[Radio] Sous les glaciers la rage #11 – novembre 2019 – en réécoute !

Après une petite interruption accidentelle au mois d’octobre, l’équipe de SOUS LES GLACIERS LA RAGE fait son come back en novembre, encore une fois en direct depuis la colline Zinzine à Limans (diffusé en direct sur Radio Zinzine le 3ème jeudi du mois à 12h30 et rediffusé le samedi suivant à 19h et minuit) et en rediffusion sur Radio Dragon (radio libre du Trièves en Isère) la semaine suivante.

Au programme des infos de novembre  :

– des nouvelles fraîches des camarades du Césaï (Centre Social autogéré de l’imprimerie à Gap), qui ont fait grande impression à leur procès à la cour d’appel de Grenoble le 28 octobre dernier, à suivre…le rendu du procès est prévu le 10 décembre, RDV à 20h pour une auberge espagnole au Césaï !

– encore et toujours les gilets jaunes haut-alpins qui, associés à l’intersyndicale locale, font la misère à Géant Casino Gap (zone Tokoro) qui a décidé d’ouvrir son magasin le dimanche après-midi sans caissier-e-s et blindé de vigiles et de flics, au mépris du droit du travail et surtout dans la droite ligne macronienne du consommer toujours plus partout et tout le temps…

– un long entretien avec Thibo du groupe Elementerre sur les difficultés de l’installation agricole dans l’Embrunnais et les tentatives de regroupements entre habitant-e-s du territoire, paysans déjà installés et jeunes en recherche de terres pour aboutir à des installations paysannes nombreuses et variées, dans des petites fermes (pourquoi pas collectives ?!!) et dans des productions de qualité…vaste programme !!

– une artiste incroyable qui fout une grosse pêche, M.I.A. !!

 

Le lien pour la réécoute : http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/SRG/2019/SGRd19-11-22t12’30’00-Novembre2019.mp3

 

Violence cachée dans les Balkans…

Un nouvel article de nos ami-e-s de Cevennes sans frontières

Les cas de violences policières à l’encontre des personnes qui tentent de franchir la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et la Croatie à Velika Kladuša sont quasi-quotidiennes. Les témoignages rapportés par les collectifs et bénévoles solidaires présents sur place font état de dizaines de cas de personnes qui après leur tentative de passage reviennent avec les bras et les jambes cassés, des contusions où d’autres blessures. Ils décrivent tous les mêmes histoires encore et encore… Le mois dernier, Youssef est décédé dans la ville frontalière. Son histoire montre qu’outre la solitude, il y a de surcroît une perpétuelle « violence cachée » aux frontières de l’Union européenne. Une violence souvent invisibilisée, mais pourtant aussi mortelle qu’en mer. Nous proposons la traduction d’un témoignage paru initialement en anglais sur le site Izbjegličke priče, et consultable ici : https://cevennessansfrontieres.noblogs.org/post/2019/06/05/violence-cachee-dans-les-balkans/


					

Sous les glaciers la rage #4 – Avril 2019

Au programme du 4ème opus de l’émission d’infos, luttes et alternatives des Hautes-Alpes SOUS LES GLACIERS LA RAGE sur Radio ZINZINE (diffusé en direct le 3ème jeudi du mois à 12h30 et rediffusé le samedi suivant à 19h et minuit) :

– des infos locales printanières autour de sujets toujours aussi chauds : désenclavement, réseaux internet, un conseil municipal chahuté, actus militantes

– une crétine des Alpes au top de sa forme

– un agenda toujours aussi foisonnant

– un disque du mois avec des musicien.es un peu énervé.es

– et pour finir le dernier épisode de la trilogie « L’intime face au corps médical »

Bonne écoute ! La bise

PS : pour envoyer des remarques, critiques, louanges…et bien évidemment toute proposition de sujet pour les prochaines émissions : souslesglacierslarage@riseup.net

 

De répressions en répressions, quand l’État joue avec les solidaires et la vie des exilés…

Le début de l’année 2019 a vu la lutte contre l’immigration franchir un cap d’hostilité et l’étau enserrant les demandeurs d’asile entre le déni de droits et la clandestinité ne laisse à ceux-ci que de maigres perspectives d’entrevoir un avenir plus clément. Alliant tour à tour répression policière et verrouillage législatif, le gouvernement persiste dans une politique irresponsable où la vie d’hommes et de femmes n’a que peu de valeur à ses yeux. Les services de l’État se défaussent toujours plus éhontément de leurs prérogatives en faisant reposer le poids de leurs propres carences sur le dos des solidaires, sans qui la situation serait clairement catastrophique et plus difficilement acceptable. Pourtant, dans ce qui peut relever à première vue d’une attitude schizophrénique déconcertante où le travail des bénévoles permet de perpétrer cette politique supplétive tout en étant pour le moins dénigré – quand ce n’est criminalisé, nous voyons là une volonté de faire taire toute contestation par l’épuisement ou la répression.

Lire la suite sur https://cevennessansfrontieres.noblogs.org

Sous les glaciers la rage #2 – février 2019

Et voilà en ré-écoute le tout dernier opus de Sous les glaciers la rage, émission d’infos sur les luttes et alternatives des Hautes-Alpes, diffusé (irrégulièrement pour l’instant !) sur Radio Zinzine !

Au programme de ce mois de février 2019 :

– des infos locales gratinées autour des frontières et des lieux d’accueil, du mouvement des gilets jaunes, de l’hôpital de Briançon et de « petits » projets nuisibles de l’Embrunais

– un duo de crétin-crétines des Alpes de compèt’

– un agenda aux ptits oignons

– un disque…heu non…un artiste du mois bien déter’

– et pour finir un chouette reportage autour de l’intime et du corps médical

 

 

 

 

A la prochaine, autour du 21-23 mars sur les ondes de Zinzine…et évidemment sur Vallées en Lutte !

Ah oui, on a maintenant une adresse mail pour recevoir vos remarques, critiques, louanges…et bien évidemment toute proposition de sujet pour nos prochaines émissions !!! là voilà : souslesglacierslarage@riseup.net

 

A écouter : une analyse critique des idées d’Etienne CHOUARD

Emission spéciale de nos amis de « sortir du capitalisme » qui développent une critique émancipatrice du capitalisme et ses structures associées, c’est-à-dire :

– De l’économie marchande comme structure de contrainte au travail et de dépendance vis-à-vis du Marché et de l’argent, comme système de soumission aux lois du capital, à son exploitation et à sa crise ;

– De l’État comme structure autoritaire, bureaucratique, hiérarchique nous dépossédant de notre autonomie politique ;

– Du patriarcat comme structure d’oppression, d’exploitation et de subordination des femmes (et d’auto-mutilation des hommes) ;

– Du racisme comme structure d’oppression, de discrimination et de surexploitation des racisé-e-s ;

– Du colonialisme et de l’impérialisme ;

– De la société de classes comme société inégalitaire, d’exploitation et de domination bourgeoise ;

– Du complexe techno-industriel comme destructeur des milieux et du climat.

L’émission est écoutable ici

Une analyse critique d’un porte-voix des idées communes au populisme de gauche et au populisme d’extrême-droite, Étienne Chouard, soutien de François Asselineau (UPR) aux dernières présidentielles et de Trump au cours de sa campagne électorale. Une analyse notamment de son populisme transversal, de son confusionnisme, de son conspirationnisme, de son démocratisme-citoyenniste et de son « anti-impérialisme » – avec Armand Paris, co-animateur de Sortir du capitalisme.

Avec une présentation critique d’Étienne Chouard et de son parcours, une analyse de son populisme transversal comme rencontre du nationalisme-étatisme « degôche » et de l’extrême-droite, une histoire du populisme transversal et sa transformation fasciste en France (1880-1940), et enfin une critique de son confusionnisme autour du « fascisme » et une explication historique de celui-ci [1ère partie, 50 minutes]. Avec également une analyse critique de sa théorie monétaire conspirationniste-souverainiste, une démonstration de son « antisémitisme structurel » (comme grille de lecture conspirationniste de l’histoire) et une évocation de son « anti-impérialisme » pro-russe. Avec, enfin, une analyse critique de son démocratisme comme formalisme s’opposant aux luttes, comme moralisme vain, comme interclassisme au profit des classes moyennes et comme fétichisme, et quelques excursus sur sa critique de l’antiracisme, son idée d’une « gauchisation » du FN et son apologie des frontières [2ème partie, 50 minutes].

PS : Le « populisme transerversal » (Chouard) est une idéologie s’adressant en même temps aux populistes de gauche (Mélenchon) et aux populistes d’extrême-droite (Le Pen) à partir de leurs thèmes communs (patriotisme, souverainisme, anti-finance, etc.). Le populisme de gauche, lui, s’adresse en partie, mais en partie seulement (contrairement au populisme transversal), aux populistes d’extrême-droite (à l’exclusion des thèmes d’extrême-droite. Le populisme d’extrême-droite, réciproquement, s’adresse en partie, mais en partie seulement (à l’exclusion des thèmes de gauche), aux populistes de gauche. Voilà pour ce qui est des distinctions entre ces trois formes de populisme.

« FULL METAL YELLOW JACKET »

Repris du site d’infos autonomes « Lundi matin« 

Ne boudons pas notre plaisir ! Le mouvement contre la loi Travail au printemps 2016, la défense de la ZAD de NDDL au printemps 2018 et enfin le mouvement des gilets jaunes surgi à l’automne 2018 et qui se poursuit : l’esprit du temps est à la révolte sous des formes chaque fois inédites. Le cortège de tête dans le premier cas, la défense d’un territoire rural communisé dans le second, et enfin les blocages et manifestations incontrôlées dans le dernier.

Un territoire inconnu bien que familier vient de prendre une existence politique. Les gilets jaune ont en effet investi un espace périphérique fait de non-lieux, ronds-points, péages d’autoroute, parkings de centre commerciaux, sur ces axes de circulation qui organisent et distribuent les fonctions atomisées auxquelles sont assignés les néo-urbains. Cet environnement quotidien de millions de gens voués aux embouteillages du petit matin et de la fin d’après-midi semblait avoir neutralisé toute possibilité d’événement. Les statistiques disent que la moitié de la population française réside dans cette périphérie. Mais tous ces gens restaient désespérément invisibles… il leur a fallu enfiler un gilet jaune pour exister, comme d’autres ont du enfiler un passe-montagne ou un k-way noir… Le fait que le comité Adama Traoré ait très vite appelé à rejoindre les rassemblements de gilets jaunes sur Paris est exemplaire, Beaumont-sur-Oise, point limite entre la banlieue parisienne et ce qui fut la campagne francilienne incarne précisément cette périphérie de la métropole qui a pris une existence politique (en l’occurrence depuis l’assassinat d’Adama Traoré) et n’entend pas y renoncer.

Pour employer un terme qui n’a rien d’innocent, on peut dire que c’est un mouvement essentiellement provincial, en cela totalement inédit. Des manifestations et des émeutes éclatent dans des petites villes où il ne se passait jamais rien –celles-là même où l’État décrète la fermeture des gares, des postes, des écoles, des maternités, à quoi bon dépenser les deniers publics pour des parpagnàs ? Des gilets jaunes surgissent de partout. Une émeute à Nantes, St Nazaire, Caen, Rouen, n’a encore rien d’improbable… Mais à Beauvais, Bar-le-Duc, Narbonne, Le Puy, Angers, surprise ! On sait que, dans leur immense majorité, les émeutiers qui ont saccagé les beaux quartiers parisiens le 1er et le 8 décembre venaient de ladite province. Leur déambulation dans Paris relevait davantage d’un déplacement de hooligans en territoire ennemi que de la traditionnelle procession syndicale. Le mépris des petits provinciaux, affiché par cette capitale où siègent les élites de la nation, trouve ici sa réponse. Il a déjà été dit que Paris, désormais presque entièrement pacifié et gentrifié, ne pouvait plus être que livré au saccage et au vandalisme. Jamais cela n’avait été revendiqué en acte de manière aussi exemplaire.

La province est une notion typiquement française. Dans ce langage courant qui exprime l’organisation hiérarchique de la nation, on monte à Paris et on descend en province. Au sommet de la pyramide trône la capitale, dont les lumières rayonnent sur tout l’hexagone. De façon générale, dans la configuration actuelle du capitalisme, la relation de la périphérie et du centre se déploie de façon plutôt réticulaire que concentrique. Cependant, dans des Etats-nations aussi centralisés et centralistes que la France, les réseaux de circulation se superposent fatalement à une organisation concentrique du territoire qui reste déterminante. En montant à Paris terroriser les bourgeois du 8°, les gilets jaunes renversaient la pyramide.

Le caractère périphérique du mouvement n’est pas seulement géographique et politique. Une autre centralité est remise en cause, celle de l’usine qui a pendant si longtemps a constitué l’axe autour duquel tournaient les mouvements. Ici ce n’est plus l’entreprise qui constitue le lieu d’agrégation initial. Les gens qui se retrouvent sur les blocages ne se connaissaient généralement pas auparavant, leur connivence s’est instaurée à partir d’un acte volontaire que l’on peut qualifier en cela de politique. D’où le désarroi des syndicats face à ce mouvement, lesquels se sont d’ailleurs empressés de signer un accord de non-agression avec la Macronie dès le début décembre (seuls Solidaires et certaines UD CGT ont refusé cet acte de collaboration déclarée). A cela on mesure l’épuisement de la forme syndicale, déjà perceptible au printemps 2016.

L’analyse marxienne postulait que la genèse de la valeur d’échange se trouvait dans la production, la circulation de la marchandise ne faisant que réaliser la valeur. Or dans cette dynamique qu’est le capitalisme tous les moments sont dépendants et n’ont de réalité que par rapport à la totalité qu’ils forment ainsi. D’abord parce que la circulation ajoute de la valeur aux produits et génère du profit, (au sens où se développe toute une industrie qui assure cette circulation, faite de services bancaires, d’assurances, de marketing, de transport, de stockage, de grande distribution, sans parler des activités induites…) [1] mais il devient même difficile de séparer les deux moments. C’est évidemment flagrant pour des produits comme l’énergie par ex., la production d’une centrale nucléaire est inconcevable sans les lignes à haute tension qui vont distribuer l’électricité, pareil pour une raffinerie de pétrole avec ses réseaux de stocks et de stations-service. De même le textile fabriqué en Chine ne peut être produit qu’en fonction des porte-conteneurs géants qui vont assurer le transport des précieux t.shirts vers les ports occidentaux -et nul ne pourra prétendre que le transport maritime ne crée pas de valeur. A l’extrême, l’internet incarne la pure circulation de la valeur, rendue presque indépendante de l’exploitation du travail vivant –mais il a bien fallu que les outils électroniques et informatiques qui l’assurent aient été fabriqués dans une usine… Il devient donc problématique d’isoler un segment d’activité qui serait la production par rapport à la totalité des travaux et des échanges composant ce qu’on appelle la société. Les camarades italiens des 70’ parlaient déjà de la société-usine –ce qui est un oxymore franchement assumé, une usine n’étant pas une société mais un système. Parler de la fabrique globale nous semble adéquat à ce moment où l’entreprise capitaliste saisit et reconfigure tout ce qui existe sur le mode de la fabrique, de l’usine. Un hub, qu’il soit maritime, aéroportuaire ou routier, une zone commerciale, et même une autoroute constituent autant de rouages de cette fabrique globale. La distinction de la sphère privée et du domaine public, qui définissait depuis la Révolution-française les rapports entre société civile et État, s’efface alors sous l’emprise des dispositifs qui sont la véritable puissance organisant la circulation des individus. Dans la fabrique globale, la société perd toute épaisseur tandis que l’État n’est plus qu’un prestataire de service.

Les grands cycles de luttes ouvrières se sont achevés avec la crise du système fordiste. Dès la seconde moitié des 70’, l’essentiel des luttes en Europe occidentale consistait à s’opposer à la fermeture de l’entreprise et donc à l’atomisation des travailleurs –et toutes se soldèrent par de cruelles défaites. Sidérurgie, mines, chantiers navals, puis les autres secteurs de l’industrie, tous les bastions de la classe ouvrière y sont passés. On pourrait dater le moment historique où tout a basculé irrémédiablement : ça commence avec la défaite des ouvriers de FIAT à Turin à l’automne 1980, ça se poursuit en France avec celle des o.s immigrés de Talbot en 1983 et ça se conclut avec celle des mineurs britanniques au printemps 1985. Le cycle achevé en Europe occidentale ressurgit à présent en Inde ou en Chine…

Le fait que la centralité de l’usine dans les luttes soit désormais passée amène à formuler l’hypothèse que les prochaines insurrections s’empareraient des entreprises depuis le dehors, et non l’inverse (formulé en termes marxiens, elles partiraient de la circulation pour se saisir de la production). En somme, à l’image du mouvement GJ qui part de la périphérie pour investir le centre. Non plus dans la perspective de l’autogestion, où les travailleurs s’emparent de l’usine, mais dans celle inverse : des puissances venues de l’extérieur, constituées en rupture avec la logique de la fabrique globale, s’empareraient de l’usine pour la désarticuler en fonction des nécessités qui leur seraient propres. Nous n’en sommes évidemment pas là, mais la multiplication des révoltes dans la périphérie, depuis celle des banlieues en 2005 jusqu’à l’actuel mouvement des GJ, indique qu’un nouveau cycle est en train de démarrer, bien différent du précédent, et qui n’a pas fini de nous surprendre.

Chez les GJ, tout renvoie à la circulation, aussi bien la revendication initiale que les non-lieux où elle s’exprimait. C’est peut-être bien la première fois qu’un mouvement d’une telle ampleur surgit à partir de là, avec le refus de la taxe sur le carburant. Et il n’a pas manqué d’écolos-piste-à-vélos pour s’en gausser. Sauf que dans un monde fondé sur la mobilité contrainte, le prix du carburant n’a rien d’innocent, à moins de résider et travailler en centre ville (et on sait qui occupe désormais les centres villes en France…). Le travailleur suburbain est littéralement piégé par ce dispositif, qui l’oblige à travailler pour se payer une automobile indispensable… pour pouvoir aller travailler ! L’action se concentre donc sur les ronds-points, aux péages, aux entrées de parkings, éléments de ce dispositif. La plèbe se révoltait contre l’augmentation du prix du pain voici deux siècles, elle se révolte à présent contre l’augmentation du prix de l’essence. [2]

Que la question du carburant soit éminemment stratégique, nos gouvernants l’avaient compris depuis longtemps. Au plus fort de la grève générale de mai 1968, ils organisèrent la pénurie d’essence (alors que d’importants stocks étaient encore disponibles), pour faire réapprovisionner soudainement les stations service juste à la veille du pont de la Pentecôte… et des millions de Français, soulagés, qui suivaient « les événements » en spectateurs, se ruèrent sur les routes. Une telle machination a sans doute plus fait contre le mouvement qu’un demi-million de manifestants pro-De Gaulle sur les Champs-Elysées. [3]

Les travailleurs atomisés d’aujourd’hui, contrairement aux ouvriers-masse de l’époque fordiste n’ont plus de marge de manœuvre sur le salaire, qui stagne tandis que tout augmente, et se retrouvent donc à lutter contre la pression fiscale sur leur revenu. A gauche certains laissent entendre que ce faisant ils reprennent ce thème classique de l’idéologie libérale qu’est la baisse des impôts, et c’est vrai de la part de certains gilets jaunes, petits patrons et commerçants. Mais la majorité se rend bien compte qu’en l’occurrence si baisse des impôts il y a eu, elle s’est appliquée exclusivement aux très hauts revenus, à travers notamment la suppression de l’ISF. En outre, si la question du salaire se pose à partir de l’entreprise, la question fiscale se pose, elle, à partir de l’État : elle prend donc directement une résonnance politique (sachant en plus combien les taxes sur le carburant alimentent le budget de l’État…) [4]. De ce point de vue, le fait de rendre les autoroutes gratuites et de saccager les radars montre que ce rackett est perçu de plus en plus comme une rente de situation digne de l’Ancien Régime. Sauf que cette fois ce ne sont pas des fermiers généraux qui se gavent sur le dos des gens, mais l’État et des entreprises comme Vinci qui gèrent les autoroutes… Par ailleurs, il ne peut échapper à personne que, au cours des dernières semaines, beaucoup de gilets jaunes sont allés vers des revendications plus sociales que fiscales (augmentation du salaire minimum notamment) même si le retour de l’ISF figure toujours en tête de liste.

Sous l’Ancien Régime des révoltes antifiscales éclataient sans cesse, surtout en ce XVII° siècle qui vit se consolider la monarchie absolue [5]. Avec la Révolution-Française, renversement complet : payer l’impôt devient un acte civique, tout comme s’engager sous les drapeaux (alors qu’avant les gens s’enfuyaient à l’approche du sergent recruteur). C’est le tour de force historique de la bourgeoisie, et rien ne dit qu’il ait épuisé tous ses effets. Depuis, refuser l’impôt est assimilé à un geste d’Ancien Régime. Pour la gauche, dont le seul horizon est celui des institutions républicaines, cette question ne saurait plus se poser. Dans le binôme politique droite-gauche, il était d’usage que cette dimension antifiscale soit l’apanage de la droite libérale, tandis que la gauche keynésienne prônait la redistribution à travers les dispositifs étatiques financés par les prélèvements fiscaux. Maintenant que gauche et droite sont alignés sur les mêmes positions, la vieille tradition de révolte antifiscale peut réapparaître… Ce qui est paradoxal, c’est qu’elle se fasse en référence à la Révolution-Française –drapeaux BBB, Marseillaise, manifestants en bonnets phrygiens…

En un mois de demi les gilets jaunes auront réussi ce que les syndicats ont été incapables de faire durant les deux décennies passées. Non organisés dans le cadre syndical, les gilets jaunes n’étaient pas coincés par ses modes d’action institutionnalisés ni abusés par des bureaucrates subventionnés. Ce qui a permis aussi de belles émeutes dans ce Paris où ont afflué à plusieurs reprises les prolétaires provinciaux… (et même si une partie des gilets jaunes n’assume pas ce vandalisme, leur simple présence l’a rendu possible… et là, pas de s.o syndical pour casser l’enthousiasme). La déambulation tend ainsi à remplacer la manifestation classique. Alors que le cortège de tête restait encore tributaire de la manifestation syndicale et avait trouvé ses limites ce 1er mai 2018 (un cortège de tête aussi important que le cortège syndical, avec en son sein un black bloc énorme, et tout ça pour un résultat insignifiant). Affranchie de toute notion de cortège, la foule dérive ! Les défilés syndicaux parcourent les avenues au centre ville, lieu de représentation par excellence, de façon disciplinée et disciplinaire. Alors que les déboulés des gilets jaunes à Paris en novembre et décembre 2018 se caractérisaient d’emblée par l’éparpillement et la liberté de mouvement.

Il semble cependant que cela se gâte ; depuis la mi-décembre à Paris les parcours sont déposés en préfecture et la marche du 12 janvier a vu l’apparition d’un service d’ordre sur le modèle syndical –qui l’a désigné ? Il n’est pas fortuit que ce s.o apparaisse précisément au moment où des représentants commencent à prendre la main…Dans les villes de province, les gilets jaunes ont cependant conservé le côté déambulation joyeusement incontrôlable, or, comme il a été dit plus haut, c’est en province que se joue l’essentiel du mouvement. A Marseille le 12 janvier, la déambulation des gilets jaunes a rendu complètement fous les responsables de la répression, en suivant un trajet en zig-zag totalement inattendu, empruntant même un tunnel autoroutier et laissant les robocops essoufflés.

Les blocages ont souvent pris la forme d’un campement qui évoque les ZAD. Ce qui introduit une question : n’y aurait-il pas là les prémisses d’un « urbanisme insurrectionnel » à venir ? que pourrait-on faire de tous ces sites dont l’unique intérêt est tactique, à savoir celui de se trouver sur les axes de circulation automobile ? Jamais, depuis la révolte des banlieues de 2005, la critique de l’urbanisme n’avait été si présente dans les faits. Conjurer l’événement, tel était le sens de cette inexorable extension de la fabrique globale. Le flux tendu des marchandises qui organise l’espace ne doit surtout pas permettre qu’y survienne un événement –une panne, un séisme, un blocage, une émeute… Pour le coup le voici qui se révèle extrêmement vulnérable, tout comme une chaîne de montage fordiste était à la merci d’un simple sabotage. Il n’est pas hasardeux qu’en plusieurs endroits les gilets jaunes aient d’ailleurs bloqué l’accès d’entrepôts Amazon, entreprise emblématique s’il en fut [6]…

Les campements se constituent comme la forme élémentaire de la communication, de Occupy Oakland à la place Taksim, des plantón sur le zocalo de Oaxaca aux camps de Lakota Range, de la ZAD aux presidi de Val Susa. La construction de l’espace vient en premier comme affirmation politique. Alors que la manifestation reste indifférente à l’espace qu’elle traverse, l’occupation entraîne la production d’un commun qui reconfigure le lieu. En cela les les blocages des gilets jaunes sont aux antipodes de Nuit Debout : alors que ces rassemblements n’investissaient que des places centrales, obéissant à l’injonction hiérarchique qui ordonne l’espace urbain et surburbain, et donnaient la primauté au discours, les blocages GJ sont presque toujours en zone périphérique ou sur des grands axes de circulation et donnent la primauté à l’action même du blocage et aux relations qu’il instaure entre les participants. C’est la grande innovation de ce mouvement. En outre, si les organisateurs de Nuit Debout négociaient avec la préfecture la possibilité de demeurer sur place, la majorité des blocages s’imposent de fait sans rien demander.

Une seule revendication fait l’unanimité chez tous les gilets jaunes, « Macron démission ». Ce pays qui a pourtant guillotiné son roi est encore, deux siècles après, le plus monarchique d’Europe –d’où cette fureur typiquement sans-culotte qui anime les gilets jaunes [7]. Mais le monarque n’est plus investi de ce caractère sacré qu’il avait sous l’Ancien Régime : les Français en élisent un, puis le détestent au bout de quelques mois. C’est que le monarque d’aujourd’hui est un produit, obsolescent comme tout ce qui est produit de nos jours. Après Sarkozy le caractériel cocaïné puis Hollande le maniaco-dépressif, voici le bellâtre suffisant, lancé pour en finir spectaculairement avec le régime bipartiste dominant jusque-là la V° République. Le fait qu’il n’ait jamais été élu auparavant le désignait comme la personne indiquée pour ce faire : alors que la classe politique, composée de maires, de présidents de conseil généraux et régionaux, de députés et de sénateurs, se trouve encore engluée dans des rapports de dépendance, la Macronie affranchit le gouvernement d’un tel poids. Désormais, l’État affirme froidement qu’il n’est qu’un prestataire de service du capital. Plus d’arrangements négociés, mais la pure injonction : en cela la gouvernance macronienne consacre le remplacement de la société civile par la fabrique globale. L’arrogance présidentielle qui va jusqu’à l’insulte (ces salauds de pauvres !), reproduit les procédés utilisés dans les entreprises modernes, eux-mêmes inspirés des techniques d’entraînement et de dressage en vigueur dans les unités spéciales de l’armée.

Dans le mouvement des GJ, le peuple est donc venu prendre la place qui était occupée par la société civile chère aux citoyennistes. Un signifiant qui vient par défaut -on aurait parlé, avant la Révolution-Française, de la vile multitude, ou de la plèbe. Ce n’est que par un jeu de miroir avec l’État que se constitue le peuple, comme entité homogène face au monarque (les fameux 99%…) et le caractère monarchique de la présidence Macron exacerbe cette double-réflexion. Or le peuple renvoie à la Nation, et donc à l’État républicain, produits de la Révolution-Française. Postuler une vérité inhérente à ce sujet, et que le référendum permettrait de délivrer, est le point de départ de la démagogie, celle du FN comme de la FI. « Le populisme de gauche devrait diriger ces affects vers des objectifs démocratiques », dit la Chantal Mouffe, qui ajoute « Le peuple est toujours un sujet collectif, construit de manière discursive ». Qu’une telle construction s’opère forcément par exclusion –l’immigré, l’assisté, etc.- ne semble pas effleurer les tenants de ce sous-gramscisme, et les politiciens qui s’en réclament en viennent à partager les mêmes thèmes que leurs opposés symétriques : le démagogue Ruffin fait donc l’éloge du confusionniste Chouard, tandis que Mélenchon de son côté se déclare fasciné par la figure de Drouet… Le populisme consiste à flatter des affects produits par ce monde et à les entretenir comme quelque chose de positif, alors qu’une attitude révolutionnaire misera sur un devenir qui accouche de nouvelles formes de sensibilité politique dans le cours de la lutte. Nous ne perdons jamais de vue que le négatif est l’élément moteur de tout mouvement. De fait, dans tous ces campements rebelles qui se multiplient dans le monde, la figure transcendante du peuple laisse place à l’immanence du commun. [8]

Les classes sociales, clairement identifiables jusqu’à la fin du fordisme, se sont donc liquéfiées –ce que traduit le terme-valise de classe moyenne, qui est signifiant précisément en cela qu’il n’identifie rien. La classe moyenne, dans les pays riches comme la France, ce serait finalement à peu près tout le monde en dehors des bourgeois tout en haut, et des travailleurs immigrés et des chômeurs-à-vie tout en bas ! On pourrait dire d’un docker marseillais, par exemple, qu’il relève de l’ancienne classe ouvrière par son travail, et de la nouvelle classe moyenne par son mode de vie et ses aspirations (faire construire, prendre des crédits, veiller à ce que ses enfants fassent des études et partir en vacances dans une destination de rêve). Les gilets jaunes s’identifient surtout en tant que travailleurs (fussent-ils retraités, et ils sont nombreux dans ce mouvement), mais ce qui est paradoxal est qu’ils le fassent en dehors de la sphère du travail proprement dite. Leur plainte récurrente, c’est « on bosse et on ne s’en sort pas » (variante pour les retraités, « on a bossé toute notre vie et on a à peine de quoi se nourrir »). On a fait croire à tous ces gens qu’une vie de dur labeur trouverait tôt ou tard sa récompense dans un certain bien-être ; mais ils sont forcés de réaliser que cette perspective n’est jamais qu’une échelle sans fin qu’ils ne cesseront d’escalader toute leur vie durant [9].

Un des textes les plus intéressants publiés sur ce mouvement évoque une « tragédie de la classe moyenne » qui tient au rapport à l’argent [10]. « Le souci de l’argent est permanent, et ce d’autant plus qu’on y a enfin accès. On est de la classe moyenne quand on gagne suffisamment d’argent pour, consciemment ou non, directement ou non, ne penser qu’à ça.(…) Il n’y a peut- être pas de position sociale où on l’on sache mieux ce que c’est que l’argent. » On pourrait ajouter : si pour les plus démunis l’argent ne revêt qu’un caractère de nécessité alors que pour les riches l’argent est l’expression même de la liberté, pour la majorité des travailleurs le rapport à l’argent est sans cesse tiraillé entre ces deux extrêmes –en cela il existerait une classe effectivement moyenne ! C’est le principe même du spectacle que de faire sans cesse miroiter cette liberté –celle par exemple de pouvoir se déplacer dans sa propre automobile… Que cette liberté spectaculaire ait pour condition un esclavage de tous les jours, voilà l’expérience que chacun fait de façon intime sans jamais pouvoir l’exprimer. Ce qui rend les gens malades, littéralement. Et on ne doit jamais négliger le fait que le côté thérapeutique de la révolte est ce qui en fait aussi la puissance politique.

Aussi longtemps que l’État occupe l’horizon d’attente des séditions populaires, celles-ci font fatalement le lit des démagogues souverainistes de tout poil. Il n’est donc pas innocent que Macron ait sorti son joker avec la proposition des RIC, Réferendums d’Initiative Citoyenne. Alors que les gilets jaunes étaient en train d’évoluer vers des revendications sociales (augmentation du SMIC et revalorisation des retraites, notamment), le RIC tente de court-circuiter cette évolution en s’interposant comme solution-miracle –qui offrirait une porte de sortie à un régime si impopulaire. En même temps, le RIC offre aussi une porte de sortie au mouvement : que celle-ci débouche sur le vide ne l’empêche pas de fonctionner comme une méta-revendication qui mettrait tout le monde d’accord au sein d’une dynamique si hétérogène. Et des gens qui n’ont tiré leur force que d’être assemblés s’enthousiasment sur cette proposition, alors que cette pseudo-consultation renverra chacun à son isolement initial d’électeur, coincé dans un choix binaire sur des questions-piège que le souverain jugera bon de poser à la populace. Le référendum est la forme suprême du spectacle politique [11].

La Macronie qui, pour ne rien avoir à lâcher de concret, est disposée à ouvrir sur le terrain de la représentation, tend ainsi la perche à tous ceux qu’influencent peu ou prou les élucubrations de Chouard. Comme le dit Rafik Chekat, « Le problème du référendum d’initiative citoyenne (RIC), c’est qu’il perpétue la tyrannie du fait majoritaire. Pourquoi la majorité aurait-elle toujours raison ? Sans faire le fragile, appartenir à un groupe minoré te rend méfiant vis-à-vis des majorités car tu sais pertinemment qu’en certains cas elles peuvent prendre des allures de groupes de lyncheurs. Vous imaginez un #RIC juste après #charlie ? Que cette revendication du RIC soit portée par des Blancs n’est pas chose fortuite. Mais au-delà de la question raciale, ça veut dire quoi constituer une majorité à l’heure de #BFMTV, #TF1, #Hanouna, de la société de consommation, etc.? Le problème du RIC c’est au fond celui du vote, de ce mécanisme qui organise à intervalles réguliers notre impuissance. On peut bien essayer de raccourcir ces intervalles, de voter plus souvent, ça ne changera rien à l’affaire. S’il faut parler en termes de subjectivation, le dispositif du vote crée un type particulier d’individu à travers un rapport mutilé à l’existence, et plus particulièrement à la politique, aux affaires publiques. » D’autant qu’on imagine mal le gouvernement faire un référendum sur le rétablissement ou pas de l’ISF (2/3 des Français qui y seraient favorables selon un sondage).

Le régime peine à trouver des interlocuteurs, qu’il doit aller pêcher sur Facebook. La plupart des leaders auto-proclamés, et presque aussitôt désavoués par les gilets jaunes, sont soigneusement mis en scène sur les plateaux télé et les médias cooptent systématiquement des personnages aux affinités douteuses –ce qui d’ailleurs permet aux bien-pensants degauche de rebondir dans leur condamnation du mouvement. Jamais à ce point les médias ne sont apparus aussi visiblement pour ce qu’ils sont : l’un des deux piliers du régime, avec la police. Il s’agit pour eux de banaliser l’idée qu’en dehors de ce régime, il n’y a que l’extrême-droite –dont on sait par ailleurs combien elle est en faveur dans les rangs de la police. C’était déjà sur ce mensonge que Macron avait réussi à remporter les élections présidentielles, et le président-élu-pour-faire-barrage-au-FN vient de lancer un nouveau gadget, un « Grand débat » où la première question abordée serait… celle de l’immigration !

L’importance prise par les réseaux dits sociaux dans cette affaire est loin d’être anecdotique. Dans la périphérie, le réseau socialise. Mais pourtant tous ces gens qui se sont retrouvés en gilet jaune à partir d’un appel lancé sur Facebook ont fait une expérience qui n’a rien de virtuelle. La question, maintenant, est de savoir si les gilets jaunes ont rejeté la classe politique pour inaugurer une sorte de démocratie internautique où un like remplacerait le bulletin de vote, ou bien si, comme ceux de Commercy les y invitent explicitement, ils vont s’organiser en assemblées d’un nouveau type. Car le réseau ne socialise que dans un circuit fermé générant l’entre-soi et où le charisme de certains « lanceurs d’alerte » a toute latitude de s’exercer pour capturer les intensités. Une forme de manipulation médiatique plus fragmentée que les grands médias pourraient alors épauler en tant que technique de gouvernance. Un ami tunisien qui a participé à l’insurrection de 2011 évoquait la capacité de mobilisation rapide dont les insurgés avaient pu disposer avec les réseaux sociaux dans les premiers jours, mais aussi le fait que la police en avait très vite compris l’intérêt et n’avait pas manqué d’y intervenir pour répandre de fausses nouvelles et faire de la désinformation… La quantité de faux débats qui circulent sur ces réseaux en France est sans aucun doute du même ordre.

L’articulation du rond-point et des assemblées générales se pose à présent, après deux mois d’agitation. D’une part, les liens de proximité et de complicité noués sur zone qui permettent de passer à l’action sans avoir à en délibérer –et l’on sait combien les délibérations en assemblée peuvent être démobilisantes dès qu’il s’agit d’action directe !- mais qui ne peuvent s’exercer qu’à l’échelle locale ; de l’autre, des assemblées reliées directement entre elles qui pourraient agir comme lieu de réflexion stratégique et coordination tactique.

A l’opposé de cette perspective, les gilets jaunes pourraient accoucher d’un mouvement démagogique comme les 5 Stelle en Italie. Une fraction serait sans doute tentée de suivre cette voie, quitte à se couper du reste du mouvement. Il faut toutefois rappeler que 5 Stelle a été entièrement produit –même s’il a surfé sur le bref mouvement des Forconi. En l’état actuel des choses, il manquerait aux GJ le bouffon médiatique indispensable pour attirer l’attention des foules, en l’occurrence la figure de Beppe Grillo, amuseur public mis en selle par certains hommes d’affaires -l’intermède berlusconien était usé, il fallait lancer d’urgence un nouveau produit. L’Italie est passée de plusieurs décennies de gouvernement par le secret (P2, Andreotti, la stratégie de la tension et les alliances avec la mafia) au gouvernement cathodique (Mani Pulite, Berlusconi et Beppe Grillo). Le problème de ce mode de gouvernement, c’est qu’il faut renouveler les personnages qui l’incarnent aussi fréquemment que le show-biz doit renouveler les vedettes qu’il produit.

A une époque où le capitalisme postfordiste doit sa survie à l’essor du capital fictif et fonctionne désormais à découvert, la dénonciation des excès de la finance –qui laisse de côté l’essentiel, à savoir la critique de la valeur, de l’argent et de la marchandise- encourage toutes les solutions-miracles et toutes les démagogies. On se rappelle le gag éculé de la taxe Tobin, par exemple, ou bien le candidat Hollande : « Mon ennemi, c’est la finance » (elle était bien bonne !) Quand la quasi-totalité des travailleurs bosse pour payer ses crédits (notamment sur l’automobile…), il est normal que les banques soient désignées comme une cible privilégiée, dans les paroles comme dans les actes de vandalisme (spéciale dédicace aux GJ toulousains qui ont saccagé plusieurs banques samedi dernier). Mais il y a lieu de se méfier quand par ailleurs revient avec un peu trop d’insistance la référence à la banque Rosthchild, plutôt qu’à la BNP-Paribas ou à la Société Générale (dont le sauvetage par l’État après 2008 aurait finalement coûté 30 milliard d’euros aux contribuables…). Le fait que Macron ait commencé sa carrière précisément dans cette banque excite évidemment cet anticapitalisme des imbéciles qui pointe « la finance juive » sur les réseaux sociaux.

Il se pourrait que ce régime soit réellement en bout de course. A l’abri de sa soldatesque, il peut toujours multiplier les insolences –comme celle d’annoncer fin décembre un dispositif anti-chômeurs scandaleux. La fuite en avant dans l’escalade répressive s’est encore aggravée par rapport au printemps 2016. L’attaque de la ZAD de NDDL en avril-mai avait servi de grandes manoeuvres. Blessures graves et mutilations par dizaines, humiliations collectives et individuelles, tabassages, l’intimidation policière va de pair avec une surenchère (les réactions outrées de toute la caste médiatique au beau geste de Christophe Dettinger et à la solidarité qui s’en est suivie en disent long sur l’écoeurant cynisme de ces larbins du pouvoir, quant on voit tous ces manifestants méthodiquement mutilés par la police dont ils ne parlent jamais). Des ordres ont été donnés en haut lieu de faire très mal, de l’aveu même de certains commissaires. Les gens apprennent, et on voit de plus en plus de manifestants équipés (masque à gaz, lunettes de ski, foulards, gants etc.) au moins pour se protéger. Mais il est clair que nulle part le mouvement n’est encore en mesure de s’organiser pour mettre la police en déroute, et c’est là que l’on perçoit le caractère démobilisateur des discours pacifistes. Ce qui renvoie à l’efficacité des blocages, qui est toute relative : la police n’a jusqu’ici aucun mal à dégager les accès, et en particulier sur des sites stratégiques comme les raffineries de pétrole –de ce point de vue, rien de nouveau par rapport au printemps 2016. Par ailleurs, on voit surgir depuis quelque temps dans les marches du samedi des s.o auto-désignés, où l’on trouve aussi bien d’anciens militaires que des transfuges du s.o CGT. Même si leur capacité de contrôler la foule est problématique, il ne faudrait pas que cela s’institue…

Ce mouvement, n’obéissant à aucune direction verticale et centralisée, laisse les initiatives locales se multiplier. Mais celles-ci peuvent diverger du tout au tout d’un endroit à l’autre. Après deux mois d’agitation, le moment approche d’une décision. Un parti, au sens historique du terme, se prouve comme le parti vainqueur du fait qu’il se scinde à son tour en deux partis : il prouve ainsi qu’il contient en lui-même le principe qu’il combattait auparavant à l’extérieur, et supprime par là l’unilatéralité avec laquelle il était entré en scène. Les éléments opposés qui coexistent à l’intérieur du mouvement ont été jusque-là maintenus ensemble par une commune hostilité au régime en place. Aux partisans d’une issue institutionnelle –qui serait, selon toute évidence, de nature autoritaire et xénophobe- s’opposeraient alors les partisans d’un élargissement du mouvement à tous les aspects de la fabrique globale dans une perspective révolutionnaire. De fait, des actions se multiplient autour d’entreprises en lutte où des gilets jaunes se joignent aux chasubles rouges sur des piquets de grève. Il n’est pas interdit de penser que le mouvement puisse exercer une stimulation assez forte pour que des travailleurs se décident à bloquer leur entreprise de l’intérieur, à partir de revendications concrètes. Les directions syndicales nationales se verraient alors renvoyées aux poubelles de l’histoire, et une nouvelle séquence historique pourrait enfin s’ouvrir. Qui impliquerait que chacun prenne parti.

Aux toutes dernières nouvelles, dans les Landes les GJ bloquent une usine Monsanto, pièce maîtresse de la fabrique globale…

Alèssi Dell’Umbria, 21 janvier 2019.

[1] La circulation de la marchandise ne se résume pas au transport et à la distribution des produits : des marchandises commencent à circuler dans les bourses de matières premières par exemple, alors qu’elles n’ont pas encore bougé. Inversement, des matières premières vendues à une entreprise industrielle pour y être transformées se trouvent ainsi valorisées, du fait d’avoir été achetées, et elles vont entrer dans la détermination de la valeur du produit fini : ici la circulation est préalable à la production.

[2] Les petits patrons de PME refusant une taxation du gasoil qui augmenterait leurs frais généraux n’ont pas manqué de se désolidariser des gueux qui entendaient poursuivre. Un gilet jaune d’Alès dénonce ainsi, le 20 décembre dernier, la trahison de certains : « Honte aux ’apolitiques’ prétendant diriger les Gilets Jaunes des Cévennes en agitant le spectre ’anarchiste’ que les services de renseignement leur ont soufflé aux oreilles.(…) Aujourd’hui, je n’ai plus envie de mesurer mes propos. Pourtant, c’est dans le plus grand calme que j’accuse ces prétendus ’coordinateurs’ d’être des vendus et des traîtres de la pire espèce. Car la vérité toute nue, c’est celle d’une fraction d’entrepreneurs qui a tout promis aux petits vieux, aux chômeurs, aux smicards et aux précaires pour grossir leurs rangs. Une fois les annulations de taxes obtenus, ces gens ont prétendu structurer le mouvement pour en prendre la direction, avec, pour finalité, faire cesser le mouvement histoire de se gaver de thune à l’occasion des fêtes de fin d’année.(…) Quand à vous, voisins et collègues mobilisés depuis des semaines ; vous qui n’avez rien lâché ni au vent ni au froid ni à la pluie ; vous qui avez redécouvert solidarité et dignité sur les barrages ; vous, la base anonyme sans d’autres ambitions que de vivre convenablement, je vous salut et vous transmet les bonjours chaleureux des Gilets Jaunes croisés en Alsace, en Franche-Comté, sur l’A7 et à Bollène ! »

[3] C’est Michel Jobert, alors chef de cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, qui organisa l’opération –il s’en vanta publiquement vingt ans plus tard.

[4] Au Mexique, par exemple, l’augmentation du prix de l’essence en janvier 2016 provoqua une vague de manifestations massives, tournant souvent à l’émeute et au pillage, qui ne devait certes rien à l’idéologie néolibérale !

[5] L’impôt et la conscription militaire constituaient les motifs majeurs de sédition. Le livre de Boris Porchnev, est à cet égard édifiant, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris 1963, réed. Flammarion 1972.

[6] Pour autant, il faut relativiser l’impact des blocages… si le commerce des centres villes a pu être affecté par les émeutes, qui ont affecté leur chiffre d’affaires, l’efficacité des blocages est loin d’être évidente. L’approvisionnement a continué de se faire, les stations-services n’ont jamais manqué de carburant, les étalages des supermarchés ont continué de se remplir et la gabegie natale a pu se donner libre cours comme les autres années.

[7] La Constitution de la V° République octroie au président des pouvoirs que celui-ci n’avait jamais eu sous les régimes précédents, qui étaient parlementaires, et notamment celui de légiférer par ordonnances en se passant de l’Assemblée nationale. On sait que De Gaulle, qui était de sensibilité monarchiste, songea en 1958 à instaurer une monarchie constitutionnelle. Ce qu’il fit, d’une certaine manière : un monarque, mais qui serait désormais élu.

[8] A la grande époque des révoltes antimonarchiques en pays occitan, les révoltés s’identifiaient comme lo comun, bien plus que comme lo pòble. Le commun, telle est précisément le concept politique qui correspond à un devenir révolutionnaire des luttes.

[9] La notion d’ « économie morale » que certains ont évoqué à propos des GJ ne nous paraît guère pertinente en ce cas –ne fût-ce que parce que E.P Thompson la formulait à propos d’une working class anglaise qui a disparu entretemps, sans parler de la « décence commune » chère à George Orwell. Certes il existe encore une morale du travail diffuse dans les milieux populaires où, à défaut de s’enrichir en travaillant le plus grand nombre espère au moins atteindre une certaine sécurité, une relative aisance et, à tout le moins, un vague sentiment de dignité personnelle. A cet égard le « Travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy pouvait trouver un écho parmi ces gens. Ils s’entendent dire à présent qu’en fait rien de tout cela n’est garanti –pas même une retraite bien méritée après une vie laborieuse. La Macronie, c’est la pensée des managers appliquée à toute la société sans médiation politique. Le capitalisme dans sa brutalité essentielle.

[10] « Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ? » LundiMatin, 7 décembre 2018.

[11] On a bien vu dans le cas de Notre-Dame-des-Landes à quoi servait ce petit truc institutionnel du référendum – et Macron était ministre dans le gouvernement qui avait tenté ce coup d’esbrouffe… On voit bien à présent à quoi sert le confusionnisme de démagogues comme Etienne Chouard.

Jaune : le journal pour gagner

Le journal

Jaune est un état d’esprit. Celui de la détermination. Après deux mois de lutte, on a ressenti le besoin de porter clairement les positions de la victoire au sein d’un mouvement qui ne manque pas de VRP en tout genre pour nous vendre les solutions de la défaite clé en main. Ces gens-là ont des forces, ils ont des thunes, des moyens de propagande, et on se retrouve parfois séduits par leur mirage, souvent étouffés dans leur proposition. Ce constat, on l’a retrouvé dans plusieurs villes de France et c’est à partir du partage d’expériences qu’on a lancé le journal. Nous voulions faire exister les positions de la victoire, les assumer et permettre leurs discussions. En parallèle du journal papier dont la publication dépend de nos capacités financières logiquement maigres, nous tenons un journal en ligne jaune.noblogs.org sur lequel nous publierons les différentes contributions qui vont dans le sens de l’extension et l’approfondissement du mouvement. Nous les publierons ensuite dans la prochaine édition. Pour nous faire parvenir vos impressions, vos récits, vos analyses, pour nous soutenir financièrement, pour commander des journaux, vous pouvez écrire à lisezjaune@riseup.net 

Edito de Jaune N°1 :

Gagner. Cela peut paraître ambitieux pour celui qui n’a pas participé au mouvement des Gilets Jaunes. Les voitures tournent à l’essence, nous on carbure à l’ambition. Depuis le 17 novembre, nous sommes des centaines de milliers à passer à l’action. On se rencontre sur les ronds-points, on s’organise pour bloquer l’économie, on se défend ensemble contre la police en manifestation. On n’a jamais vu une telle détermination des « gens de rien » depuis des lustres. Et on ne compte pas s’arrêter là. Ce journal, c’est pour ça. C’est pour continuer. Et surtout, c’est pour gagner. Mais gagner quoi ? Ou plutôt jusqu’où ? Personne n’est en mesure d’y répondre mais nous prenons le parti de ne pas brider nos ambitions. Nous sommes pour l’extension et l’approfondissement du mouvement, contre une vie trop chère pour être vécue. Qu’il rentre dans le quotidien de tous les gens qui galèrent dans ce pays. Qu’il déborde des frontières de la France sans aucune modération, comme c’est déjà le cas en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Irak, au Soudan etc.

Pour cela, le mouvement n’a pas besoin de direction. Bien au contraire, ce que les politiciens appellent « orientation », qu’elle soit nationaliste, confusionniste, citoyenniste ou raciste, c’est une façon de canaliser la révolte, d’en écraser certains avant d’écraser tout le monde, pour que les bourges continuent à se gaver. Dans ce journal, on cherche plutôt à savoir comment on peut rendre ce mouvement moins contrôlable et plus fort qu’il ne l’est déjà. Comment on développe des solidarités avec tous les prolos sans exception pour tenir ensemble contre cette vie misérable ? On y discute des stratégies de lutte, comme la grève ou encore le blocage, mais aussi des manœuvres ennemies, en particulier de la répression qui nous frappe et de la réponse pratique qu’on doit fournir pour ne laisser personne sur le carreau.

On voit la presse, la classe politique et les patrons s’époumoner pour diviser le mouvement. Ils crient « casseurs », « violence », « terroristes ». Ils n’ont que ça à la bouche pour nous dissuader de lutter, et ce qui est magique, c’est que leur tour ne fonctionne pas. On ne va pas pour autant dire que tout est rose dans ce qu’on vit depuis deux mois. L’engagement est exigeant, les vautours sont à l’affût, nos galères de fin de mois sont toujours là et l’horizon qu’on nous promet ressemble à un film apocalyptique. Nous refusons ce futur et c’est pour cette raison qu’on bricole les moyens d’en finir. On en propose quelques uns dans les pages qui suivent. Jaune, le journal pour gagner.

Vous pouvez télécharger la version papier qu’on diffuse en cliquant ici : Jaune#1 (web)

La PSQ, ou quand la sécurité devient « la première des libertés »

La PSQ, où Police de Sécurité du Quotidien, a été lancée officiellement par le ministre de l’intérieur le 8 février dernier suite à la volonté du gouvernement de s’« engager dans une évolution des missions de la police et de la gendarmerie pour répondre à la priorité des Français : la sécurité. »

Cette expérimentation fait suite à une concertation large menée à la fois en partant « du terrain » : pas moins de 70 000 questionnaires ont été renvoyés par les policiers et les gendarmes au gouvernement pour formuler leurs attentes ; et à la fois au niveau départemental : plus de 500 réunions ont été menées réunissant préfets, associations élus, organisations syndicales de la police et structures de concertation de la gendarmerie, représentants des policiers municipaux, acteurs de la sécurité privée et des transports, experts, etc. Plus de 150 contributions ont également été rédigées par les syndicats, universitaires, entreprises et associations d’élus.

Cette prise en considération des acteurs de la « sécurité » a certainement dû faire s’arracher quelques cheveux aux associatifs œuvrant sur la question de l’immigration – qui relève pourtant du même ministère – force de constater que ces derniers goûtent plus souvent à la saveur des portes closes qu’à celle des petits fours…

Le dossier de presse1 présentant la PSQ apporte comme propositions principales de : rendre les condamnations judiciaires et les mesures répressives plus dissuasives (enfermer plus et plus longtemps), développer davantage la coopération avec les polices municipales (être fliqué au plus près), accroître la participation des habitants à leur propre sécurité (vers la création de milices d’auto-défense citoyenne ?), simplifier la procédure pénale et réduire les tâches administratives (afin de ne plus s’embêter avec la paperasse et la défense des accusés).

La PSQ prévoit ainsi de travailler de façon beaucoup plus partenariale avec les maires et leurs polices municipales, les bailleurs sociaux, les entreprises de transport ou les agents de sécurité privée, c’est à dire un large pan d’acteurs de proximité. « Les élus, en particulier les maires, sont ceux qui connaissent le mieux leur territoire, qui savent où se développe la délinquance. Je demande que dans les trois prochains mois on puisse prendre contact avec eux pour définir en partenariat une vraie stratégie de sécurité pour le territoire », nous précise le ministre. Pour ceux qui hébergent des sans-papiers dans leur village ou celles qui vendent une barrette de shit derrière les abris de bus, gare aux mouchards !!

Au niveau national, 20 départements ont été ciblés pour faire l’objet de renforts en zone gendarmerie, et 30 quartiers en zone police subtilement dénommés « de reconquête républicaine » ont été retenus. Parmi les moyens alloués à ce dispositif, 10 000 postes seront créés entre 2018 et 2022. Dans les Hautes-Alpes2, les objectifs sont notamment d’« élargir les zones de participation citoyenne sur la ville de Gap » (plus de délation) et de « travailler à la mise en place d’un réseau de vidéoprotection sur la ville de Briançon » (pour faciliter la surveillance et l’interpellation des migrants ?).

Les premières expérimentations de la PSQ ont débuté au cours du premier trimestre 2018. Une démonstration grandeur nature a été effectuée récemment le jeudi 31 mai dans les Bouches-du-Rhône, comme nous l’indique un quotidien local3. Pendant deux heures, 213 agents de la direction départementale de la sécurité publique, de la police aux frontières, des CRS et de la gendarmerie, des policiers municipaux, épaulés par des agents SNCF et RTM, ont pris d’assaut l’ensemble des transports en commun de Marseille et Aix-en-Provence. Les gares de Saint-Charles, de l’Arbois, d’Aix-centre, celles de Gardanne, Simiane et Septèmes, mais aussi les bus entre ces deux villes et plusieurs stations de métro ont fait l’objet de ce déploiement massif destiné à marquer les esprits, et durant lequel pas moins de 7 906 voyageurs ont été contrôlés (avec au final 12 arrestations pour séjour irrégulier, fiche de recherche et détention d’arme blanche, et 293 procès verbaux dressés pour fraude). Apercevant les uniformes, près de 4000 personnes auraient fait demi-tour, preuve s’il en faut qu’une large partie de la population ne se laisse ni attraper docilement comme des moutons, ni berner par les « priorités » sécuritaires du gouvernement.

Article repris du site Cévennes sans frontières

Les Black Blocs expliqués à Eric Ciotti (et à ma grand-mère)

Invité sur une chaine d’informations ultralibérales en continue le 29/04/2016, Eric Ciotti commentait les débordements survenus la veille, lors d’une manifestation contre la loi Travaille ! et proposait de dissoudre les Black Blocs. Nous lui expliquons pourquoi cette proposition n’a pas de sens même si nous comprenons sa crainte à voir ce genre de pratique se généraliser.

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