bouts de carton plastifié appelés « papiers ».

Essayons d’élargir un peu plus nos horizons. Au cours de l’année passée, l’Etat français a mis en œuvre une très forte répression à l’encontre du mouvement des Gilets Jaunes, forte aussi bien au niveau du nombre de personnes arrêtées et jugées que de la dureté des peines.

Ces événements ont contribué à reclarifier l objectif de la répression : sanctionner toute expression d opposition politique, tout en les récupérant dans ce qu elles ont de plus facilement désamorçable. C est la pratique de la dissociation qui permet de doser ce savant équilibre : elle consiste à séparer sur le plan médiatico-pénal les protestations considérées « démocratiques », et celle qui ne le sont pas.

Les espaces de dissonance toléré par cette démocratie tendent à se réduire comme peau de chagrin, et ces jours-ci, de simple slogans ou bien la participation à une manifestation non autorisée peuvent conduire devant les tribunaux. Rien de nouveau sous le soleil finalement : lorsque l état se sent menacé (ou trop puissant), il essaie de ressèrer les mailles du contrôle social et politique en tirant sur le fil de la « sécurité ».

L état français n a pas encore l expérience de l état italien en terme de montage pénal des fameuses « bandes organisées ». Mais il commence à faire ses gammes ( il suffit de s’intéresser à l’instruction en coeur sur « l’association de malfaiteur » à Bure, pour s’en rendre compte). De la même façon, il expérimente les nouveaux espaces légitime de répression qu’il s’est arrogé en promulguant les lois les plus récentes, telles que la loi casseur.

Les états montent d’un cran le niveau de la répression et du contrôle social.
De nouvelles lois anti-terrorisme, des accords pour les rapatriementavec toujours plus de pays, et des technologies de contrôle et d’identification toujours plus sophistiquées. Des caméra à reconnaissance facile, ADN, contrôles croisés de GPS et téléphones…

Les état montent le niveau d’un cran.
Il ne s’agit pas de le faire baisser, mais bien de faire exploser le baromètre. Enfin, disons que c’est l’idée …

Silence radio

Le 21 décembre 2018, Escota, l’exploitant de l’A51 reçoit « un appel téléphonique anonyme menaçant – sous condition de gratuité – de « rendre aveugle » le réseau autoroutier et ses dispositifs de sécurité, dans les Alpes de Haute-Provence (04) ».

En janvier et février 2019, des sabotages de fibre optique ont lieu sur le même autoroute à hauteur de Manosque et de Corbières. Quatre premières personnes – désignées par la presse/flics comme gilets jaunes – sont arrêté-es le 24 avril dans le cadre de l’instruction qui met en lien ces faits avec une série d’autres sabotages ayant visé les réseaux de fibre optique, de téléphonie et d’énergie. Inculpé-es pour « association de malfaiteurs », trois d’entre ell-eux sont mises en détention provisoire, tandis qu’une quatrième est placée sous contrôle judiciaire. Mi-juin, deux autres personnes « se revendiquant gilets jaunes » (selon la presse) sont envoyées en détention provisoire dans le cadre de la même instruction. Tous deux seraient également accusés de l’appel anonyme et des sabotages ayant touché l’A51 en janvier et février, ainsi que de l’incendie d’une antenne-relais à Villemus au mois de février.

Coupables ou innocent-e-s peu importe : dans une société où se battre pour la liberté est un crime, ces termes nous semblent bien creux et peu pertinents. Coupables, de quoi ? D’essayer d’échapper à l’ennui d’un quotidien mortifère ? De se dépêtrer du filet d’un social carcéral ? De faire des accrocs dans la routine de la marchandise et de l’économie ? Quoiqu’il en soit ces actes de révolte nous réjouissent. Nous nous sentons solidaires des attaques de ce type qui fleurissent un peu partout, en France comme ailleurs.

Pour n’en citer que quelques-unes dans le sud :

– des réseaux internet d’Orange sont mis à mal par une série de sabotages dans la région d’Alès, notamment par endommagement des câbles de fibre optique sur une dizaine de communes autour de Saint-Ambroix (Gard).
– pour la quatorzième fois en deux ans et demi, une coupure « malveillante » de réseau a lieu mi-juin sur la commune de Saint-Jean-de-Valériscle (Gard).
– quelques jours auparavant c’est l’antenne de mesure et d’études en vue d’une implantation d’éoliennes située sur la commune de Felluns dans les Pyrénées-Orientales qui était abattue, provoquant un préjudice financier d’environ 100 000 euros.
– dans la nuit de lundi à mardi 11 juin, dix véhicules ont été incendiés sur le parking privé du siège de la direction régionale d’Enedis à Albi (Tarn), dans le parc d’activités Innoprod.
– Ces derniers mois la presse a mentionné une bonne dizaine d’incendies de relais tdf et de téléphonie sur l’ensemble du territoire, dont celle de St Germain de Montaigu (Gard) dans la nuit du 1er mai.

Alors que les hostilités se multiplient, l’État et ses serviteurs ne manquent pas de répondre par la répression. Contre l’isolement et la machine policière, judiciaire et carcérale, que vive la solidarité ! Pour la multiplication des attaques contre ce monde qui enferme, écrase et domine !

Crève l’État et ses défenseur-euse-s !

Affiche à télécharger ici

Communiqué du collectif des travailleurs sociaux du 05

Nous, travailleurs du social et du médico-social des Hautes Alpes dénonçons la marchandisation du travail social :

  • réduction des budgets de l’action sociale
  • techniques de management basées sur le contrôle au détriment de l’humain
  • informatisation accrue qui nous éloigne de notre cœur de métier : la relation.

Ces réalités sont enrobées dans des discours lénifiants comme « la solidarité en action », « l’usager au coeur du dispositif » ou dans des termes vidés de sens comme « inclusion » ou « bonnes pratiques ».

La mutualisation des moyens et l’uniformisation des pratiques sont des leitmotivs de nos employeurs et de nos financeurs respectifs, qui cachent en réalité des coupes budgetaires drastiques.

L’informatisation complexe de toutes les démarches administratives éloignent les plus fragiles de l’accès à leur droits.

Les personnes sont rendues responsables et coupables de leurs situations, ainsi les politiques trouvent un prétexte pour se désengager de leurs responsabilités.

Partant de ces constats nous nous sommes constitués en collectif pour :
– échanger
– diffuser nos constats
– décloisonner, penser collectif
– penser nos interventions et nos métiers
– défendre les droits des usagers
– se mobiliser

Travailleuses et travailleurs sociaux et médico-sociaux, rejoignez-nous en envoyant un mail à cette adresse : collectiftravailleursociaux05@lists.riseup.net

Nous nous retrouvons un lundi par mois à 18h à Gap

Le collectif des travailleurs sociaux 05

Des Gilets Jaunes des Hautes-Alpes emprisonné.e.s à Montpellier

Quelques articles repris de-ci, de là nous permettent d’en savoir plus.

Liberté pour tou.te.s !

 

 

Le Daubé le 13/06/2019

Deux gilets jaunes haut-alpins écroués dans l’Hérault

Un appel aux dons a été lancé sur les réseaux sociaux après que deux Haut-Alpins, dont l’une est fer de lance des gilets jaunes à Gap, ont été placés en détention pour purger une peine de trois mois de prison ferme.

https://www.ledauphine.com/hautes-alpes/2019/06/13/deux-gilets-jaunes-haut-alpins-ecroues-dans-l-herault-apres-l-acte-xxx

 

 

Le Poing le 12/06/2019

Montpellier : la juge Boussaguet surpasse le procureur et envoie 4 gilets jaunes en prison

Après les brutalités policières, l’arbitraire judiciaire. Le tribunal de grande instance de Montpellier a fait preuve ce mardi d’une extrême sévérité à l’égard des six gilets jaunes présentés en comparution immédiate. Malgré des accusations bancales, quatre d’entre eux sont partis en prison à l’issue de l’audience, un autre a pris du sursis et un autre a été libéré sous contrôle judiciaire. La juge Geneviève Boussaguet a été au-delà des réquisitions du procureur et ne s’est pas vraiment intéressé au droit. Le Poing fait le point.

Des prévenus maltraités et sévèrement condamnés

Conformément aux consignes du gouvernement, les policiers sont allés au contact samedi dernier à Montpellier lors de l’acte 30 des gilets jaunes. De nombreux manifestants ont été blessés, et les autorités parlent de dix-neuf personnes interpellées et placées en garde à vue. Six personnes auraient été relâchées de la garde à vue, et treize autres auraient été déférées lundi pour passer devant le juge des libertés et de la détention.
Sur ces treize, sept ont été libérées lundi avec des contrôles judiciaires stricts, comprenant notamment des interdictions de paraître à Montpellier, et des convocations ultérieures au tribunal pour des procès qui auront lieu cet été. Parmi eux figurent Dylan, éborgné le 1er mai à Montpellier par une grenade de désencerclement, et Casti, éborgné par un lanceur de balles de défense en 2012. Parmi ces sept personnes, certaines présentaient des marques de blessures causées par les policiers lors de l’interpellation : l’un boitait, un autre avait un œil au beurre noir, et un autre, qui n’a pas pu prendre ses médicaments lors de sa garde à vue, souffrait d’une contusion à l’épaule.
Six autres ont été placés en détention provisoire et sont passés mardi en comparution immédiate. Après deux jours de garde à vue et une nuit en détention provisoire, ils avaient tous l’air exténués et une gilet jaune, violentée lors de son interpellation, est arrivée en béquille et ne parvenait pas à se lever pendant l’audience. Ces stigmates n’ont visiblement pas ému la juge Boussaguet, qui a prononcé deux condamnations à trois mois de prison ferme avec mandat de dépôt plus trois mois de sursis et une condamnation à huit mois de prison avec sursis pour les trois qui n’ont pas demandé de délai lors de l’audience, et deux détentions préventives et une libération sous contrôle judiciaire pour les trois autres qui ont réclamé un report (les procès se tiendront cet été). Ces peines sont supérieures à celles requises par le procureur Tixier, qui avait réclamé un mandat de dépôt, et non quatre. On notera d’ailleurs que pour l’une des deux personnes envoyées en détention provisoire, le procureur avait requis, en vain, une libération sous contrôle judiciaire pour « des raisons de santé ».

Le Pressoir le 11/06/2019

Gilets Jaunes interpellé·e·s à Montpellier lors de l’Acte 30 : 4 détentions provisoire et 7 libération sous contrôle judiciaire

Ce samedi 8 juin à Montpellier, lors de l’acte 30 des gilets jaunes, une vingtaine de personnes ont été interpellées et placées en garde à vue.

Lu sur la page facebook de l’assemblée générale de Montpellier contre les violences d’état – commission juridique gilets Jaunes de Montpellier.

Ce samedi 8 juin à Montpellier, lors de l’acte 30 des gilets jaunes, une vingtaine de personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, dont Dylan, éborgné par la police le 13 mai dernier, et Casti, éborgné par la police en 2012. Certaines personnes ont été libérées du commissariat (avec ou sans convocation ultérieure au tribunal, nous ne le savons pas), et d’autres ont été déférées ce lundi 10 juin au tribunal de grande instance (TGI) de Montpellier pour passer devant le Juge des Libertés et de la Détention, qui en a placé quatre en détention provisoire en attendant les procès en comparution immédiate qui auront lieu ce mardi 11 juin à 14h au TGI. Nous appelons à cette occasion à se rassembler ce mardi à 13h30 devant les grilles du TGI (place Pierre Flotte) pour soutenir les prévenus.

Le détail :

  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 15 juillet au TGI pour des accusations de participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier, de détenir une arme et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 15 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Une libérée sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 22 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraitre sur Montpellier, de détenir une arme et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 5 août à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraître sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 19 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de tentative de “feu de poubelle”.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (interdiction de paraître sur Montpellier et pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 19 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de tentative de “feu de poubelle”.
  • Un libéré sous contrôle judiciaire (pointage hebdomadaire au commissariat) en attendant son procès le 29 juillet à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations.
  • Une placée en détention provisoire à Nîmes en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.
  • Une placée en détention provisoire à Nîmes en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier

 

  • Un placé en détention provisoire à Villeneuve-lès-Maguelone en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier pour des accusations de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique et participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations.

 

  • Un placé en détention provisoire à Villeneuve-lès-Maguelone en attendant son procès en comparution immédiate ce mardi 11 juin à 14h au TGI de Montpellier.

https://lepressoir-info.org/spip.php?article1490

ÉLECTIONS : NE VOTE PLUS, PRÉPARE LA RÉVOLTE

– « Celui qui donne sa voix n’a plus rien à dire » –

(Un post de Nantes Révoltée)

La campagne pour les élections européennes est officiellement lancée depuis deux jours. Le 26 mai, dans un contexte de révolte sociale inédite, tout le monde sera invité à aller s’enfermer dans un isoloir et à glisser un morceau de papier dans une urne. Quelques éléments de réflexions :

- Les grands médias ont déjà choisi leurs grands favoris : en couverture des magazines, deux partis sont mis en avant. En Marche, et sa candidate issue de l’extrême droite, et le Rassemblement National, et son candidat d’extrême droite. C’est un duo, mis en scène par le pouvoir. Vous l’avez compris, plutôt que d’écouter les revendications sociales qui s’expriment depuis des mois, les médias du pouvoir tentent de rejouer la finale de 2017. Mais depuis 2 ans, le gouvernement Macron, élu uniquement pour faire « barrage » à Le Pen, a appliqué méthodiquement les idées de l’extrême droite : manifestants mutilés, journalistes arrêtés, casse sociale sans précédent, lois racistes, propos insultants …

- En réalité, l’extrême droite et le Régime en place se nourrissent l’un l’autre : Le Pen a permis à Macron d’accéder au pouvoir, et l’extrême droite tente aujourd’hui de capitaliser sur le rejet de Macron. Mais les deux partis n’ont pas de différences fondamentales : ils sont tous deux au service des plus riches. Le Pen est une héritière millionnaire, qui tient des propos xénophobes pour opposer les français aux étrangers, en évitant de s’attaquer aux riches, les vrais responsables des souffrances. On entend parfois dire qu’il faudrait faire « barrage » à Macron de la même manière qu’il y a deux ans, il fallait faire « barrage » à l’extrême droite. Il s’agit dans les deux cas de chantage électoral : refusons tous les chantages.

- La dernière fois qu’un vote concernant l’Europe a été décisif, c’était un référendum. Celui de 2005 : pour ou contre la Constitution Européenne, et ses orientations ultra-libérales. A l’époque, les éditorialistes avaient mené une intense campagne en faveur du « oui », alors que les partisans du « non » étaient traités de populistes, de factieux, d’irresponsables … Ça ne vous rappelle rien ? A l’époque, la participation avait été massive, et le « non » l’avait emporté largement. Quelques mois plus tard, Sarkozy et ses amis avaient piétiné le suffrage, en imposant, contre le choix des urnes, le Traité de Lisbonne. Une démocratie à géométrie variable. Une nouvelle preuve que le vote ne change rien sans un rapport de force.

- Aucun des grands partis ne prend au sérieux la question des violences d’Etat. Alors que les exactions commises par la police se sont généralisées, et que nous vivons la plus grande vague de répression depuis la Guerre d’Algérie, c’est l’omerta dans la classe politique. Pour cause : l’extrême droite a toujours soutenu les forces de l’ordre, et réclame même une répression plus violente encore. Le parti de Macron est sur la même ligne. A gauche, c’est un silence gêné. Des dizaines de personnes ont été défigurées dans les manifestations, des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées, la population des quartiers populaires subit depuis des décennies ces mêmes violences, la police est un corps au dessus les lois. Une situation alarmante : la classe politique dans sa globalité en est responsable.

- Aucune grande avancée sociale n’a été obtenue par le vote. Toutes les conquêtes sociales ont été arrachées de haute lutte, par des grèves, des blocages, des mobilisations, de 1936 à 1968, de la sécurité sociale aux augmentations de salaires. Alors il n’y a rien à attendre d’élections européennes jouées d’avance. Voter ou pas ne change rien, reprenons nos vies en main.

- « Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre » entend-t-on souvent. C’est exactement l’inverse : aller voter signifie accepter les règles du jeu. Accepter le ou les futurs gagnants. S’abstenir au contraire, c’est refuser de désigner ses maîtres. Il est donc plus logique de contester les règles d’un jeu auquel on n’a pas participé. Même si la lutte et le vote ne sont pas nécessairement incompatibles.

- Quoiqu’il en soit, l’abstention sera massive. Moins d’un français sur deux inscrit sur les listes électorales ira voter. La grande majorité de la jeunesse boycottera les urnes. Le résultat sera donc illégitime, comme l’a été la victoire de Macron. Un tel niveau d’abstention sera le signe d’un désaveu général pour les politiciens, alors qu’on ne s’est pourtant jamais autant intéressée aux questions sociales et politiques.

Mais la politique ne se joue pas dans un isoloir. Elle s’écrit dans les rues, sur les ronds points, dans les assemblées. Le parti utile, c’est la lutte !

Appel à soutien procès gilet jaune à Toulouse le 17 mai : déjà 3 mois de détention provisoire pour un dossier vide !

Depuis plus de six mois, les manifestations des gilets jaunes commencent bien avant l’heure de rendez-vous : contrôles d’identité, arrestations préventives, communication anxiogène et arrêtés municipaux préparent leurs terrains répressifs.

C’est d’ailleurs le cas le 2 février, le jour de l’acte XII, R. se fait contrôler près du lieu de manifestation à Toulouse : peu importe l’intention d’y aller ou non, l’arrêté préfectoral autorise contrôles et fouilles dans le périmètre. R. finit en garde à vue puis en prison pour “association de malfaiteurs”. Il est depuis maintenu en détention provisoire depuis bientôt quatre mois.

Ici la justice ne s’embarrasse pas de faits ou d’associé·e·s : les éléments à charge sont quelques clés en sa possession : allen, ptt et torx ainsi qu’une appartenance supposée à la mouvance anarchiste et/ou “ultragauche”. On comprend alors que c’est grossièrement l’ensemble des évènements des derniers mois qu’ils essaient de lui imputer : flics, procs et juges ont ici un bouc-émissaire idéal.

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Détention provisoire pour trois personnes accusées de sabotages des artères du capital et de l’Etat – 26 avril 2019

On apprend par les journaux que quatre personnes se revendiquant des gilets jaunes viennent d’être arrêtées dans les Alpes-de-Haute-Provence mercredi 24 avril pour ces faits et d’autres encore commis dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Vaucluse et l’Aveyron contre des infrastructures d’énergie ou de téléphonie (qui n’étaient pas sortis dans la presse, dont un incendie d’antenne-relais à Villemus, le 6 février 2019). Trois ont été placées en détention préventive vendredi 26 avril.

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Une analyse de la démocratie directe suisse

A l’heure où une partie des revendications des gilets jaunes porte sur la démocratie directe, avec notamment la proposition d’instaurer le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), il est intéressant de voir quels effets elle peut avoir chez nos voisins — notamment en matière de pacification des luttes sociales.
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Qui sont les « casseurs » ?

Alors que la colère sociale gronde, le gouvernement n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu en annonçant, par la voix d’Agnès Buzyn, la possibilité d’augmenter encore l’âge de départ à la retraite — encore une promesse de Macron qui passe à la trappe… Le rapport de force semble d’autant plus nécessaire face à tant de mépris, contrairement à ce qu’essaient d’instiller les journaflics qui servent de courroie de transmission à l’Etat en entretenant la distinction entre « gentils manifestants » et « casseurs ». Nous publions un texte du collectif Cerveaux Non Disponibles suite à la journée du 16 mars.

Lettre aux gentils de la République

C’est fait : le 16 mars restera gravé dans les dates importantes du mouvement social des Gilets Jaunes.

Face à la violence des réactions politiques, médiatiques et économiques, il convient de se dire les choses clairement, sans hypocrisie.

Commençons par du factuel : c’est vrai, de nombreux GJ sont venus à Paris pour cet acte 18 dans l’optique de déborder le système et de mettre à mal la gestion de « l’ordre public ». Ils n’étaient peut-être pas majoritaires mais ils étaient assez nombreux et déterminés pour parvenir à des résultats. Ces milliers de GJ n’avaient pas tous une tactique de black bloc. Il y avait de nombreux GJ de la première heure, munis simplement de leur gilet, de masque et de lunettes de protection. Il y avait également quelques manifestants en bloc, qu’ils soient en kway noir et/ou en gilet jaune.

Surtout, tous les manifestants étaient totalement partie prenante de la manif du jour. Aucune scission n’est jamais apparue entre groupes de « gentils GJ » et « méchants casseurs ». La très grande majorité des manifestants présents soutenait ou, a minima, acceptait les actions offensives, sans forcément vouloir faire pareil.

Plusieurs vidéos montrent qu’au niveau de la place de l’Étoile, en milieu de matinée, l’arrivée d’un bloc d’une trentaine de manifestants a été accueillie par une haie d’honneur et des applaudissements.

Alors oui, cela vous choque et vous dérange peut-être. Mais c’est la réalité de la France de 2019 : des dizaines de milliers de citoyens acceptent aujourd’hui que la lutte se fasse de façon offensive. Vous pouvez leur jeter le discrédit, les traiter de casseurs, de complices, de beaufs ou de racistes. Vous pouvez tenter de leur ôter toute humanité.

Mais la réalité est tout autre : ce n’est pas par plaisir que ces personnes acceptent (et/ou encouragent) les actions violentes. C’est par nécessité. Ce n’est pas pour la violence en elle-même mais pour ses conséquences dans la lutte sociale. Des conséquences, forcément incertaines et parfois dangereuses, mais qui constituent un horizon plus positif que le statut quo social actuel.

Sincèrement, au fond de vous-même, ne voyez-vous pas que c’est en raison de ces débordements que l’acte 18 a eu un retentissement très important dans le monde politique et médiatique ? Que le même nombre de manifestants dans un cortège déclaré où il ne se serait « rien passé » aurait été totalement nié et méprisé par ces mêmes politiques et médias ?

Ce ne sont pas les GJ qui ne comprennent que la langue de la violence et du rapport de force, c’est tout le système actuel. Dans cette société où il faut être le plus féroce et le plus puissant possible, comment pourrait-on espérer changer la donne en restant faible et docile ?

Les médias de masse ne s’intéressent au mouvement que lorsqu’il leur offre des images « sensationnelles » pour faire de l’audimat. Deux jours avant l’acte 18, se tenait à la bourse du travail une rencontre entre des figures du mouvement et des intellectuels. La Bourse était pleine à craquer et des centaines de personnes sont restées à l’extérieur. Pourquoi ne pas avoir parlé de cette initiative constructive et apaisée ? Pourquoi, depuis plusieurs semaines, des milliers de GJ se rassemblent-ils dans les villes sans que cela n’intéresse plus les médias ? Parce qu’il n’y a plus rien à « vendre » aux téléspectateurs.

Du côté des politiques, en 17 semaines, la seule période où le pouvoir a semblé faire des concessions fut lors des actes les plus violents de fin novembre et début décembre. Là, comme par hasard, après presque deux mois pendant lesquels le pouvoir a totalement méprisé la question sociale et les Gilets Jaunes, Macron écourte ses vacances pour reprendre les choses en main. Nous savons qu’il ne prendra pas les questions sociales à bras le corps et qu’il abordera la question des GJ par son seul prisme de la violence. Mais au moins, la question revient sur la table.

Soyons lucides : le pouvoir politique se contrefout des raisons profondes de la colère de son peuple. Ce qui l’intéresse, c’est de calmer cette colère, pour sa propre tranquillité et celle de tous les puissants.

Macron affirme que les personnes présentes hier sur les Champs veulent « détruire la République ». Parce que la République, c’est le Fouquet’s ? Cartier ? Les Banques ?

Ce gouvernement, tout comme les précédents, dénigra des millions de citoyens, les laisse tomber dans une précarité de plus en plus insupportable, alors même que les milliardaires continuent de devenir de plus en plus riches. Depuis 4 mois que les Gilets Jaunes se battent, combien de personnes ont été mises au chômage pour que leur entreprise fasse plus de profits ? Combien de retraités sont tombés encore plus dans la précarité ? Combien de malades n’ont pas pu bénéficier des soins nécessaires faute de moyens ?

Combien de morts cette politique libérale a-t-elle engendrés en quatre mois de lutte ? Le chiffre est impossible à connaitre mais il est évident qu’il est colossal.

L’ultra-libéralisme tue, blesse, détruit des vies et des familles. Il ne s’agit pas de « grandes paroles » pour faire de la poudre de perlimpinpin. C’est totalement factuel. Et de nombreux gilets jaunes de campagne ou de banlieue le savent très bien puisqu’ils le vivent quotidiennement.

Alors, si vous estimez que les citoyens qui détruisent une banque ou construisent une barricade sont des ennemis de la République, mais que ceux qui licencient et s’enrichissent sur la misère de ces même citoyens sont les amis de la République, voire leurs protecteurs, nous avons en effet une vision totalement différente de ce que doit être la République.

Si la violence d’une boutique de luxe ravagée vous dérange bien plus que des personnes qui meurent ou qui sombrent dans la misère, alors oui, nous ne parlons pas le même langage.

Votre morale à œillères n’est pas celle qui nous habite. Car être moral de façon sélective, c’est être immoral. Vous êtes immoraux. Et vous pourrez traiter les GJ d’ennemis de la République, ils resteront bien plus moraux et bien plus proches des valeurs de la République que vous.

Arrêtez de vous offusquer de la violence d’un mouvement social lorsque vous le niez et l’ignorez totalement, sauf en cas de violence.

A ce moment-là seulement, nous pourrons discuter de moralité.

Texte trouvé sur le site paris-luttes.info

Les loups dans la bergerie

Banalités de base sur la révolte en cours

Nous sommes ce que nous faisons

La seule façon de définir une révolte, qui ne dispose pas d’une théorie préalable partagée par l’ensemble de ses participants, est de s’en tenir à ses pratiques. C’est une méthode qui s’oppose à celle de tous les commentateurs extérieurs qui s’imaginent encore que la pensée consciente, c’est-à-dire individuelle, prime sur les actes. L’essence de la révolte des gilets jaunes, sans leaders et autoconvoquée à l’origine via les réseaux sociaux, réside dans l’ensemble des pratiques collectives de tous ceux qui y ont participé sans se connaître préalablement. Par leur nouveauté, leur radicalité, leur ubiquité et leur unité, elles forment déjà un discours. Elles définissent un parti pris parce qu’elles rompent avec l’ordre des choses, avec la résignation et la soumission ordinaires. Rupture en deçà de laquelle il n’y a rien que le retour inexorable du même. La critique en actes reconnaît la part d’inconnu qu’elle contient, la traduction théorique qui lui manque encore, et le possible qu’elle ne peut fermer prématurément. Une telle rencontre, basée sur l’insatisfaction, progresse à ce rythme, dans son rapport de force avec tous les pouvoirs en place et par les perspectives nouvelles qu’elle ouvre. Sa négativité est féconde.

 

Fin des mouvements sociaux

Quoi de plus scandaleux que la révolte des gueux ?

Le tour offensif qu’a pris la contestation depuis la fin du mois de novembre constitue la nouveauté principale en France. Blocages, émeutes, destructions de péages, attaques de bâtiments publics et gouvernementaux, affrontements avec la police, agressions publiques d’élus et de journalistes : nous ne sommes pas dans un énième mouvement social aux motifs défensifs et réactifs, mais dans la forme moderne de la révolte. Ces pratiques inaugurales ne sont pas le fait de casseurs ou d’ultras, contrairement à ce que le matraquage médiatique et gouvernemental tente de faire croire, mais celui des acteurs principaux du soulèvement. En parler autrement et propager ces anathèmes consiste à trahir tous ceux qui, plus courageux que d’autres, en payent aujourd’hui le prix en prison. Le pouvoir a bien compris le danger d’un tel basculement, au point d’utiliser des moyens exceptionnels pour l’éradiquer ; on a pu vérifier à cette occasion le mensonge sur l’Etat de droit s’assumant en l’espace de quelques semaines comme un Etat autoritaire. La guerre qui s’est instaurée, siège des antagonismes fondamentaux, ne laisse place à aucune négociation, réforme ou compromis possibles. Un cap a été franchi à l’automne 2018 avec la sortie de tous les chantages, dont en premier lieu celui à la catastrophe écologique. A la différence de mobilisations antérieures, la révolte dont il est ici question contient un enjeu historique. Attaquer pour ne plus subir s’y est imposé comme une nécessité.

 

L’illégalité assumée

Il n’y a pas de révolte légale

Durant sa phase ascendante, c’est-à-dire jusqu’au 1er décembre inclus, nul ne se souciait de la légalité des actions entreprises dans le cours de la révolte, chacun sachant bien alors que l’on ne transforme pas les conditions existantes en respectant des lois édictées pour leur conservation. Paralyser la circulation, ne pas déclarer une manifestation, y participer dans ce cas, occuper l’espace public sans autorisation, y porter un masque de chantier ou des lunettes de piscine, taper dans un bouclier de CRS, tout cela est puni par la loi. Jamais dans l’histoire ceux qui l’ont faite, aux prises avec toutes les forces organisées et unifiées de la conservation, ne se sont posé la question du respect de la loi. L’histoire n’est ni le domaine de la morale ni celui du droit, les temps d’obéissance y sont ses pages blanches. L’émeute parisienne du 1er décembre a été le point culminant de cette négativité où personne n’entendait déplorer les dégâts qu’elle causait dans les quartiers les plus riches de France. Sans ces heures d’émeute, nous n’en serions pas là. Les mesures d’exception prises en urgence pour accentuer la répression nous montrent, s’il en était besoin, qui détient l’arme de la loi et pour quel but.

 

Refus des encadrements

Ni Macron, ni Mélenchon, ni Le Pen ni personne

La décomposition de la classe politique, du pouvoir séparé, et celle de l’encadrement syndical  du défunt mouvement ouvrier, est arrivée en phase terminale. La révolte des gilets jaunes a acté cette décomposition. Le néo-monarque Macron, qui gouverne par ordonnances, n’a pas fait ce vide, il est le résultat transitoire de ce vide. Le système représentatif produit des spécialistes, des professionnels d’une comédie stérile conduisant à l’usurpation systématique du pouvoir. La plupart des pauvres n’en étaient pas dupes avant, mais une partie d’entre eux agit désormais en conséquence suivant des constats qui ne peuvent plus être occultés : l’Etat libéral dit la vérité de l’Etat, il est au seul service de la marchandise ; les syndicats ne sont qu’un rouage du pouvoir, dernier recours pour éteindre tout mouvement social conséquent ; les partis politiques, confinés à l’impuissance perpétuelle, sont périmés par une révolte qui a su si bien transcender les divisions et catégories préexistantes : leurs « logiciels » comme leurs conditions mêmes d’existence sont obsolètes.

 

Refus de la représentation

On veut pas plus de SO que de Jacline Mouraud

Une telle lucidité a mené au rejet systématique de toute forme de représentation de l’ensemble des gilets jaunes. Toute parole qui prétendrait s’exprimer au nom de cet ensemble est une usurpation.  Les « figures » encore tolérées du mouvement ne sont que des relais qui ont survécu en sachant, pour l’instant, rester à leur place et ne jamais se risquer à cette prétention quand tous ceux qui voulaient capitaliser pour leurs propres intérêts ont été systématiquement et dûment expurgés. Nous connaissons le résultat de l’appropriation privative du pouvoir. Qui veut encore de sa personnalisation ? Elle appartient au passé.

 

Refus de la négociation avec le pouvoir

11 morts, 1 900 blessés, on débat pas, tu dégages

La radicalité du mouvement sur les ronds-points et dans la rue, associée à ce rejet de toute forme de hiérarchie et de porte-parolat, nous a préservés d’une prise de langue avec le pouvoir qui, sourd jusque-là, ne demandait que ça une fois mis sur la sellette. Il est évident qu’après la répression qu’il a menée, la calomnie qu’il a déversée, la division qu’il a distillée, il serait insensé et indigne de s’asseoir à sa table. L’Etat a du sang sur les mains et se vautre dans une arrogante impunité, son chef poussant l’ignominie jusqu’à nier devant son homologue égyptien la mort directe d’une femme tuée par sa police dans le cadre de la répression. Qui dialogue avec un tel pouvoir, après les éborgnements et mutilations en série,  s’en fait immédiatement le complice. Il ne peut y avoir de retour en arrière.

 

Le rôle des revendications

Les miettes, c’est pour les pigeons

Tous les récupérateurs potentiels ont cru voir dans la multitude des revendications, émises au fil des semaines, le travestissement possible de la révolte en mouvement revendicatif, sans comprendre en quoi leur rôle principal est de recenser, de faire connaître et de mettre en commun les raisons de la colère. Il n’a jamais été question depuis décembre de réclamer quelques miettes à Macron, la principale et unanime revendication exigeant son départ, lui dont la politique et le programme antisocial s’opposent en tous points à l’ensemble de ces constats critiques sur l’augmentation de tous les prix, l’accroissement corollaire des restrictions et des contrôles, le démantèlement accéléré des vestiges du « service public », les faveurs accordées aux plus riches. S’imposant dans un moment de reflux de la révolte, le désormais célèbre RIC a représenté une sorte de compromis consensuel entre l’exigence minimale portée par la radicalité de la rue et le souci inquiet de proposer une réforme étatique raisonnable. Reprise depuis comme une formule magique, cette proposition de modifications des institutions, plus ou moins profondes suivant les versions, a l’inconvénient de poser les limites de la révolte dans une traduction prématurée de ses buts qui relègue ses acteurs principaux actuels, ce sujet collectif nouveau, à un rôle in fine consultatif. S’il évoque une saine intervention de la majorité dans le contrôle du pouvoir, ce plafond de verre théorique tend surtout une perche à tous les partisans d’une résolution du conflit social par une réforme de surface telle que le « grand débat » la prépare. L’insertion dans le cadre pragmatico-rationnel de tous les gestionnaires à partir de leur postulat autoritaire sur la réalité est un tombeau. La réalité est à faire et non plus à subir comme un donné. Il suffit de constater l’état du monde pour juger de la vertueuse rationalité économiste brandie par tous ceux qui en font un argument d’autorité à la seule fin de maintenir le statu quo.

 

La critique de l’information dominante

Journalistes, vous avez toléré trop de choses pour être tolérés

La même clairvoyance s’est manifestée à propos des médias dominants auxquels, dès les premières semaines, les gilets jaunes se sont montrés hostiles. Il est aujourd’hui partagé par une grande partie de ceux qui subissent son monologue permanent que l’information dominante travaille à la conservation de la société en place et prend systématiquement parti contre ce qui en menace la continuation paisible. Il n’est plus toléré qu’une petite caste, sans aucune légitimité, parle à la place des autres, encore moins quand cette caste est tenue par une poignée de milliardaires, et qu’elle se montre l’ennemi le plus direct de la révolte depuis plusieurs semaines, par la calomnie la plus grossière, par le mensonge sur les effectifs des manifestations, par son travail d’auxiliaire de police. Elle, qui se flatte encore de sa liberté d’expression, s’est révélée comme la plus caricaturale des presses aux ordres. Elle n’est plus que le porte-voix du gouvernement. Avec les moyens nouveaux à notre disposition, nous n’avons pas besoin des « médias », qu’ils soient au service de l’Etat français, en roue libre pour leur propre compte, ou pilotés de l’étranger pour des intérêts qui nous sont tout aussi hostiles.

 

L’auto-organisation

Un peuple qui vit ne rond-point

L’ensemble de ces refus traduisent un même sentiment chez ceux qui font la révolte, celui de la dépossession permanente. S’est ancrée pour chacun la conviction scandaleuse de n’être pas maître de l’emploi de sa vie. D’une contestation sur les difficultés mêmes de survivre, conséquence ultime de cette dépossession, la puissance collective qui s’est déployée a commencé de poser la question de ses causes fondamentales. Le cours commun de la séparation s’est brisé, d’abord sur les lieux de blocage en petits groupes locaux, ensuite dans les manifestations offensives et sauvages où ces groupes locaux ont vu concrètement leur effectif, leur unité, à l’échelle de tout le pays, et la force qu’ils constituaient. La rupture enjouée du quotidien vécu jusque-là dans l’isolement et la prise festive de l’espace ont été le premier pas d’une appropriation collective de l’existant, puisque de possession véritable nous n’avons jamais eue. La richesse de cette expérience ne peut mieux se mesurer que dans son terrible contraste avec la désespérante survivance de la résignation qui la cerne encore. L’ordinaire de la servitude n’a jamais paru si misérable.

 

Les assemblées

On débattra quand on vous aura tous virés

Aucun groupe local sur les ronds-points n’a eu besoin d’experts en conseillisme pour pratiquer spontanément la démocratie directe à cette échelle. Pour faire de cette pratique une forme de continuation de la critique du système de dépossession, un appel a été lancé à la création d’assemblées populaires. Rapidement et paradoxalement, cet instrument a été une sorte de porte d’entrée pour les groupes militants, associatifs et partis politiques préexistant à la révolte et tentant de s’y greffer pour y imposer leurs marottes, leur programme et leurs vieilles lunes au mépris de ce qui a lieu. Les assemblées parisiennes, qui ne comptaient que quelques dizaines de participants à tendance militante, et plutôt faibles dans leurs pratiques, étaient ainsi surreprésentées à « l’assemblée des assemblées » de Commercy. Il serait pour autant inconséquent de laisser au parasitage militant cette pratique qui représente encore, sous sa forme authentique du moins, le moyen de s’approprier le débat exécutoire sans aucun intermédiaire sinon strictement mandaté. La pertinence des assemblées dépendra de leur capacité à assumer et appuyer la critique en actes qui a eu lieu depuis novembre. L’intelligence collective, manifestée jusque-ici, et la défiance qui l’accompagne paraissent à même de déjouer le noyautage par des délégués dont jusqu’ici la double appartenance éventuelle n’a, à notre connaissance, pas été questionnée, comme si l’assemblée n’était qu’un organe de vigilance citoyenne, le dernier avatar de la démocratie participative, une organisation compatible avec tout ce qui est là plutôt que sa négation pratique.

 

Pour un dépassement

Des maisons du peuple partout

Si l’on met de côté les « actions » symboliques, aux visées seulement médiatiques, issues d’un aveuglement sur l’historicité de l’événement en cours, la principale préoccupation actuelle consiste à savoir comment pousser l’avantage d’une révolte qui a su s’enraciner dans une séquence de basse intensité, au risque sinon de voir le processus de son intégration au décor la conduire à l’étiolement. Les modalités de mobilisation depuis le début répondent aux contraintes géographiques et de survie de ses participants les plus actifs, elles ont déterminé une intermittence de l’intervention massive et offensive, la permanence sur les ronds-points étant de son côté de plus en plus entravée. Les manifestations urbaines des samedis n’ont ainsi jamais pu s’étendre au-delà de cette journée au point que la question d’une conquête de lieux ou d’une installation dans le temps a fini par ne plus se poser. La scission entre le lieu d’origine de la majorité des participants et la ville s’est ainsi maintenue faute d’une implication massive des habitants des centres urbains. C’est probablement dans le sens de cette jonction qu’il faut désormais porter l’appel à multiplier les « maisons du peuple », non pas comme des zones de repli, mais comme des lieux à conquérir au cœur des métropoles pour y poursuivre la rencontre dans une pratique offensive d’occupation. Rompre ainsi avec le quotidien et l’intermittence, assurer des points de ralliement, créer enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière. En appeler pour cela à tous ceux qui sont en situation d’occuper, qu’ils mènent un mouvement social dans leur entreprise, qu’ils aient pris leur université, qu’ils aient les clés d’un lieu culturel, pour qu’ils inscrivent leur action dans la critique unitaire en transformant leur lieu encore spécialisé en « maison du peuple ». La préparation de la journée nationale du 16 mars à Paris doit se hisser à la hauteur de cet enjeu, le printemps nous rappelant aussi l’opportunité de tenir durablement des places pour la rencontre la plus ouverte de tous. Quand la révolte devient ce qu’il y a de mieux à faire, tout le monde finit par s’y joindre ; Tahrir nous l’enseigne, le 1er décembre nous en a donné un avant-goût, le rendez-vous du 8 mars propose déjà cet envahissement de l’espace-temps et des esprits.

 

Pour une extension

Paris, debout, soulève-toi !

Le parti de l’ordre met tout en œuvre pour empêcher le ralliement d’une autre partie de la population à la révolte dont l’avenir dépend. Pour s’assurer du soutien de « l’opinion », une partie du mouvement est entrée dans la guerre de communication menée conjointement par les médias et le gouvernement. Une fois dans ce piège de légitimation à partir des catégories dominantes, il ne s’agit plus que de donner une bonne image de la protestation, certifier de son innocence parfois jusqu’à la repentance, au reniement amnésique de sa négativité. Ceux qu’il s’agirait de convaincre – les téléspectateurs dociles –  en se pliant ainsi aux injonctions de l’ennemi sont précisément les plus hostiles à toute forme de changement profond. Il conviendrait plutôt d’en appeler à tous ceux parmi les plus relégués, de la grande masse des précarisés aux pauvres des banlieues, qui ont les meilleures raisons de se révolter. En finir avec la division qui est entretenue depuis des décennies par la diabolisation de cette jeunesse qui a expérimenté bien avant cet automne les violences policières et les stigmatisations médiatiques dont on s’indigne maintenant qu’elles concernent d’autres qu’eux. On peut mesurer le danger de cette jonction possible à la manière dont il a fallu terroriser les lycéens pour leur passer le goût de manifester. Quand partout règne la valeur marchande, l’exclusion, la répression et la relégation ne sont plus la condition d’une minorité, mais notre devenir à tous. « Gilet jaune » n’est pas une identité à l’intérieur d’une entité close sur elle-même, mais un signe de ralliement pour l’irruption tapageuse de tous les invisibles dans la chose publique.

 

Pas seuls au monde

Haïti, France, Soudan, révoltés de tous les pays unissez-vous !

En Algérie, au Soudan, en Haïti, dans les Balkans, des situations de révolte que l’on aurait pu auparavant attribuer à tort à des conditions essentiellement différentes des nôtres nous sont désormais visiblement proches. Nous savons que les raisons de l’insatisfaction sont les mêmes quand la tiers-mondisation ne concerne plus seulement quelques zones reculées du monde, mais qu’elle produit au cœur des Etats dits développés du déchet humain dans le sillage du cours autonomisé de « l’économie ». La particularisation des colères à quelque contexte national est le moyen d’empêcher la reconnaissance mutuelle de leur communauté par-delà les frontières, or partout le parti de la conservation travaille à l’interdiction du débat des humains sur leur vie, pour maintenir la verticalité du pouvoir, la domination marchande, l’usurpation de la parole publique. Notre avenir dépend de l’internationalisation du possible ouvert ici contre la caricature qui en est donnée à l’étranger via l’information dominante. La situation de nos pairs d’Algérie nous place devant l’impérieuse responsabilité d’un rendez-vous historique. Macron dégage ! Bouteflika dégage ! Pour des manifestations communes dans toutes les villes de France !

 

Le peuple veut la chute du régime

Le 4 mars 2019,

Comité pour la prolifération des loups

https://cpl1.noblogs.org/

Parution de Jaune n°2, toujours pour gagner !

Le journal Jaune remet ça, toujours pour l’extension et l’approfondissement du mouvement des GJ. Contre la récupération et le pourrissement !

Le journal Jaune n°2 est désormais disponible.

On l’a tiré à 15000 exemplaires comme le premier. Il sera disponible sur les différents points GJ en France dans le courant de la semaine et bien sûr dans toutes les manifs de l’acte XVI !

Mais bien sûr, sa diffusion dépend aussi de vous donc les personnes motivées pour le diffuser, contactez-nous.

Bon on va pas faire long alors on vous propose l’édito du numéro 2, le lien vers le journal en version A3. N’hésitez pas à parcourir le site jaune.noblogs.org qui a été mis à jour.

Dans ce numéro 2, on fait des propositions concrètes en dernière page pour renforcer le mouvement. Nous souhaitons vos avis concernant ces propositions, et vos retours si jamais vous pratiquez déjà des actions qui y ressemblent.

Nous sommes toujours en quête de récits de lutte. C’est la meilleure façon pour qu’on puisse se faire une vision d’ensemble du mouvement et y intervenir pour son extension et son approfondissement.

Edito Jaune n°2 :

La première saison des gilets jaunes s’achève. Nous entrons dans la seconde avec appréhension : le mouvement tiendra-t-il ? Le pouvoir macronien, de son côté, a montré sa capacité d’adaptation et de résistance. Pour l’instant, lui aussi, bien qu’amoché, tient. Mais cette confrontation avec le petit César est aussi une forme d’illusion. Nous n’y remporterons aucune victoire définitive, ce n’est qu’un méchant de fin de niveau, comme dans un jeu-vidéo.
Sous la surface de ce gouvernement, des forces bien plus grandes que le mauvais duo comique Macron-Benalla sont à l’œuvre. La puissance des possédants, les capitalistes, nous n’avons fait que l’effleurer. C’est déjà énorme. Le capital est un système immense et fragile. L’effleurer suffit presque à l’enrhumer tant il craint les courants d’airs.
Et la bourrasque approche : nous ne sommes pas des experts en économie, mais tout indique qu’une nouvelle crise économique couve. Gardons nous de faire des prévisions précises. Mais disons que la fébrilité qui règne aujourd’hui chez les boursicoteurs pue l’accès de fièvre. Le système claque des dents. Les États bandent des muscles bien faiblards, se préparent au choc comme ils en ont l’habitude depuis dix ans, en essayant de grappiller encore un peu de nos retraites, notre chômage, nos salaires. Ils font du teasing pour leur prochain film et leur saga commence franchement à nous lasser parce qu’on perd toujours à la fin.
Macron ne veut rien lâcher pour une raison simple : il a dans son dos le mur des riches. Un mur de film d’horreur, bourré de dents, de mâchoires acérées qui claquent … Car un peu partout sur ce globe, c’est leur place que les bourges défendent. S’en prendre à leur profit, c’est accélérer encore l’arrivée de la crise économique, dans laquelle toutes les ruines sont possibles y compris celles des plus gros. Mais le capitalisme, c’est une bête qu’on ne peut pas se contenter de blesser. Si on ne l’achève pas, elle viendra nous le faire comprendre. Pensons à la crise mondiale de 2008 et la cure d’austérité qui l’a suivie … Ironiquement, c’est grâce à elle qu’on est ensemble dans la rue aujourd’hui ! Pour y mettre fin.
Allons jusqu’au bout de nos ambitions, elles sont belles, elles sont à la hauteur des efforts que nous déployons. Nous voulons en finir avec ce qui nous exploite et nous opprime. Nous voulons rire le cœur léger. Ne plus nous gâcher l’existence dans le chagrin d’un boulot sans horizon. Ne plus enchaîner ces petits matins gris, seuls devant BFM, avant de partir à l’usine ou au bureau ou rester entre des murs trop proches – car où peut aller un chômeur désargenté, un retraité isolé ? Nous voulons vivre.
Notre mouvement est condamné à sortir de l’enfance. A s’endurcir, tenir sur la durée. Ce n’est pas nous qui le décidons, c’est l’ogre en face qui attend un faux pas pour nous bouffer tout cru. Ce numéro de JAUNE, à la différence du premier, aura donc un ton un peu plus sombre. Nous y parlons de prison, de répression, de nos difficultés aussi, et du deuil nécessaire de nos illusions. Le combat continue comme nous le rappellent les lettres de nos camarades emprisonnés au quatre coin de la France. Libérons-les, libérons-nous. Nous sommes déterminés. Les Gilets Jaunes triompheront.

Le journal en A3 : https://jaune.noblogs.org/jaune-n2/

Bien combativement,

Jaune