Compte-rendu d’un an de collectif anti-répression 04-05

Voilà un an maintenant que, suite aux rencontres/ateliers organisés lors de l’Atomik Tour en avril 2019, nous avons lancé le Café_Taule.

A la base, réuni.e.s autour de la création d’une légal team, nous avons basculé vers l’anti rép car, même si nous continuons à tenter de soutenir des personnes inculpées qui le demandent (reconnaissons que la plupart avaient les connaissances nécessaires pour trouver un avocat sans nous, tel Fabrice par exemple https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2162 ) et à organiser des temps d’inter formation ( https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 mais aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2060 ), nous avons très vite dit que l’idéal était de se débarrasser du triptyque police-tribunal-prison.

Pour soutenir les prisonniers et leurs proches, concrètement, nous avons mis en place une permanence hebdomadaire devant le mur de la Maison d’Arrêt de Gap, baptisée Café-Taule. L’ambition principale était de créer du lien avec les familles des enfermés (exclusivement des hommes à Gap). On a passé la plupart de nos mercredis à offrir le café et le croissant aux personnes se rendant aux parloirs.

Ça c’était l’objectif principal. On a rapidement eu envie d’avoir un support écrit qui regrouperait le maximum d’infos pratiques sur la taule et à destination des proches. En janvier sort donc la « Brochure à destination des proches de prisonniers de la Maison d’Arrêt de Gap » (https://valleesenlutte.noblogs.org/files/2020/01/brochure-prison.pdf ).

À cette occasion on est invités à Paris à la journée du GENEPI (https://www.genepi.fr/journee-anticarcerale-du-genepi/) pour présenter nos actions en présence de nombreuses personnes et collectifs venus échanger autour de la taule. Avant ça, à l’automne, on était aussi partis trois jours dans la Drôme animer trois soirées (Romans, Saillans, Die) sur l’enfermement (écoutes d’émissions de radio, ateliers de correspondances avec des prisonnier.e.s, discussions, projections de films et pièce de théâtre : https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2251 ).

On a proposé aussi des correspondances avec les prisonniers, qui ont donné lieu à quelques échanges de lettres, mais qui ne se sont guère poursuivis dans le temps.

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Aujourd’hui on essaie de présenter un bilan de cette année, pour nous d’abord, parce qu’on est peu (vraiment très peu !) et remplis de questionnements.

On pense que les systèmes répressifs et carcéraux sont absolument au cœur de toutes les luttes, tout comme devraient l’être la lutte antipatriarcale ou antiraciste par exemple. Bien sûr on peut s’opposer à un projet de nouveau CRA (prisons pour sans papiers), de nouvelle taule, de nouvel aéroport, de nouveau Center Parc, de femeture d’un service public local, de projet de loi, ou d’une politique. Mais l’enfermement et la répression ne sont pas un projet mais les « valeurs » d’un système et donc présents partout. Dans tous les combats on est potentiellement confronté à la répression qui s’abat dès que la lutte sort des sentiers battus. On ne peut pas penser lutter en omettant de parler de taule, d’HP, de flics etc. Ce combat ne se superpose pas à d’autres, peut-être plus concrets parce que matérialisés, mais en est au cœur.

D’où un premier constat, notre action parle peu. Que ce soit avec les familles des taulards, avec les prisonniers eux mêmes, avec les militants du coin (gilets jaunes ou syndicalistes), nous ne parvenons pas assez à créer du lien et à mettre sur la table les questions sur l’enfermement. Est ce qu’on est totalement à coté de la plaque et que la taule et la répression sont quelque chose de totalement admis et normal pour qu’on en parle pas ? Les médias ont ils tellement bien fait leur boulot que la justice de classe ne fait qu’entériner ce discours comme quoi les étrangers et les pauvres sont forcément des délinquants et des terroristes?

Pourtant, nous , on a envie de parler d’autonomie de la justice, de justice non institutionnelle et réparatrice, d’abolition de la police, des tribunaux et de la prison, de prise en charge au sein d’une communauté. On n’est pas là pour nier les faits mais on veut poser la question : face à l’état et au capitalisme, comment imaginer l’abolition de la répression, au même titre qu’on cultive son potager pour se passer de la grande distribution ou de l’agriculture industrielle. Et on ne se la joue pas « faut faire comme ci ou comme ça », on veut aborder la question de façon humble.

Deuxième constat : on a du mal à s’investir avec les familles et les proches qui vont aux parloirs (neuf fois sur dix des femmes…). Déjà parce que la plupart sont rodé.e.s : la prison fait partie de leur vie et en fera sans doute toujours partie, alors on est qui pour eux-elles ? Quand le mec, le fils, le frère, le père sort, plus de nouvelles et on comprend. On comprend que c’est chouette de boire un café à la sortie du parloir et de tchatcher dix minutes de comment c’est en ce moment, des nouvelles d’un procès, d’une demande de mise en liberté, d’une hospitalisation, d’une recherche de taff. Puis quand on demande si ça intéresse de corriger la brochure parce que ça change tout le temps à l’intérieur, « oui, oui », puis en fait rien ou peu.

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Alors est-ce qu’on continue les perms ? À qui ça sert à part nous ? Nous, on aime bien, c’est l’occasion de se voir, de discuter, d’aller manger un kebab en ville…

Ce qui est sûr c’est que ça emmerde les flics et la matonnerie. La police municipale passe systématiquement, il y a des amendes, il y a eu le procès du 12 mars (https://valleesenlutte.noblogs.org/post/2020/05/06/un-exemple-banal-dun-systeme-repressif-qui-sauto-alimente/ et aussi https://valleesenlutte.noblogs.org/agenda/?event_id1=2749 ), il y a aussi le regard noir du taulier, de ses surveillants et de certains riverains. C’est peut être un peu pour ça aussi qu’on aime bien !

Mais quand même on aimerait être plus nombreux-ses d’autant que certain.e.s d’entre nous ne vont pas pouvoir assurer ces prochains temps et que si on n’est pas régulier, c’est mort. Les maisons d’arrêt c’est que des peines (relativement) courtes, du coup ça rentre et ça sort tout le temps, ce qui veut dire nouvelles familles, nouveaux liens et tout à recommencer ; alors si on n’est pas là tous les mercredis on perd les contacts et notre légitimité.

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Aussi on recrute ! Pour l’instant c’est les mercredis mais ça peut aussi être le samedi. Et plus globalement on est ouverts pour discuter, s’organiser etc.

Donc on vous attend au café-taule tous les mercredis devant la maison d’arrêt de Gap. On a aussi programmé une réunion, laissez-nous un message sur cafe_taule@riseup.net pour savoir le lieu et la date précises.

Racket des migrants par des agents de la PAF : deux pandores passent au tribunal

Deux agents de la PAF (Police aux Frontières), François Maison et Joffrey Carron,  sont passés en procès au tribunal de Gap jeudi 2 juillet. L’un pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique », l’autre pour « usage de faux en écriture » et « détournement de fonds publics ».

Une nuit d’août 2018. Comme tant d’autres, deux jeunes exilés passent la frontière avec quelques effets personnels et leur argent. Comme tant d’autres, les agents de la PAF les amènent au poste de police, les fouillent, leur dépouillent leur argent et les réconduisent à la frontière.  Découvrant le forfait, les deux personnes décident de retourner au poste frontière pour réclamer leur dû. Ils mettent un téléphone en mode enregistrement pour garder une trace de la conversation que voici :

En bref, d’abord le déni. Puis la classique inversion des rôles (« attention c’est grave t’accuse la police ») avec menaces de poursuites 1 et d’expulsion (« demain t’es dans un avion Paris-Tripoli »). Puis les menaces physiques et le passage à l’acte, on entend que les flics les molestent pour les faire partir.

Les deux pandores détournaient aussi l’argent des amendes prélevées sur des usagers de la route étrangers.

Le procureur ne demande que du sursis, pas de dommages ni d’amendes : comme d’habitude la justice couvre la police, les deux institutions jouant main dans la main leur rôle répressif.

On pourra lire un article plus détaillé sur Bastamag :
https://www.bastamag.net/police-racket-violence-sur-mineur-detournement-de-fonds-publics-refugies-proces-PAF-Montgenevre

L’article  relatant les faits sur Vallées en lutte en 2018 :
Autre article sur la situation à la frontière :
1 On pense aux nombreuses personnes voulant porter plainte contre les violences policières et qui se retrouvent accusées d’outrage et rebellion.

Pour un 1er mai solidaire

Retrouvons-nous devant la Préfecture de Gap à 10h30

  • À 10h30, une collecte alimentaire sera organisée en solidarité avec les habitante·s du Césaï1. Apporter en priorité : riz, huile, sardines, œufs, oignons, sauce tomate, produits d’hygiène (savon, shampoing).

  • Nous partirons ensuite manifester : ne nous résignons pas face aux attaques de l’État et du patronat sur nos conditions d’existence (liberté, écologie, travail, services publics)

Tout ceci, en prenant soin de nous protéger : amenons des masques et gardons les distances physiques, car nous ne sommes pas tou·te·s égaux face au virus.

Vous pouvez nous rejoindre avec des denrées, en cochant la case de l’attestation : « Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants ».

Les temps sont durs. Utilisant l’épidémie de coronavirus, le gouvernement passe en force et accélère ses plans : renforcement des inégalités, dégradations des conditions de travail, extension du contrôle et de la répression. Les choix autoritaires du gouvernement, nous les subissons tou·te·s, mais certain·e·s de plein fouet. Les conséquences ne sont pas les mêmes pour les habitant·e·s des quartiers populaires, pour les femmes, les personnes handicapées, les enfants, les précaires, les enfermé·e·s, les personnes âgées, les personnes qui subissent le racisme, pour les prolétaires. Attestation de déplacement ou non, c’est bien souvent à la tête du client·e que les amendes sont distribuées. C’est avant tout la police qui décide de la légalité des motifs attestés. C’est toujours les mêmes qui paient de leur vie, de leur corps, et de leur psychisme.

La solidarité, le commun, ne sont pour les gouvernants que des fétiches, des mensonges agités pour nous calmer, pour continuer de nous imposer leur monde, leurs profits.

On est encore là ! Nous n’avons pas attendu que l’État nous y autorise pour exprimer notre solidarité et agir concrètement, comme nous n’attendrons pas son aval pour reprendre les luttes, les initiatives, pour construire ce qui nous semble juste et pour affronter ce qui nous détruit.

Nous le faisons depuis bien longtemps, au côté de celles et de ceux avec qui nous partageons un monde commun.

Nous appelons, à déconfiner la solidarité et à l’exprimer joyeusement dans les rues de Gap mais aussi partout ailleurs !

Décorons les murs, les balcons, diffusons cet appel ou d’autres, rejoignons les initiatives de luttes et de solidarité qui s’organisent, et cela à trois, à cinquante ou à des centaines de milliers.

Dans d’autres lieux des manifestations se préparent : à Montreuil, à Paris, mais aussi par-delà les frontières…

1. Le Césaï est un bâtiment occupé en centre ville de Gap depuis Octobre 2018, où habitent de nombreux·ses personnes exilées ou sans domicile.

Le PDF pour impression est ici :

Contre la peur et le contrôle, la révolte éclate dans les prisons en Italie

Depuis plusieurs semaines le traitement émergentiel de l’épidemie de corona virus a pris pied dans toute l’Italie, à partir de la création de « zones rouges » de plus en plus vastes situées notamment dans le nord. Ici, le gouvernement a testé peu à peu des mesures de plus en plus radicales de restriction de liberté : interdiction d’événements et manifestations publiques, de cérémonies religieuses et civiles (y compris les funérailles), fermeture de cinémas, salles de sport et supermarchés grande surface, couvre-feu pour les bars, plus de prises en charge dans les hôpitaux publics sauf pour les urgences, fermeture des écoles et universités…
Sous prétexte de mieux protéger la population et d’empêcher la contagion, toute forme de socialité a été limitée ou carrément interdite par la loi. Le 8 mars le président du conseil des ministres Giuseppe Conte signe l’énième décret interdisant toute manifestation publique ou rassemblement et tout déplacement en entrée ou en sortie et à l’intérieur de la région de la Lombardie et des départements de Modena, Parma, Piacenza, Reggio nell’Emilia, Rimini, Pesaro et Urbino, Alessandria, Asti, Novara, Verbano-Cusio-Ossola, Vercelli, Padova, Treviso, Venezia. Si l’isolement et le contrôle deviennent de plus en plus durs à l’extérieur, la situation se fait insupportable à l’intérieur des taules où, depuis deux semaines déjà, les parloirs et les activités complémentaires (travail, socialité, permanences…) sont interrompus jusqu’à nouvel ordre, sous prétexte de mieux empêcher la contagion dans les prisons, et notamment pour protéger les matons. Avec le décret du 8 mars, l’interdiction est généralisée : stop aux parloirs, plus de semi liberté ni de permissions spéciales, tout cela jusqu’au 31 mai.

L’interdiction des parloirs, qui se passe déjà en temps normal dans le stress, les queues devant les prisons dans l’attente de pouvoir rentrer et se soumettre à l’humiliation de la fouille, signifie la privation de toute forme de contact avec l’extérieur et une condition d’isolement quasi totale, aussi bien que la privation de la possibilité d’avoir accès à des produits et biens de base (nourriture, vêtements propres, argent…) qui sont d’importance fondamentale pour la vie en taule. Cette mesure réveille dans les heures qui suivent son annonce la rage des détenus et des proches.
Les premières révoltes face à cette situation éclatent dans la soirée de samedi 7, à la diffusion publique de la version intégrale du décret en cours de validation. C’est à Salerno et Naples, dans les deux prisons de la ville, Secondigliano et Poggioreale, où les détenus montent sur les toits et des sections entières sont détruites. La réponse des institutions pénitentiaires arrive avec coupures d’eau, électricité et interventions massives des forces de l’ordre et bien évidemment violences policières.
En dehors des prisons entre temps arrivent les proches et les solidaires, pour crier leur solidarité aux prisonniers en lutte et bloquer la route jusqu’à ce que leur voix soit entendue. La révolte se répand vite, dans la soirée de dimanche 8 on compte 20 prisons en révolte, puis 27 dans la nuit, plus de 30 dans la journée de lundi 9.

Devant chacune des taules insurgées des groupes de proches et de personnes solidaires se regroupent, partout on voit se lever de la fumée et on entend des cris « Liberté ! Amnistie ! ». Les hélicoptères survolent les bâtiments en feu, alors que dans plusieurs prisons les flics en antiémeute et les GOM (équivalent des Eris) se préparent à rentrer et rétablir l’ordre à coup de matraques.
À la prison Sant’Anna à Modène, au centre d’Italie, l’émeute commence dimanche en début d’après-midi. Selon les informations qui arrivent de l’intérieur, les détenus se seraient barricadés et auraient mis le feu à plusieurs bâtiments, le personnel (matons et infirmiers) obligé de sortir. On entend dire que le bureau d’immatriculation aurait été brûlé… Puis la répression arrive et des plus violentes. Les proches rassemblé.e.s devant la taule racontent avoir vu les flics sortir des détenus menottés tout en les frappant et avoir entendu des bruits de tirs. Quatre-vingt détenus sont transférés, de nombreux autres amenés à l’hôpital dont plusieurs en réanimation. Aux dernières nouvelles sept détenus auraient perdu la vie pendant l’émeute ou après lors des transferts. Selon la presse officielle il s’agirait d’« overdoses » de médicaments que les prisonniers auraient volés dans un assaut à l’infirmerie pendant la révolte. Deux autres prisonniers seraient morts pour la même raison, dans les taules de Verona (Vénétie) et d’Alessandria (Piémont). On sent bien la peur de bien-pensants journalistes, qui essaient de décrédibiliser les révoltes à l’intérieur sans relayer les revendications politiques des prisonniers : amnistie et liberté pour tou.te.s !

Mais plus la presse bourgeoise et l’État essaient de souffler sur le feu de la révolte pour l’éteindre, plus il se répand dans d’autres régions. A Pavia le soir du 7 des prisonniers en révolte arrivent à prendre les clés aux matons et à libérer les autres détenus, puis à prendre en otage un maton et le commandant de la police pénitentiaire. Ici aussi, les révoltés allument le feu. À chaque nouvelle révolte des prisonniers tentent de s’évader, et parfois ils y arrivent, par exemple à Palerme (Sicile), à Frosinone (Latium) et à Foggia (Pouilles), où 70 personnes s’échappent, l’intervention des militaires n’y peut rien: 20 personnes sont rattrapés mais 50 sont encore en liberté, on leur souhaite bonne vent.

Les chiffres qui commencent à circuler parlent de 300 détenus évadés dont seulement une trentaine aurait été repris, et 150 détenus en semi-liberté assignés à résidence.

Du Sud au Nord les prisons n’arrêtent pas de prendre le feu, lundi matin c’est au tour de Milan, Bologne, Lecce et plein d’autres. Le gouvernement vient de déclarer toute l’Italie « zone rouge » et continue le silence de la direction de l’Administration Penitentiaire. La répression enchaîne, mais la solidarité de l’extérieur ne se laisse pas décourager : dans plusieurs villes, devant les prisons, proches et solidaires crient leur soutien et bloquent les rues pour empêcher les déplacements de matons et militaires. À Bologne les détenus prennent le contrôle de la prison, pendant que les forces de l’ordre tentent de disperser les solidaires qui manifestent en masse à l’extérieur. A Melfi (Basilicata) les révoltés tiennent en hôtage un groupe de matons. À Milan après San Vittore c’est au tour de Opera et Bollate, à Roma après Rebibbia la révolte explose à Regina Coeli… Face à ces résistances la répression s’acharne.
Nous n’avons pas besoin de faire des analyses des révoltes en cours, elles parlent d’elles-mêmes de l’effondrement d’un système qui enferme et contrôle par la peur et la menace.

Nous devons et voulons être devant toutes les taules pour soutenir les révolté.e.s et leurs proches, pour que de ces lieux ne restent que des cendres.

Fuoco alle galere !

Ici une liste non exhaustive des prisons en révolte :

Salerno (Campania)
Naples (Campania)
Cassino e Frosinone (Latium)
Carinola (Campania)
Frosinone (Latium) + évasion
Modène (7 détenus morts + 1 hospitalisé)
Poggioreale – Naples
Secondigliano – Naples
Vercelli (Piedmont)
Rebibbia – Rome
Bari (Pouilles)
Alessandria (Piedmont) – 1 mort
Palerme +évasion
Brindisi (Pouilles)
Ariano Irpino (Campania)
Cremona (Lombardie)
Pavia (Lombardie)
Gênes
Reggio Emilia (Emilia Romagna)
Barcellona Pozzo di Gotto (Sicile)
Trani (Sicile)
Augusta (Sicile)
Foggia + évasion (Pouilles)
Verona + 1 détenus mort
San Vittore – Milan (Lombardie)
Bergamo (Lombardie)
Matera (Basilicata)
La spezia (Liguria)
Larino (Molise)
Lecce (Pouilles)
Rieti (Lazio)
Vallette (Turin)
Dozza – Bologne
Santa Maria Capua Vetere (Campania)
Opera – Milan (Lombardia)
Bollate – Milan (Lombardia)
Regina Coeli – Rome

« Briser le mur qui sépare la prison de la zone du dehors »

Le 18 décembre dernier, Loïc a enfin été libéré après 16 mois de détention. Le texte qui suit constitue sa première déclaration. Notre ami revient sur les conditions de cette libération, sa vie à l’intérieur de la prison, le procès qui continuera au moins jusqu’en avril et sa détermination à continuer ses combats et à soutenir le mouvement social partout où il s’étend.

Après un an et quatre mois d’enfermement, comment assembler les mots ? Comment connecter la réalité carcérale à la zone du dehors, briser le mur qui le sépare ? En prison, je me suis effacé, je n’ai plus pensé à moi. J’ai fait le vide afin de ne pas souffrir. Je me suis également fermé à mes souvenirs, à ce qui se passe au-delà de ces murs afin de me concentrer sur cette nouvelle vie avec les autres détenus. Ce fut une des raisons pour laquelle j’ai eu peu de forces pour répondre aux nombreuses lettres reçues. Aujourd’hui, je remarque que je ne ressens plus grand chose, que je n’ai plus de passion (si ce n’est la neige). Il y a un vide. Mon esprit est ailleurs. Une nouvelle conception de temps m’habite, j’ai des moments de contemplations, de silences, d’absences.

Le procès n’a pas arrêté d’être repoussé. Il devrait désormais finir en avril. La libération conditionnelle de ce 18 décembre était inespérée, quelques semaines auparavant, le procureur avait prévenu qu’il ferait appel contre la décision du tribunal de remise en liberté. Je m’attendais au mieux à bénéficier de deux heures de liberté avant de devoir retourner en prison, comme ce fut le cas précédemment pour les deux autres accusés qui ont été libérés mais contraints de revenir en prison après l’appel du procureur. Je me préparais à dire que je souhaiterais rester en cellule jusqu’à la décision finale. Car sortir deux heures, en plus de déglinguer votre cerveau, c’est risquer de devoir retourner dans le bâtiment A.

LE BÂTIMENT A

Ce bâtiment, c’est celui des arrivants. Là, on doit rester 23h/24 en cellule. C’est un endroit sombre où des détenus craquent, crient et tapent sur les murs. J’y suis resté quatre mois. Pendant le premier mois après mon extradition de France, je n’avais que les habits que je portais sur moi en arrivant. Impossible de récupérer mes affaires pourtant arrivées en même temps.

Dans ce bâtiment, c’est deux douches collectives par semaine, à 6h45 du matin. J’y lavais alors mon caleçon puis je me rhabillais sans car il fallait d’abord le faire sécher sur le radiateur de ma cellule. Dans ce bâtiment, c’est des gardiens qui vous gueulent dessus et vous poussent si vous dépassez la ligne invisible entre votre cellule et le couloir lors de la distribution du repas. L’unique instant de respiration dans une cellule de moins de deux mètres de large sur quatre mètres de long : c’est une heure de promenade par jour. Dans ce bâtiment, il y avait essentiellement des étrangers dont le crime est d’être sans papiers, des petits dealers ou des accusés de vols. J’ai vu des gardiens frapper un détenu d’origine étrangère qui voulait simplement récupérer un livre de la cellule d’à côté en retour de promenade. J’ai vu des regards haineux de gardiens se porter longuement sur des détenus racisés. La plupart des étrangers que j’ai croisés en promenade dans ce bâtiment A définissent les gardiens comme des nazis. Cela m’a fait bizarre d’entendre ça aujourd’hui, sachant que, dans cette même prison, il y a moins d’un siècle, des nazis ont tué plusieurs centaines de personnes.


LE PROCÈS ELBCHAUSSEE OU L’IMPROBABLE COMPLICITÉ

Le procès est particulier. 99 % des faits reprochés n’ont rien à voir avec les accusés. L’accusation s’étend à plus de 1 million d’euros de dégâts. Le procureur tente de construire et d’imposer une vision très large de la complicité, au point qu’il désire même l’étendre au-delà de la présupposée présence des accusés. Concrètement, imaginez-vous dans une manifestation, quelqu’un brûle une voiture à 50 mètres de vous : vous êtes considérés comme responsable des dégâts. Mais ce n’est rien ! Imaginez-vous maintenant quittant une manifestation, 10 minutes plus tard, un cocktail molotov est lancé : bien que vous n’êtes plus présent, vous êtes aussi considéré comme responsable.

Il y a beaucoup de problème dans ce procès, dans la prison, dans la police, dans le capitalisme, dans l’État et son monde. Ces différents thèmes ont, entre autres, comme pourritures communes : la soif de gestion, la globalisation, la classification. Votre personnalité, identité, créativité, unicité, doit rentrer dans une case.

« Le caractère unique d’un homme se manifeste dans chaque trait de son visage et dans chacune de ses actions. Confondre un homme avec un autre et toujours les considérer globalement est une marque de stupidité. Les esprits obtus ne distinguent que des races, des nations ou des clans, quand l’homme sage distingue des individus. »

Thoreau, Journal – juillet 1848, 169 ans avant le G20 de Hambourg

Au mois de novembre dernier, près d’un an après le début de ce procès, j’avais proposé de faire une déclaration à condition quelle soit entendue publiquement. La juge a d’abord dit que cela serait possible, avant de changer d’avis, probablement à cause de la procédure de huis-clos. Je n’ai donc pour le moment fait aucune déclaration malgré près de cinquante journées d’audiences. Les dernières devront obligatoirement être ouvertes au public, à la fin du procès. Depuis ma sortie de prison le 18 décembre, des personnes que je croise me disent que c’est un beau cadeau de Noël. Le soucis, c’est que le cadeau a un an de retard, j’ai déjà passé un Noël en prison.

LES RAISONS ET LES CONDITIONS DE LA LIBERATION

Toujours est-il que le tribunal a fini par accepter cette libération. Dans sa décision, il avance que le risque de fuite est écarté pour plusieurs raisons. D’abord, fuir signifierait retomber sous un nouveau mandat d’arrêt européen et alors le procès devrait recommencer depuis le début. Par ailleurs, si au mois de juin la demande de libération a été refusée, le tribunal considère six mois plus tard que la proportion de la peine qui reste à faire par rapport à ce qui a été réalisé a diminué. Le tribunal suppose également que je ne voudrais pas compromettre cette liberté de contact avec ma famille en m’échappant. Il s’appuie pour cela sur l’étude de ma correspondance privée. Le tribunal me reproche toutefois un manque de coopération avec l’État. On aurait voulu que je m’exprime, dans le cadre du huis clos, ce que j’ai refusé jusqu’ici. Cependant, ayant annoncé que je ferai une déclaration publique à la fin du procès, le tribunal considère que je ne vais pas fuir car je désire avoir la parole. D’une manière générale, le jugement de libération conditionnelle explique que la Cour considère que je suis « un jeune homme poli et amical », ce qui justifie apparemment la confiance qui m’est accordée.

Me voici donc depuis le 18 décembre 2019 en libération conditionnelle. Jusqu’à la fin du procès, je dois respecter les obligations suivantes :

Avoir une adresse de domiciliation à Hambourg.

Pointer le lundi et le jeudi à la police Hambourgeoise.

Travailler en tant que jardinier, dans le soin des arbres.

Donner mon passeport et mes papiers au tribunal.

Aller aux prochaines dates de procès.

Ne participer à aucune action illégale.

LA LIBERTÉ CONDITIONNELLE DE PENSÉE

Me voilà donc dehors et libre de m’exprimer. Mais cette liberté aussi est théorique et sous conditions. Ce n’est pas l’envie qui manque ou les choses à dire mais, compte tenu de ce que le tribunal dit attendre de moi et des risques qui pèsent encore sur moi, il est illusoire de croire que je peux m’exprimer « librement ». Dans ce domaine également, ma liberté retrouvée est très relative.

Pourtant, mon regard sur le monde n’a pas changé. Déconnecté depuis 16 mois, c’est particulièrement choquant de s’informer sur la répression à l’encontre des manifestations en France (gilets jaunes et autres). Il y a eu près d’un millier de peines de prison. J’ai entendu des peines allant jusqu’à 5 ans, et récemment 3 ans et demi de prison ferme pour une personne condamnée à Nancy. Pendant ce temps, un policier prend deux mois de sursis pour avoir lancé un pavé sur des gens non protégés. Il pourra continuer à exercer : aucune inscription au casier judiciaire. Si vous jetez un pavé sur des gens qui ont des casques et des boucliers, vous prenez plusieurs années de prison. C’est cela, la justice ? La prison est une folie. L’accepter est une folie. Les préjugés sont une folie générant des souffrances dans l’indifférence.

Les violeurs et assassins ne représentent que moins de 5% de la population carcérale. Ce sont des pauvres qui sont derrière les barreaux. Je n’ai pas vu, en prison, de bourgeois, de banquiers ni de policiers. Pourtant, la première des violences, la première des criminalités, c’est celle qui vient d’en haut de la pyramide sociale. Les personnes qui sont jetées en prison – dans la quasi-totalité des cas – le sont à cause de la pression qu’exercent les classes supérieures, l’exploitation des riches sur les pauvres et l’inégalité sociale. Je n’ai pas vu de riches en prison, seulement des pauvres. Il est temps d’admettre que le choix n’a presque aucun impact face à la situation. C’est la situation de pauvreté qui est criminelle. Huit personnes possèdent autant de richesse que la moitié de la population mondiale !

À CELLES ET CEUX QUI LUTTENT

Ayant goûté à l’incarcération, je me sens solidaire à l’égard des personnes qui restent encore enfermées.

C’est pourquoi, j’exprime une grande :

Solidarité & force à toutes les personnes incarcérées en France suite aux manifestations des gilets jaunes, contre la réforme des retraites de Macron & son monde privatisé et néolibéral.

Solidarité & force aux révolté.e.s du Chili souffrant de la même politique néolibérale & de privatisation.

Solidarité & force aux révolté.e.s de Catalogne.

Solidarité & force au quartier autonome d’Exarcheia en Grèce.

Solidarité & force aux anarchistes torturé.e.s en Russie.

Solidarité & force aux prisonnier.e.s torturé.e.s de Guantanamo.

Solidarité & force aux révolté.e.s de HongKong, que fleurissent toujours plus de drapeaux noir dans les cortèges, remplaçant les drapeaux américains.

Solidarité & force aux anarchistes & anti-nucléaires incarcéré.e.s aux USA, en France, en Allemagne & un peu partout dans le monde.

Solidarité & force au Rojava, que perdure l’histoire concrète de l’émancipation, de l’autonomie, de l’écologie & du féminisme.

Solidarité & force à l’Afrique, grande oubliée, pillée encore & toujours pour le confort des pays du Nord.

Que chaque prisonnie.r.e témoigne de son passage en prison, afin que le plus rapidement possible, nous brisions ces murs horribles qui sèment la souffrance. Ces murs que l’on accepte seulement parce que l’on ne peut pas voir dans les yeux celles et ceux qui y sont enfermé.e.s.

Loïc, Assigné à procès interminable à Hambourg.

Ps. Voici quelques brochures intéressantes pour repenser ensemble la société carcérale.

Pourquoi faudrait-il punir ? : https://infokiosques.net/spip.php?article578
La prison est-elle obsolète ? : https://infokiosques.net/spip.php?article1507
Historiques des luttes anticarcérales : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=753

Plus d’infos : https://laneigesurhambourg.noblogs.org

Appel à don pour soutenir Loïc : https://www.helloasso.com/associations/cacendr/collectes/appel-a-dons-contre-la-repression-a-bure-et-son-monde

Détention provisoire pour trois personnes accusées de sabotages des artères du capital et de l’Etat – 26 avril 2019

On apprend par les journaux que quatre personnes se revendiquant des gilets jaunes viennent d’être arrêtées dans les Alpes-de-Haute-Provence mercredi 24 avril pour ces faits et d’autres encore commis dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Vaucluse et l’Aveyron contre des infrastructures d’énergie ou de téléphonie (qui n’étaient pas sortis dans la presse, dont un incendie d’antenne-relais à Villemus, le 6 février 2019). Trois ont été placées en détention préventive vendredi 26 avril.

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Et paf la PAF ?!

Info intéressante du Daubé du jour :

https://www.ledauphine.com/hautes-alpes/2019/05/02/hautes-alpes-menaces-de-mort-contre-des-fonctionnaires-de-la-paf-briancon-montgenevre

Où l’on apprend que des voitures de la Police aux Frontières (PAF) – brigade spécialisée dans la chasse à l’homme version « exilé-e-s » – ont été tagguées dans la nuit du 1er au 2 mai, avec des menaces directes contre les policiers en poste à Montgenèvre.

Rien de bien surprenant…ni immérité pour des flics abonnés au contrôle au faciès des noirs, aux poursuites nocturnes d’éxilé-e-s dans la montagne été comme hiver, aux menaces et rackets sur les personnes interpelées comme sur les militant-e-s solidaires, et bien évidemment coutumiers des retours directs et illégaux des mineurs sans papiers en Italie… Et oui, la PAF est bien au centre du dispositif de militarisation extrème de la frontière briançonnaise mis en place par l’Etat français, qui rend beaucoup plus difficile et dangereux le passage de la frontière par des exilé-e-s (qui n’ont pas d’autre choix pour survivre), et a causé la mort de plusieurs d’entre eux et elles depuis 2 ans, ainsi que des blessures graves (engelures et amputations, graves hypothermies…) chez des dizaines d’autres.

Allez, pour rafraichir la mémoire de madame la préfète crétine des alpes Cécile Bigot et du fascisant élu briançonnais Arnaud Murgia (en autres…), une petite compilation des glorieux états de service des fonctionnaires de la PAF ces derniers mois, spéciale « vallées en lutte » :

 

Alors, c’est qui qui aime la PAF ?

En tout cas, c’est pas nous…

 

Un dimanche avec l’ATOMIK TOUR à Aspremont : comme un parfum d’association de malfaiteurs dans le 05 ?

Ce dimanche 28 avril 2019, l’ATOMIK TOUR (caravane de militant-e-s contre le projet de méga poubelle enterrée de déchets nucléaires ultimes à Bure dans la Meuse) faisait étape dans les Hautes-Alpes à Aspremont. Une belle occasion d’échanger et de tisser des liens entre différentes luttes locales et nationales contre l’industrie de l’énergie et son monde : plateau radio, projections, discussions…ont rythmé ces rencontres, le tout dans une ambiance déterminée mais quand même détendue. Du moins au début…

Car en milieu d’après-midi, nous apprenons qu’un important dispositif policier (une 12aine de gendarmes bien équipés, dont des molosses du PSIG, une équipe cynophile, etc.) vient de se déployer sur la minuscule route d’accès menant au lieu des rencontres. Les flics ont déjà arrêté une voiture qui repartait, et s’en prennent au seul noir présent dans la voiture, suspecté d’emblée d’être en situation irrégulière car n’ayant pas de papiers d’identité sur lui. Sous le faux prétexte de la protection des mineurs isolés (les gendarmes ayant également décrété que ce dernier avait moins de 18ans, toujours au faciès) et craignant que les autres personnes l’accompagnant soient des pédophiles (sic), les flics décident d’embarquer le prétendument sans-papiers mineur dans une de leurs voitures pour aller le confier au service ASE du Département des Hautes-Alpes (fermé le dimanche…cherchez l’erreur !).

Alertées rapidement, une bonne trentaine de personnes se rendent sur place pour s’opposer au contrôle et défendre la personne embarquée au faciès, et, dans la confusion générale qui s’en suit, réussissent à l’exfiltrer depuis la voiture de flics : une belle petite victoire contre la police raciste de la nation française ! Le conducteur de la voiture s’en tirera avec une convocation à la gendarmerie le 1er mai prochain pour « non-assistance à personne en danger « et « aide au séjour de personne en situation irrégulière » (le fameux délit de solidarité), sacrée contradiction !! Donc, dans la tête des flics, soit ce dernier n’a pas protégé le supposé mineur des pédophiles des Hautes-Alpes (1ère accusation), soit il aide illégalement le supposé sans-papier à se cacher des flics (2ème accusation), à vous de choisir M. le juge ! Soyons attentifs aux suites et restons solidaires !

Encore une nouvelle constatation flagrante de la politique raciste de l’État français et de sa police, malheureusement (bien trop) fréquente dans les quartiers populaires comme autour des frontières. Et au-delà, la raison de la présence de ce barrage policier disproportionné et surtout les pouvoirs exceptionnels qui leur avait été confiés par réquisition du procureur (fouille des véhicules et contrôle de l’identité des passagers) laissent songeur…et révèlent la double dérive sécuritaire et policière du pouvoir en place. Tout cela rendu légalement possible grâce à l’arsenal de mesures anti-terroristes ajoutées au code pénal après chaque attentat.

En l’occurrence ce dimanche, les raisons des pouvoirs élargis des gendarmes, étaient grosso modo la « recherche d’armes et d’engins explosifs en vue d’entreprendre un acte terroriste », en plus des classiques recherches de stupéfiants. Totalement délirant par rapport à la teneur de l’événement qui était directement visé !! À moins que nos micros soient considérés comme des armes ou la tireuse à bière de la buvette comme un engin explosif ? Ou bien que s’opposer au nucléaire comme aux énergies renouvelables industrielles est une entreprise terroriste ? Tiens tiens…poser la (2ème) question, c’est déjà y répondre…

Eh oui, rien de tout à fait étonnant finalement, car l’usage abusif d’outils anti-terroristes ou anti-criminels est déjà largement répandu en France contre des militant-e-s et activistes écologistes notamment (sans parler des mouvements sociaux et du maintien de « l’ordre » dans les quartiers « sensibles »). Et dans des proportions hallucinantes à Bure dans le Meuse où la répression et l’exercice de la tension permanente sur un territoire en lutte atteint des sommets ces dernières années. A tel point que plusieurs militant-e-s  très engagé-e-s dans cette lutte sont visé-e-s depuis plus d’un an par une instruction pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » (en l’occurrence une pseudo-tentative d’incendie d’un bâtiment de l’ANDRA, et l’organisation de 2 manifestations), et soumis à un contrôle judiciaire liberticide qui les empêche de se voir et même de se rendre sur place. Les camarades de l’ATOMIK TOUR nous ont ainsi longuement détaillé et démontré, exercice pratique grandeur nature en bonus, la stratégie de l’État pour museler des opposant-e-s politiques et faire taire par la tension et/ou la force brutale tout mouvement de contestation du capitalisme et de ses tentacules industrielles et énergétiques (en autres).

De quoi rendre d’autant plus urgente et primordiale la création d’une « légal team » (groupe de « personnes ressources », dont des avocats, pour le conseil juridique et la défense en justice de personnes, militantes ou non, subissant les foudres répressives du système policier et judiciaire) dans le département et les environs ! Il paraît que c’est pour bientôt…à suivre…

 

Un habitant du coin témoin des faits

 

Rassemblement devant le tribunal de Gap!

 

JEUDI 31 Mai Rassemblement sous le tribunal de Gap.La solidarité ne s’arrête pas !
Théo, Bastien et Eleonora, toutes libres !

Rendez-vous à 6h30 Chez Jésus (salle occupée sous l’église de Clavière)
pour partir tous ensemble pour Gap.
8h30 devant le tribunal de Gap (Place Saint Arnoux)

Ce jeudi 31 Mai se tiendra à Gap le procés de Théo, Eleonora et Bastien,
trois camarades arreté·e·s suite à la marche du 22 Avril, qui a vu plus
de 200 personnes, avec et sans documents, traverser à pied la frontière
italo-française du Montgenèvre et arriver jusqu’à Briançon.

Une marche spontanée contre la frontière et contre les uniformes qui la
défendent. Une marche également en réponse aux néo-facistes de
génération identitaire, qui demandent la fermeture totale de la
frontière,une augmentation des contrôles de police et l’augmentation des
rapatriements pour les « sans papiers ».

Le 22 la police de Briançon a arreté trois personnes au terme de la
marche. Théo, Eleonora et Bastien ont fait dix jours de prison, entre
Gap et Marseille et sont aujourd’hui soumis à des mesures de contrôle
préventives (obligation de permanence sur le territoire français,
obligation de signature quotidienne, et interdiction de s’exprimer « en
public »).

Jeudi 31 à 8h30 commence le procés ; le chef d’accusation est celui
d’aide à l’immigration clandestine en bande organisée, délit pour lequel
ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

Allons donc nous faire entendre.

Ce procés est politique : l’accusation concerne en realité la lutte et
la solidarité qui se sont développées dans la zone de la frontière ces
derniers mois. L’accusation de « bande organisée » est l’expression de
cet état de fait : l’attaque de l’état envers les réseaux solidaires qui
se sont crées entre les vallées italiennes et du briançonnais.

La militarisation a tué. Ces dernières semaines deux corps au moins ont
été retrouvés à peine au de la frontière. Blessing, jeune nigérienne de
21 ans qui tentait de rejoindre la France, est morte suite à une
course-poursuite avec la police française, qui l’a faite tomber dans le
fleuve.

Mamadou en revanche, est mort d’épuisement dans les bois de Briançon. Il
est mort après des jours de marche pendant lesquels lui et son collègue
d’inforturne essayaient d’éviter les contrôles policiers, toujours plus
forts.

La frontière tue, et la militarisation est son arme.
Luttons contre elle par tous les moyens nécéssaires.

Théo, Eleonora et Bastien libres de suite.
Nous étions sur les même sentiers ce jour là