Entre le contrôle des frontières et la répression…

Texte d’analyse sur la répression des migrants et des personnes solidaire. Article repris depuis  Cévennes sans frontières.

Le récent amendement adopté par l’assemblée nationale concernant l’aide à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger a été présenté par le gouvernement comme un assouplissement et une clarification de ce qui est communément désigné par « délit de solidarité ». Tout en détournant quelque peu l’attention du reste du contenu régressif du projet de loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie », et en s’appuyant sur l’incarcération de plusieurs militants dans les Hautes Alpes, le gouvernement entend affirmer sa main mise sur le contrôle de ses frontières et la répression de ses opposants.

Le délit de solidarité ou comment faire taire toute contestation

Dans une déclaration récente, le ministre de l’Intérieur a exposé sa volonté de définir « plus strictement » les critères d’exemptions prévus à l’article 622-4 du Ceseda1 permettant de ne pas donner lieu à des poursuites pénales aux personnes venant en aide aux étrangers en situation irrégulière. Parmi ceux-ci, la modification principale porte sur l’ajout de la notion d’aide à la circulation. Dans la pratique, de nombreux cas de personnes étaient poursuivies pour avoir aidé des exilés en les transportant d’un point à un autre du territoire.

Mais si le gouvernement déclare que les personnes « qui accordent des secours occasionnels » ne seront plus poursuivies, il prévoit également que la distinction avec « toutes celles qui voudraient détourner la volonté de l’État de contrôler les frontières » soit davantage prise en compte. Ainsi, l’exposé des motifs présentant l’amendement, sur lequel un juge pourra se référer lors d’un procès en cas de doute sur la volonté du législateur, affirme clairement cette distinction : « ces actes ne peuvent être mis sur le même plan que ceux visant à faciliter l’entrée irrégulière sur le territoire : l’État a le droit et la responsabilité de contrôler ses frontières, et ne peut tolérer le contournement de ces contrôles, contournement bien souvent motivé par une volonté politique, celle de faire échec à l’action de l’État, plutôt que par le souhait de venir au secours de situations de détresse. »

Une ligne aux contours aussi flous qu’arbitraires, est donc dressée entre les personnes apportant un soutien désintéressé et sans contrepartie, et celles dont la volonté dépasserait les strictes considérations humanitaires. Elle vient d’ailleurs confirmer les récents jugements2 de la cour d’appel d’Aix-en-Provence qui estime que « n’entrent pas dans les exemptions prévues par la loi les actions militantes qui s’inscrivent moins dans la réponse à une situation de détresse que dans une contestation globale de la loi, contestation qui constitue en elle-même une contrepartie. » La justice décidera donc du caractère politique apporté à l’aide, et le cas échéant, pourra sanctionner les contrevenants.

Ainsi, l’aide consistant à donner des cours de français, proposer un hébergement, fournir des soins médicaux, ou toute forme de soutien destinée à suppléer aux carences de l’état, est donc exonérée de poursuites. Par contre, les solidarités qui remettent en cause le bien fondé du système des contrôles migratoires et affirment le caractère politique des actions entreprises tombent, elles, sous le joug de la répression. En toute logique sécuritaire, il demeure possible d’accompagner la misère engendrée, mais pas de la contester ou de la combattre.

Le délit de solidarité ou l’arbre qui cache la forêt

Les nombreuses actions de soutien mises en place dans le Calaisis, dans la vallée de la Roya ou dans le Briançonnais, et les poursuites judiciaires engagées contre des aidants ont rencontré de larges échos partout sur le territoire. Le caractère inhumain et les difficultés rencontrées par les exilés pour franchir les obstacles qui obstruent leur route font l’objet d’une critique assez unanime, tout du moins parmi les personnes non-hostiles à l’immigration. Accueillir, donner un coup de main ou faire passer un col montagnard à des personnes dans le besoin est pleinement légitime, tout comme assurer une défense collective face à la menace judiciaire qui pèse sur les personnes solidaires. Toutefois, les intimidations grossières portées par les gouvernements européens ne doivent pas ni nous faire perdre de vue le caractère fondamentalement répressif des frontières, ni le fait que les exilés sont les premières personnes à en payer les frais.

Très largement, la répression est le quotidien de toutes les personnes bloquées par le système de contrôle des frontières, et elle s’exerce sous diverses formes : refoulements illégaux, violences policières, enfermements, humiliations et harcèlements, complicité avec les milices fascistes, assimilation de la migration à des réseaux mafieux ou à la menace terroriste… De nombreux exemples attestent que ces cas ne sont ni isolés, ni le fait du hasard. Le 6 février 2014, plus de 15 exilés tentant de pénétrer à la nage dans l’enclave espagnole de Ceuta ont été attaquées par la garde civile et ont perdu la vie, noyés dans les eaux de la méditerranée. Le 16 septembre 2015, Ahmed H. piégé comme de nombreux réfugiés à la frontière serbo-hongroise lors de la fermeture de la route des Balkans fut a été arrêté puis condamné à 10 ans de réclusion pour avoir soi-disant mis en péril la sécurité de l’état hongrois. Le 18 juillet 2017, suite à une protestation pacifique contre les conditions de vie dans le camp de Moria sur l’île grecque de Lesbos, 35 exilés furent arrêtés arbitrairement et demeurent à ce jour emprisonnés, leurs procès se déroulant actuellement. La récente incarcération de trois personnes et le passage à tabac d’un militant par les forces de l’ordre, suite à une manifestation où plusieurs centaines de personnes solidaires et exilées ont franchi côte à côte la frontière franco-italienne dans le Briançonnais, montre clairement que toute opposition de nature à remettre en cause les entraves à la liberté de circulation sera réprimée.

N’oublions pas que la frontière est un instrument créé artificiellement pour renforcer le pouvoir des états, et un obstacle à la reconnaissance à un droit aujourd’hui fondamental : celui du droit à la mobilité. Se soustraire à ce constat, tant en paroles qu’en actes, ne peut conduire que vers une critique apolitique des réels enjeux qui se posent, ne questionnant ni les fondements sur lesquels se basent la fermeture des frontières, ni leurs objectifs. Les frontières sont l’un des piliers de la construction et du développement de l’Union européenne et de ses états membres. S’attaquer à leur bien fondé, et par conséquent à l’ordre et au contrôle desquels elles ne peuvent être dissociées, ne peut faire abstraction d’une remise en cause bien plus globale des libertés et des droits de chacun, d’un côté comme de l’autre de la frontière.

1 Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

2 L’agriculteur Cédric Herrou a ainsi été condamné en appel à Aix-en-Provence le 8 août 2017 à quatre mois de prison avec sursis. L’avocat général avait estimé qu’il ne pouvait bénéficier des exemptions prévues par l’article L622-4 du Ceseda, car « lorsque l’aide s’inscrit dans une contestation globale de la loi, elle n’entre pas dans les exemptions prévues mais sert une cause militante qui ne répond pas à une situation de détresse. Cette contestation constitue une contrepartie » à l’aide. Un enseignant-chercheur, Pierre-Alain Mannoni, a, lui aussi, été condamné à deux mois de prison avec sursis sur les mêmes fondements par la même juridiction, qui estimait que ce dernier s’inscrivait dans « une démarche d’action militante en vue de soustraire des étrangers aux contrôles ».

Trois potes en prison

TROIS POTES EN PRISON

Cela fait des mois que des personnes s’organisent depuis la vallée de la haute Durance jusqu’en Italie en solidarité avec les migrant-es et contre les frontières.

Dimanche, suite à une rencontre-débat sur le thème des frontières en Italie, une marche spontanée est organisée de Clavière à Briançon. Elle aura pour but de permettre le passage de la frontière a une trentaine d’exilé-es. Elle fait aussi réaction au renforcement croissant du dispositif policier et militaire , et à la présence, le même weekend, du groupe fasciste « Génération identitaire » sur le territoire.

Cette manifestation s’est déroulée sans encombre jusqu’au refuge solidaire. En fin d’après midi, 6 personnes ont été interpellées de manière arbitraire et placées en garde à vue, un camarade s’est fait violemment tabassé et des personnes gazées. Le motif de la garde à vue: « aide à l’entrée d’étranger-es en situation irrégulière », avec comme circonstance aggravante, le délit en bande organisée.

Trois d’entre eux-elles ont été relâché-es, et les 3 autres se sont vus prolongé-es leur garde à vue. Ce mardi, ils-elles comparaissaient en comparution immédiate à Gap (l’info est venue de l’avocat commis d’office, il semble que tout ait été fait pour que personne ne soit au courant). Ils-elles ont refusé la comparution immédiate et demandé le report de l’audience, fixée finalement au 31 mai. D’ici l’audience, le tribunal a décidé de les placer en détention préventive.

Nous étions une trentaine à assister à l’audience sous haute surveillance : 8 camions de crs devant le tribunal, PSIG et police dans la salle. L’entrée au tribunal était conditionnée à la présentation et la photocopie d’une pièce d’identité.

Dans la mesure où la comparution immédiate a été refusée, le tribunal devait statuer sur le devenir des 3 personnes en attendant l’audience.

Le procureur basait son réquisitoire absurde sur le contexte politique local. Il a en effet tenté de faire porter aux prévenu-es tous les événements du week end (citant le texte du carnaval sauvage contre les frontières, un communiqué de tous migrants, et bien sûr la marche de dimanche). Le carnaval de gap et la marche de dimanche sont deux événements distinct, et si l’objectif est de juger les participant-es à ces événements, alors pourquoi ne sommes nous pas 600 en prison???? Il a ensuite fait part de sa crainte d’une réitération des actes tant que les personnes ne sont pas jugées. Il serait préférable d’incarcérer les potes plutôt que de leur laisser la possibilité de commettre de nouveaux délits … de solidarité. N’étant pas sûr de lui, le proc requiert la détention préventive mais ouvre la porte à un simple contrôle judiciaire pour s’assurer que les prévenu-es ne se volatilisent pas.

Face à ce réquisitoire hasardeux, les avocat-es fournissent divers documents : promesse d’embauche pour l’un, attestations d’inscription en fac pour les autres, contrats de location et même attestations d’hébergement en france en attendant l’audience. Ce qui constitue des garanties de représentations suffisantes. Les avocat-es mentionnent ne jamais avoir eu des dossiers aussi complets pour une comparution immédiate.

Avant la délibération, une sorte de sérénité était palpable dans la salle. Mais quelques minutes plus tard le délibéré est rendu : mandat de dépôt et détention préventive. A gap pour les copains (le proc aura même l’indécence de signaler au juge que la prison est déjà pleine à craquer) et à marseille pour la copine. Nous sommes sous le choc.

Désormais les choses sont claires, tu peux faire de la prison pour avoir participé à une manifestation ayant permis à une trentaine de personnes de traverser la frontière.

Un cap est clairement franchi en matière répressive est c’est insupportable. Encore plus insupportable lorsque l’on entend le proc parler des individus de génération identitaire comme pacifistes. Rappelons qu’ils avaient affrété un bateau l’an passé pour empêcher l’assistance des secouristes en méditerranéenne, et que là ils s’improvisent police aux frontières avec de gros moyens, qu’ils ont saccagé une partie de la montagne,qu’ils incitent la mise en danger de personnes, et que l’état choisit de ne pas les poursuivre…

Nous constatons sans surprises que police, justice et état veulent prendre ces 3 personnes en exemple et stopper la solidarité. Nous ne sommes pas dupes. Ne répondons pas aux tentatives d’intimidation et de division du pouvoir. Soyons tous délinquants solidaires! Nous appelons à des rassemblements massifs. Plus que jamais nous avons besoin de soutiens physiques!

Face à une décision si politique, la réponse doit être massive, politique et médiatique.
Nos camarades sont en prisons. Pour certain-es, venu-es pour la première fois dans le briançonnais et sans savoir exactement dans quoi ils-elles mettaient les pieds. Ils-elles risquent des mois et des mois de prison encore, suite au jugement. D’autres arrestations, incarcérations, sont à prévoir! Faisons pression sur le gouvernement pour qu’il comprenne qu’on ne laisse rien passer!

RDV

jeudi midi au parc de la Schappe à briancon

et vendredi à 18h devant la maison d’arrêt de gap, place grenette.
Nous exigeons la libération immédiate de nos camarades prisonnier-es!

Nous n’oublions pas non plus le passage à tabac dimanche dernier d’un de nos camarade par les flics.

Plus que jamais continuons la lutte collective en acte !

Ni oubli ni pardon

EN TRAVERSANT LA FRONTIERE… – MANIFESTATION CONTRE LES FRONTIERES

EN TRAVERSANT LA FRONTIERE… – MANIFESTATION CONTRE LES FRONTIERES

Hier, dimanche 22 avril, 300 personnes sont parties depuis Clavière, pour traverser la frontière. Après une matinée de discussions et de rencontres sur le thème « Alpes, frontières et résistances » et un repas partagé devant le Refuge Autogeré Chez Jésus, nous nous sommes organisé·es, exilé·es et solidaires, contre toutes les frontières.

Nous avons marché ensemble et uni·es, et nous avons bloqué la route qui va de Clavière jusqu’à Briançon. Ceci pour donner un signal clair aux fascistes et à la police, et en réponse à la militarisation qui s’est accrue et a complètement bloqué la frontière ces derniers jours. Il s’agissait bien d’une chasse à l’homme, nocturne et diurne. La traversée de la frontière était aussi une réponse à la manifestation des néo-fascistes de Génération identitaire au col de l’Échelle. Si les militaires et les fascistes veulent bloquer les frontières, alors nous continuerons à lutter afin que celles-ci soient abattues.

La semaine passée, avec la fin de la saison touristique, la frontière italo-française de Montgenèvre a changé de visage : elle a perdu son image de « village de ski » pour devenir le lieu de villégiature de dizaines de militaires, qui sont venus s’entrainer à la guerre en chassant les exilé·es. Et c’est bien d’une chasse qu’il s’agit : des patrouilles de nuits de dix, vingt soldats en armes surveillent les sentiers qui traversent la frontière, équipés de torches et de motos-neige. Ils sont à la recherche de celleux qui, determiné·es à continuer leur vie en dehors de l’Italie, tentent chaque jour de traverser cette frontière, perméable seulement pour celleux qui détiennent le privilège du lieu de naissance ou de la richesse.

En conséquence, les nuits passées ont été le théâtre de véritables guet-apens des militaires et des gendarmes dans les bois. Les refoulements en masse ont bloqué des dizaines de personnes au refuge autogéré Chez Jésus, sans possibilité de passage.

Ceci, ainsi que la présence néo-fasciste au col de l’Échelle, nous a poussé à choisir de rompre, en nombre et à la lumière du jour ce dispositif frontière qui tente de rendre la traversée impossible à celleux qui ne sont pas les bienvenu·es. Afin que toutes et tous voient et entendent, contre l’utilisation politique et économique des flux migratoires et contre tout le dispositif qui se met en place pour leur « gestion ».

Dimanche, nous avons marché pendant 19 kilomètres sur le sentier et sur la route, déjouant les tentatives d’interruption du cortège de la police française, déterminé·es que nous étions à atteindre l’objectif de cette marche.

Nous sommes arrivé·es à Briançon pendant l’après-midi. Nous sommes entré·es dans la ville à 300, en chantant des chansons et slogans contre les frontières, les fascistes et les contrôles de police. Pour une fois, personne n’a été obligé de se cacher dans la nuit et la neige, personne n’a marché pendant des kilomètres pour être repoussé par la police au point de départ. Un jeu de l’oie qui tue.
L’arrivée à Briançon a été la conclusion d’une belle journée de lutte.  Nous sommes arrivé·es au centre de Briançon et les festivités ont commencé. C’est justement à ce moment là que la police a commencé sa chasse à l’homme : peu après nous avons su que dix manifestant·es avaient été arreté·es en petits groupes, à l’écart du rassemblement. Ils ont été bloqué·es sur le trottoir, aligné·es, menotté·es et emmené·es. Les gendarmes ont encore essayé d’arrêter un autre camarade après l’avoir jeté à terre et tabassé. Seule la solidarité en actes des manifestant·es a permis d’éviter son arrestation.

Quatre personnes ont été libérées dimanche soir, trois autres dans la nuit de lundi à mardi. Tous les autres sont encore en état d’arrestation.
La frontière est faite d’uniformes, de bâtons et de dispositifs de division. C’est à nous de trouver les mécanismes de l’engrenage pour ensuite, le détruire

Nous voulons la libération immédiate de tout·e·s les camarades arreté·es.
La frontière est seulement une ligne imaginaire. Si nous nous organisons ensemble pour la combattre, nous réussirons à la faire disparaitre, et nous l’avons démontré hier.

LIBERTE POUR TOUT·E·S LES CAMARADES ARRÊTÉ·ES !

Déroulé d’un gai week-end de mobilisation à la frontière


DÉROULÉ D’UN GAI WEEK-END DE MOBILISATIONS A LA FRONTIÈRE

Contexte : Toute la semaine, la re-militarisation de la frontière a
été entamée : sur jeudi, vendredi, samedi, seules 2 personnes ont
réussi à passer. Le dispositif de contrôle a été renforcé par au
moins 20 militaires (chasseurs alpins en entraînement) présents sur la
route pendant la nuit, et 3 motoneiges.

Samedi, à partir de 9h du matin _UNE CENTAINE DE GÉNÉRATIONS
IDENTITAIRES_ (français mais aussi italiens, venus de plusieurs pays
d’Europe) _SONT MONTÉS AU COL DE L’ECHELLE_ en raquettes. Le but,
indiqué dans les médias, était de faire une action symbolique massive
pour « attirer l’attention » sur la frontière franco-italienne et
de « bloquer la frontière » pour dissuader les migrant-es de passer.

Les observations des militant·es sur le terrain portent plutôt les
effectifs à 80-90 que plus d’une centaine. Ils étaient accompagnés
de 2 hélicoptères, qui ont survolé Briançon le dimanche matin, et
suivis par des drones, _PREUVE QU’ILS ONT DES FINANCEMENTS
IMPORTANTS_.

Samedi après-midi, lors du carnaval à Gap, une annonce de la situation
à la frontière a été faite ainsi qu’un appel à protéger les
lieux. Pendant la nuit, ainsi, 10 à 20 personnes ont pu être
présent·es sur chaque lieu. (voir article du carnaval ICI)

Les Générations Identitaires ont dormi à l’hôtel à Chantemerle.
Des militant·es ont fait des rondes toute la nuit pour observer leurs
mouvements, ils ont été mobiles mais rien de particulier n’a été
remarqué. Il est néanmoins important de signaler qu’_UNE SEULE
VOITURE DE GENDARME ÉTAIT PRÉSENTE AU COL DE L’ECHELLE PENDANT TOUTE
LA SOIRÉE/NUIT DE SAMEDI, __CE QUI CONTRASTE IRONIQUEMENT AVEC LA FORCE
DU DISPOSITIF POLICIER UTILISÉ POUR BLOQUER LES ENTRÉES DES CAMARADES
EXILÉ-ES._

Samedi soir différents projets pour contrer l’action des
Identitaires ont été discutés, dont l’idée d’un passage en
groupe de la frontière, débattu à Clavière avec les quarante
exilé-es qui y dormaient.

Dimanche : Ce 22 avril une mobilisation était prévue par les
différents collectifs italiens à Clavière, des cycles de débats et
de discussions sur l’histoire de la frontière.

De nombreuses personnes sont donc montées à cette occasion et il a
été possible de mettre rapidement en place une action commune. La
décision de former un cortège pour accompagner les camarades exilé-es
jusqu’à Briançon a été adoptée collectivement et ainsi, _DIMANCHE
MIDI UNE GROUPE DE PLUS DE 150 PERSONNES EXILÉES ET SOLIDAIRES EST
PARTI À PIED DE CLAVIÈRE__. __LES MANIFESTANT·ES ÉTAIENT __170 EN
HAUT DE __MONTGENÈVRE QUAND ILLES ONT REJOINT LA ROUTE PRINCIPALE._

Suite à un problème de communication, une camarade grenobloise est
passée en voiture, avant le cortège, transportant trois exilés. La
voiture été arrêtée en haut de Briançon. Les trois personnes
qu’elle transportait ont été, selon la police, descendues à Gap
avec les mineurs. _LA CAMARADE A ÉTÉ MISE EN GARDE À VUE À LA POLICE
NATIONALE ET RELÂCHÉE 8H PLUS TARD. ELLE TÉMOIGNE D’HUMILIATIONS
VÉCUES PENDANT SA GARDE-À-VUE._

Pendant ce temps, un barrage de police attendait le cortège à la
sortie du tunnel de Montgenèvre, mais les forces de l’ordre étaient
clairement en sous-effectifs (moins d’une cinquantaine, avec deux
lignes de quelques dizaines de policiers formant un barrage corporel).
Sans doute alarmés par les slogans des manifestant·es qui résonnaient
joyeusement et avec force dans le tunnel, les policiers ont manifesté
des signes de peur en voyant arriver le cortège, notamment en reculant.
Ils n’ont fait usage d’aucun moyen de dispersion, aucune sommation
de dispersion n’a même été émise, aucun tir de gaz n’a été
fait. Le terrain fait qu’ils ne pouvaient pas arrêter l’ensemble
des manifestant·es et les camarades exilé·es ont pu contourner le
barrage sans difficulté.

Le cortège a continué sa longue marche sous le soleil, le long de la
route, pendant les 19 kilomètres qui séparent Clavière de Briançon.
L’hélicoptère du PGHM survolait la scène de très près, sans doute
pour filmer ou compter les personnes rassemblées, et la police suivait
le cortège sans essayer de bloquer la route. Une voiture
d’Identitaires inconscients a traversé le cortège en filmant la
scène, ce qui a conduit à l’égratinure d’un de leurs véhicules.

Pendant ce temps, tout au long de l’après-midi, des renforts de
gendarmerie sont montés depuis la vallée à grand cris de sirènes.
Démunis, ils se sont postés au Champ de Mars et devant certains
endroits de Briançon, plutôt dans l’optique de les protéger des
lieux importants (poste, gendarmerie, gare) que d’attaquer le
cortège, qu’ils ont laissé passer.

A l’arrivée, le cortège est passée par la ville de Briançon pour
augmenter sa visibilité, les manifestant·es galvanisées par la for ce
collective qui leur avait permis de passer sereinement la frontière.
Des visages sympathiques et des soutiens ont été manifestés par des
passants au long de la route et ainsi, _EN ARRIVANT AU REFUGE SOLIDAIRE,
LE CONVOI AVAIT AUGMENTÉ JUSQU’À ÊTRE COMPOSÉ DE 250 PERSONNES.__
_

Le cortège est arrivé 17h30-18h dans l’effervescence et la joie et
les camarades exilé·es ont pu être mis·es à l’abri au Refuge.
Tout le monde est resté rassemblé sur le parking de la MJC, pour
délibérer, discuter, se reposer de la marche.

Vers 18h30 la décision a été prise de se rendre à la police
nationale pour demander la libération de nos camarades arrêté-es plus
tôt dans l’après-midi. Dans ce mouvement, deux ou trois militant·es
italien·nes ont été arrêtéfes alors que le cortège passait devant
la gendarmerie. A_CTUELLEMENT __PERSONNE N’A DE LEURS NOUVELLES__.
ILLES SONT SANS DOUTE ENCORE EN GARDE-À-VUE._ (Voir des nouvelles ICI)

Une fois arrivé à la police nationale, dans l’incertitude de savoir
si les camarades étaient détenu·es dans ces locaux, le cortège est
retourné devant le Refuge Solidaire.

Vers 19h – Un militant briançonnais a été interpellé alors qu’il
buvait tranquillement une bière à la gare. Les gendarmes ont
contrôlé son identité sans raison. _ILS SE SONT JETÉS À 6 SUR LUI, POUR LE METTRE AU SOL, IL
A ÉTÉ MENOTTÉ. ALORS QU’IL SE DÉBATTAIT IL A REÇU DES COUPS DE
GENOUX DANS LE DOS, DES COUPS DE PIED SUR LA TÊTE. _Pour les
militant·es briançonnais·es, il s’agit d’une tentative de
_VENGEANCE PAR INTERPELLATION_, ciblée contre un individu connu par les
autorités locales et qui relève d’un odieux règlement de compte
couvert par la force de l’État.

Alors que tout le monde se trouvait devant le Refuge Solidaire, un
groupe est allé à son secours. Ces militant·es ont été violemment
gazé·es au poivre ; illes ont réussi à extraire le camarade des
coups des gendarmes et à s’abriter au Refuge solidaire, les visages
brûlés par les gaz._ __LE CAMARADE, DÉFIGURÉ, AURAIT DÛ SE RENDRE
IMMÉDIATEMENT À L’HÔPITAL, MAIS IL A PRÉFÉRÉ RESTER CACHÉ
PENDANT LA NUIT PAR PEUR D’ÊTRE ARRÊTÉ. LA POLICE DÉTIENT SES
PAPIERS ET SON TÉLÉPHONE._ (Voir le récit ICI)

Pendant ce temps, un groupe de gens (une petite dizaine) identifiés
comme des militants d’extrême droite regardaient la scène, debout
sur le trottoir de la gare, aux côtés des policiers.

20h00 – Une dame du Refuge Solidaire a fait une annonce : La police
aurait prévenu une voisine qu’un groupe de gens armés de cocktails
Molotov étaient amassés au coin de la rue, prêts à attaquer d’ici
quelques minutes. Elle voulait demander à la police d’intervenir pour
protéger le Refuge, mais la police aurait refusé d’agir
(s’agissait-il d’une supposition de sa part ou d’une vraie
déclaration de la police?) tandis que les « antifascites » étaient
présents sur les lieux.

Dans la précipitation et face au risque d’une mise en danger du
Refuge, un groupe est parti protéger le squat de Briançon et les
camarades italien·nes ont organisé un départ expéditif en convoi de
voitures, par l’arrière du Refuge.

Le soir :

*

Une soixantaine de personnes sont remontées à Clavière pour tenir le
lieu ; une veille a été assurée à l’autre lieu de Briançon. Dans
ces deux lieux, rien à signaler.
*

Pendant ce temps, seul·es trois bénévoles sont resté·es au Refuge
toute la nuit pour s’assurer de la sécurité des sans-papiers sur le
lieu. Les rondes des voitures de gendarmerie montraient que la police
jetait un œil régulier mais elle n’était pas présente devant le
Refuge pour protéger ses habitant·es.

Dimanche après-midi, dans la presse, les membres de Génération
Identitaire ont annoncé qu’ils s’en allaient mais qu’un groupe
resterait toute la semaine dans le Briançonnais pour patrouiller sur «
les différentes routes qu’utilisent les migrant·es pour venir en
France ». Satisfaits de la « phase 1 » de leur « mission »,_ ILS
ANNONCENT UNE « PHASE 2 » À VENIR DONT ON N’A AUCUNE IDÉE DE CE À
QUOI ELLE RESSEMBLERA._

Le soir, notre ami Collomb a annoncé dans un communiqué qu’il
_ »condamne avec la plus grande fermeté l’ensemble des provocations,
gesticulations et incidents qui ont marqué ce week-end dans les
Hautes-Alpes et dont des groupes d’activistes d’ultra droite et d’ultra
gauche sont respectivement à l’origine »_. Il _« rappelle la volonté
de l’Etat de combattre ceux qui souhaitent faire échec aux
__contrôles__ des frontières comme ceux qui prétendent se substituer
aux forces de l’ordre ds ces missions »._

_IL__ __PROFITE DONC DE CETTE OCCASION POUR _nous faire la faveur de
_DÉCRÉTER IMMÉDIATEMENT LE RENFORCEMENT INTENSIF DES CONTRÔLES À LA
FRONTIÈRE, AVEC DES ARRIVÉES MASSIVES DE TOUTE LA RÉGION._

Ce lundi matin, partout dans Briançon, la gendarmerie mobile et des CRS
patrouillaient, ce qui empêche les exilé·es vivant à Briançon de se
déplacer en sécurité dans la ville. Un barrage a été installé à
la Vachette.

Des dizaines d’autres cars de CRS ont été vus en train de monter
depuis la vallée. On peut aller jusqu’à estimer le nombre de
policiers et gendarmes actuellement présents à 200.

_LA SITUATION EST CRITIQUE. LA PLUPART DES SOUTIENS MILITANT·ES
EXTÉRIEURS, DONT LA PRÉSENCE A ÉTÉ INDISPENSABLE POUR RÉALISER UNE
FORTE ACTION DE SOLIDARITÉ CE WEEK-END, VONT PARTIR DANS LES JOURS QUI
VIENNENT. _

_BESOIN DE SOUTIENS POUR FAIRE DES PIEDS-DE-NEZ AUX MILITAIRES ET
PIÉTINER À NOUVEAU, TOU·TE·S ENSEMBLE, CETTE FRONTIÈRE !_

_Des copines de Briançon_