Du syndrome respiratoire aigu sévère humain au syndrome respiratoire aigu sévère politique

Le 14 mars 2020, Edouard Philippe (Premier ministre) annonçait « la fermeture à compter de ce soir minuit de tous les lieux recevant du public et non indispensables à la vie du pays ». Par « non indispensables » je voudrais souligner que Philippe, en accord bien entendu avec toutes les strates du pouvoir, pointait justement tous les lieux qui – malgré leurs évidentes limites commerciales – donnent justement un sens à notre existence, tous les lieux qui permettent, malgré leurs limites évidentes, de donner une épaisseur collective à notre vie en société. C’est l’autre qui est le premier besoin de l’humain, l’autre en tant que personne, non en tant que moyen.

Ont donc été qualifié de « non indispensables » tous les lieux qui concourent directement à préserver une qualité de vie minimale, tous les lieux de socialisation, ainsi que tous les lieux sans dimension économique directe (parcs, promenades, forêts, plages, etc.). Tout cela permet donc de conclure directement, clairement et sans ambiguïté, que l’indispensable relève de l’économie – mais qui peut bien l’ignorer sur le fond ? –, et que le vivant – le « non indispensable » –, n’est qu’à son service. Le cadre général du confinement a donc été on ne peut plus clairement énoncé et révèle avec une indécence crue l’inversion de la réalité dont il procède.

Dans cette déclaration de Philippe, ce sont clairement les hommes qui sont les moyens de l’économie, et pas du tout l’inverse, tout ce qui fait la qualité de la vie pour des humains « normaux » est au mieux considéré comme un colifichet, comme la carotte de l’âne… Dans le fond, Philippe avoue ici une conception de la société composée uniquement d’individus isolés, d’individus uniquement caractérisés par des fonctions opérationnelles (travailler, étudier, consommer, etc.) indépendamment de toute intensité qualitative des liens sociaux (intensité au mieux reconnue dans le cercle familial restreint). Dans le cadre de ces fonctions utilitaristes et fonctionnelles, la nature « non essentielle » de certaines d’entre elles apparaît ainsi avec davantage de netteté. Le « there is no such thing as society » de Margaret Thatcher est, de fait, devenu une triviale banalité de base du pouvoir.

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A écouter : une analyse critique des idées d’Etienne CHOUARD

Emission spéciale de nos amis de « sortir du capitalisme » qui développent une critique émancipatrice du capitalisme et ses structures associées, c’est-à-dire :

– De l’économie marchande comme structure de contrainte au travail et de dépendance vis-à-vis du Marché et de l’argent, comme système de soumission aux lois du capital, à son exploitation et à sa crise ;

– De l’État comme structure autoritaire, bureaucratique, hiérarchique nous dépossédant de notre autonomie politique ;

– Du patriarcat comme structure d’oppression, d’exploitation et de subordination des femmes (et d’auto-mutilation des hommes) ;

– Du racisme comme structure d’oppression, de discrimination et de surexploitation des racisé-e-s ;

– Du colonialisme et de l’impérialisme ;

– De la société de classes comme société inégalitaire, d’exploitation et de domination bourgeoise ;

– Du complexe techno-industriel comme destructeur des milieux et du climat.

L’émission est écoutable ici

Une analyse critique d’un porte-voix des idées communes au populisme de gauche et au populisme d’extrême-droite, Étienne Chouard, soutien de François Asselineau (UPR) aux dernières présidentielles et de Trump au cours de sa campagne électorale. Une analyse notamment de son populisme transversal, de son confusionnisme, de son conspirationnisme, de son démocratisme-citoyenniste et de son « anti-impérialisme » – avec Armand Paris, co-animateur de Sortir du capitalisme.

Avec une présentation critique d’Étienne Chouard et de son parcours, une analyse de son populisme transversal comme rencontre du nationalisme-étatisme « degôche » et de l’extrême-droite, une histoire du populisme transversal et sa transformation fasciste en France (1880-1940), et enfin une critique de son confusionnisme autour du « fascisme » et une explication historique de celui-ci [1ère partie, 50 minutes]. Avec également une analyse critique de sa théorie monétaire conspirationniste-souverainiste, une démonstration de son « antisémitisme structurel » (comme grille de lecture conspirationniste de l’histoire) et une évocation de son « anti-impérialisme » pro-russe. Avec, enfin, une analyse critique de son démocratisme comme formalisme s’opposant aux luttes, comme moralisme vain, comme interclassisme au profit des classes moyennes et comme fétichisme, et quelques excursus sur sa critique de l’antiracisme, son idée d’une « gauchisation » du FN et son apologie des frontières [2ème partie, 50 minutes].

PS : Le « populisme transerversal » (Chouard) est une idéologie s’adressant en même temps aux populistes de gauche (Mélenchon) et aux populistes d’extrême-droite (Le Pen) à partir de leurs thèmes communs (patriotisme, souverainisme, anti-finance, etc.). Le populisme de gauche, lui, s’adresse en partie, mais en partie seulement (contrairement au populisme transversal), aux populistes d’extrême-droite (à l’exclusion des thèmes d’extrême-droite. Le populisme d’extrême-droite, réciproquement, s’adresse en partie, mais en partie seulement (à l’exclusion des thèmes de gauche), aux populistes de gauche. Voilà pour ce qui est des distinctions entre ces trois formes de populisme.