Point de vue sur le Carnaval à Gap

Le carnaval sauvage de Gap a dépassé les frontières : une audience inespérée.

Mais quelles frontières ? On parle de débordements, de dégradations, de tags. Ah, les tags…

Les commerçants.es, les gapançais.es, seraient scandalisé-e-s. Mais de qui s’agit-il vraiment ? Car il y a aussi toutes celles et ceux qui ont été agréablement surpris.es par autant de vie et de spontanéité.

Que ça ne soit pas du goût de tout-e-s, soit. Nous n’avons pas tout-e-s les mêmes rapport à la « stratégie ». Mais de là à considérer que ce sont les carnavaliers qui sont un problème, car ils auraient dénoncé de manière déplaisante pour certain-e-s l’horreur de la frontière et de son monde, nous considérons pour notre part que c’est ça le scandale.

C’est trop facile de pointer des boucs-émissaires quand le répression se fait plus forte, ou plutôt plus visible. Comme si nous étions responsable de la passivité des habitants.es, de la violence de l’État, de l’arrogance des politiciens et pourquoi pas du fascisme qui monte.

Car ce sont bien là les véritables problématiques qui devraient occuper nos échanges, d’autant que ça pourrait bien s’aggraver dans les semaines à venir.

Les puissants ont toujours chercher à diviser celles et ceux qui leur résistent, mais nous pouvons aussi choisir de rester uni-e-s. Car c’est en partie dans cette diversité de tactiques que réside notre force. C’est elle qui nous rend insaisissables et imprévisibles.

Nous pouvons ne pas être d’accord sur certains points, autant sur des questions de forme que de fond. Mais ne perdons pas de vue notre combat commun.

Des gent.es qui ont trouvé ce carnaval trop bien

Un petit récit du carnaval à Gap

Nous fûmes aux alentours de 300 à nous retrouver samedi 21 pour un carnaval contre la frontière, mais pas que !

Des chars, des déguisements, des artifices, des confettis, de la musique, des chansons et plein de couleurs!

Le trajet est passé par la gare, car les transports sont une frontière, un lieu de contrôle où qui n’a pas de tickets, d’argent ou les bons papiers, est débarqué, mis à l’amende, ou dénoncé à la flicaille!

Heureusement que quelques cheminot-e-s ferment parfois les yeux quand des personnes solidaires se manifestent, mais il serait bon, en ces temps de luttes d’entendre un positionnement clair de la part des cheminot-e-s sur la collaboration de la SNCF à l’expulsion et à l’enfermement des exilé-e-s. À bon entendeur !

Le carnaval a ensuite continué son bout de chemin, vers le centre-ville, passant non loin de l’hôtel Le Globe, qui se fait beaucoup de frics légalement, bien-sûr, sur l’hébergement de personnes en exil, bien plus que la plupart des-dits « passeurs » qui eux, prolétaires de la frontière prennent de la prison ferme pour une poignée de dollars !

La cortège bariolé continua ensuite vers « la paroisse » à côté du dépôt de bus, lieu qui servit d’hébergement quelques temps.

 

Le monstrueux défilé avança jusqu’à la prison et là, horreur ! Un maton sauta sur nos monstres carnavalesques qui écrivaient de courtes phrases en couleurs sur les murs de la cour de promenade.

Ce pauvre héro fut repoussé comme il se doit et se retrouva avec de la peinture sur le front, sûrement une oie sauvage qui passait par là et qui pondit un œuf. Quelques condés aux alentours sortir de leur automobile gazeuse à la main, mais n’osèrent pas trop s’aventurer parmi les gueuses et les gueux en folies !

Puis, nous nous arrêtâmes un moment devant l’APASE où une déclamation eut lieu afin de dénoncer les honteuses manières du 115, de rappeler qu’une visite de courtoisie avait déjà eu lieu, et qu’à moment donné, la prochaine sera un peu plus vinaigre ! Leur évidente collaboration avec la Préfecture sous couvert d’humanitaire n’a que trop durer mes ami-e-s ! Comme dirait Deligny : « éducateurs, qui êtes-vous? », des flics ? Des collabos ? Ou alors quoi ?

On continua, un peu vers l’hôpital d’où l’on pouvait voir la Maison Cézanne occupée depuis deux ans et expulsable cet été (cette information est de la plus haute importance !).

Puis la bruyante nuée passa à côté de la préfecture avant de faire le procès carnavalesque sur la place coincée entre le conseil général, la préfecture, la cathédral et le tribunal. Il ne manque qu’un trou noir, pour aspirer tout ça ! Que se désintègre leur pouvoir !

 

Alors on a essayé !

Tout d’abord, une banderole c’est déroulée comme par magie sur la pref’ « PAF LA PREF! » était inscrit dessus. À quel jolie pied de nez ! Puis, le procès de la Justice a eu lieu, avec témoignages, avocat-e-s, speakerine et greffier, avant de foutre le feu à tout ça ! Un bien beau feu de l’enfer, sur leur place proprette !

Pendant ce temps là, des enfants sauvages redécoraient l’entrée du conseil général !

Un fantastique carnaval printanier qui n’épargna pas les banques et les agences immobilières de ses couleurs et de sa prose en chemin, les murs trop pâles ne furent pas non plus épargnés !

Vive la fête véritable ! Les postes frontières en feu, la justice, la police et les fachos au milieu !

 

L’aventure continue avec rage et joie !

Bientôt, nous espérons pouvoir publier des nouvelles de Briançon/Col de l’Echelle/Montgenèvre et des ami-e-s là-bas. Comme toujours, les politiciens font de la politique (et du fric !) et font croire que c’est celles et ceux qui sont à coeur, esprit et corps ouverts dans la solidarité qui en font, les fascistes répandent leur merde stérile et mortifère, l’État leur obéi en envoyant plus de flics et de militaires.

Les frontières ce n’est pas une idée, un discours à l’assemblée, dans un conseil municipal, en se dissociant du haut de son bureau, nous nous ne faisons pas de politique, nous l’honnissons car les frontières c’est à notre vie qu’elles nuisent !