13 Février : Procès des deux maraudeuse.eur.s

Mise à jour 13 février : le « verdict » en correctionnelle à Gap reconnu coupables les deux prévenu.e.s (appréhendées lors de maraudes) des deux chefs d’inculpation (outrage à agent et refus de signalétique) et les a condamné.e.s chacun.e à 600 € d’amende avec sursis total, et solidairement à 150€ de dommages et intérêts en faveur de chacun des cinq militaires constitués partie civile, à l’exclusion de leurs frais de justice. L’interjection en appel n’est pas encore décidée.


 

Le jeudi 13 février prochain, deux maraudeuse.eur.s passent en procès au tribunal de Gap pour « outrage sur agents » et « refus de signalétique» suite à une maraude effectuée le 26 novembre dernier.

Ce procès s’inscrit pleinement dans le contexte de répression qui existe aujourd’hui aux frontières et partout ailleurs, sur les personnes en soutien mais aussi et surtout sur les migrant.e.s.

Effectivement, les intimidations et la répression qu’exerce l’État sur les personnes solidaires à travers des contrôles ciblés, des amendes, du harcèlement policier, des procès,etc., ne sont qu’une petite partie de l’arsenal de répression mis en place par les autorités dans le cadre des politiques anti-migratoires.

Les contrôles au faciès, les tabassages et vols de la part des flics, le parcours du combattant en préfecture, la non prise en charge des mineurs dans certaines villes, l’enfermement en CRA (Centre de Rétention Administratif) dans des conditions atroces, les expulsions réalisées « parce que ton pays n’est pas considéré comme suffisamment dangereux » ou alors juste que la France s’en fout.

Tout ceci est le quotidien que peuvent vivre les gens arrivant ici sans les bons papiers.

Ces répressions orchestrées par l’État et mises en place par le duo Police-Justice semblent viser toutes les personnes et organisations considérées comme indésirables, toutes les formes de solidarités n’étant pas au profit de leur nation, toutes les formes d’actions ne s’inscrivant pas dans leur patriotisme.

Face à ces politiques mortifères, continuons à nous organiser !

Rendez-vous Jeudi 13 février dès 8h30 devant le tribunal de GAP.

N’hésitez pas à faire passer l’info

Feu aux frontières

Tract pour diffusion

Communiqué du CESAI suite à la décision du tribunal

Mardi 10 décembre la cour d’appel de Grenoble a rendu son verdict : le CESAI bénéficie d’un délai de sept mois avant l’évacuation des lieux.

Nous nous doutions que le verdict accordé en première instance à Gap nous accordant 30 mois de délai ne serait pas suivi par le tribunal de Grenoble : en effet nous ne nous faisons pas d’illusions sur ce que pourrait accorder la justice bourgeoise en faveur des migrant.e.s.

Cela confirme l’hypocrisie des pouvoirs publics se dédouanant de leurs responsabilités de venir en aide aux éxilé.e.s. tout en criminalisant les personnes qui le font. Outre la pression sur les lieux d’habitation, nous rappelons que de nombreuses personnes ont été poursuivies suite à des actions de solidarité, écopant de prison ferme et/ou de sursis.

Le maire prétend que ce n’est pas de sa compétence de gérer cette situation, allant jusqu’à refuser l’ouverture d’un centre d’accueil proposé par l’État. Depuis plusieurs mois nous assistons au jeu de la patate chaude où mairie et état se renvoient la balle.

Expulser le CESAI ne nous effacera pas du paysage gapençais : bien au contraire nous continuerons à lutter contre les frontières, la précarité et les problèmes de logement.

Que Roger se prépare car 2020 sera une année mouvementée !

Compte rendu du procès du Cesaï à la cour d’appel de Grenoble

COMMUNIQUÉ DE PRESSE du CESAÏ

Les dés sont lancés

Nous étions une quarantaine du CESAI à avoir fait le déplacement le 28 octobre dernier. Peu importe le temps que nous mettrions à poireauter devant le tribunal, il n’était pas concevable pour nous de ne pas être présent.e .s !!

C’est dans la salle 13 du palais de justice que se jouait l’avenir de plus de 6O habitant.e.s du Centre Social Autogéré de l’Imprimerie.

Ces derniers mois le maire de Gap a redoublé d’énergie afin de nous discréditer et de nous mettre la pression par tout les moyens, alternant recours juridiques, faux rapports de pompiers et communiqué de presse dégueulasse.

En vain. Toute cette agitation n’a fait que renforcer nos liens et notre motivation à nous battre.

Selon les dires des avocats de la ville et de l’EPFR, Roger Didier n’en dormirait plus la nuit.

L’affaire du CESAI l’affecterait tellement qu’il s’en cognerait la tête contre les murs. Serait est ce de la culpabilité ???

Dans la salle, c’était l’usine. Des affaires n’ayant rien à voir les unes avec les autres se succedaient à grande vitesse. Les magistrates n’accordaient que dix minutes à chaque avocat pour plaider. On se demande bien comment c’est possible de se faire une idée réaliste d’une situation un tant soit peu complexe en si peu de temps. Voire même comment rester concentré.e pendant 7h, en écoutant un flot de gens qui se contredisent sur les sujets les plus divers tout en parlant le plus vite possible…

Mais passons.

Il semblerait que la mairie tente de se rabibocher avec l’EPF, car iels les ont rejoint à la barre pour associer leurs plaidoiries sur les points suivants : ils sont rentrés par voie de fait, ils se mettent en danger en se mettant à l’abri et on va leur sauver la vie en les mettant dehors, le carré de l’imprimerie et ses 24 millions, et c’est pas notre responsabilité de loger les gens mais celle de l’état.

Ce dernier point est assez drôle si l’on se rappelle que Roger est passé sur Fr3 et sur Alpes 1 il y a deux ans pour annoncer qu’il s’opposait à la création, à l’initiative de l’état, de 80 places (soit à peu près la population du Césaï) pour mineurs isolés et demandeurs d’asile à Gap alors même qu’à cette époque il était en procédure pour expulser la maison Cézanne !

Délibéré le 10 décembre.

Une chose est sûre : la justice sociale ne s’obtiendra jamais dans un palais de justice…

Quoi qu’il en soit, nous expulser ne nous effacera pas du paysage, nous continuerons à lutter.

Si Roger veut retrouver l’esprit tranquille, il n’a qu’une chose à faire : nous octroyer un lieu légal d’accueil et d’hébergement. Aux normes ERP si ça lui chante.

Nous remercions toutes les personnes, associations, collectifs qui nous ont soutenu et nous vous donnons rendez-vous à toutes et tous le 10 Décembre à 20h pour une auberge Espagnole ainsi que pour le verdict au CESAI.

 

CESAI COEUR DE VILLE FOR LIFE !!!!

Communiqué du collectif des travailleurs sociaux du 05

Nous, travailleurs du social et du médico-social des Hautes Alpes dénonçons la marchandisation du travail social :

  • réduction des budgets de l’action sociale
  • techniques de management basées sur le contrôle au détriment de l’humain
  • informatisation accrue qui nous éloigne de notre cœur de métier : la relation.

Ces réalités sont enrobées dans des discours lénifiants comme « la solidarité en action », « l’usager au coeur du dispositif » ou dans des termes vidés de sens comme « inclusion » ou « bonnes pratiques ».

La mutualisation des moyens et l’uniformisation des pratiques sont des leitmotivs de nos employeurs et de nos financeurs respectifs, qui cachent en réalité des coupes budgetaires drastiques.

L’informatisation complexe de toutes les démarches administratives éloignent les plus fragiles de l’accès à leur droits.

Les personnes sont rendues responsables et coupables de leurs situations, ainsi les politiques trouvent un prétexte pour se désengager de leurs responsabilités.

Partant de ces constats nous nous sommes constitués en collectif pour :
– échanger
– diffuser nos constats
– décloisonner, penser collectif
– penser nos interventions et nos métiers
– défendre les droits des usagers
– se mobiliser

Travailleuses et travailleurs sociaux et médico-sociaux, rejoignez-nous en envoyant un mail à cette adresse : collectiftravailleursociaux05@lists.riseup.net

Nous nous retrouvons un lundi par mois à 18h à Gap

Le collectif des travailleurs sociaux 05

Lutte contre les politique anti-migratoire et situation juridique du Cesaï

Voici un communiqué afin de faire un point sur les actions que nous avons menées ces derniers temps à Gap contre les politiques liberticides envers les sans-papier et autour de la situation juridique actuelle du Cesaï. Deux institutions oppressives nous ont attaqué et auxquelles nous avons répondus.

La préf’

Suite au refus de l’état de permettre au personne sans-papier de se domicilié à gap ou dans les environs, une suite d’action a été mené afin de faire pression sur la préfecture dans le but qu’iels laissent les personnes concernées se domicilier où elles veulent.

Suite à ce changement de pratique de la préfecture, nous sommes allé.e.s leur demander des comptes en personne. Après s’être infiltré dans les bureaux, zbeulant leur paisible vie de travailleur, un rendez-vous a été obtenu avec la préfète dans la journée, ne débouchant sur rien d’autre qu’une promesse de solution en l’air.

N’ayant même pas daigné nous contacter, nous avons donc saturé leurs standard téléphonique pendant une matinée. Suite à quoi la préfecture a enfin répondu a notre demande par un mail de réponse contenant seulement des rappels de la loi ne menant à aucune solution, remettant la faute sur l’OFII, et nous disant qu’ils allaient contacter la préf’ de Marseille. Une réponse leur a été envoyée, les mettant face à leur responsabilité.

En parallèle, nous pensons à réaliser des référés-libertés pour chaque personne n’ayant pas pu librement choisir leurs domiciliations, afin de rajouter des dossiers au tribunal administratif et en espérant qu’au moins pour quelques individus, la situation s’améliorera.

La mairie

Le squat du Cesaï a été réquisitionné depuis quelques mois afin de loger une soixantaine de personne et de réalisé des activités libres et ouvertes à tou.te.s. Le lendemain de l’ouverture une plainte est déposée par la mairie, propriétaire des lieux, s’en suit une visite du commissaire fraîchement nommé à Gap et d’un huissier. Ils sont empêché de rentrer sur les lieux.

Après plusieurs mois sans visite de la part des institutions, le tribunal a autorisé les flics a faire usage de la force afin de permettre à l’huissier de venir réaliser un dossier pour la future expulsion. Ils ont choisi de passer le 26 mars.

De son coté, Roger Didier, le maire de Gap, fanfaronne dans le Daubé, et prépare médiatiquement l’expulsion qu’il souhaite le plus rapide possible. Ne comptant pas nous laisser faire nous sommes allé.e.s le voir lors du récent conseil municipal afin de lui faire la lecture (retour sur l’action). Un dossier est aussi en cours de composition afin de défendre le lieu lors du futur procès, tout témoignage pouvant montré l’utilité du lieu est la bienvenue, nous avons les documents disponible à la maison.

Nous sommes maintenant en attente d’une date de procès, que l’on cherchera bien évidement à ralentir.

Pendant ce temps, les fachos, ou autres blaireaux, s’amusent. Nous avons eu le droit à une visite un dimanche matin, de personne ayant arraché la banderole, saccagé tous les objets devant le lieux et cassé des vitres. Heureusement, ils n’ont pas pu rentrer et n’ont pas attaqué l’intérieur. Il paraîtrait que les flics les auraient arrêté mais nous n’avons aucune information la dessus et nous n’attendons rien de leur part.

 

Pour la suite

De notre coté, des réflexions sur les politiques de la ville sont en cours, les projets foireux du maire, et ses politiques répugnantes, mais malheureusement peine à avancer ces derniers temps.

Le constat commence à se faire partout en France, les contrôles de flic dans les gares se généralisent, et les personnes n’ayant pas les bons papiers ont de plus en plus de mal a se déplacé.

Concernant les billets de train, ils devraient être financé par la pref’ ou l’OFII, ce qui n’est bien évidement pas fait. Les voyages dans d’autres villes devenant de plus en plus régulier, les financements des associations ne deviennent plus suffisant.

N’hésitez pas à venir faire un tour au squat si une de ces problématiques vous intéresse, on a toujours besoin de monde pour tracter, coller des affiches ou plus

Concernant la partie centre social, elle tourne au ralenti en ce moment, n’hésitez pas à proposer des activités, projections, débats …

Désolé pour les copaines n’ayant pas participé à l’écriture du communiqué, il a été fait assez spontanément.

No border

No nation

Stop deportation

Le CESAÏ (centre social autogéré de l’Imprimerie) a ouvert ses portes le 19 octobre 2018. C’est un espaces de vie et d’habitations pour des personnes mises à la rue par L’État notamment les habitant(e)s expulsé(e)s de la maison Cézanne.

https://cesai.noblogs.org/

Encore un mort au mitard : communiqués de prisonniers enfermés à la maison d’arrêt de Seysses

Depuis le 19 avril 2018 les prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses mènent une lutte pour dénoncer le meurtre déguisé en suicide du prisonnier J. et dénoncer les tortures qu’ils subissent dans les quartiers disciplinaires. Suite aux menaces du ministère de la justice contre celleux qui relayeraient ces informations, nous publions les deux communiqués des prisoniers ainsi que les deux communiqués du journal anti-carcéral l’Envolée …

Communiqué de prisonniers enfermés à la prison de Seysses : Encore un mort au mitard

 Maison d’Arrêt de Seysses, le 19 avril 2018.

J. avait 26 ans. Samedi dernier, il était au mitard, dans une »cellule disciplinaire » de la prison de Seysses. Il y est mort. Les médias relaient une version des faits, une seule : celle des matons, les »surveillants ». Mais nous, on y vit, dans cette prison. Et on n’est ni sourds, ni aveugles. On sait que sa mort a été provoquée par la violence des matons affectés au mitard.

Non, J. ne s’est pas suicidé.

Si plus d’une centaine de prisonniers ont refusé de remonter en cellule plusieurs jours de suite cette semaine, c’est parce que c’est tout ce qu’on peut faire pour protester, ici. J. est mort au mitard, et l’autopsie aurait conclu à un suicide. Mais on sait que ce n’est pas le cas, car il y a des témoins qui étaient présents dans les cellules environnantes lors de son passage à tabac, qui ont tout entendu, qui ont assisté à tout ça. C’est suite à un déferlement de coups que J. est mort samedi.

Pensez-vous que nous serions 200 prisonniers à refuser de remonter en cellule et à déployer une banderole dans la cour de promenade si nous n’étions pas convaincus de leurs mensonges ?

Tous ceux qui sont passés par le quartier disciplinaire pourront témoigner des humiliations qu’ils y ont subi, des insultes racistes, des crachats à la figure, des ordres donnés comme si on était moins que des chiens… Là-bas, celui qui a le malheur de « la ramener » peut finir comme J. : pendu. Aucun droit n’est respecté dans ce mitard. Les promenades ont lieu au bon vouloir des surveillants, et en général il n’y en a pas. L’accès au douches nous y est refusé, et il peut se passer quinze jours sans qu’on puisse y aller. Pareil pour l’accès au feu, pour allumer une cigarette : c’est maximum trois fois par jour et ils usent de beaucoup de zèle, il faut presque les supplier. La peur y règne, et y aller est pour chacun d’entre nous, prisonniers, une vraie descente aux enfers.

Cet hiver, plusieurs prisonniers se sont retrouvés dans ce mitard sans matelas, sans couverture et sans vêtements, alors qu’il faisait moins cinq degrés. Juste parce qu’ils avaient tapé sur la grille de leur cellule pour réclamer à manger ou avoir du feu. Ils ont dû dormir par terre, nus, sur un coussin, et manger « la gamelle » dans des barquettes qui arrivaient ouvertes, apparemment déjà utilisées.

J. a été battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure. Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. Alors le Samu est intervenu et a tenté de le réanimer, en vain. Le lendemain, ils ont libéré tout le monde du mitard et personne n’a été entendu, même pas le chef ni les gendarmes. Ça montre bien qu’ils ont des choses à cacher, qu’on ne vienne pas nous dire le contraire.

Certains d’entre nous (sur)vivent dans cette prison de Seysses depuis plusieurs années, ou y font beaucoup d’allers-retours. Cette situation n’est pas nouvelle, et d’autres « morts suspectes » ont eu lieu ici ces dernières années. Nous avons vite compris que notre parole ne valait rien face à la leur, mais nous savons aussi que beaucoup dehors s’interrogent ou ont déjà compris leur petite mascarade. Qui tue.
 
C’est très difficile pour nous de donner des preuves de ce qu’on avance. Ici, nous sommes enfermés, et chaque information qui arrive dehors risque d’avoir de graves conséquences pour nous. Pourtant il faut que ça se sache, car nous sommes en danger de mort. Les surveillants jouent avec nos vies dans ce quartier disciplinaire.

C’est plus que de l’humiliation ; ils nous terrorisent, et ce qui est arrivé à J. pourrait arriver à chacun d’entre nous.

Nous dénonçons aussi les pressions qui sont faites sur les prisonniers qui ont assisté aux faits. Les témoins malgré eux de ce qui s’est passé samedi dernier subissent des pression psychologiques et sont très clairement menacés de transfert. Tout semble mis en place pour les pousser à bout. Ainsi, cinq d’entre nous ont déjà été transférés suite au blocage de la promenade et sont désormais à Lille, Bordeaux, Sedequin… Considérés comme « meneurs », on ne les a même pas laissé embarquer leurs affaires personnelles. C’est comme ça que la prison est tenue maintenant, en nous menaçant d’un « transfert disciplinaire » qui nous éloignerait encore plus de familles et de nos proches.

Nous exigeons que la direction de la Maison d’Arrêt remplace immédiatement cette équipe de surveillants, il est évident que c’est la première chose à faire. La petite équipe sadique de matons du mitard, nous, prisonniers, la surnommons « l’escadron de la mort ».

Ici, on est spectateurs du désespoir humain, et on sait tous que J. pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Il a été battu à mort parce qu’il tapait dans une porte : il n’en pouvait plus d’attendre, coincé dans la « salle d’attente » de la prison, sans fenêtre. Il voulait juste regagner sa cellule. Ils sont venus et l’ont plié.

On ne soigne pas le mal par le pire. Nous voulons que tout cela cesse.

Que celui qui est condamné à aller au mitard puisse au moins conserver sa dignité et que ses droits fondamentaux soient respectés.

Nous voulons que la vérité soit faite sur la mort de J. et qu’une telle horreur ne puisse plus se reproduire, ni ici, ni ailleurs.

Nous nous associons à la douleur de la famille et sommes prêts à témoigner si elle le désire.

Des prisonniers de la M.A. de Seysses


Rien n’a changé à Seysses

Maison d’Arrêt de Seysses, le 12 mai 2018

Dans notre précédent communiqué du 20 avril 2018, on dénonçait ce que tout le monde sait à la prison de Seysses : J., retrouvé mort au mitard le samedi 14 avril 2018, ne s’est pas pendu. Il a été battu à mort par l’équipe de surveillants responsables du quartier disciplinaire.

Le même jour, un prisonnier a fait une tentative de suicide au SMPR (l’hôpital de la prison) et il est mort deux jours plus tard. Depuis, on en a appris plus sur lui en parlant entre nous. C’était un jeune marocain sans-papiers d’une vingtaine d’années qui ne posait pas de problèmes. Il avait acheté du cannabis à d’autres prisonniers et il leur devait de l’argent. C’est pour ça qu’il a été mis à l’amende dans la cour de promenade. Il a été emmené au SMPR pour être soigné. Il réclamait de voir un psychiatre, on lui a refusé, alors il s’est ouvert les veines. Des témoins l’ont très bien entendu crier qu’il venait de se couper. C’était un appel à l’aide, il était à bout, et on l’a laissé se vider de son sang. Il n’avait pas de famille en France donc tout le monde s’en foutait. Mais il ne voulait pas mourir, il était juste en détresse. C’est la prison qui est responsable, avec les surveillants et les infirmiers.

Depuis la mort de ces deux prisonniers, rien n’a changé à la maison d’arrêt. La direction a transféré ceux d’entre nous qu’elle jugeait responsables du mouvement qui a duré plusieurs jours (on a été jusqu’à 200 à refuser de remonter de promenade pour protester, on a fait une banderole, on criait « matons assassins » aux fenêtres) et les témoins directs du tabassage de J. qui a provoqué son décès ont subi des pressions. Mais l’équipe de matons qu’on appelle entre nous « l’escadron de la mort » est toujours là et tourne encore au mitard.

Ce matin, un autre prisonnier a tenté de se pendre à la maison d’arrêt côté condamnés. L’après-midi, il devait passer devant le prétoire. C’est le tribunal interne à la prison qui juge les prisonniers accusés d’avoir provoqué des incidents en détention. Le prétoire peut décider de mesures disciplinaires, et le plus souvent c’est un placement au mitard. Le prisonnier avait très peur d’y aller vu comment ça se passe là bas : des brimades, des insultes, des coups et parfois même la mort comme on le racontait dans notre premier communiqué. Alors il s’est passé la corde au cou au moment de la gamelle du matin. Heureusement, les infirmiers ont réussi à le réanimer, mais des témoins ont entendu le major qui disait devant le mec qui n’était même pas encore décroché : « il nous fait toujours le même cinéma, celui-là ». Pour eux, une tentative de suicide c’est du cinéma ! Le lendemain de la mort de J., on a entendu le même major qui menaçait un prisonnier qui tapait dans sa porte, en lui disant : « Le dernier qui a fait ça, il a fini dans un sac ! »

On est emprisonné par des gens qui sont inhumains. Comment peut-on supporter que ceux qui dirigent la détention se moquent de nos appels à l’aide, des tentatives de suicide et des morts dont ils sont responsables ? On a parfois l’impression d’être dans un cauchemar. Il y a des prisonniers ici qui sont juste en attente d’un jugement, qui ne sont même pas encore jugés coupables. Et il y en a d’autres qui ont été condamnés et qui acceptent de faire leur peine, mais on ne peut pas accepter d’être traités comme du bétail ! On a l’impression d’être rejugés chaque jour par les surveillants et les chefs. On le voit dans les regards, les paroles, les gestes… Ils nous déshumanisent, on est juste des numéros pour eux. Ils veulent nous faire comprendre qu’ils ont tout le pouvoir, qu’ils sont comme une mafia à l’intérieur. Ils peuvent tout se permettre, ils n’ont rien à craindre parce qu’ils sont toujours couverts. Ils dirigent tout par la peur. Un major peut même nous menacer de mort parce qu’on tape dans une porte pour réclamer quelque chose !

Tout ce qu’on demande, c’est d’être traités comme des êtres humains. De faire notre temps en prison sans craindre pour notre vie, sans subir en permanence les humiliations et les violences des surveillants. Ici, il n’y a aucun respect de la dignité, aucune déontologie, tout est fait contre les prisonniers. On dirait aussi qu’ils font tout pour que ça se passe mal entre nous, en mettant ensemble en cellule des gens qui n’ont rien à voir ou en enfermant des gens qui n’ont rien à faire en prison, qui devraient être soignés : des malades, des mecs qui ont des troubles psychiatriques parfois très graves. On craint pour notre santé, on craint même pour notre vie, alors qu’on devrait juste patienter avant notre sortie. L’État s’en fout, on est juste des numéros à gérer, et ça arrange bien les surveillants sadiques qui se passent les nerfs sur nous.

La situation est explosive ici, et c’est aussi en grande partie à cause de la juge d’application des peines (JAP) et le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) qui se charge des conditionnelles. Il y a très peu d’aménagements de peines, les remises de peine et les grâces sont trop peu accordées, on est de plus en plus à faire notre peine quasiment pleine. Il n’est pas rare que le procureur fasse tomber des vieux sursis peu de temps avant la sortie pour qu’on reste enfermés. A croire qu’ils veulent nous garder le plus longtemps possible, et rien n’est fait pour la réinsertion. La loi Taubira était censée « vider les prisons » en facilitant les conditionnelles et les peines alternatives, mais c’est comme si elle n’était pas arrivée jusque Seysses. On est tous sous pression, et rien ne nous encourage à montrer des signes de réinsertion, de travailler, de se tenir à carreaux, puisqu’on sait que rien n’est fait en échange pour nous laisser sortir.

Il faudrait qu’on nous explique comment J. a pu se pendre alors qu’il était à poil au mitard. Il n’était pas suicidaire, on le sait tous ici. Et il n’avait ni drap, ni couverture dans sa cellule. Pour éviter qu’il s’accroche, soi-disant, on lui a seulement laissé un pyjama en papier…. Leur version officielle ne tient pas debout.

Nous réclamons la vérité sur ce qui s’est passé pour J.
Nous réclamons que l’équipe de surveillants responsable de sa mort soit suspendue.
Nous dénonçons les transferts disciplinaires et les pressions exercés sur les témoins. Nous exigeons de ne pas être condamnés à des nouvelles peines chaque jour par ceux qui devraient juste nous surveiller et assurer notre intégrité physique et morale.
Nous exigeons de ne pas être enfermés avec des gens qui n’ont rien à faire en prison et qui peuvent menacer notre sécurité.
Nous exigeons d’être traités dignement, comme des êtres humains.
Nous nous associons à la peine des familles et sommes prêts à témoigner si elles nous le demandent.

Des prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses.

P.-S.:

Communiqués du journal anti-carcéral L’Envolée :

  • « Les prisonniers de Seysses ont raison ! » (dimanche 22 avril 2018 )
    OpenDocument Text - 60.3 ko
  • « Les prisonniers ont raison de se révolter et ils ont raison de prendre la parole contre le sort qui leur est fait. » (à l’intention des journalistes et associations)
    OpenDocument Text - 24.2 ko

repris de mars-infos.org