Jaune : le journal pour gagner

Le journal

Jaune est un état d’esprit. Celui de la détermination. Après deux mois de lutte, on a ressenti le besoin de porter clairement les positions de la victoire au sein d’un mouvement qui ne manque pas de VRP en tout genre pour nous vendre les solutions de la défaite clé en main. Ces gens-là ont des forces, ils ont des thunes, des moyens de propagande, et on se retrouve parfois séduits par leur mirage, souvent étouffés dans leur proposition. Ce constat, on l’a retrouvé dans plusieurs villes de France et c’est à partir du partage d’expériences qu’on a lancé le journal. Nous voulions faire exister les positions de la victoire, les assumer et permettre leurs discussions. En parallèle du journal papier dont la publication dépend de nos capacités financières logiquement maigres, nous tenons un journal en ligne jaune.noblogs.org sur lequel nous publierons les différentes contributions qui vont dans le sens de l’extension et l’approfondissement du mouvement. Nous les publierons ensuite dans la prochaine édition. Pour nous faire parvenir vos impressions, vos récits, vos analyses, pour nous soutenir financièrement, pour commander des journaux, vous pouvez écrire à lisezjaune@riseup.net 

Edito de Jaune N°1 :

Gagner. Cela peut paraître ambitieux pour celui qui n’a pas participé au mouvement des Gilets Jaunes. Les voitures tournent à l’essence, nous on carbure à l’ambition. Depuis le 17 novembre, nous sommes des centaines de milliers à passer à l’action. On se rencontre sur les ronds-points, on s’organise pour bloquer l’économie, on se défend ensemble contre la police en manifestation. On n’a jamais vu une telle détermination des « gens de rien » depuis des lustres. Et on ne compte pas s’arrêter là. Ce journal, c’est pour ça. C’est pour continuer. Et surtout, c’est pour gagner. Mais gagner quoi ? Ou plutôt jusqu’où ? Personne n’est en mesure d’y répondre mais nous prenons le parti de ne pas brider nos ambitions. Nous sommes pour l’extension et l’approfondissement du mouvement, contre une vie trop chère pour être vécue. Qu’il rentre dans le quotidien de tous les gens qui galèrent dans ce pays. Qu’il déborde des frontières de la France sans aucune modération, comme c’est déjà le cas en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Irak, au Soudan etc.

Pour cela, le mouvement n’a pas besoin de direction. Bien au contraire, ce que les politiciens appellent « orientation », qu’elle soit nationaliste, confusionniste, citoyenniste ou raciste, c’est une façon de canaliser la révolte, d’en écraser certains avant d’écraser tout le monde, pour que les bourges continuent à se gaver. Dans ce journal, on cherche plutôt à savoir comment on peut rendre ce mouvement moins contrôlable et plus fort qu’il ne l’est déjà. Comment on développe des solidarités avec tous les prolos sans exception pour tenir ensemble contre cette vie misérable ? On y discute des stratégies de lutte, comme la grève ou encore le blocage, mais aussi des manœuvres ennemies, en particulier de la répression qui nous frappe et de la réponse pratique qu’on doit fournir pour ne laisser personne sur le carreau.

On voit la presse, la classe politique et les patrons s’époumoner pour diviser le mouvement. Ils crient « casseurs », « violence », « terroristes ». Ils n’ont que ça à la bouche pour nous dissuader de lutter, et ce qui est magique, c’est que leur tour ne fonctionne pas. On ne va pas pour autant dire que tout est rose dans ce qu’on vit depuis deux mois. L’engagement est exigeant, les vautours sont à l’affût, nos galères de fin de mois sont toujours là et l’horizon qu’on nous promet ressemble à un film apocalyptique. Nous refusons ce futur et c’est pour cette raison qu’on bricole les moyens d’en finir. On en propose quelques uns dans les pages qui suivent. Jaune, le journal pour gagner.

Vous pouvez télécharger la version papier qu’on diffuse en cliquant ici : Jaune#1 (web)

La chasse aux chômeurs est rouverte

Voici quelques éléments concernant l’attaque en règle du droit au chômage en cours, qui s’annonce comme une véritable chasse aux chômeurs, avec comme trophée de chasse pour les patrons 5 milliards d’euros et de la main d’œuvre disciplinée. On entend pas mal parler en ce moment d’un décret d’application d’une loi votée l’été dernier sur le contrôle des chômeurs. Le décret a été promulgué le 30 décembre et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est vraiment bourrin . Déjà on a Pôle Emploi qui fait passer son armée d’agents uniquement dédiés au contrôle des chômeurs de 215 à 600 en 2018, et veut les passer à 1000 d’ici 2020, tout en supprimant des postes de conseillers.

Mais le versant le plus vénère de ce décret, c’est la question des sanctions. Rater des RDV, des convocations, ne pas fournir assez de preuves de sa « recherche active d’emploi », ce sera s’exposer à des sanctions lourdes . Ainsi, on pourra voir ses droits suspendus progressivement sur une période de 1, puis 2, puis 6 mois. Le petit côté magique c’est que cette suspension ne vaut pas radiation, autrement dit on est toujours allocataire… donc pas éligible au RSA. Ce décret inaugure donc le concept de mois à 0 euro de revenu, ce qui devrait être suffisant pour mettre tout le monde dans la rue en un rien de temps. Mais accrochez-vous, c’est loin d’être fini…

En effet il y a une autre nouveauté de taille dans ce dispositif de sanction : la SUPPRESSION de droits au chômage. Vous savez, ceux pour lesquels vous avez cotisé sur votre salaire ? Eh bien dorénavant il sera possible de les supprimer. Autrement dit, Pôle Emploi sera en capacité, en guise de sanction pour avoir été un mauvais chômeur, d’anéantir définitivement une partie de votre salaire que vous aviez cotisé en bossant. Retour à la case départ, zéro droit au chômage. Ces sanctions s’appliquent en cas de refus de deux « Offres Raisonnables d’Emploi » (ORE). Les ORE sont désormais désindexées de l’emploi précédent : il faut accepter n’importe quel emploi proposé même si plus précaire et moins payé que le précédent.

Bref ce décret permet d’intensifier le contrôle des chômeurs et leur serrer la vis dans le but de leur faire accepter des emplois précaires et mal payés, sous peine de suspension voire suppression de droits au chômage. MAIS ce n’est pas tout !

Car en plus de ce décret, une négociation est en cours depuis quelques mois, autour d’une réforme de l’Assurance Chômage, qui devrait être votée en février. Et bien évidemment, cette réforme poursuit la même logique de chasse aux chômeurs. Elle a en premier lieu l’objectif de mettre en place la fameuse dégressivité des allocations, c’est à dire leur diminution dans le temps, afin de « remotiver » les chômeurs qui auraient cotisé suffisamment pour toucher 6 mois ou plus d’allocations.

L’autre chantier de cette réforme est de réduire les « coûts » de la permittence. Les permittents, c’est ceux qui enchaînent périodes de chômage et de travail, contrats précaires, saisonniers, intérim, etc. La méthode consiste à « lisser » les droits des permittents, en modifiant le calcul des droits de manière à les étirer dans le temps, ce qui de fait réduit très fortement le montant journalier moyen versé. Par exemple après des contrats courts et de l’intérim 2-3 jours par semaine, on toucherait 400 €/mois sur 8 mois au lieu de 800 €/mois sur 4 mois, ce qui inciterait à accepter rapidement n’importe quelle offre pour avoir un revenu correct. Il s’agit donc de défendre collectivement notre droit au chômage, ce qui nous concerne tous directement car contrairement à ce qui est dit, répété il ne s’agit pas d’une réforme visant à réprimer « la fraude » ou du moins ce qui est désigné comme tel.

C’est un ensemble de mesures visant à empêcher de faire valoir ses droits, ce qui constitue une baisse de salaire horaire réelle pour les intérimaires, saisonniers, etc. qui enchaînent missions et contrats courts avec des périodes de chômage. Le but est de décourager ceux qui auraient la prétention de faire valoir leurs droits au chômage, par l’épuisement face au harcèlement incessant des contrôles (alors qu’on sait déjà que 36 % de ceux qui auraient droit au RSA ne le réclament pas).

Ce texte a été rédigé par un collectif de Rennes :

En tout cas sur Rennes un collectif appelle à s’organiser, multiplions les initiatives en ce sens et faisons déborder la lutte contre les chasseurs de chômeurs, car #OnEstPasDuGibier ! https://www.facebook.com/Contre-la-r%C3%A9forme-ch%C3%B4mage-194911824725291/ …

Retrouvez l’intégralité de l’article sur le site Agitation Autonome

Aux frontières de l’exploitation

Voir en ligne : Traductions en anglais et italien par ici

Ce 10 janvier 2019, deux camarades comparaissent devant le tribunal correctionnel de Gap. Ils sont accusés d’aide au passage illégal de la frontière franco-italienne, dans les environs de Briançon.
Il n’y a pas lieu de s’en indigner ni même de s’en étonner. Le contrôle des frontières et des marchandises et humain·es admis ou non à les franchir est une prérogative exclusive et essentielle des États.
Qui s’incarne au quotidien dans la persécution et la mise en danger par les forces de l’ordre des personnes qui tentent de rentrer et de séjourner en France sans les bons papiers.
Qui se traduit par la conclusion d’accords avec les chefs de guerre libyens, le roi du Manioc et autres dictatures, turque ou soudanaise. Le concept : l’externalisation des frontières. Les conséquences : des dizaines de milliers de vies englouties par le désert et la mer, le viol des femmes et la torture systématisées, l’internement de masse dans des camps de concentration, l’esclavage.
De Khartoum à Calais, des barbelés des camps libyens aux patrouilles nocturnes de flics dans la montagne, une seule et même politique.

Quiconque entend contester ce monopole du contrôle des frontières par l’État s’expose à une réaction du pouvoir. Réaction qui s’exprime dans ce tribunal par la voix du procureur et la future sanction des juges. Dans ce système-monde, la répression prend des formes multiples : elle est économique, policière, pénale, plus ou moins systématique et brutale selon la position à laquelle on est assigné dans l’échelle des dominations.

Carnage

Ce monde, ce système est un carnage. Un pillage sans limite de l’ensemble des ressources, rendant invivable une partie croissante des territoires que les gens sont obligés de quitter. Un carnage écologique qui se décline en extraction de la biomasse, désertification, appauvrissement des sols, assèchement et pollution massive des cours d’eau, fonte des réservoirs d’eau douce, disparition de la biodiversité et des pollinisateurs naturels, contamination chimique et nucléaire de territoires. D’Amazonie en Afrique centrale, en Mongolie, en Biélorussie ou au Japon. Partout.
Insécurité alimentaire de masse, famines, épidémies, génocides et autres fléaux s’abattent sur des pans entiers de l’humanité. Ils sont les effets et le cœur de la guerre, qu’elle soit économique, financière, ou militaire.

Le vivant en général est soumis à un comportement délirant, complètement cannibale, du système capitaliste. Tout est propre à devenir marchandise : de l’eau potable au corps des femmes, de l’AK-47 au fœtus.

Ce carnage laisse des traces irrémédiables de violence dans les histoires individuelles et collectives. Ce système sème la mort et le désert. Et plus que jamais, la misère et l’exploitation sont le lot commun de l’humanité dans son ensemble — ou presque. Dans un tel système, tôt ou tard, n’importe qui peut se retrouver et se retrouvera naufragé et devra partir pour chercher ailleurs où et comment survivre.
Dans cette guerre impitoyable contre le vivant et l’humanité, nous sommes toutes et tous des naufragé·es en devenir.

Dans cette logique, nous sommes tous·tes marchandises, ressources et fusibles de la logique de rentabilité du capital. La mondialisation s’est faite au profit de puissances industrielles et financières dans une logique de privatisation totale au prix d’une dépossession du plus grand nombre.
L’histoire des pays colonisés renferme son lot de souffrances et d’exploitation outrancières, de racisme, de négation de l’individu, de guerres, et de domination des puissances européennes.
Les monopoles industrialo-financiers occidentaux ont pu grâce aux soutien des États et de leurs armées, par l’influence et la corruption des possédants locaux des colonies ou ex-colonies, s’approprier toujours plus de matières premières, accroître leur production, s’abreuver de nouveaux marchés juteux, dans des régions où les coûts sont bas, le droit salarial quasiment absent et l’exploitation quasi-esclavagiste.

Marchandise humaine et compétition

Les migrations vers l’Europe, si marginales qu’elles soient par rapport aux mouvements migratoires dans le monde, ont généré un bruit médiatique phénoménal ces dernières années. Ces candidat·es à l’intégration représentent une aubaine à plusieurs titres. Boucs émissaires parfaits dans une période de rhétorique d’insécurité permanente, ils permettent d’acheter et de fabriquer l’électorat de l’extrême-droite. Ils justifient ensuite de renforcer aux frontières intérieures et extérieures de l’Europe, et sur tous les territoires possibles l’emploi de matériels et moyens de surveillance, contrôle, répression, enfermement, etc., un terrain de jeu et un marché lucratif pour l’industrie d’armement. Les nouveaux arrivant·es représentent enfin une main-d’œuvre idéale : arrivée auprès de l’employeur à ses propres frais, à un prix défiant toute concurrence locale, sans protection sociale ni sécurité au travail, rendue docile par les difficultés du parcours, et jetable dès qu’elle n’est plus utile.
Le patronat ne s’y trompe pas lorsqu’il affirme la nécessité de cette migration corvéable à merci. Comment pourrait-on alors encore aujourd’hui penser que l’immigration représente un problème alors qu’elle contribue à la croissance, si ce n’est pour s’assurer que les exploité·es soient mis en concurrence ?

Dans les anciennes colonies françaises comme en hexagone, on peut se retrouver à travailler pour les mêmes firmes transnationales, plus ou moins exploité·e selon que l’on dispose ou pas des bons papiers. On peut ici se sentir privilégié·e bien que « la crise » (qui n’est qu’une réorganisation de la production capitaliste) touche également la population voyant son niveau de vie reculer. Les licenciements massifs des pôles industriels (ex Arcelor Mittal) ruinent des vies ouvrières nombreuses et ne sont pas dus à la migration des humain·es mais à celle des machines et des investissements là où les coûts de production sont plus attractifs, plus « compétitifs ».

Les migrant·es sont accusé·es d’être des concurrent·es sur le marché du travail alors qu’illes sont d’autres exploité·es. Les camionneur·ses français·es ont douloureusement senti la venue des travailleur·ses d’Europe de l’est sous la forme d’une plus grande pression de leurs patrons sur les heures, le taux horaire, etc.

Le repli nationaliste, xénophobe qui se répand et peut apparaître comme une « menace pour la démocratie » est compréhensible dans ce contexte d’insécurité économique, de souffrance et de précarité qui ne sont que les effets concrets de la mise en concurrence violente du prolétariat.

Valeur(s)

Liberté, égalité, fraternité. Les valeurs invoquées par l’État dans son histoire moderne ont été et restent diverses manières d’habiller les logiques d’exploitation pour les justifier, et ce quelles que soient les références utilisées : supériorité raciale blanche, scientisme, positivisme, développement, droits de l’homme. Tous les universalismes nés dans les milieux intellectuels des pays conquérants ont été autant de valeurs mobilisées par la classe dominante pour la défense de ses intérêts propres, industriels, économiques, culturels, etc.

Loin d’être des idéaux que l’usure du fonctionnement des institutions démocratiques aurait dévoyés, ces valeurs ont été le drapeau avec lequel le capitalisme a revêtu son passage en système dominant dans le monde. Et ce drapeau n’est déjà plus qu’un torchon sale et jeté à la poubelle de l’histoire d’en haut.

Du reste, les chien·nes de garde du système, chroniqueur·ses autorisé·es et autres penseur·ses réactionnaires ne s’y trompent pas, qui ne s’appuient guère plus sur ces valeurs que pour justifier la fermeture de l’espace intérieur, où elles seront protégées d’un extérieur « barbare » : la sécurité éventuellement liberticide au nom de la liberté, ou encore l’égalité au sein d’une partie choisie de la population. Le déchainement de mépris, au nom des valeurs républicaines, qui a pu s’exprimer ces dernières semaines à l’encontre de celles et ceux qui ont pris la rue et les rond-point, affirmant leur refus d’être gouvernés et tentant de se relier et de s’organiser en conséquence, relève du même mécanisme. Là-bas, les « barbares », ici, les « foules haineuses ». En danger, les valeurs. Et pour les défendre, la force.

Aujourd’hui, l’État déploie une milice à ses frontières pour suveiller et traquer les éxilé·es. Des maraudes s’organisent pour leur porter secours, non pas par ce que la montagne, la neige et le froid sont en eux-mêmes des dangers, mais du fait de la mise en péril qu’entraîne ce déploiement sécuritaire. Et la justice pourchasse celles et ceux qui y prennent part. Le message se veut clair : quiconque entend traduire en actes des valeurs pourtant gravées au fronton de tous les bâtiments publics peut finir en taule.

Dès lors, peut on attendre d’un tribunal qu’il rétablisse, au nom de ces valeurs, un prétendu « État de droit » qui n’est, en définitive, rien d’autre que l’expression d’un rapport de forces, celui du totalitarisme capitaliste et des violences qui, partout, toujours, l’accompagnent ?
Peut-on même invoquer ces valeurs dans une sorte d’absolu qui évacuerait la question de fond des rapports d’oppression qui, pourtant, conditionnent la possibilité de leur réalisation ?
Nous ne voulons plus croire en ce mensonge. Dans la guerre qu’il mène contre le vivant et l’humanité, ce système, dont l’État n’est qu’un rouage, n’admet qu’une valeur : celle du profit.

Et alors ?

Quelle possibilité pour une lutte dans le Briançonnais, territoire où la classe prolétaire (saisonniers des stations et précaires du bâtiment) est atomisée et pour une part importante itinérante, donc peu organisée face à la classe exploiteuse, et qui se retrouvera à la rue quand le réchauffement climatique aura fait fondre les espoirs de loisirs de neige ? Quelle lutte dans un territoire où la classe possédante profite de l’exploitation touristique de la montagne mise en scène comme un espace sauvage, préservé dans un spectacle caractéristique du capitalisme de loisirs ? Quelle lutte possible dans un territoire où les forces de l’ordre sont chargées d’assurer que les « indésirables » soient invisibles dans ce décor de carte postale ?
Bousculer cet ordre frontalier implique de remettre en cause l’ensemble de l’industrie de loisirs qui n’est qu’une forme locale du carnage mondial.

Ni ici ni ailleurs, nous ne voulons qu’une infime minorité prenne les décisions, accumule les richesses extorquées. Ni ici ni ailleurs, nous ne pouvons ignorer le carnage. Mais une perspective où l’on aide un·e « autre » quand tant d’autres restent livré·es à eux-mêmes peut-elle suffire ? Peut-on imaginer nous extraire du carnage, nous émanciper collectivement autrement que dans une lutte commune ? Peut-on faire autrement que lutter dans chaque situation où nous percevons nos intérêts communs pour les réaffirmer et nous libérer ensemble, à partir d’une conscience de condition commune, entre exploité·es et face aux exploiteurs ? Peut-on s’opposer plus longtemps aux politiques racistes d’État sans s’associer avec les principaux concernés, la où ils et elles s’organisent et luttent déjà ? Peut-on combattre les violences policières sans une analyse systémique qui prenne en compte a minima l’ensemble des perspectives évoquées ici ?

P.-S.

Texte imaginé et rédigé par un collectif de personnes socialement hétéroclites mais qui sont toutes blanches et avec les papiers nationaux français. Ce texte est une première étape, une version indispensable pour commencer à poser les éléments d’une réflexion base d’une lutte. Si tu as envie de le modifier, de l’enrichir, le développer, zyva.

Premiers flocons, premières dégradations?

« Nous avons constaté plusieurs séries de dégradations sur les équipements », note Valérie Garcin-Eyméoud, présidente du sydicat mixte des stations du Queyras et conseillère départementale. Une première série, il y a quinze jours (excréments humains, sabotage sur des perches). Puis une deuxième constatée ce mercredi. « Des goupilles ont été arrachées, poursuit-elle. Le reste, c’est de la bêtise humaine, mais là, les conséquences auraient pu être graves. » Selon un communiqué envoyé par le Département, il s’agit de “goupilles retenant les roues des enneigeurs mobiles et des timons. Au risque, lors d’un déplacement de l’équipement (l’enneigeur pèse 850 kg) qu’il ne perde ses roues et se retourne. La liste des événements concernant les nuisances envers la neige de culture commence à être longue sur le domaine de Molines/Saint-Véran. Des vannes, des supports d’enneigeurs, un ordinateur de commande et des coffrets électriques ont été détériorés”. Selon la conseillère départementale, le préjudice de la première série de dégradations a été estimé à environ 7 000 euros.

Repris du Daubé

Sur l’expulsion de Chez Jésus

Ils ont expulsé Chez Jésus. 14 camionettes, plusieurs voitures de police et carabinieri, l’éternel troupeau bien fourni de digossini tout fiers. Ils sont arrivés à 7h40 le mercredi matin. Ils ont defoncé la porte avec un bélier et un marteau, et ils sont entrés.
Le prêtre qui nous a denoncés, Don Angelo Bettoni, ne s’est pas montré. Le maire si, en revanche. Continue reading

Retrouver un sens politique à la lutte qui se mène aujourd’hui sur la ZAD

Ce texte est le fruit d’une longue réflexion à plusieurs qui nous avait conduits à publier une première analyse (« À Notre-Dame-des-Landes, comme ailleurs, seul un territoire en lutte peut s’opposer à la normalisation industrielle agricole ») quelques jours avant le rendez-vous du 10 février 2018 sur la ZAD, à la suite de la décision gouvernementale d’abandonner le projet d’aéroport. Le processus de négociation que nous critiquions alors enferme désormais le devenir de la ZAD. Ce nouvel appel ne se veut pas une réaction à une actualité derrière laquelle nous serions éternellement à la traîne. Il est publié quelques heures avant l’annonce gouvernementale qui doit fixer le nom des personnes qui auront le droit de mener un projet agricole sur la ZAD.

Nous, agriculteurs, agricultrices et habitants des campagnes, engagés dans un conflit contre la normalisation industrielle des campagnes largement organisée par les administrations agricoles, avons eu l’occasion de prendre part à maintes reprises à la lutte qui se mène à Notre-Dame-des-Landes depuis des années. Comme des milliers de personnes, nous n’y avons pas seulement reconnu une lutte contre un aéroport, mais tout autant un territoire et des habitants qui ont su, pendant 10 ans, se libérer d’une emprise administrative qui industrialise les campagnes à marche forcée. Derrière les multiples cabanes, les fromages, la viande, les animaux, les semences, les légumes, les céréales, le non-marché, etc. nous y avons reconnu une autonomie et une liberté reconquise en tenant à distance les administrations, leurs normes et leurs contrôleurs.

Là où chacun dans nos campagnes nous tentons de manière chaque fois trop isolée de ne pas mettre de puces électroniques aux oreilles de nos animaux, d’abattre nos animaux à la ferme, de fabriquer nos fromages hors des normes d’hygiène qui les aseptisent, de contourner les normes de sécurité sanitaire qui interdisent les pratiques paysannes, voire éliminent en masse les troupeaux, de ne pas répondre aux injonctions de traçabilité qui ne servent que d’argument publicitaire pour écouler la merde industrielle, de construire nos hangars et nos maisons à l’encontre des Plans Locaux d’Urbanisme qui font des zones agricoles des zones industrielles comme les autres, la ZAD a longtemps montré que le rapport de force avec l’État est le seul moyen de libérer nos pratiques et nos imaginaires.

Où est la division ?

Depuis l’abandon de l’aéroport, l’opération militaire et le processus de négociation orchestré par la préfecture ont fracturé la ZAD et fait perdre de vue à beaucoup le sens politique du conflit en cours. Cette fracture imposée par l’État est aujourd’hui reprise à leur compte par une grande partie des personnes toujours impliquées dans le conflit. Quiconque met les pieds sur la ZAD peut aujourd’hui prendre la mesure de la réussite provisoire de la manœuvre étatique de division. Grossièrement, une ligne de partage séparerait une zone dévastée (à l’Est) d’une zone d’avenir potentiel (à l’Ouest). Et il faudrait surmonter cette séparation pour laisser la place à la normalisation négociée de la ZAD. Mais cette spatialisation révèle une tension politique dont il nous faut définir les acteurs et les pratiques.

Dans le même temps, alors que les « expulsés » tentent toujours de reconquérir leur territoire ravagé, nombre de citoyens opposants à l’aéroport accentuent l’opération de division en opposant les habitants « jusqu’auboutistes », « radicaux » ou « mauvais » et les « raisonnables », « légalistes », ou « bons », tentant par là de marginaliser et décrédibiliser les premiers en militant pour un retour à la normale, c’est-à-dire à l’État de droit, niant du même coup toute la portée politique de l’affront à ce même État de droit que constitue la ZAD depuis 10 ans.

Au sein même des habitants de la ZAD, cette division a trouvé son vocabulaire. Il y a désormais les « anti-autoritaires » et les « autoritaires », décliné sous la forme « inorganisés » et « organisés », ou encore les « pauvres en capital social » et les « riches en capital social », entre « faibles » et « puissants », ou, plus ostracisant, entre « chieurs-punk-à-chien-relous-anarchistes-primitivistes-schlags-bouffons » et « stratèges-pragmatiques-intellos ».

Ces divisions, désormais inscrites comme événement médiatique, fabriquent des figures spectaculaires forcément réductrices qui ont surtout le mérite d’occulter le sens politique de ce qui se joue actuellement sur la ZAD.

Que des conflits internes aient préexisté à ces divisions médiatiques, et qu’ils puissent éclairer la partition actuelle, est une donnée dont nous n’allons faire ici l’histoire1, tout simplement parce que nous n’y avons pas pris part et que la situation présente est suffisamment éclairante en elle-même pour prendre parti dans cette division. Regarder simplement les faits et leurs résultats suffit amplement à les juger. Il y a en effet deux camps aujourd’hui, à savoir ceux qui font le jeu de l’État et ceux qui tentent de s’en défaire.

Mais pour juger des faits, il faut déjouer le spectacle qui les entoure, les effets d’affichage dont ils font l’objet et les mensonges qui s’y cachent. Mensonges dissimulés maladroitement derrière les mots « composition », « unité », « force de la diversité » qui sont devenus les slogans publicitaires d’un « âge adulte de la contestation enfin advenu ». Mensonges entièrement discernables dans le fameux texte des « 6 points » que certaines « composantes » de la lutte présentent comme l’incarnation du consensus obtenu après un long apprentissage des compromis et qui donnerait la possibilité à tous d’y trouver leur compte dans une campagne débarrassée d’un aéroport.

Depuis déjà quelques années la création d’une entité juridique revendiquant l’appropriation légitime des terres est devenue la pierre angulaire de la stratégie officielle du mouvement. Une bonne partie du mouvement s’est ainsi réconfortée sur le fait que l’après abandon de l’aéroport était anticipé et que cette solution permettrait à tous les habitants de rester vivre sur la ZAD. Le mensonge est précisément là. Et il éclate malheureusement à la figure de ceux qui en avaient pris la mesure, c’est-à-dire ceux-là même qui ont vu leur habitat réduit en miettes depuis le 9 avril.

Pas de LarZad

Illusion et mensonge, parce qu’en mobilisant l’imaginaire du Larzac et en proposant de reprendre la formule qui a fonctionné là-bas, il s’agissait précisément de nier la singularité de l’histoire de la ZAD depuis 10 ans.

La réussite de la négociation avec l’État au Larzac a donné les résultats que l’on sait parce que les personnes qui occupaient le camp militaire et souhaitaient y rester étaient tous candidats pour devenir « chef d’exploitation ». Une fois le projet du camp militaire abandonné, les terres du Larzac pouvaient tranquillement être reprises en main par des agriculteurs. Au Larzac il n’y eut aucune velléité d’occuper les terres pour remettre en cause une agriculture entièrement prise dans un processus de normalisation industrielle. Personne n’allait s’offusquer du fait que cet arrangement avec l’État, qui donnait les terres en gestion aux agriculteurs, permettrait à la firme industrielle « Roquefort société » d’y accroître ses plus-values, enrobées d’une appellation d’origine contrôlée qui donnerait le change à l’exigence de « qualité » qui se faisait jour. L’industrialisation faisait encore l’unanimité dans les campagnes et personne ne voyait encore dans les AOC un enfumage publicitaire qui permettait d’accentuer l’exploitation des sols, des animaux et des humains.

A contrario, à la ZAD la simple appropriation collective des terres ne pouvait pas signifier une quelconque victoire si elle devait advenir. La normalisation industrielle des campagnes n’ayant fait que s’approfondir en 40 ans, c’est tout logiquement que la plupart des gens venus s’installer sur la ZAD l’ont fait en rupture totale avec ces normes industrielles encadrées par une administration agricole toujours plus puissante. Cette vie en sécession avec l’État n’a pu se déployer que parce que le rapport de force permanent sur place a permis, à partir de 2013, de tenir cette administration hors de la zone. Habitats et activités agricoles, notamment, partageaient une parfaite illégalité en même temps qu’ils privilégiaient un rapport poétique et collectif au monde en rupture avec les injonctions productives et individualistes, qui dégoûtent les plus passionnés de se faire agriculteurs.

Cette perspective stratégique, qui tente de se réaliser aujourd’hui, était donc un mensonge, au mieux par omission. La prétendue solution d’appropriation « pour tous » ne pouvait pas en être une. Tout simplement parce qu’une fois que l’État remettrait la main sur la ZAD, même en offrant la gestion des terres à une entité juridique portée par le mouvement, il ne pouvait qu’imposer « l’État de droit ». Or le niveau d’illégalité de chacun n’a jamais été également partagé. La régularisation que devait exiger l’État ne pouvait pas concerner tout le monde et pas de la même façon.

Celles et ceux des habitants de la ZAD qui ont pris l’initiative de lancer la négociation avec l’État ne pouvaient pas ignorer qu’ils allaient participer activement à une opération de tri entre les régularisables d’un côté et les autres : c’est-à-dire la majorité, les non-régularisables et les régularisables qui ne voudraient pas se régulariser pour ne pas perdre le sens de ce qu’ils vivaient sur la ZAD.

Il était également évident pour ces apprentis-négociateurs (qui pour la plupart n’ont pas eu leur habitat détruit depuis le 9 avril) que les habitats les plus menacés étaient essentiellement situés à l’est de la ZAD, à la fois parce qu’il n’y avait pas d’habitat en pierre (de fait donc régularisable) mais seulement des cabanes qu’aucun PLU n’accepterait de régulariser, et aussi parce que les vies qui s’y déployaient ne pouvaient pas se fondre dans un statut de chef d’exploitation.

Le « on défend tout le monde » a donc toujours été un mensonge crapuleux, une vitrine présentable pour masquer la réalité. Certains, comme Julien Durand, José Bové ou Françoise Verchère, n’ont pas eu de mal à sortir de cette opération mensongère (dans laquelle les manœuvres de « composition » les tenaient jusqu’au 9 avril) en légitimant l’opération de tri entamée par l’État, c’est-à-dire en légitimant l’expulsion de ceux qu’ils appellent les « jusqu’auboutistes ». D’autres, notamment les habitants de la ZAD engagés dans la négociation, ont encore besoin de faire croire à l’unité et à la solidarité de tous vis-à-vis de tout le monde. Cette unité, factice depuis longtemps, a pourtant volé en éclats depuis que quelques dizaines d’habitants ont décidé de remplir des formulaires de régularisation, c’est-à-dire de participer activement au triage orchestré par la préfecture.

Les négociateurs ont pris soin de ce que la plupart des lieux de vie et des parcelles utilisés par le mouvement soient intégrés dans ces formulaires pour faire vivre cette unité factice des habitants. Le tri était pourtant déjà bien réel, avant même que la préfecture ne fasse le sien. Des dizaines d’habitants n’ont pas voulu jouer ce jeu forcément perdant et nombre de lieux déjà détruits ne font même plus partie des espaces à négocier. Le tri de la préfecture fera le reste pour fignoler la sélection.

En guise de solidarité de tous envers tous, il ne reste plus aux plus ambitieux qu’à tenter de sauver leur peau en se fondant toujours plus dans les attentes de l’État pour avoir une bonne note à l’examen de passage. On n’hésite plus à démontrer qu’on s’est mis au diapason de la normalisation industrielle en « puçant » ses brebis, en annonçant un bâtiment de transformation « aux normes », en affirmant participer d’une « économie sociale et solidaire », etc. Après avoir imposé en interne le nettoyage de la route des chicanes, en janvier, certains exigent désormais l’enlèvement des barricades pour plaire à la préfecture, pourtant ultimes outils de résistance pour les expulsés et expulsables, mais qui gênent le processus de négociation de ceux qui se croient « régularisables ».

Double discours

La rupture de solidarité engagée par les « régularisables » n’en est que plus ignoble quand elle se double d’un discours qui tente d’expliquer rationnellement pourquoi l’Est a été entièrement détruit et pourquoi l’Ouest reste globalement indemne. On nous explique ainsi que l’État s’en est pris aux « plus faibles », sous entendu « nous, qui avons encore sauvegardé nos lieux de vie sommes dotés d’un capital social et d’une intelligence tactique qui nous rendaient plus difficilement attaquables, il faut donc nous suivre ».

L’opération militaire a pourtant pris soin de montrer que l’État pouvait tout détruire s’il le voulait. Ce que ces négociateurs ne voudront jamais retenir c’est qu’ils ne sont pas les « plus forts » mais simplement les pantins de l’État, qui avait besoin d’eux dans son opération de communication. Macron avait besoin de montrer sa capacité à rétablir l’« ordre républicain ». Mais pour le faire et ne pas donner le sentiment que l’ « ordre républicain » se confond avec un État fasciste, il avait besoin d’idiots utiles, de sauver quelques personnes du carnage, de faire de la ZAD un espace labellisé « transition écologique » par M. Hulot en personne. N’en doutons pas, l’opération sera parfaitement réussie de la part de l’État. Il y aura des couleuvres dures à avaler pour quelques régularisables non-régularisés, mais la solidarité réduite à ce petit groupe devrait tout de même suffire à se satisfaire de cette « petite victoire ».

La richesse en capital social de cette bande de négociateurs leur permet aujourd’hui de mobiliser nombre de soutiens dans la classe « intellectuelle », qui se répandent sur la toile pour défendre leur intelligence tactique. On veut nous convaincre qu’il fallait être pragmatique et qu’il n’y avait rien d’autre à gagner que quelques fermes normalisées « transition écologique ». Et, en effet, ces apprentis-négociateurs redoublent d’efforts depuis des années pour défendre leur intelligence tactique. Depuis des années, on nous rabâche les oreilles sur le fait que la « composition » est une formidable aventure humaine où les désaccords politiques se travaillent, où chacun fait un pas vers l’autre, où l’unité ne se fabrique pas sur la base du moins-disant mais qu’elle est un processus vertueux qui gagne en radicalité.

Derrière ce beau récit, les masques tombent quand l’État s’impose par la force. On découvre alors qu’un des paysans historiques de la ZAD, tout heureux de négocier avec l’État la réappropriation de sa ferme et qu’on imaginait positivement perturbé par la capacité des zadistes à bricoler des vies hors de l’État de droit, affirme froidement en assemblée qu’il n’a jamais été contre l’État, qu’il a toujours assumé que sa ferme avait besoin de l’État pour exister… Et l’on découvre que les seuls à avoir fait un pas vers l’autre dans ce travail de composition ne sont donc que ces zadistes-négociateurs, qui après 10 ans de composition ont troqué leur costume de black bloc pour trouver une place dans les couloirs de la préfecture. Voilà donc l’âge adulte de la contestation enfin advenu.

On veut désormais nous faire croire que la négociation elle-même est une ruse tactique, qu’on va enfumer l’État. On a certes rempli des formulaires, mais tout ça c’est pour fabriquer le « manteau », cette entité collective qui aura légitimité à gérer les terres de la ZAD (une partie au moins), et que, sous le manteau, le « corps » sera protégé, c’est-à-dire qu’on pourra reprendre nos activités illégales au nez et à la barbe d’une administration qui n’y aura vu que du feu… Preuve de notre intelligence tactique, mais aussi sa contre-partie, c’est qu’il ne faut pas parler de ces activités illégales. Il ne faut pas dire pourquoi elles le sont, surtout ne pas remettre en question la normalisation industrielle des activités agricoles imposée par l’État, au risque de dévoiler trop notre jeu. Il ne faut donc plus que notre lutte fasse apparaître son sens profond pour que la manœuvre ait une chance de réussir. Et, de toute manière, si on reprenait le sens initial de la lutte « contre son monde » qui s’est incarné dans les vies en sécession déployées depuis 10 ans sur la ZAD, personne ne le comprendrait et on aurait plus assez de soutien pour tenir un rapport de force. Il faut donc être pragmatique. Mais ne vous inquiétez pas, on cache notre jeu et on rebondira plus fort…

Limites de la « zone »

Les moins fiers de ces basses manœuvres, mais tout de même convertis au pragmatisme négociateur, ne sont pas en reste pour contrer l’outrecuidance « donneuse de leçons » d’une critique de la stratégie en cours. Il faut donc nous convaincre qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Vous qui êtes plus malins que tout le monde, qu’auriez vous fait de mieux que de négocier ? Et voilà qu’on nous targue de « complaisant défaitisme » qui empêcherait les « radicaux » de se satisfaire d’une petite victoire.

Oui, en effet, la force de l’État ne permettait pas de rêver aux grands soirs. En effet, même si l’histoire de la ZAD depuis 10 ans a suscité la mobilisation de quelques milliers de soutien, cela reste bien trop faible pour affaiblir radicalement les prétentions de l’État à administrer nos vies. Mais il n’y a là rien de neuf. C’est la réalité que nous vivons chacun dans nos fermes de manière isolée et encore plus faible. Rien de neuf dans le fait que nous apprenons chaque jour dans nos fermes à ravaler nos prétentions et à trop souvent nous mettre aux normes à contrecœur après avoir résisté jusqu’à épuisement. En effet, les défaites nous les côtoyons tous les jours, sans complaisance, mais avec une rage rentrée. Et c’est cette rage qui nous anime aujourd’hui pour construire un collectif capable de tenir un rapport de force avec l’État, contre ses normes et pour nous donner une chance de moins nous mettre à genoux.

Et c’est justement parce que nous n’en pouvons plus de nous mettre à genoux, et que nous connaissons si bien les lâchetés du syndicalisme en général et de la gauche paysanne en particulier, qu’il n’est plus question de faire face à l’État pour finir désarmés dans un bureau de négociation. Rien n’a jamais été obtenu en négociant, sinon de fausses victoires toujours là pour préserver les intérêts du capital et satisfaire les syndicalistes prompts à prendre des vessies pour des lanternes pour se faire mousser avec cette efficacité pragmatique.

Cette tartufferie des négociations montre ses effets tous les jours dans les campagnes. On le mesure peut-être plus qu’ailleurs dans le cadre de la lutte contre les pesticides. Récemment encore les antipesticides négociateurs pouvaient se réjouir d’avoir obtenu à l’échelle européenne l’interdiction de quelques néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Mais cette interdiction est un cache-sexe d’une industrie mortifère qui déverse déjà ses nouvelles molécules pas encore interdites ou qui confectionne les robots désherbeurs de demain qui remplaceront les paysans dans les campagnes. 30 ans de négociations implacables ont permis d’obtenir l’interdiction de près de 100 molécules, alors que dans le même temps la consommation de pesticides augmentaient de 15 000 tonnes par an. Les « petites victoires » font les grandes défaites et il y a toujours des écologistes et des syndicalistes pour s’extasier de leur propre pragmatisme.

Mais que fallait-il faire donc, si tout est toujours perdu d’avance ?

La suite de la résistance à Notre-Dame-des-Landes aurait toutefois pu prendre une autre tournure si les futurs négociateurs avaient pris le temps de se nourrir de 6 ans de réelles victoires. Avoir repoussé l’emprise étatique durant tout ce temps est déjà une victoire en soi. Il était tout entier là l’esprit de la lutte auquel il fallait donner une suite. Au lieu de quoi les négociateurs ont préféré défendre un simple territoire, une « zone », au prix de se conformer aux normes qui aménagent les « zones ».

Engager le conflit sur le terrain de la légitimité de l’illégalité vécue pendant 6 ans aurait permis de repartir de la condition commune qui est faite aux agriculteurs, d’y trouver des alliances pour déplacer la lutte contre les administrations et de ne pas s’enfermer dans un territoire d’exception qu’il fallait à tout prix défendre.

Il y a de l’indécence de la part des négociateurs à imaginer rester sur « zone » quand ils ont pu s’y installer grâce à la solidarité permanente qui s’y est développée et qu’ils vont pouvoir y rester parce qu’ils ont rompu cette solidarité. Une indécence d’autant plus grande, et dérisoire, que ce qui va s’y gagner, c’est la simple possibilité de s’installer en agriculture sur quelques hectares. Chose qui peut se faire partout en France d’autant plus facilement que les fermes se transmettent par milliers ces temps-ci et qu’il n’y pas besoin de mobiliser des dizaines de milliers de personnes pendant 6 ans pour rendre ces simples transactions financières possibles. Il y a même une agence immobilière – Terres de lien – qui joue très bien ce rôle de favoriser des installations labellisées « transition écologique ».

Mais pour qu’un tel chemin fût emprunté, il aurait fallu que, durant ces 6 ans, le développement des rapports de classes ne vienne pas désamorcer les élans de solidarité. Au point, presque anecdotique, que les « richesses » accumulées majoritairement à l’Ouest sous forme de dons à la lutte durent être régulièrement négociées au prix d’humiliations pour pouvoir passer partiellement à l’Est.

C’est une nouvelle fois avec une rage trop rentrée que l’on constate que sur la ZAD se rejoue en accéléré l’histoire de la gauche paysanne. Une histoire entamée par un syndicalisme de lutte incarné par les paysans travailleurs dans les années 1970 et qui s’est échouée dans les bureaux des ministères sous la bannière Confédération Paysanne. Une histoire qui a permis à l’État de faire de la gauche paysanne l’idiot utile des mutations incessantes des politiques agricoles qui, depuis plus de 20 ans, ont besoin d’apparaître sous le label « transition écologique » pour rendre acceptable l’accélération, tout aussi incessante, de l’industrialisation des campagnes. Une histoire qui a vu en 2017 la Confédération Paysanne abandonner à une lutte solitaire l’un de ses anciens porte-paroles qui dénonçait la supercherie des dispositifs de traçabilité auxquels il refusait de se conformer parce qu’il avait compris qu’ils n’étaient que le cache-sexe de l’industrialisation permanente. Une histoire de rage isolée, soldée par un assassinat d’État le 20 mai 2017 sur un chemin de Saône-et-Loire. L’État ne gère pas la « sécurité sanitaire » seulement en abattant les troupeaux mal conformés, il gère la colère en éliminant ceux qui la portent : HP ou balles de gendarmes, c’est selon…

Et comment nous épargner le dégoût de voir certains zadistes afficher publiquement le puçage de leur brebis quand des dizaines d’éleveurs en France continuent à résister à cette obligation normative ? Elle est belle la ZAD ! Mère et modèle de toutes les luttes depuis des années, à se mettre à genoux sans avoir même fait le geste d’entamer un rapport de force avec les administrations agricoles. On y est quand même content de s’être fait des Copains pour nous ramener à la raison à temps et d’annoncer que s’il doit y avoir reconstruction il faudra désormais le faire en respectant les Plans Locaux d’Urbanisme. Ces mêmes PLU qui interdisent partout aux 6petits paysans mal conformés de prétendre construire leur habitation sur leur ferme, mais qui heureusement permettent aux porcheries industrielles d’embellir les campagnes.

Dans cette tragi-comédie des fausses victoires, il ne manquait plus aux négociateurs que de faire jouer leur richesse en capital social pour mobiliser le soutien d’une kyrielle d’experts patentés en « transition écologique » issue de la gauche rurale2 . Les voilà tous en chœur proposant leur service pour crédibiliser les PDE3 des zadistes, en créant un Comité d’Accompagnement et de Conseil auprès de l’État et de ces mêmes zadistes. Il fallait bien, en effet, quelques dizaines de gauchistes salariés de l’État pour finir de mépriser toutes celles et ceux, dont nous sommes, qui n’en peuvent plus de se rendre présentables auprès des administrations agricoles et qui ont longuement éprouvé qu’une résistance ne se menait pas en légitimant l’ennemi.

Nous ne voyons pas aujourd’hui d’autres possibilités pour redonner un sens politique à la ZAD, et ailleurs, que de soutenir celles et ceux qui tentent de reconstruire ce qui a été détruit et d’occuper partout les administrations agricoles. Il n’y a rien à y négocier, simplement les dissuader d’organiser le ménage des champs.

Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes,

Le 14 mai 2018

1 Sur ce sujet on conseille vivement la lecture éclairante de deux textes : « Des dynamiques inhérentes aux mouvements de contestation », ainsi que « Le mouvement est mort, vive la réforme ».

2 Appel publié sous le nom « Pour un projet coopératif d’avenir qui respecterait le bien commun et la biodiversité et permettrait une désescalade à Notre-Dame-des-Landes », signé par des dizaines d’agronomes, professeurs, agriculteurs, ingénieurs…

3 Plan de Développement Économique, sésame normatif auquel tous les candidats agriculteurs doivent se conformer pour avoir le droit de l’être.

18/05 – Meurtre de Jérôme Laronze – Occupation de la DDCSPP 05

Aujourd’hui 18 mai à Gap (05), différents collectifs d’agriculteurs.trices des Alpes du Sud ont occupé pendant 3h la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de Protection des Populations), autrement dit les services vétérinaires et sanitaires de l’État dans le département,  pour l’anniversaire des 1 an de l’assassinat par les gendarmes de Jérôme Laronze, éleveur en Saône et Loire, suite à un harcèlement administratif (12 contrôles en 5 ans !) et des contrôles qui se sont mal passés.

Nous refusons la toute puissance de l’État et des administrations qui veulent régir notre façon de travailler sur nos fermes et imposent leurs normes, règlements et contrôles aux paysan.ne.s, dans le but de favoriser l’agriculture industrielle aux dépends des petites fermes qui disparaissent inexorablement sous les coups des « mises aux normes » ou des balles comme Jérôme.

Sans surprises, la discussion avec le directeur de la DDCSPP et certain.e.s agent.e.s n’a pas été constructive, tant ces derniers se retranchent derrières l’application (plus ou moins stricte, mais application quand même !) des lois et règlements, qui, selon eux, permettent d’éviter à des pandémies de proliférer à travers le territoire. C’est sur qu’un défaut ou un retard de bouclage d’un animal nouveau né (comme cela est arrivé à Jérôme, et qui a déclenché la fureur administrative sur sa ferme) fait évidemment risquer de graves pandémies dans les campagnes françaises !! Et dans le même temps, l’agro-industrie nous prépare tranquillement et impunément des lasagnes au cheval, de la vache folle, et bien d’autres ! L’agriculture paysanne n’est pas responsable des grandes pandémies liées à la mondialisation et à l’industrialisation de l’alimentation, ni de la dégradation drastique de l’environnement, des sols, de l’eau…ni de la malbouffe ! cherchez l’erreur…

Finalement, peu importe les palabres avec les bons petits soldats du système, très accrochés à leurs postes, nous étions venu.e.s rappeler que nous n’oublions pas l’assassinat de Jérôme, et que dorénavant, le sentiment de culpabilité doit changer de camp : notre travail de paysan.ne.s est respectable, et les contrôleurs de tous types participent à l’opération de destruction massive de la paysannerie.

Pour résister à ce mouvement néfaste, nous appelons tous les paysan.ne.s qui se reconnaissent dans cette approche à s’organiser pour ne jamais être seul.e.s sur leurs fermes pour des contrôles, pour regagner en confiance et in fine résister plus sereinement aux pressions normatives.

Pour Jérôme, ni oubli, ni pardon

Des collectifs d’agriculteurs.trices des Alpes du Sud contre les normes administratives et industrielles

Contact : hors.norme-alpes-du-sud@riseup.net

Voir les tracts diffusés ci-dessous

communiqué_18mai-1

TRACT_DDSCPP_Tarn

Mort à la norme

Jérôme Laronze, éleveur de vaches charolaises en Saône-et-Loire, a été abattu le 20 mai 2017 par les gendarmes.

En l’espace de 5 ans, Jérôme avait subi 12 contrôles de diverses instances administratives agricoles, des pénalités, des menaces de saisie du troupeau… Cette répression visait à le « mettre aux normes », lui qui refusait de répondre aux injonctions de traçabilité (bouclage des animaux, bordereau de circulation, prophylaxie, etc…). La pression croissante a franchi un seuil en 2016, car les services vétérinaires font désormais appel aux gendarmes à chaque visite pour effectuer leurs contrôles coûte que coûte.

Le 11 mai 2017, deux contrôleurs et quatre militaires en armes se sont présentés à la ferme pour un contrôle. Pris au dépourvu, Jérôme Laronze a pris la fuite, fuite qui se pose comme un ultime recours dans une lutte de plusieurs années pour dénoncer les agissements de l’administration.

Jerome Laronze avait écrit : «L’hyper administration n’apporte rien aux agriculteurs, sinon de l’humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu’aux marchands et aux intermédiaires. Mon cas est anecdotique, mais il illustre l’ultra-réglementation qui conduit à une destruction des paysans. »

Les pressions administratives agricole qui consistent à certifier, normer, contrôler et labelliser a outrance les productions agricoles constituent une violence totale et permanente pour les agriculteurs.trices .

En mémoire de Jerome Laronze et pour soutenir toute.s les paysans.nes qui résistent contre l’État et ses directives normalisatrices – notamment en ce moment les camarades de Notre-Dame-des-Landes, nous appelons à un rassemblement le 18 mai 2018 à Gap. Le RDV est donné à 8h devant la gare SNCF.

 

Des collectifs d’agriculteurs.trices des Alpes du Sud contre les normes administratives et industrielles

Le travaille avec deux ailes

Conférence gesticulée « Le travaille avec deux ailes » d’Emmanuelle Cournarie

Le lundi 14 mai à la MJC de Serres à 20h, entrée à prix libre

Le mercredi 16 mai au Lieu culturel à Embrun, à partir de 19h entrée à prix libre

Le jeudi 17 mai au Chapoul à Briançon, à 19h, entrée à prix libre

« Emmanuelle Cournarie est sociologue du travail de formation et enchaîne les emplois précaires depuis 20 ans. Elle tire de ses recherches en sciences sociales et de son expérience du monde du travail un regard critique sur l’évolution du marché de l’emploi en France. Pour elle, la société néolibérale fait du travail un espace d’incohérence. Continue reading

Communiqué de plusieurs syndicats du 05

Voici le communiqué commun de plusieurs syndicats du 05
concernant la situation répressive actuelle autour de la frontière,
des exilé-e-s et des personnes solidaires criminalisées au contraire
des néo-faschistes. C’est pas mal, mais CE SERAIT ENCORE MIEUX DE
POINTER PLUS PARTICULIEREMENT LA SITUATION DES 3 CAMARADES EN PRISON ET
DE DEMANDER LEUR LIBERATION IMMEDIATE PLUS FERMEMENT !!! Espérons que
le ton se durcira du côté des syndicats aussi, car la gravité de la
situation l’exige vraiment !!!

 

Soyons hors normes !

Un 1er rassemblement est organisé mardi 17 avril à 10h devant les locaux de la MSA (Mutualité Sociale Agricole) de Manosque (voir appel ci-dessous) pour dénoncer le mépris et la répression de l’Etat et des institutions agricoles au main de la FNSEA (dont la MSA, la SAFER, la Chambre d’Agriculture…) contre les projets agricoles « hors normes », « hors cadre » (collectifs, non marchands, petite échelle…).

Un 2ème rassemblement est prévu à 15h30 à Gap sur le parking Dumart (avenue Commandant Dumont, entre Intermarché et le Lycée Aristide Briant) pour lutter contre toutes les expulsions, sur la ZAD et ici aussi !

Précaires, SDF, migrant-e-s… l’Etat et son bras armé policier traquent et répriment toujours plus violemment les personnes marginales, accidentées de la vie, exilées… au motif qu’elles ne rentrent pas dans le moule capitaliste assaisonné à la sauce Macron : OPPOSONS NOUS A SA POLITIQUE ET A SON MONDE !

Venons avec du bois, des palettes, cartons, banderoles… pour construire et s’installer justement là où l’Etat voudrait nous voir disparaître !

**** Appel du Comité ZAD 04 pour actions le 17 avril ****

Appel pour la ZAD et son monde!

Ce mardi 17 avril, Journée Mondiale des Luttes Paysannes, nous appelons à des rassemblements devant les institutions agricoles dans toute la France en soutien au mouvement de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui a réussi à empêcher la construction d’un nouvel aéroport.

Pour notre part, nous nous retrouverons à la MSA de Manosque ce 17 avril à partir de 10 heures.

Les habitant.es de la Zone ont développé depuis des années des projets expérimentaux, agricoles, artisanaux et/ou de vie. Depuis le 9 avril au matin, l’Etat attaque la ZAD avec une brutalité sans (cent) nom. Depuis
lundi, on compte plus de 200 blessé.es, dont certain.es très graves dues aux armes utilisées par la gendarmerie (grenade de désencerclement, gazage massif, flash-ball etc.).
L’Etat, après l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport le 17 janvier 2018, a fait semblant d’ouvrir des négociations avec le mouvement sur l’avenir des terres et leurs occupant.e.s. “Et en même temps”, il préparait la destruction des lieux de vie, de création et d’utopie.

Nous savons très bien que, sans le mouvement d’occupation des terres, le projet d’aéroport n’aurait pas capoté. Le mouvement, dans sa diversité, a donc toute légitimité de gérer les terres sauvées de la destruction et du bétonnage: depuis des années qu’ils et elles vivent dans le bocage, ils et elles ont appris à le connaître et savent parfaitement quoi faire de ces terres.
Sans compter que c’est l’Etat qui, en voulant récupérer les terres pour l’aéroport, a fait de cette zone en grande partie un désert rural. C’est le mouvement d’opposition qui l’a fait revivre en le protégeant dans
tous les sens du terme.
Et maintenant l’Etat, du haut de son mépris et de sa frustration de n’avoir pas construit cette infastructure, voudrait imposer des conventions individuelles sur ces terres. Légalement, les structures agricoles collectives existent depuis 1960 (GAEC, CUMA, etc.) et là, il ne faudrait que de l’individuel! C’est quoi ce délire!
L’Etat voudrait intégrer cette zone dans le modèle agricole dominant et en phase terminale: concentration des terres, pesticides, érosion des sols, pollutions multiples etc.

Nous serons devant une des institutions aux mains de la FNSEA, oligarchie agricole productiviste, qui valide les projets agricoles et donc pourrait accepter ceux de la ZAD.

Nous appelons à amplifier les actions de soutien déjà considérables à la ZAD et ses formes de vie!
L’Etat technocratique est têtu et fort, nous devons le faire plier par notre inventivité, nos forces conjointes et nos solidarités.

Par ailleurs la ZAD n’est pas la seule attaque de l’Etat. Par exemple, dans le coin, la ligne SNCF des Alpes est attaquée dans son existence en dehors de la réforme SNCF.

Les réformes actuelles ou récentes mènent à toujours plus d’individualisation, de compétition et de précarité.

Il fait enfin beau, amplifions les mouvements!

Comité ZAD 04