Encore un mort au mitard : communiqués de prisonniers enfermés à la maison d’arrêt de Seysses

Depuis le 19 avril 2018 les prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses mènent une lutte pour dénoncer le meurtre déguisé en suicide du prisonnier J. et dénoncer les tortures qu’ils subissent dans les quartiers disciplinaires. Suite aux menaces du ministère de la justice contre celleux qui relayeraient ces informations, nous publions les deux communiqués des prisoniers ainsi que les deux communiqués du journal anti-carcéral l’Envolée …

Communiqué de prisonniers enfermés à la prison de Seysses : Encore un mort au mitard

 Maison d’Arrêt de Seysses, le 19 avril 2018.

J. avait 26 ans. Samedi dernier, il était au mitard, dans une »cellule disciplinaire » de la prison de Seysses. Il y est mort. Les médias relaient une version des faits, une seule : celle des matons, les »surveillants ». Mais nous, on y vit, dans cette prison. Et on n’est ni sourds, ni aveugles. On sait que sa mort a été provoquée par la violence des matons affectés au mitard.

Non, J. ne s’est pas suicidé.

Si plus d’une centaine de prisonniers ont refusé de remonter en cellule plusieurs jours de suite cette semaine, c’est parce que c’est tout ce qu’on peut faire pour protester, ici. J. est mort au mitard, et l’autopsie aurait conclu à un suicide. Mais on sait que ce n’est pas le cas, car il y a des témoins qui étaient présents dans les cellules environnantes lors de son passage à tabac, qui ont tout entendu, qui ont assisté à tout ça. C’est suite à un déferlement de coups que J. est mort samedi.

Pensez-vous que nous serions 200 prisonniers à refuser de remonter en cellule et à déployer une banderole dans la cour de promenade si nous n’étions pas convaincus de leurs mensonges ?

Tous ceux qui sont passés par le quartier disciplinaire pourront témoigner des humiliations qu’ils y ont subi, des insultes racistes, des crachats à la figure, des ordres donnés comme si on était moins que des chiens… Là-bas, celui qui a le malheur de « la ramener » peut finir comme J. : pendu. Aucun droit n’est respecté dans ce mitard. Les promenades ont lieu au bon vouloir des surveillants, et en général il n’y en a pas. L’accès au douches nous y est refusé, et il peut se passer quinze jours sans qu’on puisse y aller. Pareil pour l’accès au feu, pour allumer une cigarette : c’est maximum trois fois par jour et ils usent de beaucoup de zèle, il faut presque les supplier. La peur y règne, et y aller est pour chacun d’entre nous, prisonniers, une vraie descente aux enfers.

Cet hiver, plusieurs prisonniers se sont retrouvés dans ce mitard sans matelas, sans couverture et sans vêtements, alors qu’il faisait moins cinq degrés. Juste parce qu’ils avaient tapé sur la grille de leur cellule pour réclamer à manger ou avoir du feu. Ils ont dû dormir par terre, nus, sur un coussin, et manger « la gamelle » dans des barquettes qui arrivaient ouvertes, apparemment déjà utilisées.

J. a été battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure. Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. Alors le Samu est intervenu et a tenté de le réanimer, en vain. Le lendemain, ils ont libéré tout le monde du mitard et personne n’a été entendu, même pas le chef ni les gendarmes. Ça montre bien qu’ils ont des choses à cacher, qu’on ne vienne pas nous dire le contraire.

Certains d’entre nous (sur)vivent dans cette prison de Seysses depuis plusieurs années, ou y font beaucoup d’allers-retours. Cette situation n’est pas nouvelle, et d’autres « morts suspectes » ont eu lieu ici ces dernières années. Nous avons vite compris que notre parole ne valait rien face à la leur, mais nous savons aussi que beaucoup dehors s’interrogent ou ont déjà compris leur petite mascarade. Qui tue.
 
C’est très difficile pour nous de donner des preuves de ce qu’on avance. Ici, nous sommes enfermés, et chaque information qui arrive dehors risque d’avoir de graves conséquences pour nous. Pourtant il faut que ça se sache, car nous sommes en danger de mort. Les surveillants jouent avec nos vies dans ce quartier disciplinaire.

C’est plus que de l’humiliation ; ils nous terrorisent, et ce qui est arrivé à J. pourrait arriver à chacun d’entre nous.

Nous dénonçons aussi les pressions qui sont faites sur les prisonniers qui ont assisté aux faits. Les témoins malgré eux de ce qui s’est passé samedi dernier subissent des pression psychologiques et sont très clairement menacés de transfert. Tout semble mis en place pour les pousser à bout. Ainsi, cinq d’entre nous ont déjà été transférés suite au blocage de la promenade et sont désormais à Lille, Bordeaux, Sedequin… Considérés comme « meneurs », on ne les a même pas laissé embarquer leurs affaires personnelles. C’est comme ça que la prison est tenue maintenant, en nous menaçant d’un « transfert disciplinaire » qui nous éloignerait encore plus de familles et de nos proches.

Nous exigeons que la direction de la Maison d’Arrêt remplace immédiatement cette équipe de surveillants, il est évident que c’est la première chose à faire. La petite équipe sadique de matons du mitard, nous, prisonniers, la surnommons « l’escadron de la mort ».

Ici, on est spectateurs du désespoir humain, et on sait tous que J. pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Il a été battu à mort parce qu’il tapait dans une porte : il n’en pouvait plus d’attendre, coincé dans la « salle d’attente » de la prison, sans fenêtre. Il voulait juste regagner sa cellule. Ils sont venus et l’ont plié.

On ne soigne pas le mal par le pire. Nous voulons que tout cela cesse.

Que celui qui est condamné à aller au mitard puisse au moins conserver sa dignité et que ses droits fondamentaux soient respectés.

Nous voulons que la vérité soit faite sur la mort de J. et qu’une telle horreur ne puisse plus se reproduire, ni ici, ni ailleurs.

Nous nous associons à la douleur de la famille et sommes prêts à témoigner si elle le désire.

Des prisonniers de la M.A. de Seysses


Rien n’a changé à Seysses

Maison d’Arrêt de Seysses, le 12 mai 2018

Dans notre précédent communiqué du 20 avril 2018, on dénonçait ce que tout le monde sait à la prison de Seysses : J., retrouvé mort au mitard le samedi 14 avril 2018, ne s’est pas pendu. Il a été battu à mort par l’équipe de surveillants responsables du quartier disciplinaire.

Le même jour, un prisonnier a fait une tentative de suicide au SMPR (l’hôpital de la prison) et il est mort deux jours plus tard. Depuis, on en a appris plus sur lui en parlant entre nous. C’était un jeune marocain sans-papiers d’une vingtaine d’années qui ne posait pas de problèmes. Il avait acheté du cannabis à d’autres prisonniers et il leur devait de l’argent. C’est pour ça qu’il a été mis à l’amende dans la cour de promenade. Il a été emmené au SMPR pour être soigné. Il réclamait de voir un psychiatre, on lui a refusé, alors il s’est ouvert les veines. Des témoins l’ont très bien entendu crier qu’il venait de se couper. C’était un appel à l’aide, il était à bout, et on l’a laissé se vider de son sang. Il n’avait pas de famille en France donc tout le monde s’en foutait. Mais il ne voulait pas mourir, il était juste en détresse. C’est la prison qui est responsable, avec les surveillants et les infirmiers.

Depuis la mort de ces deux prisonniers, rien n’a changé à la maison d’arrêt. La direction a transféré ceux d’entre nous qu’elle jugeait responsables du mouvement qui a duré plusieurs jours (on a été jusqu’à 200 à refuser de remonter de promenade pour protester, on a fait une banderole, on criait « matons assassins » aux fenêtres) et les témoins directs du tabassage de J. qui a provoqué son décès ont subi des pressions. Mais l’équipe de matons qu’on appelle entre nous « l’escadron de la mort » est toujours là et tourne encore au mitard.

Ce matin, un autre prisonnier a tenté de se pendre à la maison d’arrêt côté condamnés. L’après-midi, il devait passer devant le prétoire. C’est le tribunal interne à la prison qui juge les prisonniers accusés d’avoir provoqué des incidents en détention. Le prétoire peut décider de mesures disciplinaires, et le plus souvent c’est un placement au mitard. Le prisonnier avait très peur d’y aller vu comment ça se passe là bas : des brimades, des insultes, des coups et parfois même la mort comme on le racontait dans notre premier communiqué. Alors il s’est passé la corde au cou au moment de la gamelle du matin. Heureusement, les infirmiers ont réussi à le réanimer, mais des témoins ont entendu le major qui disait devant le mec qui n’était même pas encore décroché : « il nous fait toujours le même cinéma, celui-là ». Pour eux, une tentative de suicide c’est du cinéma ! Le lendemain de la mort de J., on a entendu le même major qui menaçait un prisonnier qui tapait dans sa porte, en lui disant : « Le dernier qui a fait ça, il a fini dans un sac ! »

On est emprisonné par des gens qui sont inhumains. Comment peut-on supporter que ceux qui dirigent la détention se moquent de nos appels à l’aide, des tentatives de suicide et des morts dont ils sont responsables ? On a parfois l’impression d’être dans un cauchemar. Il y a des prisonniers ici qui sont juste en attente d’un jugement, qui ne sont même pas encore jugés coupables. Et il y en a d’autres qui ont été condamnés et qui acceptent de faire leur peine, mais on ne peut pas accepter d’être traités comme du bétail ! On a l’impression d’être rejugés chaque jour par les surveillants et les chefs. On le voit dans les regards, les paroles, les gestes… Ils nous déshumanisent, on est juste des numéros pour eux. Ils veulent nous faire comprendre qu’ils ont tout le pouvoir, qu’ils sont comme une mafia à l’intérieur. Ils peuvent tout se permettre, ils n’ont rien à craindre parce qu’ils sont toujours couverts. Ils dirigent tout par la peur. Un major peut même nous menacer de mort parce qu’on tape dans une porte pour réclamer quelque chose !

Tout ce qu’on demande, c’est d’être traités comme des êtres humains. De faire notre temps en prison sans craindre pour notre vie, sans subir en permanence les humiliations et les violences des surveillants. Ici, il n’y a aucun respect de la dignité, aucune déontologie, tout est fait contre les prisonniers. On dirait aussi qu’ils font tout pour que ça se passe mal entre nous, en mettant ensemble en cellule des gens qui n’ont rien à voir ou en enfermant des gens qui n’ont rien à faire en prison, qui devraient être soignés : des malades, des mecs qui ont des troubles psychiatriques parfois très graves. On craint pour notre santé, on craint même pour notre vie, alors qu’on devrait juste patienter avant notre sortie. L’État s’en fout, on est juste des numéros à gérer, et ça arrange bien les surveillants sadiques qui se passent les nerfs sur nous.

La situation est explosive ici, et c’est aussi en grande partie à cause de la juge d’application des peines (JAP) et le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) qui se charge des conditionnelles. Il y a très peu d’aménagements de peines, les remises de peine et les grâces sont trop peu accordées, on est de plus en plus à faire notre peine quasiment pleine. Il n’est pas rare que le procureur fasse tomber des vieux sursis peu de temps avant la sortie pour qu’on reste enfermés. A croire qu’ils veulent nous garder le plus longtemps possible, et rien n’est fait pour la réinsertion. La loi Taubira était censée « vider les prisons » en facilitant les conditionnelles et les peines alternatives, mais c’est comme si elle n’était pas arrivée jusque Seysses. On est tous sous pression, et rien ne nous encourage à montrer des signes de réinsertion, de travailler, de se tenir à carreaux, puisqu’on sait que rien n’est fait en échange pour nous laisser sortir.

Il faudrait qu’on nous explique comment J. a pu se pendre alors qu’il était à poil au mitard. Il n’était pas suicidaire, on le sait tous ici. Et il n’avait ni drap, ni couverture dans sa cellule. Pour éviter qu’il s’accroche, soi-disant, on lui a seulement laissé un pyjama en papier…. Leur version officielle ne tient pas debout.

Nous réclamons la vérité sur ce qui s’est passé pour J.
Nous réclamons que l’équipe de surveillants responsable de sa mort soit suspendue.
Nous dénonçons les transferts disciplinaires et les pressions exercés sur les témoins. Nous exigeons de ne pas être condamnés à des nouvelles peines chaque jour par ceux qui devraient juste nous surveiller et assurer notre intégrité physique et morale.
Nous exigeons de ne pas être enfermés avec des gens qui n’ont rien à faire en prison et qui peuvent menacer notre sécurité.
Nous exigeons d’être traités dignement, comme des êtres humains.
Nous nous associons à la peine des familles et sommes prêts à témoigner si elles nous le demandent.

Des prisonniers de la maison d’arrêt de Seysses.

P.-S.:

Communiqués du journal anti-carcéral L’Envolée :

  • « Les prisonniers de Seysses ont raison ! » (dimanche 22 avril 2018 )
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  • « Les prisonniers ont raison de se révolter et ils ont raison de prendre la parole contre le sort qui leur est fait. » (à l’intention des journalistes et associations)
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repris de mars-infos.org

Chroniques d’une mort annoncée

Une semaine est passée depuis la mort de M. Cinq jours depuis que le cadavre d’une jeune femme «peut-être migrante » a été retrouvé, dans le fleuve qui passe sous Briançon, la Durance.

Voici les faits.

Un groupe d’une petite dizaine de personnes part de Clavière pour rejoindre Briançon à pied. Nous sommes dimanche soir, et comme chaque nuit les exilé·e·s qui tentent d’arriver en France se trouvent obligé·e·s d’éviter la route autant que possible et de passer par la montagne pour éviter les contrôles d’identité.Le groupe commence son chemin, et puis se sépare : la femme a des difficultés à marcher et a besoin d’aide et de soutien. Deux personnes restent avec elle, et les trois se détachent du groupe.
Ils marchent sur la route, en se cachant dès qu’ils aperçoivent des lumières de phares ou entendent des bruits.

La police a mis en place une véritable chasse aux migrant·e·s, plus féroce que jamais ces derniers jours. Ils se cachent sur les sentiers, pour surprendre, torches en main, ceux qui tentent la traversée, et font des rondes en voiture sur les routes. Ils se postent aussi aux entrées de Briançon, et à côté des carrefours, mettant en place de réels postes de blocage.

Les trois personnes marchent pendant une quinzaine de kilomètres et se trouve à 4 ou 5 kilomètres de Briançon. A la hauteur de la Vachette, cinq agents de la police nationale les attendent. Ils surgissent de derrière les arbres à gauche de la route. Il est entre quatre et cinq heure du matin, Lundi 7 Mai. Les policiers se mettent à leur courir après. Le groupe se met en fuite, et entre dans le village de la Vachette. Un des trois réussit à se cacher, et les deux autres, un homme et une femme, courent sur la route. L’homme court plus vite, il cherche à attirer la police, qui parvient à l’attraper et le ramène directement en Italie.

La femme, elle, disparaît.

La police continue ses recherches dans le village de la Vachette pendant quatre heures. La rivière est en crue, et la police concentre ses recherches sur les rives de la Durance et autour du pont. Puis ils s’en vont. Cette façon de faire est tout à fait différents des pratiques habituelles de la police, pendant ces nuits de contrôle : en général, après avoir attrapé quelques personnes, ils ne recherchent les fugitifs et fugitives restant·e·s que pendant quelques dizaines de minutes.

Les recherches concentrées dans la zone du fleuve indiquent clairement que les policiers avaient compris que quelque chose de très grave avait eu lieu.
50 heures plus tard, Mercredi 9 Mai, un cadavre de femme est retrouvé bloqué à la digue de Prelles, à 10 km au Sud de Briançon. Il s’agit d’une femme d’1 mètre 60, aux longs cheveux noirs tressés. Des cicatrices sur le dos, un collier serti d’une pierre bleue.

Le Procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, a annoncé la nouvelle le jour suivant, en précisant que « Cette découverte ne correspond à aucune disparition inquiétante. Pour le moment, nous n’avons aucun élément qui nous permette d’identifier la personne et donc de dire si il s’agit d’une personne migrante ».
Lourde déclaration du procureur. Les disparitions de personnes exilées ne sont donc pas inquiétantes, sous prétexte qu’on ne les signale pas ?

Les soutiens de B. étaient au contraire très inquiets : mais comment se tourner vers la police pour déclarer des disparus, quand ils risquent d’être maltraités, et leurs soutiens réprimés ?
De plus, le procureur ment, car la police savait qu’une femme avait disparu après une poursuite.

Très peu de journaux ont relevé la nouvelle. Il semblerait que personne n’ait souhaité publier celle-ci. L’intérêt est d’ensevelir cette histoire, pour éviter un scandale face aux violences policières. Deux cas de femmes enceintes refoulées avaient déclenché des réactions publiques en mars dernier.

Une enquête judiciaire a été ouverte et confiée à la gendarmerie afin de déterminer les circonstances du décès. Le magistrat a annoncé que « n’ayant pas d’éléments qui font penser à la nature criminelle du décès, une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de la mort ». Mais cela aussi est faux. La nature du décès est criminelle.

Ce n’est pas une mort accidentelle, ce n’est pas une erreur. Ceci est un homicide. Celui d’une jeune femme nigérianne de 21 ans.

Cinq policiers les ont poursuivis. Cette femme, M, est morte à cause d’eux et de la politique qui dirige, contrôle et légitime leurs actions.
M. est morte parce que la frontière ne peut pas être traversée en sécurité par les personnes sans papiers.

M. n’est pas morte à cause de la montagne, par erreur, elle n’est pas morte dans la neige cet hiver. Elle est morte parce qu’elle était en train d’essayer d’échapper à la police, qui s’adonne de façon toujours plus violente à la chasse aux migrant·e·s.
Elle a été tuée par ces cinq agents, comme le système de la frontière le leur ordonne.
Il s’agit d’un homicide avec des mandataires et des exécutants. Le Procureur de Gap et la préfète sont autant responsables que les policiers qui l’ont tuée, compte tenu des directives assassines qu’ils
donnent.

Les responsables sont aussi la magistrature et le tribunal, qui criminalisent les solidaires qui cherchent à éviter ces morts en rendant la traversée la plus sûre possible. Les responsables sont tous les politiciens qui fondent leur campagne électorale sur la différence de couleur de peau et de nationalité des personnes.

Si cela continue, les morts se multiplieront.

La frontière tue. La militarisation est son arme

Une femme est morte. Un cadavre sans nom a été retrouvé mercredi près du barrage de Prelles, dans la Durance, la rivière qui traverse Briançon.

Une femme noire, sans papiers, dont personne n’a déclaré la disparition.
Un corps sans vie et sans nom, comme les milliers qui sont retrouvés dans le fond de la Méditerranée.

Cette mort n’est pas une disgrâce inattendue, ce n’est pas un hasard. La montagne, la neige et le froid n’ont rien à voir là-dedans.

Cette mort a été annoncée par l’hiver qui vient de passer, par la militarisation qui, ces derniers mois sévit dans ces montagnes et par les dizaines des personnes hospitalisées après les blessures causées par leur fuite vers la France. C’est une conséquence inévitable de la politique de fermeture de la frontière et de la militarisation.

Ce décès n’est pas une fatalité. C’est un homicide, avec des mandataires et des complices bien faciles à identifier.
En premier lieu les gouvernements, leur politique de fermeture de la frontière, et chaque personne qui la soutient.

Gendarmes, police de l’air et des frontières, chasseurs alpins, et maintenant ces ridicules néofascistes de Génération Identitaire, qui patrouillent sur les chemins et les routes pour partir à la chasse aux migrants qui cherchent un passage par ces cols. Ils traquent sur les sentiers et dans la neige avec des motoneiges ; les attendent dans la voiture, à l’affut, sur les routes qui amènent à Briançon et celles du centre-ville. Beaucoup des cas cet hiver de personnes blessées et conduites à l’hôpital font suite à des chutes dues aux fuites consécutives aux contrôles de police.

Cette femme-là n’est qu’une des dizaines d’exilés qui, chaque jour, cherchent à aller en France pour continuer leur vie. Pour ce faire, elle a dû traverser à pied dans la neige, cette ligne imaginaire qu’ils appellent frontière. En effet, la possibilité de voyager par des moyens de transports sûrs lui a été refusée parce qu’elle ne disposait pas de papiers en règle et par la politique raciste de contrôle qui actent à la frontière. Après elle doit être descendue sur la route, parcourir les 17 kilomètres qui la séparaient de la ville. C’est pendant ce long trajet qu’elle doit être tombée sur un blocage de la police, comme les personnes refoulées le racontent souvent. Le groupe avec lequel elle était, qui comme elle essayait de traverser la frontière s’est probablement dispersé à la vue de la Police ou de la Gendarmerie qui traquent les indésirables pour les attraper et les ramener en Italie :
l’habituel jeu de l’oie cette fois a tué.

Cette femme sans nom doit avoir glissé alors qu’elle essayait de s’échapper et de se cacher, tuée par les contrôles policiers. L’autopsie qui aura lieu à Grenoble dans la journée de lundi nous permettra d’avoir des détails précis sur la cause de sa mort.

La frontière sépare et tue.
N’oublions pas qui sont les responsables.

12 mai, Refuge autogéré Chez Jesus

Hautes-Alpes: Collomb envoi des renforts, un mort !

Ou Génération Identitaire l’avait rêvé, les policiers l’ont fait.

Ca y’ est, c’est sur toutes les lèvres… ce qui devait arriver, arriva.
Ou devrait-on plutôt dire que c’est ce qu’ils ont décidé qui vient d’ arriver: la mort. Une jeune fille nigérianne a perdu la vie suite à une course poursuite avec la police lundi dernier 7mai, vers les 5h du matin, au niveau de la Vachette (pied du col de Montgenèvre). Son corps a été retrouvé immergé dans la Durance au barrage de Prelles, 10 km en aval, 3 jours plus tard.

La militarisation de la Haute Vallée ne peut conduire qu’à des drames comme celui-ci. En plus
d’empêcher illégalement des exilés de demander l’asile en France, elle leur ôte la vie, les traquant comme des animaux.

NON la Haute Durance ne deviendra pas un tombeau à ciel ouvert.
Pendant tout l’hiver, des dizaines de maraudeurs, de militants ont empêché la mort de frapper dans nos montagnes. Nous ne laisserons ni la police, ni les identitaires transformer la vallée en cimetière.

Nous appelons à deux RENDEZ-VOUS ce MERCREDI 16 MAI

* 11h30 devant le poste de police de Montgenèvre pour une assemblée, discussion, repas.
* 20h30 à la Vachette (au croisement avec la route nationale), lieu du départ de la course poursuite meurtrière pour une veillée funèbre (ramenez des bougies et des fleurs, rassemblement en noir).

Nous ne cessons de dénoncer depuis plus d’un an que la présence des forces de l’ordre le long de la frontière représente un grave danger pour les exiléEs.

Nous demandons donc sans délais :
– Le retrait immédiat des forces de police à la frontière.
– La liberté de circulation pour toutes et tous.