Tout le monde déteste le tourisme (B. Duterme)

Nous publions ici un entretien avec Bernard Duterme (11 décembre 2018), qui a coordonné l’ouvrage La Domination touristique, paru initialement sur le site https://grozeille.co

 

G – Qu’est-ce qu’un touriste ? A partir de quand cesse-t-on de voyager, de rendre visite, de se balader, pour « faire du tourisme » ?

Bernard Duterme – Le fait de distinguer le « voyage », la « visite », la « balade », etc. du « tourisme » semble précisément être, à mes yeux, un réflexe distinctif inhérent aux pratiques touristiques elles-mêmes, à savoir ces pratiques qui consistent à franchir une frontière à des fins récréatives – frontière nationale dans le cas du « tourisme international » que nous traitons dans La domination touristique (CETRI, 2018). De notre côté, considérons donc comme touriste, indistinctement, toute personne qui a le loisir de migrer hors frontières pour un séjour, une itinérance, un minitrip, un périple, une immersion, une plongée ou un « tour » d’une journée, de deux semaines ou de plusieurs mois.

Que ce touriste puisse ensuite se différencier des autres, c’est un fait, mais il n’en reste pas moins un touriste à part entière, souvent à son grand dam d’ailleurs. C’est que quand l’enjeu revient à se démarquer, à se singulariser, à « montrer que l’on sait, mieux que d’autres, jouir du spectacle du monde » (pour reprendre les mots de l’historien Sylvain Venayre), il n’y a rien de plus blessant que d’être ramené à son état commun. On a là une tendance de fond : à la massification touristique répond la stratification des pratiques : le « bon touriste » fuit méthodiquement le « mauvais » (le « touriste moutonnier », le « bronzer idiot »…) qui finit par l’imiter. Le nanti recherche l’échappée et la sérénité ; l’aspirant nanti fréquente les périodes et les endroits populeux. Le premier valorise ses capitaux sociaux, spatiaux et linguistiques ; le second les bons moments, les clichés et les extras.

Les diverses appellations mobilisées ou les « styles de vie » correspondants – voyageur vs touriste, vacancier nomade vs vacancier sédentaire, aventure vs farniente, isolement vs grégarité, etc. – renvoient à un usage social différencié du même phénomène touristique. Phénomène qui se décline dès lors presque à l’infini, selon la fréquence et les destinations privilégiées, les attentes énoncées et les sens attribués, la diversité et la qualité des formules retenues, la segmentation et la répartition des types de séjour ou de circuit, les fonctions et les légitimations du voyage… Dans le tourisme, les pratiques différenciatrices et les comportements de classe reproduisent les écarts sociaux et culturels, quand ils ne les creusent pas.

G – Comment le tourisme est-il historiquement devenu un « fait social total » 1 ? Pourquoi définir aujourd’hui le tourisme comme une « domination » ?

B.D – Le développement de l’accès au tourisme et la montée en puissance de la démarche touristique comme « fait social total », c’est d’abord l’histoire des social-démocraties occidentales du 20e siècle. L’histoire des luttes et des politiques sociales, des congés payés, de la croissance de l’économie et du niveau de vie, de l’explosion des temps libres, de la société de consommation et du spectacle. L’histoire du développement des technologies, de l’accélération des communications, du rétrécissement des distances réelles et virtuelles. Celle aussi de la libéralisation du marché aérien et des échanges. L’histoire du « tourisme social », associatif et militant, « pour le divertissement et l’émancipation des classes populaires » (Unat.asso.fr), puis celle du « low cost », agressif et marchand, « pour toutes les occasions et de super économies » (Ryanair.com).

Le tourisme comme « fait social total » – en ce sens que l’ensemble des dimensions du social s’y donne à voir : l’économique, le politique, le symbolique, etc. – met en présence tour-opérateurs, visiteurs et visités. En présence asymétrique. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s’imitent ou se distinguent, les derniers se précipitent ou se retirent. Le tout, dans un environnement que les uns et les autres dégradent ou remodèlent. En cela, le tourisme, appréhendé comme un marché où se croisent des offres et des demandes, traduit bien un rapport social de domination. Il s’agit de rappeler les formes de domination inhérentes au phénomène, d’observer les réalités du tourisme mondialisé, sans passer à côté des schémas inégalitaires et des polarisations qui le constituent, des disparités d’accès et des usages du travail et de l’environnement qui le sous-tendent.

G – Que signifie, concrètement, la « mise en tourisme », la « touristification » d’un lieu, d’une ville, d’un littoral ? Aujourd’hui, la moindre ville a un office du tourisme. Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être ?

B.D – Un endroit « mis en tourisme », « touristifié » est un lieu lambda devenu « destination », réceptacle potentiel de voyages d’agrément et de visiteurs de plaisance. Un cadre accueillant prêt à être photographié, consommé, voire consumé. C’est une localité, une région, une riviera, une montagne qui s’est adaptée – matériellement, esthétiquement, organiquement – pour attirer le touriste, qui a été convertie en « merveilleuse terre de vacances », promue et vendue comme telle sur le marché hautement concurrentiel du dépaysement… où l’emportent les stations et sites les plus beaux, les plus sûrs et confortables, les plus ensoleillés ou enneigés, les plus typiques, authentiques et exotiques mais pas trop, les plus « démocratiques » ou haut de gamme, les plus éphémères ou éternels, etc.

Pour exister sur ce marché des destinations idéales, il s’agit de gagner en « touristicité ». Comment ? En collant au maximum aux critères utilisés pour classer les plus accueillants des lieux « mis en tourisme ». Ces critères – constitutifs du « Travel & Tourism Competitiveness Index » édité par le Forum économique de Davos – renvoient pour l’essentiel aux responsabilités publiques en matière de qualité des infrastructures (Air Transport Infrastructure, Tourist Service Infrastructure…), de facilité d’accès (International Openness, Information and Communication Technologies Readiness…), de sécurité du cadre (Safety and Security, Health and Hygiene…) et, bien sûr, de force concurrentielle (Price Competitiveness, Business Environment, Labour Market…). En clair, l’« Indice de compétitivité touristique » encourage explicitement le nivellement par le bas de toute forme de régulation sociale, fiscale et environnementale, auquel s’emploient de fait les pays de destination lointains pour créer, en fonction de leurs « avantages comparatifs », les conditions nécessaires à une augmentation de leur part de marché.

Il est beau le monde touristisé

Le monde entier est-il « mis en tourisme » ou en voie de l’être, pour autant ? Oui et non. Oui, parce que l’expansion et la diversification tous azimuts – thématique et géographique – de l’offre touristique semblent ne pas avoir de limites (tourismes ethnique, extrême, polaire, spatial…). Et parce que prévaut aux quatre coins de la planète, cette soif de bénéficier, même marginalement, de la manne touristique, considérée comme panacée universelle. Non, parce qu’en matière de valorisation marchande des décors naturels, patrimoniaux, humains… dont le tourisme est friand, tous les lieux ne recèlent pas le même pouvoir attractif. Au Guatemala, pour ne prendre qu’un seul exemple parlant, les régions où les peuples indigènes mayas ne portent pas au quotidien leurs magnifiques vêtements « traditionnels » restent terra incognita des catalogues et flux touristiques.

G- Comment expliquer que le tourisme soit une activité si prisée et pratiquée, alors qu’il rend les lieux de plus en plus uniformes, artificiels, et confortables – c’est-à-dire ennuyeux ?

B.D – On pourrait également se demander pourquoi les galeries commerçantes sont si courues, alors qu’elles participent de facto d’une standardisation de la consommation et du divertissement. La métaphore filée par Rodolphe Christin dans Critique de la déraison touristique (2014) apporte quelques éléments de réponse. Il y assimile « lieu touristique » et « centre commercial » et analyse comment s’y combinent « fonctions de déambulation et de consommation » pour « hédonistes rentiers » qui ont « accumulé suffisamment de ressources » durant leurs périodes de travail « pour faire ce qui leur plaît » durant ces parenthèses de liberté. « Comme le touriste, le passant, seul ou en groupe, professionnel ou affinitaire, flâne au milieu de tentations multiples ; il observe, frôle, croise furtivement ses semblables sans les rencontrer, sauf lors d’un contact commercial. » Comme la galerie marchande, la mise en marché touristique offre des espaces de restauration, de récréation, de souci de soi, de regard sur les autres, version superficielle et réenchantée du monde réel, où « le conso-flâneur » peut aller et venir, « idéalement anonyme, dégagé de toute appartenance et responsabilité », en s’adonnant à « la petite jouissance d’une déambulation de lèche-vitrine ». Le même auteur explique plus loin : « Le capitalisme a fait du loisir un commerce et la puissance d’enchantement de l’industrie touristique repose sur sa capacité à faire oublier son caractère précisément industriel, (…) soumis aux règles d’un productivisme et d’un consumérisme sans frontières, faisant peu de cas de l’idiosyncrasie des accueillants et des accueillis. »

En filigrane de ce tour de force, opère ce que j’appelle dans La domination touristique (CETRI, 2018) « l’illusion de l’exotisme », ce supposé goût pour l’étrangeté de l’autre qu’exploite le tourisme, cette fascination pour l’altérité lointaine, pour la différence fantasmée qui serait inscrite au cœur des ressorts du voyage (ou pour le moins de sa promotion). D’une part, la plupart des partants, même s’ils affichent volontiers « l’évasion » et le « dépaysement » parmi leurs motivations, n’aspirent pas à l’altérité ni au décentrement culturel, des notions très situées socialement et à vocation distinctive. D’autre part, lorsque ces notions opèrent effectivement comme objets de quête touristique, elles renvoient moins à une population ou à un endroit réel qu’à un point de vue sur ceux-ci, à une manière de les concevoir… produite par l’« exotisation » même des destinations à laquelle s’adonne le marché publicitaire. « Le tourisme fabrique de l’authentique en toc », résume Sylvie Brunel. À l’étranger lambda, on préférera sa représentation idéalisée, sa « staged authenticity », son « authenticité mise en scène », résultat d’un processus de construction de l’ailleurs – figure simplifiée, enjolivée, folklorisée de l’indigène accueillant –, tel qu’il doit apparaître pour gagner l’égard amusé du visiteur.

G – Des publications, outre la vôtre, sont venues gâcher les récréations estivales en signalant que le tourisme était aussi un problème écologique sous-estimé. Cela confirme-t-il vos analyses ?

B.D – Oui, le passif environnemental de l’industrie touristique tranche avec les bilans et perspectives idylliques qu’en dressent ses promoteurs. En l’état, la démocratisation réelle du secteur déborderait de facto les capacités d’absorption écologique du globe. Que ce soit en raison de la croissance continue des déplacements aériens (majoritaires dans les déplacements touristiques) ou de l’« empreinte » en hausse que représentent tant les pressions du secteur sur des ressources naturelles en voie de raréfaction (arrosage de golfs en régions arides, canons à neige artificielle en altitude, accaparements privatifs de terres fertiles ou de « milieux préservés »…), que la dégradation des littoraux, la pollution des eaux, la saturation des « capacités de charge » de sites en péril, les impasses dans le traitement des montagnes de déchets produites par les stations insulaires et l’envolée des croisières, l’expansion du tourisme met au grand jour son insoutenable… amplification. Sauf à considérer que l’aggravation de la vulnérabilité de centaines de millions de personnes affectées, et demain d’autant de réfugiés climatiques, n’est pas une priorité.

Déchets : la face cachée du tourisme de masse en Tunisie (source : http://multinationales.org/Dechets-la-face-cachee-du-tourisme-de-masse-en-Tunisie)

G – Les déplacements de masse prennent aujourd’hui deux formes principales : tourisme et migration. L’un est-il le revers de l’autre ? Comment s’effectue la distinction entre ces deux formes de « flux » ?

B.D. – Les communiqués euphoriques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce environ 1,4 milliard de séjours à l’étranger en 2018, pour 675 millions en 2000. Doublement du volume des flux touristiques en moins de vingt ans ! Pour autant, paradoxalement, l’accès à la mobilité de plaisance demeure un luxe inabordable pour l’essentiel de l’humanité. L’apanage de moins de 500 millions de personnes (dont une part croissante prend des vacances hors des frontières nationales plusieurs fois par an). Aujourd’hui, en réalité, moins d’une personne sur quinze à l’échelle mondiale est en position politique, culturelle ou économique de visiter les quatorze restantes. Rien de plus facile pour un Français ou un Belge aisé de se balader aux confins du monde, rien de plus difficile pour un Tchadien ou un Nigérien pauvre de sortir de son pays. En cela, les flux touristiques constituent un reflet assez fidèle de l’organisation de la planète et de ses disparités : migrations d’agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices. Comme si l’exercice même du droit à la mobilité – universalisé par la Déclaration des droits de l’homme – paraphrasait la célèbre fable de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les douanes vous rendront citoyen du monde ou assigné à résidence. »

G – Enfin, puisque, selon vous, l’écotourisme, le « volontourisme », le tourisme alternatif, le tourisme solidaire – entre autres niaiseries « responsables, durables et équitables » -, ne sont pas en mesure d’arrêter la transformation du monde et des comportements en marchandises : que faire ? Croyez-vous qu’il y ait vraiment quelque chose à attendre d’une « régulation » par le haut, alors que précisément, les instances internationales (comme l’OMT) tiennent à l’ordre économique du monde ?

B.D – De nombreux acteurs – l’OMT en tête ! –, conscients de l’inégale répartition des coûts et bénéfices (économiques, sociaux, culturels, environnementaux…) produits par le tourisme, plaident pour l’adoption de pratiques « éthiques » et « durables ». Très bien, mais comment l’adjonction d’un supplément d’âme à une logique délétère pourrait-elle renverser l’ordre des choses ? Entre les « projets d’impulsion » du secteur (« efficience énergétique » des stations balnéaires, « écoperformance » de l’irrigation des gazons en zones sèches, « compensation carbone » des déplacements aériens…), l’autolabellisation débridée et le filon des « tourismes de niches » – marchand ou associatif, de facto élitiste – pour pèlerins bobos en quête de voyages légitimes « au bout du monde », on peine à discerner les prémices d’un véritable et indispensable changement de perspective.

Selon les auteurs de La domination touristique, il n’y aura pas de tourisme durable possible sans remise en cause des mécanismes même de l’intrusion touristique, à savoir les politiques de libéralisation, de dérégulation, de marchandisation des lieux et des comportements, de folklorisation des populations locales, d’appropriation des espaces et des ressources sur lesquelles elle repose. Dès lors, les leviers du changement se situent bien dans les marges de manœuvre publiques, dans les possibilités de régulation des investissements et de limitation des flux, dans la fixation des termes de l’échange, l’implication des populations concernées, les capacités de canalisation des États, la définition de politiques coordonnées et l’agir d’appareils de réglementation internationaux. En douter, ce serait abandonner tout espoir de démocratiser le droit à la mobilité et de rendre son exercice viable. Ne pas en douter en revanche, je vous l’accorde, c’est se bercer d’illusions, tant manquent la volonté et les conditions politiques d’un renversement de tendance.

Les Sept Laux (Isère) : Aujourd’hui, y a pas ski

Dans la rubrique « Bouffons du riche » :
jeudi 16 janvier 2020

Des graviers ont été déposés dans les réservoirs de toutes les dameuses de la station des 7 Laux (Isère) dans la nuit de mercredi à jeudi. Cet acte de vandalisme a empêché les machines de préparer les pistes. […] Au moment de mettre en route les dameuses dans la nuit de mercredi à jeudi, ils ont eu la mauvaise surprise de découvrir des graviers dans les réservoirs de toutes les machines. Impossible de les faire démarrer.

La station a été dans l’incapacité de préparer ses pistes et a donc ouvert ce jeudi avec des tarifs adaptés en compensation.

(Repris du site Attaque)

Parution de Nunatak n°5 (Hiver-printemps 2019/20)

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SOMMAIRE :
Promenons-nous dans les bois/Nicole écoute aux Portes/La fin du monde, l’eau et le feu/Transhumances/Imbroglio sur le Markstein/Voyage, voyage !

 

Édito

La randonnée que nous allons entamer nous mènera sur des chemins escarpés où l’équilibre risque d’être difficile à tenir. Tel un funambule des montagnes, nous essayerons de ne pas chuter car il nous faudra mettre en évidence des contradictions sans tomber dans la critique facile qui vise à moraliser ou à faire culpabiliser.

Nous observons autour de nous un intérêt grandissant pour tout un ensemble de choix de vie qu’on pourrait qualifier d’alternatifs. Autonomie alimentaire ou énergétique, écoconstruction, écoles alternatives, médecines douces, régimes alimentaires divers et variés, économie sociale et solidaire, etc.

On pourrait a priori se dire « Eh bien quoi ? Chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît, non ? » Certes. Il ne s’agit d’ailleurs pas ici de juger ce que chacun·e met dans son assiette ou comment on occupe son temps libre.
Plus questionnant par contre est le fait que ces choix de vie individuels sont très souvent présentés comme des choix militants et forts, une solution politique aux problèmes sociaux et environnementaux. Dans ce foisonnement d’alternatives, certains y verront un moyen de détruire le capitalisme, mettant ainsi en pratique la théorie dite « de la tâche d’huile » : montrer l’exemple, la voie à suivre, en incitant les autres à « s’y mettre aussi » et alors, peu à peu, le nouveau monde remplacera l’ancien. Ce mouvement ne se trouve-t-il pas amplifié par les angoisses liées à « l’effondrement programmé du capitalisme et de la planète » ?

Ces choix sont-ils réellement à la portée de tout un chacun ? Ces alternatives souvent mises en avant par des individus et groupes plutôt bien dotés culturellement et financièrement, ne délimiteraient-elles pas une nouvelle frontière symbolique des rapports de classe ? On voit d’ailleurs facilement venir les rengaines culpabilisantes envers celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas appliquer ces recommandations d’usage1.
Se livrer à une démarche individuelle soit-disant vertueuse ne se ferait-il pas au détriment de perspectives collectives d’émancipation, avec ce qu’elles peuvent comporter de confrontations avec l’ordre établi ?
Et puis, ne serait-ce pas illusoire de croire à un changement fondamental des structures de cette société en s’en remettant à « si tout le monde faisait comme-ci… » ?

Nous voilà bien chargés pour continuer l’ascension. Nous tanguons. Avant de chuter vers une pente un peu trop raide, reprenons notre souffle et jetons un œil de l’autre côté de notre ligne de crête.

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Retour sur la manifestation du 20 avril à Montgenèvre

(italiano in basso)

Nous avions imaginé que ce serait un moment communicatif.

Bloquer les remontées de piste du Montgenèvre, en quelque sorte proposer aux touristes de faire l’expérience, ne serait-ce que pour quelques minutes de ce que c’est que de se trouver la route barrée, sans possibilité d’avancer.

Une action vouée à perturber quelque peu le petit théâtre qui se repète jour après jour, nuit après nuit, sur les pistes de cette station de ski. Les personnes blanches fusent joyeusement d’un côté puis de l’autre de la frontière sur leurs skis. Les personnes noires galèrent de nuit, finissent parfois en chaussettes dans la neige, ne vont évidemment pas plus vite que les motoneiges avec lesquelles les flics les pourchassent.

Si cette dichotomie admet bien évidemment quelques exceptions, liées à la possession des bons papiers et d’argent, elle décrit assez bien ce que de nombreuses personnes vivent et constatent dans cette zone de frontière, depuis quelques années.

On nous a suggéré que peut-être, le moment choisi n’était pas le bon. C’est vrai quoi, le week end de Pâques, pour certain·e·s, la seule possibilité de venir profiter un peu de la bonne neige artificielle que les canons du Montgenèvre déversent généreusement, à la nuit tombée. Et puis ptêt aussi qu’on aurait du penser un peu à la demi-journée qui allait sauter pour les pacifiques monos de ski.

Nous sommes sûrement allé·e·s un peu loin dans la mise en scène en barrant le passage. Les skieureuse n’ont pas voulu jouer le jeu, ont vite arraché la banderole tendue devant l’entrée du télésiège. La banderole où nous rappelions que cette frontière et son dispositif ont provoqué la mort de quatre personnes, en moins d’un an.

Ces quatre personnes s’appelaient Blessing, Taminou, Mamadou et l’une d’elle est restée inconnue. Toutes quatres sont mortes la nuit. Toutes quatres avaient choisi ce moment pour tenter la traversée, en espérant qu’ainsi elles échapperaient aux contrôles policiers.

De nuit, pour échapper aux délateurs, qui lorsqu’ils voient un noir marcher dans la montagne ou sur la route pour Briançon, apellent la police. Comme certainEs travailleureuses de la station de Montegenèvre. Ou certainEs touristes, qui s’illes se limitent souvent à la simple indifférence, parfois s’appliquent à la délation.

Bref, on nous a répondu à coup de skis, d’insultes et d’injonctions à aller travailler. « Qui meurt ici ? Je dois manger moi !» La deuxième partie de la phrase nous semble bien légitime : tout le monde doit manger. La première en revanche, nous laisse songeureuses… Qui sont donc ces personnes, qui semblent méconnaître autant le territoire sur lequel elles évoluent pendant toute une saison ?

Leur juxtaposition illustre ce que nous dénonçons : l’invisibilisation de la violence que tant de personnes subissent dans ces montagnes, qui permet de normaliser le racisme, la discrimination et l’exploitation. Accepter aveuglément ce qui se passe tous les jours sous nos yeux sans se poser de questions, c’est jouer le jeu de ceux qui prefèrent que nous ignorions tout cela…

Il y a eu d’autres perles : « Moi j’ai le droit de passer la frontière, parce que j’ai les bons papiers, et mon père travaille lui, c’est pas un dealer ! » Nous aurions beaucoup à dire, mais peut-être que celle-ci se passe de commentaires.

Finalement, les keufs nous ont accusé·e·s d’avoir été trop « virulent·e·s », quand nous avons lu devant eux les témoignages recueillis auprès des personnes exilées ayant subi les violences de la PAF. En effet, pour empêcher le blocage, ils se sont rangés devant l’entrée du télésiège, nous relayant somme toute. Des témoignages dans ce goût là, nous en avons recueillis beaucoup, et nous en aurions eu beaucoup d’autre à partager. C’est probablement le fait d’être en contact permanent avec cette violence là qui alimente notre virulence.

S’est ensuivie une rixe, entre un nombre certain de policiers et un certain nombre de manifestant·e·s. C’est à dire qu’ils ont cru opportun de procéder à l’interpellation de l’une d’entre nous.

Sans trop exagérer, au hasard la seule personne racisée du groupe. On peut citer le chef de l’opération, qui a lancé un élégant « Virez les tous, et choppez la black ». Peut-être est-ce de mauvais goût que de s’attarder sur ce détail ? Peut-être que les millions de personnes non-blanches vivant en France, en Italie ou essayant de passer les frontières de l’Europe auraient-elles plus de choses à dire, sur cette étrange réalité qu’est le contrôle au faciès…

Cette personne est a été placée en garde à vue à la PAF à 13h, et en est sortie vers 21h30.

Une dernière précision, pour agrémenter le tableau : pour une quarantaine de manifestant·e·s, sept camionnettes de gendarmerie mobile ont été mobilisées. L’intention était d’empêcher la contestation, et comme partout la répression guette, il semblerait que déranger l’ordre des choses, ou bien la bonne marche de notre système économique, soit devenu intolérable, immanquablement violent, trop quoi.

Si nous avons commis une erreur, c’est peut-être encore celle d’être prisonnieREs de nos rêves.La rage froide qui nous habite, celle provoquée par la violence, l’indifférence et l’injustice d’un système que nous tenons à dénoncer sous TOUS ses aspects, fait qu’on va continuer à déranger, communiquer, bloquer.

Peut-être juste qu’on fera preuve de plus d’imagination la prochaine fois. https://www.passamontagna.info/?p=936&lang=fr

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Sabato 20 Aprile 2019, ore 11, manifestazione alla frontiera italo/francese del Monginevro.

Avevamo immaginato questa manifestazione come un momento comunicativo.

Bloccare gli impianti di risalita delle piste, per offrire la possibilità ai turisti di sperimentare, anche solo per pochi minuti, che cosa vuol dire trovarsi con la strada bloccata e l’impossibilità di proseguire.

Un’azione dedicata a disturbare un po’ il teatrino che si ripete giorno dopo giorno, notte dopo notte, sulle piste di questa stazione sciistica. Di giorno i bianchi sfrecciano allegramente sugli sci al di là e al di qua del confine. I neri, di notte rischiano la vita per attraversarlo. Non vanno più veloci delle motoslitte con cui i poliziotti li inseguono.

Se questa dicotomia ammette ovviamente alcune eccezioni, legate al possesso di documenti e denaro, descrive abbastanza bene ciò che molte persone hanno osservato e vissuto in questa zona frontaliera negli ultimi anni.

Qualcuno ci ha suggerito che il momento scelto non era quello giusto. Dai, è vero, il week end di Pasqua, per alcun* l’unica possibilità di venire ad approfittare un po’ della bella neve artificiale che i cannoni del Monginevro riversano generosamente al calar della notte. E forse dovevamo pensare di più alla mezza giornata che i pacifici maestri di sci avrebbero perso.

È sembrato che ci siamo spinti un po’ oltre bloccando il passaggio. Gli sciatori non sono stati al gioco, strappandoci lo striscione teso di fronte l’ingresso della seggiovia. Lo striscione dove ricordavamo che questa frontiera e il suo sistema hanno causato la morte di quattro persone in meno di un anno.

Queste quattro persone si chiamavano Blessing, Taminou, Mamadou, e uno è rimasto ignoto. Tutte e quattro sono morte di notte.
Tutte e quattro avevano scelto quel momento per attraversare la frontiera, sperando che in questo modo sarebbero scampate ai controlli polizieschi.

Di notte, anche per sfuggire agli infami che quando vedono un nero camminare in montagna o sulla strada per Briançon chiamano la polizia. Come alcuni dei lavoratori degli impianti sciistici di Monginevro. O alcuni turisti, che se in generale restano nella semplice indifferenza, a volte si applicano all’infamia.

Insomma, ci hanno risposto a colpi di sci e d’insulti.
“Chi muore qui ? Io devo mangiare ! “. La seconda parte della frase ci sembra legittima : tutte noi dobbiamo mangiare. La prima invece… Chi sono queste persone, che sembrano conoscere cosi poco il territorio che vivono per tutta la stagione?

La loro giustapposizione illustra quello che denunciamo: l’invisibilizzazione della violenza che tanta gente subisce su queste montagne permette in qualche modo di normalizzare razzismo, discriminazione e sfruttamento. Accettare ciecamente quello che succede tutti i giorni sotto i nostri occhi senza farci domande, ci fa accontentare di risposte offerte da chi gli fa comodo lasciarci nell’ignoranza…

“Io posso passare la frontiera perché ho i documenti giusti e mio padre lavora, non fa mica lo spacciatore”. Queste alcune delle affermazioni gridate contro i manifestanti. Avremmo tanto da dire, ma forse questa frase si commenta da sola.

Infine, la polizia ci ha accusato di essere troppo “virulenti”, quando abbiamo letto davanti a loro le testimonianze raccolte presso chi ha subito la violenza della PAF (polizia di frontiera). Di queste testimonianze ne abbiamo raccolte tante. E’ probabilmente il fatto di essere in contatto permanente con questa violenza che alimenta la nostra virulenza?

È seguita una rissa, tra un numero certo di poliziotti e un certo numero di manifestant* perché hanno ritenuto opportuno di procedere al fermo per identificazione di una di noi.

A caso…l’unica persona nera del gruppo. Si può anche citare la facilità di linguaggio che è stata usata dal capo della polizia per indirizzare la sua squadretta: “Allontanateli tutti, prendetevi la black”. Forse potrebbe risultare scivoloso soffermarsi su questo dettaglio? Forse le milioni di persone non bianche che vivono in Francia, in Italia o che cercano di attraversare le frontiere europee avrebbero qualcosa di più da raccontare sulla strana realtà del controllo casuale basato sul colore della pelle?

Questa persona è stata messa in garde à vue presso la PAF alle 13:00, e rilasciata intorno alle 21:30.

Un ultimo chiarimento, per rendere l’immagine più nitida: per circa quaranta manifestanti, sono stati mobilitati sette furgoni della gendarmeria mobile. L’intento era quello di stroncare la contestazione, come ovunque la repressione è in agguato, sembrerebbe che disturbare l’ordine delle cose o il buon funzionamento del nostro sistema economico, sia diventato intollerabile, inevitabilmente violento.

Se abbiamo commesso un errore forse è sempre quello di essere prigionieri di un sogno. La fredda rabbia che ci abita, quella causata dalla violenza, dall’indifferenza e dall’ingiustizia del sistema che vogliamo combattere in TUTTI i suoi aspetti, fa si che continueremo a disturbare, comunicare e bloccare.

Solo la prossima volta saremo più creativi.

Chasse, pêche, nature et réintroduction

Une critique de la gestion de la faune

[ Extrait de Nunatak, revue d’histoires, cultures et luttes des montagnes, n°4, hiver-printemps 2019.]

[Retranscription reprise de https://www.non-fides.fr/]

« Car oui ! Camarades ! C’est bien grâce à une alliance entre les espèces que nous mettrons une race au capitalisme ! » Bakounine Michou

« Évitez les sujets polémiques, bande d’abrutis ! Ne parlez pas du loup, ne parlez pas de l’ours » conseillait avec bienveillance un formateur à ses poulains lors d’une séance dédiée à la faune. « Imaginez qu’un chasseur se cache dans le groupe auquel vous vous adresserez ! » Dans le petit monde libéral de l’éducation à l’environnement, le client est roi, et aucune remarque ou affirmation ne doit passer au travers des mailles de la neutralité. Cette petite anecdote plutôt à côté de la plaque n’était qu’un prétexte pour introduire la question – elle aussi hors sujet – de la chasse.

Hors sujet car l’intention première de ce texte est de vous parler de la réintroduction animale, pratiquée entre autres par les fédérations de chasse et supervisée par l’ONCFS [1]. Point n’est besoin, donc, de se perdre en considérations sur les pratiques cynégétiques comme c’est le cas dans les premiers paragraphes qui suivent. Quelle mesquinerie ! Mieux vaudrait aller au but sans trop de circonvolutions plutôt que de se livrer à un trop bref exercice de critique de ce loisir mêlant sport et passion, que certains interpréteront comme partisan en plus d’être gratuit, et ce bien qu’il soit exécuté avec le détachement de rigueur…

Car comme le soulignait le formateur, il ne faut pas heurter les chasseurs, ces âmes sensibles que tout le monde semble vouloir se mettre dans la poche. Mais voilà le hic : il se pourrait bien qu’à l’image de nombre de ses congénères, l’auteur de ces lignes étouffe sous le poids de cette pratique exclusive et qu’il ait la conviction de ne pas être un cas isolé. Alors tant pis pour le consensus militant qui voudrait que tout ce qui est populaire soit sacré et à brosser dans le sens du poil. Après tout, nous ne sommes pas à la chasse aux votes… Les internationalistes lecteurs du Chasseur Français éviteront un possible choc cardiaque en sautant les deux premiers paragraphes… Toutefois, ils relativiseront en se disant que deux paragraphes ne sont pas grand chose face à une industrie ayant un gouvernement et pléthore de revues à sa disposition. Quant aux autres, soyez indulgents et allez jusqu’à la fin si la curiosité vous pousse au-delà de ces quelques involontaires divagations.

Avec plus d’un million de chasseurs [2], la France fait donc figure de très bonne élève dans le domaine de la tuerie de délassement. S’il ne s’agit pas spécialement de s’en prendre à ce rituel consistant à tromper l’ennui en dégommant des animaux, force est de constater que nos intrépides trappeurs occupent le territoire aussi bien pendant la saison de chasse que pendant les quelques mois où les armes sont censées rester à la maison. Non parce qu’ils braveraient en masse la période d’interdiction, mais parce que le discours d’ un million d’adeptes de ce loisir 100% tradition résonne autrement plus fort que – par exemple – celui de millions de travailleurs précarisés. Les courbettes du chef actuel de l’État français envers la chasse, qui semblent décidément une marque de fabrique chez les présidents jeunes et dynamiques [3], ont marqué l’actualité de l’ hiver dernier et de ce que l’on appelle la rentrée politique. Outre cet anachronisme imbécile qu’est la tradition française ou ce fétichisme crétin pour les armes à feu, la chasse prétend être à la croisée d’autres valeurs. Les chasseurs seraient ainsi les premiers écologistes. Dans le sens où leur action – de masse pour une fois – participerait au rééquilibrage d’une chaîne alimentaire depuis longtemps atrophiée par l’acharnement des hommes. En tentant d’endiguer le pullulement d’animaux qu’ils ont pourtant largement contribué à répandre, les chasseurs seraient le dernier rempart qui préserverait certains villages d’ une attaque en règle par des hordes de cochons sauvages. Si rien n’est fait, ceux-ci ne se contenteront plus de piétiner nos potagers mais transformeront les villages en champs de ruine et dévoreront les enfants à la sortie des écoles. Si, d’une certaine manière, ce discours ne comporte pas uniquement du faux, il est toutefois porteur de ce cynisme que tout gestionnaire du désastre doit faire sien : il n’est pas moins faux d’affirmer que, pour pouvoir continuer à fonctionner, le système économique a besoin aussi bien d’ énergie polluante que d’une réserve d’ esclaves.

Faut-il pour autant accepter la gestion de la faune telle que nous la propose l’industrie de la chasse, comme il nous faudrait accepter la fuite en avant nucléaire sous prétexte que les centrales existent déjà ? Pour qui loue la grandeur de l’esprit de l’homme, son implacable supériorité dans le domaine du vivant, le génie d’une espèce qui a été capable d’institutionnaliser, légiférer et militariser la loi de la jungle, alors la réponse est certainement positive. Au rebours de cette posture consistant à gérer la catastrophe, une autre se plaît à présenter la chasse comme une pratique qui replace les humains dans une chaîne alimentaire et une relation à l’animal forcément saine, puisque naturelle. On se cassera donc les dents pour y déceler autre chose qu’une énième conjugaison du mot nature, son simple emploi ayant force d’autorité. On ne sait pas à quelle mythification de l’histoire des sociétés humaines, ni à quelle naturalité de la chaîne alimentaire cette esquisse de la chasse renvoie, mais quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas au territoire européen où les forêts primaires ont disparu, où les grands prédateurs mangent bien plus de bastos que de moutons, où rongeurs et mustélidés ont été des siècles durant transformés en manteaux ou en paires de gants que l’on cherchera quelque chose pouvant s’apparenter à une chaîne alimentaire complète et assurant son cycle. Bref, d’une part, il est difficile de comprendre en quoi telle pratique serait plus naturelle que telle autre dans un monde peuplé de plus de 7,5 milliards de consommateurs ou aspirants à le devenir. D’autre part, l’ambiguïté du terme de nature appliqué à un fonctionnement sociétal lui donne une plasticité telle qu’on l’entend sortir aussi bien de la bouche d’un hippie exalté que de celle d’un apôtre du darwinisme social ; de celle d’un chasseur né avec un fusil en bandoulière aussi bien que de celle d’un nazillon embrassant la loi du plus fort.

La nature peut s’interpréter aussi bien comme la source d’inégalités qu’elle est souvent que comme le formidable réservoir de solidarités interspécifiques qu’elle est parfois. Tout peut s’argumenter en son nom : l’homophobe y puise de quoi justifier sa haine ; le libertaire terrassé par une crise de poésie voit dans son harmonie apparente un beau jour de printemps le modèle d’une société libérée. Aussi nous abstiendrons-nous de l’emploi de ce mot, dès lors que l’on cherche à lui faire revêtir une idée plutôt que la simple description d’un milieu un minimum à l’écart de la civilisation.

Mais revenons-en à nos mouflons. Les espèces sont classées entre nuisibles ou utiles, non en fonction du rôle qu’elles pourraient avoir dans les rares zones où un semblant d’équilibre écologique aurait pu se maintenir, mais en fonction de la concurrence que celles-ci font au fanatisme hégémonique de la nôtre. Un loup bouffe un agneau : il faut buter tous les loups. Un requin mal inspiré se claque la cuisse d’un surfeur blond avant de la recracher : il faut tuer tous les squales (au lieu de tuer tous les surfeurs blonds). Une vipère mord la cheville du distrait randonneur qui la piétinait : il faut fumer tous les serpents. La fouine ou l’hermine s’adonne à des incursions nocturnes dans les poulaillers : il faut exterminer les mustélidés. C’est uniquement en fonction des contraintes qu’elles apportent à nos modes de vie que les espèces sont autorisées à vivre ou condamnées à la persécution. Mais même – et c’est vous dire ! – dans les projets de certains gestionnaires du présent, cette logique a fait long feu. Car s’il était normal de penser sans se l’avouer « après nous le déluge » il y a à peine une génération, nombreux sont les indices permettant d’entrevoir à court terme le déclenchement incontrôlable de réactions en chaînes consécutives au dérèglement généralisé du vivant. On se fout des générations futures : c’est une chose évidente et presque admise par chacun, depuis le dirigeant jusqu’au consommateur. Mais on ne se fout pas de la nôtre : à quoi bon trimer quarante et quelques années au turbin si, le jour de la retraite, tout s’effondre ?

Arrivé à ce point du texte, le risque est grand de basculer dans le concours de descriptions du cataclysme qui inonde toute revue plus ou moins de gauche. Nous tenterons donc péniblement de faire l’économie des sempiternelles jérémiades et autres surenchères quant à l’étendue du problème écologique. Ouvrez n’ importe quelle revue citoyenne si vous voulez continuer de déprimer à coup de chiffres sur le réchauffement climatique, la surpopulation ou la biomagnification du plastique. En attendant, les faits sont là : le taux d’extinction des espèces est aujourd’hui de plusieurs centaines à plusieurs milliers de fois plus rapide qu’il ne le serait sans la présence de l’ homme. La proportion précise est affaire de spécialiste. Nous ne nous en mêlerons d’ autant moins que même réduite à son minimum, elle est indubitablement la conséquence des agissements du meilleur des mondes et de ses habitants. Destruction de l’habitat, réchauffement, urbanisation galopante, perturbation de la chaîne alimentaire, pollution massive ou disparition pure et simple des sols et des cours d’eau, dérangement lors de périodes de reproduction… rien n’est épargné à nos camarades animaux. La plupart des victimes de cette extinction massive – du jamais vu depuis 66 millions d’années –, n’ ont pas une taille, une appartenance ou une anatomie suffisamment proches des nôtres pour mériter davantage qu’une mention furtive et vite oubliée : on est généralement plus attristé par l’extinction d’un mammifère que par celle d’ un insecte ou d’une graminée. La disparition massive de la microfaune a pourtant des conséquences immédiates et désastreuses, facilement observables pour le grimpeur qui entreprend la périlleuse ascension de la chaîne alimentaire : pour ne citer qu’un exemple largement connu et commenté, les passereaux, privés d’insectes en quantité suffisante, s’éteignent les uns après les autres [4]. La chaîne alimentaire ressemble à une échelle dont on scie aléatoirement chaque année un nouveau barreau : elle n’ est plus une ligne continue mais une suite de segments de plus en plus courts et donc éloignés les uns des autres.

Comme il est de règle en ces temps d’ abrutissement consumériste, l’usage consiste à proposer des palliatifs. Le capitalisme vert et le tourisme équitable répondent à une angoisse massive par l’ ouverture d’espaces où, moyennant souvent monnaie, le vacancier responsable mais néanmoins inquiet pourra mimer l’ insouciance. Quelques kilomètres carrés sans trop de coupes rases et d’acharnement direct contre la vie animale devraient, à défaut de faire oublier que c’ est la merde ailleurs, conforter dans la croyance en une manière juste de gérer l’ équilibre entre destruction et préservation de l’environnement… C’est dans ce cadre que la réintroduction animale entre en scène. C’est-à-dire dans un cadre intégrable et intégré au marché, où la valorisation de la faune et de la flore n’a guère d’autre finalité que celle d’attirer le citoyen paré de son complet naturaliste Quechua. Comme n’importe quelle saloperie engendrée par le capitalisme, la disparition des espèces ne peut être considérée séparément du reste. Elle ne peut pas être endiguée sans une remise en cause radicale d’un monde qui se doit de tout écraser sur son passage. Incorrigibles mécontents, nous ne chercherons donc pas ici à saluer la réintroduction animale telle qu’elle est pratiquée, dans les territoires de montagne entre autres, par les parcs nationaux ou les fédérations de chasse. Cela ne changera rien à ce que l’ on peut penser de telle ou telle politique de réintroduction particulière, et n’empêchera pas les sceptiques que nous sommes face à ces opérations d’être fascinés par l’ impeccable vol plané d’un vautour fauve ou de sourire devant la démarche pataude d’ un castor sur une berge, deux espèces dont les retours mêlant protection juridique et réintroduction ont été couronnés de succès. Mais la séduisante carte postale cache une politique de gestion qui n’ a d’autre horizon que de panser tardivement une hémorragie, et dont les moyens restent soumis à l’impératif du retour sur investissement. C’est sur ces deux points que nous allons nous étendre pour mettre au clair quelques idées sur les ressorts et la finalité de la réintroduction.

« Et puis, le charme du produit touristique « Parc National des Cévennes » n’ est-il pas, entre autres, de proposer des animaux sauvages qu’on puisse voir, même quand on n’est pas un trappeur [5] ? » La réintroduction, tout d’abord, est une opération souvent de la dernière chance consistant à effectuer des lâchés d’espèces menacées sur des territoires où elles ont disparu ou presque disparu. On ne la confondra pas avec l’introduction qui consiste en la même opération, mais sur des territoires où ces espèces n’ont jamais été présentes. On comprend tout de suite mieux pourquoi l’introduction est une pratique dangereuse : des relations complexes régissent les relations entre les espèces, ainsi qu’entre les espèces et le milieu. La totalité des aspects de la vie d’une espèce doit être imbriquée dans l’écosystème qui l’accueille, depuis son inclusion dans la chaîne alimentaire jusqu’à la biodégradation de ses déjections et de sa dépouille. Introduire une espèce là où elle n’a jamais évolué bouleverse ce cycle et peut donner lieu aussi bien aux fameux et tant décriés pullulements [6] qu’à des déséquilibres dans les cycles de la biomasse [7].

L’introduction est de toute manière une opération soit involontaire (les innombrables cas d’insectes qui s’invitent sans titre dans le transport international et se répandent partout), soit liée directement aux impératifs industriels, comme les ragondins d’Amérique du Sud ramenés en Europe pour répondre à la demande de l’immonde marché de la fourrure. Quant à la réintroduction, elle ne peut contrecarrer que l’ une des raisons de la disparition des espèces : la persécution directe et délibérée par l’homme. Cette persécution a plusieurs origines. L’une d’elles, déjà évoquée plus haut, consiste à se divertir. D’autres sont liées à des fantasmes ancestraux qui ont la peau dure dans certaines régions : le loup qui va pulluler, les serpents coupables de nous faire peur, le grand rapace qui, si on laisse faire, va bientôt s’attaquer à des nourrissons [8]. En limitant par une action de police cette persécution à l’intérieur de territoires où s’applique une juridiction spéciale accompagnant les entreprises de réintroduction, les autorités prétendent construire des îlots verts au milieu d’un océan pollué par l’action conjointe de toutes leurs autres politiques. Mais à quoi bon s’acharner à réintroduire des coqs de bruyère au sommet du Mont Lozère si, dans le reste du pays, les herbicides font disparaître en masse insectes et passereaux ? À quoi bon créer des ministères de l’ Écologie quand les autres ont pour mission de détruire l’environnement directement (ministère de la Défense, ministère de l’Agriculture) ou indirectement (à peu près tous les autres) ? À part se forger une image écoresponsable et faire passer un message en phase avec son époque, seul l’habituel exercice de contorsion bien-pensante permettra de trouver une réponse à ces questions. Mais l’acharnement direct n’est pas la seule raison de la disparition des espèces : celles-ci doivent faire face aux menaces de fond. Et c’est à nouveau dans l’action de notre propre espèce que se logent ces causes. Nous aurions peut-être parlé de menaces à long ou moyen terme en rédigeant ce texte il y a quelques années. Mais la nouvelle extinction massive est désormais un processus reconnu et entamé : le capitalisme triomphant n’ est plus un cadeau empoisonné que nous laisserons aux générations futures, mais bien une grenade dégoupillée que nous tenons entre les mains.

Destruction des milieux, bétonisation massive, dérangement, réchauffement climatique etc. sont autant de causes du recul du vivant à la surface du globe. C’ est ce que nous entendions lorsque nous soulignions plus haut qu’aucun dommage engendré par la domination capitaliste, aussi collatéral soit-il, ne peut être considéré et enrayé isolément. Un agent d’un quelconque parc national aura beau mettre une prune à un braconnier abattant une espèce protégée, il n’empêchera pas les entreprises de vendre plus d’automobiles, les groupes de photographes naturalistes de faire échouer les reproductions, les stations de ski et les infrastructures routières de morceler les populations, les hordes d’aventuriers portant des baudriers en guise de slips de débouler en masse dans les milieux fragiles. Il n’empêchera pas non plus le réchauffement de grignoter le territoire de ces animaux dont l’écologie est basée sur la présence de la neige : avec une couverture blanche se réduisant à peau de chagrin, la survie d’ espèces telles que le renard polaire, le lièvre variable, le lagopède ou encore l’ hermine est en péril. L’avenir de ces espèces consiste-t-il en un élevage dans des centres spécialisés effectuant chaque année des lâchés d’animaux semi-domestiqués ? Et pourquoi pas, tant que nous y sommes, effectuer ces lâchés à l’intérieur d’enceintes grillagées, ces zoos qui ne veulent pas dire leur nom, tels ces loups du Gévaudan vantés par les plaquettes touristiques ? Sont-elles guettées par le même avenir pathétique que ces pandas géants à qui des équipes de scientifiques projettent des films coquins afin de stimuler une reproduction en déclin ? Car c’ est bien par une grève des parties honteuses que ces animaux ont réagi à la disparition de leur biotope et à leur conservation artificielle… Aussi surréelle que puisse sembler cette situation, nous en sommes là et ce texte n’est pas le début d’un livre de science-fiction.

Enfin, un constat s’impose dès lors que l’ on observe la pratique de la réintroduction dans les parcs nationaux et autres réserves naturelles : c’est parmi les espèces spectaculaires que ces opérations grappillent généralement leurs candidats, plutôt que parmi celles dont la disparition ou raréfaction a des conséquences autrement plus graves. Citons pour exemple les grands ongulés (cerfs, mouflons, bouquetins…) qui en imposent par leur taille, ou l’ ours, spectaculaire dans un monde où la fausse sensation forte est une demande. Quant au castor, bien que moyennement imposant, il bénéficie d’ une certaine sympathie dans l’imaginaire collectif, en plus de faire faire des économies aux collectivités territoriales en assumant une partie de l’entretien des berges et en permettant de les maintenir accessibles. C’ est du moins une des raisons de sa réintroduction dans certains pays d’ Europe. La mise en valeur des espèces dans la stratégie de communication des parcs ou réserves sert bien entendu à valoriser le territoire d’un point de vue économique. Car dans le pur intérêt de ces animaux, le battage médiatique autour de leur présence est une véritable tare. N’importe quel responsable de programme de réintroduction sait pertinemment que le silence est le meilleur allié d’ un lâché de faune sauvage. Car outre les éternels chasseurs, c’est en images que d’ autres cherchent à les capturer, avec les conséquences que l’on sait sur l’ échec de la reproduction. L’aigle royal n’a certes plus grand chose à craindre de cette triste habitude paysanne qui consistait à tirer systématiquement les rapaces. Mais c’ est désormais la chasse au plus beau cliché qui le menace, et particulièrement les couples dont les nids se situent dans des territoires à peu près accessibles pour les naturalistes : ces territoires dits de moyenne montagne, dénués de grandes parois isolées.

Avec une période de nidification occupant environ les trois quarts de l’année et l’habitude établie d’abandonner le nid en cas de dérangement, le danger que font peser certains amoureux de la nature sur ces espèces est maintenant un fait reconnu. La gestion de la réintroduction à la sauce parc national est donc embourbée dans une contradiction indépassable. Les commissions responsables des programmes de réintroduction auront beau croire sincèrement dans le bien-fondé de leur action, leurs membres auront beau penser individuellement que le problème est global, la promotion faite autour de ces opérations participe à la création du problème qu’elles se proposent de freiner. Et personne n’imagine cette publicité disparaître de sitôt. Le capitalisme ayant depuis longtemps atteint l’étroite limite géographique qu’est la planète, il s’agit désormais de la presser et d’intensifier son exploitation là où cela n’a pas encore été suffisamment effectué. On ne produira certes jamais autant de valeur marchande dans les territoires montagnards et ruraux que dans les quartiers d’affaires, mais le fonctionnement sous forme de crise permanente de l’économie mondiale passe par l’augmentation et la multiplication des cadences partout où cela est possible. La mise en valeur du territoire, ce n’est pas une tentative de revenir à des pratiques supposées authentiques afin de juguler les ravages qu’y a causé la marchandise. C’est au contraire extraire de la valeur de régions où l’industrie et le service se sont peu implantés et où, comme partout, la loi de la rentabilité doit plus que jamais s’appliquer. La course à la croissance passe également par là. C’est donc aussi à travers la promotion de parcs nationaux riches en biodiversité que l’on attire et que l’on fait tourner l’économie locale. Mais foin de démonstrations prétendant faire croire au lecteur que nous comprenons quelque chose à l’économie !

De nature compréhensive, nous ne profiterons pas de cette amorce de conclusion pour vous enquiquiner par un pseudo-maniement de science marxisante. En insistant sur la richesse faunistique de ses territoires, l’État, par l’intermédiaire de ses parcs et autres zones classées, stimule le tourisme et se veut une courroie de transmission vers les acteurs économiques locaux : hébergements, restauration, industrie du loisir et de l’activité pleine nature. Ces derniers le savent d’ autant mieux que la plupart agitent, qui un bouquetin, qui un ours, qui – faute de mieux – une marmotte, telles les mascottes de leurs vertes vallées. « Ariège, pays de l’Ours », chantent les commerçants de cette partie des Pyrénées dès lors qu’ils vendent autre chose que de la viande ou du fromage. C’est finalement en gardant en tête les perspectives larges dans lesquelles se situent les politiques de réintroduction que l’envie de nous positionner à leur sujet nous est coupée nette. La disparition des espèces nous inquiète, mais pas seulement celle des espèces commerciales, loin s’en faut. Nous nous foutons de la perspective purement contemplative, provisoire et palliative que l’ État propose à l’intérieur d’une poignée de périmètres balisés. On ne combat pas un cataclysme en en attisant un autre, ou en menant des expériences isolées qui ressemblent de plus en plus à des musées ou à des zoos à ciel ouvert, mais en sapant les fondements d’un système sénile qui nous impose un tel spectacle comme la normalité.

  Andy Manché.

 

1Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage, sous l’égide des ministères dédiés à l’Environnement et à l’Agriculture. Le rôle et le rapport à la chasse sont centraux dans l’orientation, les choix et les mises en place des politiques de réintroduction.

[2Ce chiffre tient compte aussi bien des bons que des mauvais chasseurs.

[3Avant Macron, c’était Giscard qui avait été le plus jeune président élu. Fort de son image de jeune loup au top de la forme, il pensait casser l’ image de la vieille politique en allant boire des coups avec le petit peuple dans les villages, en prenant le petit déjeuner avec des éboueurs ou en serrant la paluche d’un détenu… avant d’aller honorer la politique françafricaine et, après les signatures de contrats et autres accords militaires, de partir chasser l’éléphant sous le feu des projecteurs.

[4À part quelques champions de l’adaptation, comme par exemple les mésanges dont le bec somme toute assez robuste permet de passer à un régime granivore en hiver. Mais pour les passereaux dits spécialisés qui ont le malheur de ne pas être migrateurs, débusquer des insectes en quantité suffisante toute l’année s’avère de plus en plus une vraie prise de tête/crâne.

[5Sauvages et de tous poils, n°44/45 de la revue du Parc National des Cévennes.

[6Le pullulement est souvent reproché à des espèces dont une des caractéristiques est justement de ne pas pulluler. Le renard ne pullule pas : lorsque sa population atteint un seuil défini par la disponibilité des ressources alimentaires, la femelle donne naissance à beaucoup moins de renardeaux. Le loup qui cristallise crainte et haine ancestrales obéit à la même règle que son cousin goupil : la femelle va jusqu’à renoncer à ses chaleurs en cas de saturation démographique. On ne pourra que constater sans la moindre ironie que l’espèce qui reproche aux autres de pulluler – homo sapiens –, compte 7,5 milliards d’individus auxquels s’en seront ajoutés quelques millions entre la rédaction de cette note de bas de page et son passage sous presse…

[7Citons pour exemple le fécal retour de bâton consécutif à l’introduction massive de vaches en Australie. En l’absence du bousier, insecte consommateur exclusif de bonnes vieilles bouses, les pâturages australiens se sont recouverts de déjections dont le recyclage n’était plus assuré par personne, les humains ne mangeant de la merde qu’à condition qu’elle soit estampillée McDonald’s ou Carrefour…

[8Si effectivement la présence de certaines de ces espèces peut compliquer la vie d’un éleveur ou du propriétaire d’une basse-cour, elles payent cependant souvent le prix de la rancœur de corps de métiers devenus obsolètes dans l’économie mondialisée. On a régulièrement besoin de boucs émissaires, faute de s’attaquer aux causes directes de son mal-être. Autrement dit, il est plus commode pour un éleveur ariégeois de blâmer l’ours qui s’attaque épisodiquement à un troupeau, qu’un pouvoir dont les orientations laisseront toujours les paysans osciller entre dépôt de bilan et burn-out. L’ acharnement franco-français contre les grands prédateurs est également à rechercher dans le fait qu’ayant été exterminés, et donc absents pendant plus d’un demi-siècle, leur retour est vécu comme une contrainte supplémentaire par des filières professionnelles aux abois. Quant à la disparition de la profession du fait de l’agressivité, pour ne pas dire la sournoiserie, du grand méchant loup, un petit détour par l’Espagne ou l’Italie renvoie cet argument à ce qu’il est : un fantasme. Des millénaires de cohabitation ininterrompue entre le loup, l’ours et l’homme n’a fait disparaître ni éleveurs, ni proies.

Parution de Nunatak n°4 (Hiver-Printemps/2019)

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Ps: nous souhaitons faire une tournée de présentation de la revue dans le Massif Central (Limousin, Haute-Loire, Nord-Ardeche, Auvergne…) au début du printemps, si vous souhaitez proposer des dates et/ou des lieux pour les présentations, n’hésitez pas à nous contacter!

SOMMAIRE :
Belle époque et xénophobie/Brigante se more/Chasse, pêche, nature et réintroduction/Pour une poignée de riz/Choucas des tours/Le bruit du fleuve Congo n’ empêche pas les poissons de dormir/Un compteur intelligent n’est pas le contraire d’ un compteur idiot

Premiers flocons, premières dégradations?

« Nous avons constaté plusieurs séries de dégradations sur les équipements », note Valérie Garcin-Eyméoud, présidente du sydicat mixte des stations du Queyras et conseillère départementale. Une première série, il y a quinze jours (excréments humains, sabotage sur des perches). Puis une deuxième constatée ce mercredi. « Des goupilles ont été arrachées, poursuit-elle. Le reste, c’est de la bêtise humaine, mais là, les conséquences auraient pu être graves. » Selon un communiqué envoyé par le Département, il s’agit de “goupilles retenant les roues des enneigeurs mobiles et des timons. Au risque, lors d’un déplacement de l’équipement (l’enneigeur pèse 850 kg) qu’il ne perde ses roues et se retourne. La liste des événements concernant les nuisances envers la neige de culture commence à être longue sur le domaine de Molines/Saint-Véran. Des vannes, des supports d’enneigeurs, un ordinateur de commande et des coffrets électriques ont été détériorés”. Selon la conseillère départementale, le préjudice de la première série de dégradations a été estimé à environ 7 000 euros.

Repris du Daubé