Récit d’une soirée en jaune…et en colère

Vendredi 18, on s’était décidé à une petite bande de camarades à rejoindre le rassemblement commun des gilets jaunes gapençais et de quelques syndicats (CGT et FSU visibles) à l’occasion des voeux de la préfète des Hautes-Alpes aux « corps constitués » du département, c’est à dire grosso modo tout ce que le 05 compte d’uniformes au garde à vous (militaires, flics, pompiers…), de patrons influents (chambre de commerce et compagnie, MEDEF local, syndicats du BTP…), de politicards locaux et de hauts technocrates d’Etat et de diverses institutions du coin. Autant dire un bon ramassis de pourris qui chaque jour nous exploitent, nous gouvernent, nous humilient et nous répriment ! Et là ils se faisaient payer la galette et le champagne avec nos impôts ! Alors que toujours plus de pauvres crèvent la dalle ici et ailleurs, et que ceux n’ayant pas les bon papiers de naissance se font traquer par les flics à la frontière pas si lointaine et subissent le racisme d’Etat, parfaitement orchestré par cette même préfète des voeux du soir.

Evidemment, il n’y en a pas eu un parmis tout ce gratin pour daigner s’arrêter discuter avec les quelques dizaines de manifestants ammassés sur le parvis, tous révoltés par l’injustice sociale ambiante. Non, l’élite politique et économique du département, à l’image de celle du pays, s’est gentiment fait escortée par un bon cordon de flics pour aller se goinfrer et écouter la préfète déblatterrer sur les actions super efficaces de l’Etat dans le 05, vers toujours moins de services publics, plus de cadeaux pour les patrons et le BTP local, des petites et grosses magouilles entre amis de la même caste…et évidemment pour une répression sans faille de la populace locale qui doit forcément rester docile tandis qu’une minorité festoie sur son dos.  Bon, on n’est pas rentré pour écouter – de toute façon on avait nous aussi notre galette dehors, et puis les discussions étaient plus intéressantes que le monologue déprimant de la préfète – mais pour sûr que la préfète a du faire son lot de petites blagues (amères) sur les gilets jaunes pecno du coin, arrachant probablement quelques sourires ou rires convenus dans l’assistance acquise à sa cause (du mépris des classes populaires). On est quand même content de leur avoir un peu gâché leur petite sauterie avec le boucan de la sono juste derrière leur salle, même si avec un soupçon d’audace collective on aurait probablement pu s’inviter aux festivités…

Un  petit groupe de gilet jaunes a ensuite proposé de bouger sur le péage de la Saulce pour ouvrir les barrières, en ce soir de forte affluence de week-end de ski. Aussitôt dit aussitôt fait, on se retrouve une petite 20aine peu de temps après sur la barrière de péage, l’ouverture des barrières et le détournement des caméras se fait en 30s chrono, sous le regard des quelques gendarmes ruraux postés là pour « s’assurer que tout se passe bien » (sic)… faut dire que l’équipe locale squatte le péage Vinci tous les week-end depuis 2 mois… De belles pertes financières pour Vinci…et une revendication simple et efficace qui fait mouche auprès de tout le monde : récupérons les autoroutes privatisées après que nos parents et grands parents les aient déjà payées ! Un bon symbole du hold up permanent des groupes privés sur les ouvrages et services publics, avec la complicité active de l’Etat et des politicards qui le dirigent…

Et cette fois ci des banderoles (« notre colère est légitime – amnistie pour les inculpés », « désarmons la police », « soldes macron », etc.) et tracts intéressants, un repas partagé improvisé et animé, des concerts de klaxon de soutien (même si certains en bagnoles de luxe n’avaient vraiment pas besoin du coup de pouce financier au départ de leur week-end ski de bourges…), et de bonnes discussions sur l’état du mouvement, les besoins d’organisation et de coordinations entre les groupes, la plateforme de revendication communes, et tutti quanti jusqu’à tard dans la nuit. Manquaient seulement quelques boîtes de collecte de prix libre pour les caisses de solidarités aux inculpés du mouvement social ici et dans tout le pays…promis on y pense la prochaine fois…

Tout le monde se quitte en appelant aux prochains RDV du mouvement, samedi 19/01 à14h à Forcalquier pour une manif’ de masse 04-05, dimanche 20/01 10h à Gap pour la marche des femmes contres les violences policières, mardi 22/01 à 18h au local de la CGT à Gap (maison des habitants du centre ville, en face de la prison) pour une comission sur le RIC (à ce sujet, lire l’artcile critique de nos amis de Exploités Enervés des Cévennes)… le mouvement semble parti pour durer dans le département, car la colère ne re-descent pas malgré les tentatives d’enfumage de Macron et de sa clique ! Encore plus précieux, des liens et affinités fortes se sont tissés depuis 2 mois de lutte, des solidarités multiples ont vu le jour (en interne du mouvement et avec les habitants du coin) et la découverte de la puissance de l’action collective galvanise un bon paquet de gilets jaunes, plutôt habitués précédemment à l’atomisation sociale et politique propres à notre société moderne ultra invidualiste. Et tout ça n’est pas près de s’effacer…

Alors, comme scandé sous les fenêtres de la préfète, nous aussi on veut moins de rois et plus de galette !! On reviendra !

Sous les glaciers…la rage #1

C’est la grande première de l’émission radio d’infos sur les luttes et alternatives des Hautes-Alpes Sous les Glaciers la Rage, qui sera dès à présent diffusée chaque mois sur Radio Zinzine, radio libre des Alpes du Sud (à Gap sur 106.3 / d’Embrun à Guillestre sur 87.9 / 101.4 autour de Briançon).

 

Voilà le sommaire de la 1ère émission :

1ère partie

  • actus du 05 : recensement et aménagement du territoire / défense des services publics (afpa et hopital) / tourisme d’hiver / lutte contre les frontières / marche pour le climat et coquelicots
  • chronique du crétin des alpes = roger didier, maire de gap
  • disque du mois
  • agenda

2ème partie

Enquête et analyse sur les 2 mois de mouvement des gilets jaunes dans le 05 (écoute en 2 fois)

 

RDV le mois prochain !!

la bise

Aux frontières de l’exploitation

Voir en ligne : Traductions en anglais et italien par ici

Ce 10 janvier 2019, deux camarades comparaissent devant le tribunal correctionnel de Gap. Ils sont accusés d’aide au passage illégal de la frontière franco-italienne, dans les environs de Briançon.
Il n’y a pas lieu de s’en indigner ni même de s’en étonner. Le contrôle des frontières et des marchandises et humain·es admis ou non à les franchir est une prérogative exclusive et essentielle des États.
Qui s’incarne au quotidien dans la persécution et la mise en danger par les forces de l’ordre des personnes qui tentent de rentrer et de séjourner en France sans les bons papiers.
Qui se traduit par la conclusion d’accords avec les chefs de guerre libyens, le roi du Manioc et autres dictatures, turque ou soudanaise. Le concept : l’externalisation des frontières. Les conséquences : des dizaines de milliers de vies englouties par le désert et la mer, le viol des femmes et la torture systématisées, l’internement de masse dans des camps de concentration, l’esclavage.
De Khartoum à Calais, des barbelés des camps libyens aux patrouilles nocturnes de flics dans la montagne, une seule et même politique.

Quiconque entend contester ce monopole du contrôle des frontières par l’État s’expose à une réaction du pouvoir. Réaction qui s’exprime dans ce tribunal par la voix du procureur et la future sanction des juges. Dans ce système-monde, la répression prend des formes multiples : elle est économique, policière, pénale, plus ou moins systématique et brutale selon la position à laquelle on est assigné dans l’échelle des dominations.

Carnage

Ce monde, ce système est un carnage. Un pillage sans limite de l’ensemble des ressources, rendant invivable une partie croissante des territoires que les gens sont obligés de quitter. Un carnage écologique qui se décline en extraction de la biomasse, désertification, appauvrissement des sols, assèchement et pollution massive des cours d’eau, fonte des réservoirs d’eau douce, disparition de la biodiversité et des pollinisateurs naturels, contamination chimique et nucléaire de territoires. D’Amazonie en Afrique centrale, en Mongolie, en Biélorussie ou au Japon. Partout.
Insécurité alimentaire de masse, famines, épidémies, génocides et autres fléaux s’abattent sur des pans entiers de l’humanité. Ils sont les effets et le cœur de la guerre, qu’elle soit économique, financière, ou militaire.

Le vivant en général est soumis à un comportement délirant, complètement cannibale, du système capitaliste. Tout est propre à devenir marchandise : de l’eau potable au corps des femmes, de l’AK-47 au fœtus.

Ce carnage laisse des traces irrémédiables de violence dans les histoires individuelles et collectives. Ce système sème la mort et le désert. Et plus que jamais, la misère et l’exploitation sont le lot commun de l’humanité dans son ensemble — ou presque. Dans un tel système, tôt ou tard, n’importe qui peut se retrouver et se retrouvera naufragé et devra partir pour chercher ailleurs où et comment survivre.
Dans cette guerre impitoyable contre le vivant et l’humanité, nous sommes toutes et tous des naufragé·es en devenir.

Dans cette logique, nous sommes tous·tes marchandises, ressources et fusibles de la logique de rentabilité du capital. La mondialisation s’est faite au profit de puissances industrielles et financières dans une logique de privatisation totale au prix d’une dépossession du plus grand nombre.
L’histoire des pays colonisés renferme son lot de souffrances et d’exploitation outrancières, de racisme, de négation de l’individu, de guerres, et de domination des puissances européennes.
Les monopoles industrialo-financiers occidentaux ont pu grâce aux soutien des États et de leurs armées, par l’influence et la corruption des possédants locaux des colonies ou ex-colonies, s’approprier toujours plus de matières premières, accroître leur production, s’abreuver de nouveaux marchés juteux, dans des régions où les coûts sont bas, le droit salarial quasiment absent et l’exploitation quasi-esclavagiste.

Marchandise humaine et compétition

Les migrations vers l’Europe, si marginales qu’elles soient par rapport aux mouvements migratoires dans le monde, ont généré un bruit médiatique phénoménal ces dernières années. Ces candidat·es à l’intégration représentent une aubaine à plusieurs titres. Boucs émissaires parfaits dans une période de rhétorique d’insécurité permanente, ils permettent d’acheter et de fabriquer l’électorat de l’extrême-droite. Ils justifient ensuite de renforcer aux frontières intérieures et extérieures de l’Europe, et sur tous les territoires possibles l’emploi de matériels et moyens de surveillance, contrôle, répression, enfermement, etc., un terrain de jeu et un marché lucratif pour l’industrie d’armement. Les nouveaux arrivant·es représentent enfin une main-d’œuvre idéale : arrivée auprès de l’employeur à ses propres frais, à un prix défiant toute concurrence locale, sans protection sociale ni sécurité au travail, rendue docile par les difficultés du parcours, et jetable dès qu’elle n’est plus utile.
Le patronat ne s’y trompe pas lorsqu’il affirme la nécessité de cette migration corvéable à merci. Comment pourrait-on alors encore aujourd’hui penser que l’immigration représente un problème alors qu’elle contribue à la croissance, si ce n’est pour s’assurer que les exploité·es soient mis en concurrence ?

Dans les anciennes colonies françaises comme en hexagone, on peut se retrouver à travailler pour les mêmes firmes transnationales, plus ou moins exploité·e selon que l’on dispose ou pas des bons papiers. On peut ici se sentir privilégié·e bien que « la crise » (qui n’est qu’une réorganisation de la production capitaliste) touche également la population voyant son niveau de vie reculer. Les licenciements massifs des pôles industriels (ex Arcelor Mittal) ruinent des vies ouvrières nombreuses et ne sont pas dus à la migration des humain·es mais à celle des machines et des investissements là où les coûts de production sont plus attractifs, plus « compétitifs ».

Les migrant·es sont accusé·es d’être des concurrent·es sur le marché du travail alors qu’illes sont d’autres exploité·es. Les camionneur·ses français·es ont douloureusement senti la venue des travailleur·ses d’Europe de l’est sous la forme d’une plus grande pression de leurs patrons sur les heures, le taux horaire, etc.

Le repli nationaliste, xénophobe qui se répand et peut apparaître comme une « menace pour la démocratie » est compréhensible dans ce contexte d’insécurité économique, de souffrance et de précarité qui ne sont que les effets concrets de la mise en concurrence violente du prolétariat.

Valeur(s)

Liberté, égalité, fraternité. Les valeurs invoquées par l’État dans son histoire moderne ont été et restent diverses manières d’habiller les logiques d’exploitation pour les justifier, et ce quelles que soient les références utilisées : supériorité raciale blanche, scientisme, positivisme, développement, droits de l’homme. Tous les universalismes nés dans les milieux intellectuels des pays conquérants ont été autant de valeurs mobilisées par la classe dominante pour la défense de ses intérêts propres, industriels, économiques, culturels, etc.

Loin d’être des idéaux que l’usure du fonctionnement des institutions démocratiques aurait dévoyés, ces valeurs ont été le drapeau avec lequel le capitalisme a revêtu son passage en système dominant dans le monde. Et ce drapeau n’est déjà plus qu’un torchon sale et jeté à la poubelle de l’histoire d’en haut.

Du reste, les chien·nes de garde du système, chroniqueur·ses autorisé·es et autres penseur·ses réactionnaires ne s’y trompent pas, qui ne s’appuient guère plus sur ces valeurs que pour justifier la fermeture de l’espace intérieur, où elles seront protégées d’un extérieur « barbare » : la sécurité éventuellement liberticide au nom de la liberté, ou encore l’égalité au sein d’une partie choisie de la population. Le déchainement de mépris, au nom des valeurs républicaines, qui a pu s’exprimer ces dernières semaines à l’encontre de celles et ceux qui ont pris la rue et les rond-point, affirmant leur refus d’être gouvernés et tentant de se relier et de s’organiser en conséquence, relève du même mécanisme. Là-bas, les « barbares », ici, les « foules haineuses ». En danger, les valeurs. Et pour les défendre, la force.

Aujourd’hui, l’État déploie une milice à ses frontières pour suveiller et traquer les éxilé·es. Des maraudes s’organisent pour leur porter secours, non pas par ce que la montagne, la neige et le froid sont en eux-mêmes des dangers, mais du fait de la mise en péril qu’entraîne ce déploiement sécuritaire. Et la justice pourchasse celles et ceux qui y prennent part. Le message se veut clair : quiconque entend traduire en actes des valeurs pourtant gravées au fronton de tous les bâtiments publics peut finir en taule.

Dès lors, peut on attendre d’un tribunal qu’il rétablisse, au nom de ces valeurs, un prétendu « État de droit » qui n’est, en définitive, rien d’autre que l’expression d’un rapport de forces, celui du totalitarisme capitaliste et des violences qui, partout, toujours, l’accompagnent ?
Peut-on même invoquer ces valeurs dans une sorte d’absolu qui évacuerait la question de fond des rapports d’oppression qui, pourtant, conditionnent la possibilité de leur réalisation ?
Nous ne voulons plus croire en ce mensonge. Dans la guerre qu’il mène contre le vivant et l’humanité, ce système, dont l’État n’est qu’un rouage, n’admet qu’une valeur : celle du profit.

Et alors ?

Quelle possibilité pour une lutte dans le Briançonnais, territoire où la classe prolétaire (saisonniers des stations et précaires du bâtiment) est atomisée et pour une part importante itinérante, donc peu organisée face à la classe exploiteuse, et qui se retrouvera à la rue quand le réchauffement climatique aura fait fondre les espoirs de loisirs de neige ? Quelle lutte dans un territoire où la classe possédante profite de l’exploitation touristique de la montagne mise en scène comme un espace sauvage, préservé dans un spectacle caractéristique du capitalisme de loisirs ? Quelle lutte possible dans un territoire où les forces de l’ordre sont chargées d’assurer que les « indésirables » soient invisibles dans ce décor de carte postale ?
Bousculer cet ordre frontalier implique de remettre en cause l’ensemble de l’industrie de loisirs qui n’est qu’une forme locale du carnage mondial.

Ni ici ni ailleurs, nous ne voulons qu’une infime minorité prenne les décisions, accumule les richesses extorquées. Ni ici ni ailleurs, nous ne pouvons ignorer le carnage. Mais une perspective où l’on aide un·e « autre » quand tant d’autres restent livré·es à eux-mêmes peut-elle suffire ? Peut-on imaginer nous extraire du carnage, nous émanciper collectivement autrement que dans une lutte commune ? Peut-on faire autrement que lutter dans chaque situation où nous percevons nos intérêts communs pour les réaffirmer et nous libérer ensemble, à partir d’une conscience de condition commune, entre exploité·es et face aux exploiteurs ? Peut-on s’opposer plus longtemps aux politiques racistes d’État sans s’associer avec les principaux concernés, la où ils et elles s’organisent et luttent déjà ? Peut-on combattre les violences policières sans une analyse systémique qui prenne en compte a minima l’ensemble des perspectives évoquées ici ?

P.-S.

Texte imaginé et rédigé par un collectif de personnes socialement hétéroclites mais qui sont toutes blanches et avec les papiers nationaux français. Ce texte est une première étape, une version indispensable pour commencer à poser les éléments d’une réflexion base d’une lutte. Si tu as envie de le modifier, de l’enrichir, le développer, zyva.

3+4 de Briançon – Retour sonore sur le procès du 8 novembre

Le 8 novembre 2018, à Gap, 7 personnes sont convoqué.e.s pour « aide au passage de la frontière à des sans-papiers, en bande organisée « .

La situation à la frontière franco-italienne dans le Briançonnais est de plus en plus tendue. Les « solidaires » sont traqué.e.s, les exilé.e.s dépouillé.e.s, les situations de plus en plus invisibilisées.

Ce procès est le reflet d’une réalité qui s’ancre sans mesure dans le refus d’accueillir, la répression commanditée, l’état aux manettes.

Près de 1200 soutiens étaient présent.e.s devant le tribunal.

Voici quelques sons qui relatent l’ambiance de la journée.

https://audioblog.arteradio.com/blog/98675/podcast/130568

COPYLEFT – Faites tourner !

Faisons le procès des frontières ! Feuille d’info de la Coordination régionale des collectifs du sud-est

4 pages d’infos pour faire le procès des frontières ! Ce journal a été réalisé et diffusé le jour du procès des 3+4 de Briançon à Gap par la Coordination régionale des collectifs sud-est contre les frontières. Continuons la mobilisation jusqu’au délibéré le 13 décembre !! Relaxe pour nos camarades !!

Feuille d’info téléchargeable ici. Contact : coordo.mig.sudest@riseup.net Repris de cevennessansfrontieres.noblogs.org

Soirée de soutien à la Maison Cézanne samedi 23 juin 19h à Gap

Des gens sont à la rue.

Une maison va être détruite… pour une opération immobilière !!!

Oui, la maison Cézanne va fermer. Pourtant, elle accueille encore aujourd’hui une vingtaine de personnes exilées, des demandeurs d’asile qui sont censés avoir des droits. Parmi ceux là le droit fondamental d’être hébergés.

(Article L. 348-1 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF) : « les personnes dont la demande d’asile a été enregistrée conformément à l’article L. 741-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile peuvent bénéficier d’un hébergement en centre d’accueil pour demandeur d’asile, à l’exception des personnes dont la demande d’asile relève d’un autre État, au sens de l’article L. 742-2)Regardons les choses en face : l’État n’assume pas ses obligations et la mairie veut récupérer « son bien »… quitte à utiliser la force publique pour expulser des gens qui ont tout perdu !

Nous vous invitons à montrer votre solidarité aux habitants de la maison en participant à la soirée de soutien, repas, musique qui aura lieu le

SAMEDI 23 JUIN A 19H A LA MAISON CÉZANNE

Un point info sur la situation et une discussion est prévue à 20h.

N’hésitez pas à ramener des instruments, une playlist, vos boissons et sucreries préférées. Un couscous avec et sans viande est prévue !


Un toit un droit, 2 rue Ernest Cézanne à Gap, en face de l’entrée desn urgences (en périphérie du centre ville, banderoles sur la maison)

Pour nous joindre : untoitundroit at riseup.net

Pour être informé-e (activités, besoins, urgences…) : envoyer un mail à cette adresse pour demander votre ajout sur la liste.

Si vous souhaitez recevoir plus participer plus activement: envoyer un mail vide à cezanne-subscribe at lists.riseup.net (liste de discussion)

La rage ne s’arrête pas – Sur les trois jours Passamontagna et autre

 

Avec le Camping Itinérant Passamontagna, nous avons marché pendant trois jours sur les routes et les sentiers de ces montagnes frontalières. Nous les avons traversées en cortège, en fredonnant, en musique et en choeur. Nous nous sommes parlEes et avons tenus des assemblées, des débats sur le dispositif frontières sur le système d’accueil, la marchandisation et l’exploitation des flux migratoires par les États.

Nous avons traversé cette ligne imaginaire appelée frontière, pour réaffirmer que nous ne la reconnaissons pas. Nous n’avons demandé les papiers de personne. Contre tout système de division, de catégorisation et de séléction, contre le dispositif répressif qui commence dans les pays d’origine, que les états occidentaux colonisent et exploitent encore et toujours, dans les centres d’accueil, dans les centres de rétention, des rafles en ville jusqu’à arriver à ces frontières, faites d’uniformes, de gendarmes et de militaires. En passant par les villages de la Vallée de la Clarée, des interventions au micro, de la musique, des chœurs, quelques tags à terre, des affiches antifascistes collées.
Nous n’avons pas oublié les responsables des trois morts à la frontière du mois dernier, ni les délateurs de Generation Identitaire, qui s’amusent à dénoncer les migrants de passage. Nous n’avons pas non plus oublié le bras armé de cette frontière, les femmes et les hommes en uniforme qui poursuivent chaque jour les sans papiers, considerEés moins dignes qu’une quelconque marchandise qui circule chaque jour d’un côté à l’autre de la frontière.

Pendant ce temps là le gouvernement italien, avec son Ministre de l’Interieur tout de vert vétu, s’amuse à politiquer sur le dos des éxilEes, en fermant tous les ports et en bloquant les bateaux de celleux qui fuient, en cherchant une autre vie. Ce jeu politique nous dégoute.
Au terme de ces trois jours, nous sommes TOUTES arrivEes à Briançon. Les gouvernements et les puissants ferment les frontières. Nous, avec nos pratiques, nous les avons ouvertes et nous continuerons à le faire.

Ces trois jours sont passés. Et le dispositif aux frontières continue son opération-sélection, devenue meurtrière depuis longtemps. Une personne a eté tabassée par la PAF (Police aux Frontières) l’autre nuit, après avoir été attrappée par la Police pendant qu’elle essayait d’arriver en France. Elle a été tabassée parce qu’elle ne voulait pas etre refoulée en Italie, ni signer les papiers de « refus d’entrée ». Ces dernières semaines, celleux qui tentent de passer la frontière se retrouvent de plus en plus souvent menacEés par les armes des gendarmes et des militaires, qui menacent de faire feu sur celleux qui n’acceptent pas les intimidations. Dans les derniers jours, de nombreuses personnes mineurEs ont eté repoussEes, malgrè le fait que leur lois préconisent le contraire. Hier, un jeune homme de 17 ans, gravement malade, a tenté deux fois d’arriver à la PAF pour se faire emmener à l’hopital. Il voulait être pris en charge par le système français, après des mois de maladie non soignée dans les centres d’accueil Italiens. Il avait du mal à tenir debout. Ils lui ont dit qu’ils l’emmeneraient tout de suite à l’hopital. Au lieu de ça ils l’ont trompé, et lui on fait signer un papier dont il ne connait pas le contenu, avant de le ramener en Italie.

Notre colère ne s’apaise pas, au contraire, elle augmente. La militarisation continue à tuer. Les néofascistes ne s’en sont pas encore allés. Nous ne laisserons pas ces vallées aux mains de la militarisation, qui continue à tuer, aux groupes fascistes qui continuent à tenter de s’insinuer dans ces territoires. Nous resterons sur ces montagnes, nous les traverserons et nous continuerons à lutter, afin que, des frontières, ne restent que les débris.

 

http://www.passamontagna.info/ fb – Chez Jesus rifugio autogestito

Le commissaire-priseur de la république, vends les HLM

Le commissaire-priseur de la république, vends HLM

Préambule :

“Adjugé, vendu !” Le commissaire-priseur propose aux enchères publiques des objets d’art, du mobilier ou des articles divers. Soit mis en vente par des particuliers ou des entreprises, soit provenant de saisies judiciaires. Il opère dans une salle ou hôtel des ventes maintenant à Élysée.

Témoignage.

Je suis locataire des HLM depuis 10 ans et je sais ce que je dois à ce système. J’ai vécu jusqu’à 25 ans dans une grande ville et de ses HLM. Ensuite je suis venu habiter une région touristique au climat sain pour ma santé et aux loyers bon marché. J’ai apprécié les loyers modérés du parc privé. Une belle maison pouvait être louer à 2 ou 3 personnes aux revenus faibles, le propriétaire n’était pas en position de force à exclure. Puis à partir des années 2000 jusqu’en 2007 la spéculation a fait rage. Les prix furent multipliés par trois. Les migrants internes dont je faisais partie ont été remplacés par de vieux migrants, des riches et des très riches. La boboïsation était en marche, ici avant qu’elle ne prenne la république. Actuellement dans les Hautes-Alpes, la population augmente fortement et les écoles primaires ferment, la logique ?  Elle vieillie comme atteint du syndrome de Hutchinson-Gilford, la maladie de senescence accélérée.

 

Un peu comme notre président de la république dont seul le corps et pas l’esprit a échappé à ce syndrome. Dans les Hautes-Alpes sur quatre nouveaux arrivants, trois ont plus de 60 ans. Les loyers dans ces conditions ont explosé, ils ont triplés en 10 ans. Nos revenus de travailleurs précaires du tourisme eux ont stagné, voire baissés. Les héritiers pour échappés à la ponction saignante du loyer ont construit. Les sans héritages, à contrecœur ont réintégré les HLM. Mais grâce à eux leur finances purent se maintenir : finis les maisons , mais pas reste les vacances.

L’élection du plus grand soldeur de la république le commissaire-priseur MAC-RONDS, nous entraîne vers la privatisation des HLM et la vente à la découpe des beaux morceaux. L’injustice de ce choix est aussi immense que l’arrogance, les certitudes et l’incompréhension de l’économie et du monde HLM, de notre commissaire-priseur.

Voici le déroulé du drame programmé

Acte 1 : Le soldeur de la république a décidé de couper les APL. Cette baisse est compensée par les offices qui perdent un milliard.
Acte 2 : Deuxième effet la TVA de la rénovation passe de 5 % à 10 %. Un milliard en moins. Taxé moins les riches et plus les HLM fallait y penser.

Acte 3 : impossibilité légale de monter ses loyers, donc obligation de vente de biens.
Acte 4 : si vous vous en sortez quand même, obligation aux petits offices de se regrouper.

Acte 5: : Privatisation et vente à la découpe.

Fin: Développement des bidonvilles et des camions-maisons et chasse au pauvres.

Le monde HLM est coupé en deux actuellement, pour faire simple. Les HLM privés gérés par des sociétés privées dont les propriétaires recherchent à maximiser les profits dans l’encadrement des loyers fixé par la loi. Chez ces HLM là, on ne fait pas de social, on compte : on choisit la classe moyenne, on loue au plafond des HLM et on facture tout: chaque trou dans le mur à l’état des lieux coute 4 €à la femme seule avec trois gosses qui vient de déménager quatre étages sans ascenseurs. Et puis y’a les HLM publics, qui appartiennent aux mairies, départements. Eux ils font la politique des élus, c’est à dire à faire des voix. Alors selon le élus élus, ils font soit des loyers pas chers, freinant ainsi la spéculation privée, ils logent les recalés du privé et des HLM privés; cela se passe ainsi dans  les Hautes-Alpes.
Dans d’autres départements, il existe le clientélisme, de la magouille, des marchés truqués, mais en même temps ils logent aussi les plus pauvres. Quand un bien est collectif, l’abus est plus courant, que quand il est une propriété privée, il y plus de fraude car la gouvernance n’est jamais simple. Certes mais il est plus social aussi. Les HLM publiques logent les plus pauvres, eux ils proposent les loyers les plus bas, ce sont eux les seules (qui l’ont résolus) et empêchent que l’on ait des bidonvilles en France, avec sa cohorte de malheurs.

Les HLM c’est de la délinquance me dit-on, les bidonvilles c’est de la délinquance avec les maladies en plus, les morts. Alors les marchés truqués, ce n’est que l’écume d’un système qui remplit sa fonction. Vaut-il mieux prendre un bus pas cher, dans lequel certaines places sont préférentielles avec un garagiste qui se fait de la gratte ou marcher à pied dans le froid.

Dans les HLM publiques, la gestion est le reflet de nos choix démocratiques, si elle n’est pas exemplaire, c’est à nous de nous en prendre à nos choix. De plus tous les HLM de France ne sont pas gérés comme ceux des bouches du Rhône ou du Nord et le pourrissement du PS, on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure.

Dans les HLM dit de l’entreprise sociales, il y a les banques, les mutualistes, la Poste. S’ils ne sont pas purement capitalistes comme ils aiment le dire, ils ont tellement intégré la logique capitaliste et la gestion managériale uberisée que la maximisation du profit avec une pincée de bonne conscience est leur alpha et leur oméga. Pour le client de banque, l’assuré ou le locataire cela ne fait pas de différence. Ils y auraient beaucoup à dire sur le monde mutualiste et coopératif qui se refait une belle image sur le dos de quelques magnifiques combats syndicaux ouvriers qui ont repris leur usine.

La logique des HLM privées est la logique de la cible marketing, de l’exclusion, du “ce n’est pas rentable », la logique de la taille critique et de la fusion qui entraîne fatalement la logique du combat d’ego des chefs qui savent qu’ils jouent au jeu de la chaise musicale. Toujours plus grand, toujours moins humains sont les logiques des regroupements d’HLM en cours. Il est même interdit d’être un organisme de petite taille, Sarkozy n’avait pas osé. 15 000 logements minimum, interdit même si l’organisme donne satisfaction aux locataires, s’il est géré sainement par des personnes compétentes, sociales, honnêtes. La république n’est pas en marche, elle est en solde. Macron ne veut pas non seulement gaver Vinci à coups d’aéroports, d’autoroutes, exonérer les capitalistes de payer leur impôt, il a décidé d’offrir aux groupes mutualistes et au privées les HLM. Pour forcer les récalcitrants et accélérer le mouvement, il les assomme de taille et de gabelle. Ils doivent payer 60 €/mois d’APL et voit leur TVA de rénovation doubler ! Efficace, il n’impose pas, il braque la caisse et crie au trou ! Là ou un Chirac ou Sarkozy pensaient « pas chez moi ! », mais d’accord chez les pauvres du moment que cela compte rien, un MAC-RONDS pense « pas de biens communs, tout doit être privée ! », pas de ZAD, le profit Akhbar !

Le plus triste dans cette folie cannibale est que le système HLM est centenaire. Ils ont une histoire fort riche. Leurs travers sont parfois réels mais ils ne se sont jamais dénaturés complétement comme une vulgaire banque coopérative agricole. De plus l’idée qui prévaut à ce système est noble. L’idée est que les plus modestes financent eux-mêmes les plus modestes. Elle est pour cela intolérable aux intégristes du libéralisme. Les HLM ne coûtent rien aux riches, à l’impôt, quoiqu’en médisent les capitalistes, les petits ou gros bourgeois s’informant dans l’Express. Dire qu’ils coûtent est faux, mais ils ont un grand défaut, ils ne rapportent rien aux capitalistes et aux petits ou gros épargnants. De plus parfois ils installent des sans-dents près de chez toi.

En reniant le droit aux plus modestes de s’organiser entre eux pour se loger modestement, non seulement MAC-RONS va démultiplier la crise du logement, recréer des bidonvilles dans lequel il enverra ses CRS les détruire comme à la ZAD, mais il va aussi casser l’amortisseur de la spéculation immobilière et la relancer. Cela touchera aussi la classe moyenne qui risque, elle de passer de propriétaire à loger en HLM privé…. Sans débat démocratique, sans vote, il interdit à quiconque d’échapper à la propriété privée.

Personnellement j’étais très heureux que mon loyer n’atterrisse pas dans les poches d’un propriétaire mais dans un pot commun.

Au conseil d’administration des HLM, j’ai entendu le marconiste de service, nous expliquer que c’était pour nous obliger à nous réformer, à gérer enfin comme une entreprise. Dois t’on tout réformer même ce qui marche ? Doit ‘on gérer l’amour comme une entreprise ? Le macronisme est une des milles variante de la bêtise, elle est pucelle en empathie, impitoyable et même pas bouffonne comme la bêtise sarkozyste….

Au CA de l’HLM, il y avait aussi les carriéristes qui sentent le vent se lever, qui prennent position. C’est excitant un héritage de centenaire, bien fourni en belles pépites.

 

Les grandes privatisations ont toujours fait les grandes fortunes c’est pas un oligarque russe qui vous dira le contraire. Le tout sans un bruits, pas un cri lors de l’exécution, la tête sur le billot, n’est ‘-il pas le moment hurler dans la vie ?

À propos d’une pétition

Au boulot vendredi, j’ai appris l’existence d’une pétition qui circule sur internet et par voie papier, qui réclame auprès des pouvoirs publics de faire cesser les flux migratoires dans le briançonnais.
Je ne ferai pas le grand plaisir aux rédacteurs et rédactrices de ce torchon de mettre un lien pour la lire, mais je voudrais apporter des commentaires sur ce texte.
Celui-ci commence par se défendre d’une accusation du style « je suis pas raciste mais quand même, … ». On connait la suite.
Le texte demande de ne « pas faire d’amalgame », mais le citoyen-de-droite-voisin-vigilant est là et ne nous laissons pas faire par sa résurgence raciste et sa discrimination latente.
Ces gens réclament l’« application stricte de schengen et dublin II ». Ces accords ne sont rien d’autres que des outils pour les gouvernements et polices d’Europe pour trier les migrants sur le carreau, expulser les uns et décourager les autres face à un tel arsenal policier, politique et administratif, et ainsi organiser une Europe foreteresse dont les frontières seraient fermées.

« Les associations pro-migrants et les occupations illégales » ne sont que « des fauteurs de troubles, provocateurs de l’Etat » : les citoyens et citoyennes du genre de ceux et celles qui ont rédigé cette pétition sont les mêmes qui s’émeuvent au sujet de la pauvreté, de l’augmentation du nombre de SDF et de bénéficiaires des Restos du Coeur, quand ces derniers sont blancs de peau et nés en France.
Les associations pro-migrants et les camarades qui font de l’action directe et des occupations illégales font pourtant la même chose (en plus de dénoncer les machines à tuer que sont les frontières) : ils et elles apportent du soutien, mettent à l’abri et donnent à manger à des gens dans la merde.
Seule différence en fait : l’origine et la couleur de peau de ces gens qu’on veut bien aider.
Il n’y a donc pas d’amalgame : le racisme puant de ce texte est démasqué, et il est même signé avec cette dernière phrase :
« notre pays ne peut pas affronter ce flux migratoire ».

En fait, les rédacteurs et rédactrices de cette pétition se posent même en victimes de la migration : en effet, celle-ci serait dommageable à la tranquilité de nos vallées et menaçerait «  le tourisme qui nous fait vivre ».
Les victimes ne seraient donc plus ceux et celles qui parcourent des milliers de kilomètres à pied au péril de leurs vies ; fuyant la misère, les guerres et les polices ; en proie à des passeurs exploitant leur situation pour faire du fric et qui n’ont rien à faire de leur intégrité et de leur dignité, …

Dernière remarque au passage, et celle-ci est historique : ces gens se disent des « escartons libres ». Les escartons étaient les habitants et habitantes des vallées de briançon et du queyras en France et de Chisone, Susa, Casteldelfino et la commune d’Oulx en Italie.
L’histoire et la culture transfrontalière des escartons est très ancienne puisqu’on en trouve des traces avant Jésus Christ.

Il est étonnant et carrément absurde de se dire victime de la migration, quand on se revendique d’une culture qui est héritière d’un mélange culturel entre certaines vallées d’Italie et d’autres de France, et dont l’unité fût brisée par l’affirmation de la frontière en 1713, puis complètement déglinguée par les guerres nationalistes du XXème siècle dans lesquelles des voisins ont été sommés de se trouer la peau, justement parce qu’ils n’habitaient pas du même côté de la frontière !

Et finalement, non, il n’est rien d’étonnant : le racisme ne peut naitre que dans des têtes aussi vides, incultes et -disons le franchement- débiles !

La France est largement en capacité d’accueillir les migrants qui sont à nos portes. De plus, elle est responsable de ces phénomènes migratoires intensifiés, de par sa politique néocoloniale et expropriatrice menée partout à travers le monde pour engranger toujours plus de richesses et les redistribuer encore et toujours aux plus riches. L’accueil digne des exilé-e-s est donc une question de justice.

Les libertés de circulation et d’installation devraient être des droits inaliénables !
Abolition des frontières !!
Appel à saboter cette pétition.

EN TRAVERSANT LA FRONTIERE… – MANIFESTATION CONTRE LES FRONTIERES

EN TRAVERSANT LA FRONTIERE… – MANIFESTATION CONTRE LES FRONTIERES

Hier, dimanche 22 avril, 300 personnes sont parties depuis Clavière, pour traverser la frontière. Après une matinée de discussions et de rencontres sur le thème « Alpes, frontières et résistances » et un repas partagé devant le Refuge Autogeré Chez Jésus, nous nous sommes organisé·es, exilé·es et solidaires, contre toutes les frontières.

Nous avons marché ensemble et uni·es, et nous avons bloqué la route qui va de Clavière jusqu’à Briançon. Ceci pour donner un signal clair aux fascistes et à la police, et en réponse à la militarisation qui s’est accrue et a complètement bloqué la frontière ces derniers jours. Il s’agissait bien d’une chasse à l’homme, nocturne et diurne. La traversée de la frontière était aussi une réponse à la manifestation des néo-fascistes de Génération identitaire au col de l’Échelle. Si les militaires et les fascistes veulent bloquer les frontières, alors nous continuerons à lutter afin que celles-ci soient abattues.

La semaine passée, avec la fin de la saison touristique, la frontière italo-française de Montgenèvre a changé de visage : elle a perdu son image de « village de ski » pour devenir le lieu de villégiature de dizaines de militaires, qui sont venus s’entrainer à la guerre en chassant les exilé·es. Et c’est bien d’une chasse qu’il s’agit : des patrouilles de nuits de dix, vingt soldats en armes surveillent les sentiers qui traversent la frontière, équipés de torches et de motos-neige. Ils sont à la recherche de celleux qui, determiné·es à continuer leur vie en dehors de l’Italie, tentent chaque jour de traverser cette frontière, perméable seulement pour celleux qui détiennent le privilège du lieu de naissance ou de la richesse.

En conséquence, les nuits passées ont été le théâtre de véritables guet-apens des militaires et des gendarmes dans les bois. Les refoulements en masse ont bloqué des dizaines de personnes au refuge autogéré Chez Jésus, sans possibilité de passage.

Ceci, ainsi que la présence néo-fasciste au col de l’Échelle, nous a poussé à choisir de rompre, en nombre et à la lumière du jour ce dispositif frontière qui tente de rendre la traversée impossible à celleux qui ne sont pas les bienvenu·es. Afin que toutes et tous voient et entendent, contre l’utilisation politique et économique des flux migratoires et contre tout le dispositif qui se met en place pour leur « gestion ».

Dimanche, nous avons marché pendant 19 kilomètres sur le sentier et sur la route, déjouant les tentatives d’interruption du cortège de la police française, déterminé·es que nous étions à atteindre l’objectif de cette marche.

Nous sommes arrivé·es à Briançon pendant l’après-midi. Nous sommes entré·es dans la ville à 300, en chantant des chansons et slogans contre les frontières, les fascistes et les contrôles de police. Pour une fois, personne n’a été obligé de se cacher dans la nuit et la neige, personne n’a marché pendant des kilomètres pour être repoussé par la police au point de départ. Un jeu de l’oie qui tue.
L’arrivée à Briançon a été la conclusion d’une belle journée de lutte.  Nous sommes arrivé·es au centre de Briançon et les festivités ont commencé. C’est justement à ce moment là que la police a commencé sa chasse à l’homme : peu après nous avons su que dix manifestant·es avaient été arreté·es en petits groupes, à l’écart du rassemblement. Ils ont été bloqué·es sur le trottoir, aligné·es, menotté·es et emmené·es. Les gendarmes ont encore essayé d’arrêter un autre camarade après l’avoir jeté à terre et tabassé. Seule la solidarité en actes des manifestant·es a permis d’éviter son arrestation.

Quatre personnes ont été libérées dimanche soir, trois autres dans la nuit de lundi à mardi. Tous les autres sont encore en état d’arrestation.
La frontière est faite d’uniformes, de bâtons et de dispositifs de division. C’est à nous de trouver les mécanismes de l’engrenage pour ensuite, le détruire

Nous voulons la libération immédiate de tout·e·s les camarades arreté·es.
La frontière est seulement une ligne imaginaire. Si nous nous organisons ensemble pour la combattre, nous réussirons à la faire disparaitre, et nous l’avons démontré hier.

LIBERTE POUR TOUT·E·S LES CAMARADES ARRÊTÉ·ES !

Déroulé d’un gai week-end de mobilisation à la frontière


DÉROULÉ D’UN GAI WEEK-END DE MOBILISATIONS A LA FRONTIÈRE

Contexte : Toute la semaine, la re-militarisation de la frontière a
été entamée : sur jeudi, vendredi, samedi, seules 2 personnes ont
réussi à passer. Le dispositif de contrôle a été renforcé par au
moins 20 militaires (chasseurs alpins en entraînement) présents sur la
route pendant la nuit, et 3 motoneiges.

Samedi, à partir de 9h du matin _UNE CENTAINE DE GÉNÉRATIONS
IDENTITAIRES_ (français mais aussi italiens, venus de plusieurs pays
d’Europe) _SONT MONTÉS AU COL DE L’ECHELLE_ en raquettes. Le but,
indiqué dans les médias, était de faire une action symbolique massive
pour « attirer l’attention » sur la frontière franco-italienne et
de « bloquer la frontière » pour dissuader les migrant-es de passer.

Les observations des militant·es sur le terrain portent plutôt les
effectifs à 80-90 que plus d’une centaine. Ils étaient accompagnés
de 2 hélicoptères, qui ont survolé Briançon le dimanche matin, et
suivis par des drones, _PREUVE QU’ILS ONT DES FINANCEMENTS
IMPORTANTS_.

Samedi après-midi, lors du carnaval à Gap, une annonce de la situation
à la frontière a été faite ainsi qu’un appel à protéger les
lieux. Pendant la nuit, ainsi, 10 à 20 personnes ont pu être
présent·es sur chaque lieu. (voir article du carnaval ICI)

Les Générations Identitaires ont dormi à l’hôtel à Chantemerle.
Des militant·es ont fait des rondes toute la nuit pour observer leurs
mouvements, ils ont été mobiles mais rien de particulier n’a été
remarqué. Il est néanmoins important de signaler qu’_UNE SEULE
VOITURE DE GENDARME ÉTAIT PRÉSENTE AU COL DE L’ECHELLE PENDANT TOUTE
LA SOIRÉE/NUIT DE SAMEDI, __CE QUI CONTRASTE IRONIQUEMENT AVEC LA FORCE
DU DISPOSITIF POLICIER UTILISÉ POUR BLOQUER LES ENTRÉES DES CAMARADES
EXILÉ-ES._

Samedi soir différents projets pour contrer l’action des
Identitaires ont été discutés, dont l’idée d’un passage en
groupe de la frontière, débattu à Clavière avec les quarante
exilé-es qui y dormaient.

Dimanche : Ce 22 avril une mobilisation était prévue par les
différents collectifs italiens à Clavière, des cycles de débats et
de discussions sur l’histoire de la frontière.

De nombreuses personnes sont donc montées à cette occasion et il a
été possible de mettre rapidement en place une action commune. La
décision de former un cortège pour accompagner les camarades exilé-es
jusqu’à Briançon a été adoptée collectivement et ainsi, _DIMANCHE
MIDI UNE GROUPE DE PLUS DE 150 PERSONNES EXILÉES ET SOLIDAIRES EST
PARTI À PIED DE CLAVIÈRE__. __LES MANIFESTANT·ES ÉTAIENT __170 EN
HAUT DE __MONTGENÈVRE QUAND ILLES ONT REJOINT LA ROUTE PRINCIPALE._

Suite à un problème de communication, une camarade grenobloise est
passée en voiture, avant le cortège, transportant trois exilés. La
voiture été arrêtée en haut de Briançon. Les trois personnes
qu’elle transportait ont été, selon la police, descendues à Gap
avec les mineurs. _LA CAMARADE A ÉTÉ MISE EN GARDE À VUE À LA POLICE
NATIONALE ET RELÂCHÉE 8H PLUS TARD. ELLE TÉMOIGNE D’HUMILIATIONS
VÉCUES PENDANT SA GARDE-À-VUE._

Pendant ce temps, un barrage de police attendait le cortège à la
sortie du tunnel de Montgenèvre, mais les forces de l’ordre étaient
clairement en sous-effectifs (moins d’une cinquantaine, avec deux
lignes de quelques dizaines de policiers formant un barrage corporel).
Sans doute alarmés par les slogans des manifestant·es qui résonnaient
joyeusement et avec force dans le tunnel, les policiers ont manifesté
des signes de peur en voyant arriver le cortège, notamment en reculant.
Ils n’ont fait usage d’aucun moyen de dispersion, aucune sommation
de dispersion n’a même été émise, aucun tir de gaz n’a été
fait. Le terrain fait qu’ils ne pouvaient pas arrêter l’ensemble
des manifestant·es et les camarades exilé·es ont pu contourner le
barrage sans difficulté.

Le cortège a continué sa longue marche sous le soleil, le long de la
route, pendant les 19 kilomètres qui séparent Clavière de Briançon.
L’hélicoptère du PGHM survolait la scène de très près, sans doute
pour filmer ou compter les personnes rassemblées, et la police suivait
le cortège sans essayer de bloquer la route. Une voiture
d’Identitaires inconscients a traversé le cortège en filmant la
scène, ce qui a conduit à l’égratinure d’un de leurs véhicules.

Pendant ce temps, tout au long de l’après-midi, des renforts de
gendarmerie sont montés depuis la vallée à grand cris de sirènes.
Démunis, ils se sont postés au Champ de Mars et devant certains
endroits de Briançon, plutôt dans l’optique de les protéger des
lieux importants (poste, gendarmerie, gare) que d’attaquer le
cortège, qu’ils ont laissé passer.

A l’arrivée, le cortège est passée par la ville de Briançon pour
augmenter sa visibilité, les manifestant·es galvanisées par la for ce
collective qui leur avait permis de passer sereinement la frontière.
Des visages sympathiques et des soutiens ont été manifestés par des
passants au long de la route et ainsi, _EN ARRIVANT AU REFUGE SOLIDAIRE,
LE CONVOI AVAIT AUGMENTÉ JUSQU’À ÊTRE COMPOSÉ DE 250 PERSONNES.__
_

Le cortège est arrivé 17h30-18h dans l’effervescence et la joie et
les camarades exilé·es ont pu être mis·es à l’abri au Refuge.
Tout le monde est resté rassemblé sur le parking de la MJC, pour
délibérer, discuter, se reposer de la marche.

Vers 18h30 la décision a été prise de se rendre à la police
nationale pour demander la libération de nos camarades arrêté-es plus
tôt dans l’après-midi. Dans ce mouvement, deux ou trois militant·es
italien·nes ont été arrêtéfes alors que le cortège passait devant
la gendarmerie. A_CTUELLEMENT __PERSONNE N’A DE LEURS NOUVELLES__.
ILLES SONT SANS DOUTE ENCORE EN GARDE-À-VUE._ (Voir des nouvelles ICI)

Une fois arrivé à la police nationale, dans l’incertitude de savoir
si les camarades étaient détenu·es dans ces locaux, le cortège est
retourné devant le Refuge Solidaire.

Vers 19h – Un militant briançonnais a été interpellé alors qu’il
buvait tranquillement une bière à la gare. Les gendarmes ont
contrôlé son identité sans raison. _ILS SE SONT JETÉS À 6 SUR LUI, POUR LE METTRE AU SOL, IL
A ÉTÉ MENOTTÉ. ALORS QU’IL SE DÉBATTAIT IL A REÇU DES COUPS DE
GENOUX DANS LE DOS, DES COUPS DE PIED SUR LA TÊTE. _Pour les
militant·es briançonnais·es, il s’agit d’une tentative de
_VENGEANCE PAR INTERPELLATION_, ciblée contre un individu connu par les
autorités locales et qui relève d’un odieux règlement de compte
couvert par la force de l’État.

Alors que tout le monde se trouvait devant le Refuge Solidaire, un
groupe est allé à son secours. Ces militant·es ont été violemment
gazé·es au poivre ; illes ont réussi à extraire le camarade des
coups des gendarmes et à s’abriter au Refuge solidaire, les visages
brûlés par les gaz._ __LE CAMARADE, DÉFIGURÉ, AURAIT DÛ SE RENDRE
IMMÉDIATEMENT À L’HÔPITAL, MAIS IL A PRÉFÉRÉ RESTER CACHÉ
PENDANT LA NUIT PAR PEUR D’ÊTRE ARRÊTÉ. LA POLICE DÉTIENT SES
PAPIERS ET SON TÉLÉPHONE._ (Voir le récit ICI)

Pendant ce temps, un groupe de gens (une petite dizaine) identifiés
comme des militants d’extrême droite regardaient la scène, debout
sur le trottoir de la gare, aux côtés des policiers.

20h00 – Une dame du Refuge Solidaire a fait une annonce : La police
aurait prévenu une voisine qu’un groupe de gens armés de cocktails
Molotov étaient amassés au coin de la rue, prêts à attaquer d’ici
quelques minutes. Elle voulait demander à la police d’intervenir pour
protéger le Refuge, mais la police aurait refusé d’agir
(s’agissait-il d’une supposition de sa part ou d’une vraie
déclaration de la police?) tandis que les « antifascites » étaient
présents sur les lieux.

Dans la précipitation et face au risque d’une mise en danger du
Refuge, un groupe est parti protéger le squat de Briançon et les
camarades italien·nes ont organisé un départ expéditif en convoi de
voitures, par l’arrière du Refuge.

Le soir :

*

Une soixantaine de personnes sont remontées à Clavière pour tenir le
lieu ; une veille a été assurée à l’autre lieu de Briançon. Dans
ces deux lieux, rien à signaler.
*

Pendant ce temps, seul·es trois bénévoles sont resté·es au Refuge
toute la nuit pour s’assurer de la sécurité des sans-papiers sur le
lieu. Les rondes des voitures de gendarmerie montraient que la police
jetait un œil régulier mais elle n’était pas présente devant le
Refuge pour protéger ses habitant·es.

Dimanche après-midi, dans la presse, les membres de Génération
Identitaire ont annoncé qu’ils s’en allaient mais qu’un groupe
resterait toute la semaine dans le Briançonnais pour patrouiller sur «
les différentes routes qu’utilisent les migrant·es pour venir en
France ». Satisfaits de la « phase 1 » de leur « mission »,_ ILS
ANNONCENT UNE « PHASE 2 » À VENIR DONT ON N’A AUCUNE IDÉE DE CE À
QUOI ELLE RESSEMBLERA._

Le soir, notre ami Collomb a annoncé dans un communiqué qu’il
_ »condamne avec la plus grande fermeté l’ensemble des provocations,
gesticulations et incidents qui ont marqué ce week-end dans les
Hautes-Alpes et dont des groupes d’activistes d’ultra droite et d’ultra
gauche sont respectivement à l’origine »_. Il _« rappelle la volonté
de l’Etat de combattre ceux qui souhaitent faire échec aux
__contrôles__ des frontières comme ceux qui prétendent se substituer
aux forces de l’ordre ds ces missions »._

_IL__ __PROFITE DONC DE CETTE OCCASION POUR _nous faire la faveur de
_DÉCRÉTER IMMÉDIATEMENT LE RENFORCEMENT INTENSIF DES CONTRÔLES À LA
FRONTIÈRE, AVEC DES ARRIVÉES MASSIVES DE TOUTE LA RÉGION._

Ce lundi matin, partout dans Briançon, la gendarmerie mobile et des CRS
patrouillaient, ce qui empêche les exilé·es vivant à Briançon de se
déplacer en sécurité dans la ville. Un barrage a été installé à
la Vachette.

Des dizaines d’autres cars de CRS ont été vus en train de monter
depuis la vallée. On peut aller jusqu’à estimer le nombre de
policiers et gendarmes actuellement présents à 200.

_LA SITUATION EST CRITIQUE. LA PLUPART DES SOUTIENS MILITANT·ES
EXTÉRIEURS, DONT LA PRÉSENCE A ÉTÉ INDISPENSABLE POUR RÉALISER UNE
FORTE ACTION DE SOLIDARITÉ CE WEEK-END, VONT PARTIR DANS LES JOURS QUI
VIENNENT. _

_BESOIN DE SOUTIENS POUR FAIRE DES PIEDS-DE-NEZ AUX MILITAIRES ET
PIÉTINER À NOUVEAU, TOU·TE·S ENSEMBLE, CETTE FRONTIÈRE !_

_Des copines de Briançon_